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Full text of "Département de la Marne, 1. sér. Cahiers de doléances pour les États généraux de 1789"

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71 



COLLECTION 



DKS 



DOCUMENTS INÉDITS 



SUR 



LlllSTOlKi: KCdNOMinli: lU: L\ IIKMILITIOX FRAMIAISE 



PLBI.IKS PAU LKS SOINS 



DU MINISTRE DE L INSTRUCTION PURLIQUE 



Pnr arrêté du 25 octobre 1905, M. le Ministre de l'Instruction 
|)iil)li(|ue, (les beaux-arts et des cultes, sui' l:i |)roposition de 
la Commission cbargée de recbercber et de publier les docu- 
ments relatifs à la vie économique de la Révolution, a ordonné 
la publication des Cahiers de doléances pour les Etats (jénéraux 
de 1JS9 des haiUiages de Châlons-sur-Marne (tome I), de Sézanne 
et Chàtillon-snr-Marne réunis (tome II et III), par M. Gustave 
Lalrent. 

M. Armamj Hrette, membre de la (Commission, a suivi 
l'impression de cette publication en qualité de commissaire 
responsable. 



SE TROrVE A l'A RI s 

A LA MHHAIMIF: LlCROl'X 
me Hondfxirle. 'i.S'. 




COLLECTION DP: DOCUMENTS INÉDITS 

SUR l'histoire KCONOMIQl K I)K LA RÉVOLUTION FRANUAISE 

Publiés par le Minislèri- de l'inslruction pul)lii|ii('. 



DÈPAKTEMElMT l>h: LA VIAHMI-: 



1" Série 




USD 



E 




POUR LES ETATS GENERAUX DE 1789 



PUBLIES PAR 

Gustave LAURENT 

GREFFIER D U TRIBUNAL CORRECTIONNEL 

CONSEILLER MUNICIPAL DE REIMS 

MEMBRE UE LA SOCIÉTÉ »E l'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION 



TOME SECOND 



Bailliaps de \mm t CDilofl-sur-MarDB réoflis 



1" Partie : SEZANNE 



EPERNAY 

IMPRIMERIE HENRI Y I L L E R S \ 

1, Avenue Paul-Cliandon , 1 




1909 



■3 



CAHIERS 



PLAINTES ET DOLÉANCES 



villes, boums et communautés 



bailliage de Sézanne 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/dpartementdela02laur 



VILLE DE SÉZANNE ^ 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La ville de Sézannc (l) était 
composée d'environ 1,000 feux. — L'avis pour la convocation des 
États généraux fut lu et publié « aux prônes des messes des paroisses 
de Saint-Denis et de Notre-Dame de cette ville, les lô et 22 février 

1789, atïiché, à l'issue de ladite messe paroissiale de Saint-Denis, 

au-devant de la principale porte de ladite église, et dans tous les car- 
refours et lieux publics et accoutumés ». — Le 5 mars, à neuf heures 
du matin, les habitants « de la ville et faux bourgs de Sézanne, 
convoqués tant par avertissements donnés la veille, de porte en porte 
par les sergents de ville et officiers de la milice bourgeoise, qu'au son 
de la cloche, » se réunirent dans l'église des Cordeliers, lieu choisi 
pour tenir l'assemblée générale. — La réunion eut lieu de neuf heures 
du matin à midi, puis de deux heures à neuf heures du soir, sous la 
présidence de Guillaume-Nicoîas-Pantaléon Moutier, conseiller du 
Roi, lieutenant général civil et criminel, commissaire enquêteur et 
examinateur au bailliage de Sézanne, assisté du greffier du bailliage 
De Lorne, et de Me Simon-Pierre Cochois, avocat en parlement, 
notaire et procureur à Sézanne et secrétaire de l'hôtel de ville, 
lesquels furent commis pour la rédaction du procès-verbal et du 



(1) Arch. rév. de Sézanne, non classées [v. préface) : Liasse A P procès- 
verbal ; 1^ calîier ; 18 pages cotées et signées au bas de chacune d'elles par 
Moutier. — Ce cahier, écrit sans doute par le greffier du bailliage, est annoté 
en marge par Cochois. Celui-ci, désigné comme rédacteur du cahier de la ville 
et plus tard du cahier du bailliage, fit servir le premier à l'établissement du 
second ; il emprunta la plupart des articles de l'un pour l'autre, ainsi qu'on 
le verra dans la publication que nous donnons plus loin. — C'est ce qui 
explique ces annotations et modifications introduites par lui dans le texte 
préparé par son co-rédacteur de Lorne. 

Sources document.\ires accessoires. — Arch. nat. Biu l'i'i : Réclamation 
de la ville de Sézanne pour sa représentation (13 février 1789). — 
Mémoire des boulangers, etc. — Arch. de la Marne, C, 335 à 339 : 
Administration générale et police. — C, 399, Ml, W8, i09, 410, 'il2 et 
suivants : Subsistances ; marché de Sézanne ; droit de minage ; états 
du prix des grains de 1778 à 1790. etc. — C, U08 : Droits de banalité. — 
C, il6 : Approvisionnement de Sézanne. — C, à61 : Amidonneries. — 
C, 506 : Commerce : corps et métiers. — C, 703 à 706 : Administration 
de la Ville. — C, 909, 960 et 2'i90 : Impositions : tailles. — C. 1036 : 
Capitation. — C, lOhO, lOW el 10'i9 : Vingtièmes ; répartition en 1789 ; 
décharges. — C, 1123 : Aides et gabelles. — C, IW'i cl 3003 : Domaines 
engagés ; usages. — C, 1196 : Halle de la ville et étang de la ^hizelle. — 
C, 1210 : Prison. - C, 1236 et 12'i7 : Etapes et convois. — C, 1311 et 
1315 : Logement des gens de guerre. — C, 1339 : Caserue de la mare- 



4 BAILLIAGE DK SIÎZANNE 

cahier. — Au début lic la réunion, un incident fut soulevé par 
« M»' Claude-François Hivot, avocat en parlement, notaire royal et 
« procureur synilic de cette ville, lequel a dit que, sans entendre for- 
« mer contre la présente assemblée aucune réclamation qui ait pour 
« objet d'en attaquer la validité et la réj*idarité, néanmoins, en sadite 
« qualité de procureur syndic et pour la conservation des droits, 
« prérogatives et distinctions qui semblent devoir ai)j)artenir surtout 
« à une ville formant chef-lieu de bailliage principal, il proteste que 
« la forme de ladite assemblée ne pourra être tirée à conséquence 
« pour l'avenir et empêcher pour toute autre convocation d'Etats 
« généraux l'exécution en cette ville des articles XXVI, XXVII et 
« XXVlll du règlement du vingt-quatre janvier dernier, desquelles 



cliausEce. — C, 1571 : Ponts. - C, 1611 : Corvées. — C, 1732 : Atelier 
de cliaritc. — C, 1770 : Juridiction du Bailliage de Sézanne, ressortis- 
sant du Présidial de Provins (1700-1789).— C, 1951 : Hôpital.- C, 2006: 
Travail des mendiants. — C, 1571, '2811 et ^SH : Route d'Allemagne. — 
C 2.%'0 : Personnel de la sui)délégation : Dossier Moutier i)ère et fils. 

— C, 2095 : Octrois ; revenus de la ville. — D, 260 : Collège de Sézanue. 

— E, 1010 : Usages ; moulin de Retortal. — G, 1307 à l'tW : Kglise 
collégiale de Saint-Xicolas; état des terres ; titres; donations; maisons; 
censives à Sézanne et dans les locialités voisines, papier terrier, pro- 
cédures, personnel du collège, registres et comptes, droits seigneu- 
riaux, lods et ventes, etc. — G, 1867 à 1001 : Fabrique de l'Eglise 
Notre-Dame de Sézanue ; titres de propriétés, procédures, comjjtes ; 
annexe de Saint-Pierre, etc. — G, 1002 ù 1011 : fabrique de Saint- 
Denis de Sézanne, ibid., etc. — Arch. de l'Aube : G, notarn^ 883 à 886 : 
doyenné, cure, chapitre, prieuré, etc. 

.4rc/i. de la ville de Sézanne non classées. Nous avons préparé l'inven- 
taire sommaire des onze liasses et des registres de la période révolutionnaire 
(V. Préface, inv. som. des cinq premières sur les Ktats généraux). — 1' Reg_ 
des délibérations du Conseil de N'ille, du novembre 1785 au 12 février 1790 : 
(51 feuillets. 

liibliul. de Reims, fonds Deullin. — Lettres patentes du Roy du 2G octo- 
bre 17G1, concernant l'alionnement du don gratuit de la ville de Sézanue. 
(Paris, imp. P. Simon, 17(52, in-4" 4 p.) 

RiHLioGKAi'Hn:. — Mn.LAKD (l'abbé A.), Histoire de Sézanne (Sézanne, 
A. Patoux, 1897-1904, 2 vol. in-8").— P. F. B"" (Buoi aru) : \olice his- 
lori<iiie et tojjoyraphique sur la ville de Sézanne (Stj/.iiune, C. Songis, 
1837, in-12) ; — et quelques autres petites notices sans importance. 

— Sézanne était le siège d'une élection qui suivait la coutume de Meaux 
(Arch. de la .Marne, G, 337. — Voir Préface), et le chef-lieu d'un do^'euné du 
diocèse de Troyes (i4rc/j. de l'Aube : G, 883 cl suiv.). Après avoir été, depuis 
1790, à la tête d'un district de douze cantons, la ville ne devint plus en 1800 
qu'un chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Kpernay, et ce, malgré les 
protestations de ses habitants et les requêtes qu'à maintes reprises ils 
adressèrent au gouvernement. (P. F. B" : \'otice sur Sézanne, p. 125.) 

— Dénombrement de 1773 : l,(i;i5 feux roturiers, 15 ecclésiastiques et 
9 nobles. — Population : 1,.">39 hommes, 1,(598 femmes, *245 garçons et 27(5 filles, 
ioit 3,758 habitants. {Arch. de la .Marne, G, 'i30.) 



VILLE DE SEZANNE 



« déclarations et protestations il a requis acte que nous avons 
« octroj'é pour servir ce que de raison. » (1)— Le procès-verbal cons- 
tate ensuite la présence de Houllier de Launa}', conseiller du Roi, son 



(1) Les officiers municipaux de la ville de Sézanne avaient déjà adressé, à 

la date du 13 février ]7iS9, la déclaration suivante du directeur général des 

finances : 

« Monseigneur, 

« Nous voyous que par l'article 31 du règlement fait par le roi pour Texé- 
« cution des lettres de convocation des Etats généraux, qui vient de nous 
« parvenir, que le nombre des députés des paroisses et communautés de 
« campagne pour poi'ter leurs cahiers à l'assemblée de bailliage est fixé à 
« deux à raison de deux cents feux et au-dessous, à trois au-dessus de deux 
« cents feux, à quatre au-dessus de trois cents feux, et ainsi de suite, tandis 
« qu'aux termes du même article, le nombre des députés des villes qui ne 
« sont pas comprises dans l'état annexé audit règlement est fixé et déterminé 
« à quatre seulement. 

« La ville de Sézanne, quoiqu'aA'ant une population de plus de mille feux, 
« quoique le chef-lieu d'un bailliage principal, u'est point comprise dans 
« l'état des villes qui doivent envoj'er plus de quatre députés aux assemblées 
« des bailliages et sénéchaussées, en sorte que notre ville semble réduite stric- 
« tement à ses cjuatre députés, tandis que les boui'gs dépendant du bailliage 
« en auront un nombre supérieur. Il en est en elfet dont la population s'élève 
« à 4 et 500 feux, notamment le bourg de F"ère-Champcnoise, et qui. à raison 
« de ce, auront cinq ou six députés. 

« Nous ne pouvons voir qu'avec peine que dans une assemblée aussi 
« importante, il y eût une inégalité telle qu'un bourg ou village ait un nombre 
« de députés égal et même supérieur à une ville dont la population est 
« double, et nous croj'^ons entrer dans les vues du Souverain en sollicitant. 
« avec toute la promptitude que les circonstances exigent, une interprétation 
« qui nous rende au moins l'égalité proportionnelle que nous pensons être en 
« droit de réclamer. 

« Nous sommes avec respect. Monseigneur, vos très humbles et très 
« obéissants serviteurs. 

« Les Officiers municipan.r de la ville de Sézanne : 
Uoi-UAKR DE Launay, maire ; Ribkron ; Rivot, procureur-syndic ; 
CocHOis ; Rovi:k le jeune. 
(Arch. Xat., B m l'i'i.) 

La même lettre fut adressée également le 13 février au garde des sceaux 
Barentin, qui, le 2,'), accusa réception aux oTiciers municipaux de Sézanne de 
« la lettre par laquelle ils réclamaient un plus grand nombre de députés, 
eu égard à la population du ressort », mais fit connaître que « cette demande 
« ne pouvait produire aucun changement dans ce qui avait été arrêté par 
« l'état annexé au règlement du 24 dernier, parce que pour la fixation du nomiire 
« des députations, on avait suivi exactement les proportions combinées 
« établies par le résultat du Conseil ». {Arch. rcvol. de S'zaiine, liasse D. — 
Lettre reçue le 1'^' mars 1789.) 

Le lieutenant général du bailliage Ah)utier, dans sa lettre du IT) février 1789 
au garde des sceaux (v. préface, Arch. .\«/. iî ni /'/'/), se faisait l'écho de ces 
réclamations : « L'article XX^'I, disait-il, paraît être interprété par les officiers 
« municipaux dans un sens contraire à l'intention de Sa Majesté. Ils préten- 
« dent que, dans cette ville, les jiahitants doivent y être assemblés par 



(î HAILLIAGE DE SKZANNE 

avocat au bailliai^e de Sczannc, maire de la ville (1), Joseph-François 
Hoyer, conseiller du Roi, receveur des consignations et notaire royal 
du bailliage de Sézanne, échevin, Houllier de Saint-Heniy, conseiller 
du r.oi au bailliage de Sé/.anne, Iluot de Longchanip. conseiller du 
Hoi. maître particulier de la maîtrise des eaux et forets, ancien 
échevin, Harost, conseiller du Hoi, président de l'élection de Sézanne 
et procureur du Hoi en la maîtrise, Hrulley le jeune, conseiller du 
Hoi, élu en l'élection de Sézanne (2), De Mars, ancien maire, oflicier 
chez le Hoi (3), Vincent, conseiller du Hoi et son procureur au grenier 
à sel de Sézanne, ('ochois, avocat en parlement, notaire et procureur à 
Sézanne, et ancien échevin, Hicard ancien lieutenant de police, 
Moreau de la .lonchère, avocat en i)arlement, Devaux, odicier de 
Monseigneur le comte d'Artois, Voisembert, ancien garde de la porte 
chez le Hoi, Tesnières, conseiller du Hoi, garde marteau en la maî- 
trisCj Lcnain, gretlier du grenier à sel, Maury, médecin, Jouet, 
contrôleur des actes, Delicourt, commis à la recette des imi^ositions, 



« corporation. Je pense que cette forme ne doit avoir lieu que dans les villes 
« dénommées en l'état annexé au règlement, c'est-à-dire celles qui doivent 
« fournir plus de quatre députés. Je sais que cette manière d'opérer serait 
« plus avantageuse et moins tuniultueusi-, la ville de Sézanne ayant plus de 
« quinze cents habitants ([ui ont droit de se trouver à l'assemblée ; elle ne 
« pourra être que très bruyante et il sera bien difficile d'y faire régner la 
« tranquillité ». 

Mais le garde des sceaux se contenta de répondre sèchement : « \^ous 
jiensez avec raison que dès que Sézanne n'est point dans l'état annexé au 
règlement, cette ville ne doit s'assembler que conformément à l'article l.") du 
règlement. iArch. \(il., ibid.) 

L'assemblée de la ville de Sézanne se fit donc dans la même forme que 
celle des ])ourgs et villages du ressort. On verra plus loin qu'il ne vint que 
;i(Xt habitants, alors que plus de 1,500, d'après Moutier. étaient a|)pclés à 
prendre part aux opérations. 

A comparer, en passant, ce chiiïre de l,.')l)0 habitants de Sézanne appelés 
à délibérer en 1789, avec celui de 785, nombre de citoyens actifs de la même 
cité en 1790. 

H) La charge de mtiire à vie. créée depuis un siècle par Louis \\\', était 
tenue par Henry-François Houllier de Launay depuis 17S8. — Avant lui, nous 
trouv<»ns IMerre-Menry Hiben)n(178())et Jeaiide .Mars(17S5). Houillierde Launay 
fut remi)lacé le l'J février 1790 par le premier maire élu, l'avocat Claude Maret. 

CJ) Jac(|ues-Miclul brulley le jeune devint procureur-syndic du district 
(le Sézanne, puis juge de paix ; il était le cousin germain de Tliéodore-Chuide 
bruUev, né le fi juillet 17;i8, mort le Ki juillet 179:$ à Sézanne, <pii fut adminis- 
trateur, président du département (179U-17'.)1 ). et député de la .Marne à l'.Xssem- 
l)lée législative r:J sept. 1791). 

Ci) Jean De Mars de la Metz était secrétaire du roi et commissaire des 
guerres (ÀlnniiKich niijal HSit, p. 277). Kn 1789, il habitait à l'aris, rue des 
Knfants- Itouges, district des Knfants-Houges, (juartier du Abirais, et fut 
le 18 septembre de cette même année nonnnè membre de la C.omnnnie |)ro- 
visoire de l'aris. (Paul Houioi kt : I.c Personnel niiinirijxil de l'aiifi /iciiditnl 
la [{rrohition, première ('.iinr<lilntioii. p. 'JHi.) 



VILLE DE SEZANNE 7 

Houllicr le jeune, maître en chirurgie, Edme-Dcnis Petit, marchand, 
Dominique Gérard, perruquier, Jean Langlois, menuisier, Nicolas 
Martin, charron, Antoine Niquet, ancien marchand, Julien Pinard, 
vigneron, Claude Dcbeuque, serrurier, Nicolas Mouchard, chapelier, 
Nicolas Larose, boulanger, Jean Vinot, aubergiste, Pierre Bornan, 
fabricant de bas, Claude Barbier, matelassier, Jacques Lacarpe , 
sabotier, Louis Vimont, tailleur, Hyacinthe Thierry, jardinier, Pierre 
Rocher, manouvrier, Pierre Crapard le jeune, tisserand, Jean-Fran- 
çois Perrot, vigneron, Jacques- Henry Giffe}', menuisier, Pierre 
Guillaume, vigneron, Jean -Baptiste Pointillard, tailleur d'habits, 
Jean-Baptiste Voisembert, coutelier, Jean Bosier, vigneron, Charles 
Lemaître, vitrier, Nicolas-François Petit, cordonnier, Nicolas Brelard, 
fabricant de bas, Nicolas Caillât, vigneron, Claude Poirier, tisserand, 
Pierre Chevallier, tisserand, Nicolas Clausier, vigneron, François 
Crapart, tisserand, Claude-Henry PifTe, tonnelier, Charles Guillaume, 
tisserand, Joseph Voisembert, cordonnier, Nicolas Charbault, vigne- 
ron, Louis-Laurent Jeaunon, marchand tanneur, Pierre Vinot, auber- 
giste, Michel Sarazin, huissier, Hubert Charles, cordonnier, Louis 
Mugard, boulanger, Antoine-François Saint-Mars, jardinier, Jean- 
Pierre Lefèvre, vannier, Pierre Songis, vigneron, Julien Le Bel, 
tailleur, Pierre Le Beau, maréchal, Charles Jacopin, vigneron, 
Nict)las Dfsplanches, grellier de réleclion, Alexandre Collet, tisse- 
rand, Prudent Gaillard, manouvrier, Jacques (îiH'oy, perru(|uicr, 
Christophe Petit, traiteur. Lange Langlois, menuisier, Nicolas Dallet, 
tailleur, Jean Drouin, vigneron, Etienne Berlet, manouvrier, Jacques- 
François Bougrain, couvreur, Nicolas Drouin, vigneron, Jacques 
Desruclles, vigneron, Jacques Boyer, perruquier, Prcmien Morel, 
vigneron, Jacques Bornan, marchand, Nicolas Chardin l'aîné, vigne- 
ron, Premien Collot, vigneron, Pierre Lemaître, menuisier, Claude 
Perrot le jeune, vigneron, François Pasques, marchand bonnetier, 
Etienne Hervé, laboureur, Prudent-Jean-Baptiste Bertrand, tisserand, 
Nicolas Seurat, chaircuitier, Pierre-François Benoist, boucher, Fran- 
çois Fontaine, charron, Bazile Martin, chaircuitier, Pierre Houllier, 
vigneron, Nicolas l'ontaine, charron, Nicolas-Vincent Aubcrt, vigne- 
ron, Louis -Nicolas Mouchard, chapelier, Louis - Nicolas Gentil, 
marchand, François Blanc, marchand droguiste, Nicolas Choiselat, 
tailleur, Jean-Baptiste Clochois, marchand, Jean Appert, fabricant de 
bas, François Chardin, vigneron, Pierre Gastebois, couvreur, Nicolas 
Gomiet, laboureur, Pierre Duvert, fabricant de bas, Pierre Henry, 
cordonnier, Romain Vallet, chaudronnier, Nicolas Houlier le jeune, 
vigneron, Claude Le Beau, maréchal, Pierre-F. Dagcr, m<', Jacques- 
François Prudhomme, aubergiste, Charles Charlat, tonnelier, Fran- 
çois-Nicolas Vincent, tailleur, Joseph Magné, marchand fripier, 
Louis Martin le jeune, chaircuitier, Jean-Baptiste Jamard, meunier, 
François Bouillon, cordonnier, Denis Lombard, meunier, Charles 
Gaillard, vigneron, Nicolas Massin, chaircuitier, Jac(iues Hosier, 
vigneron, Pierre Perrot, cordonnier, Amand Henry, tonnelier, Pierre- 
Denis Gitfey , vigneron , Pierre Voisembert , vigneron , François 



8 HAlLLIACiE DE SIÎZANNK 

.Martin, charjjcntior, IMcrre Héron, armurier, Martin -Denis Savry, 
cabaretier, Jean-Prudent Rosier, vigneron, Pierre Denis, cabaretier, 
Sébastien Trouillot, vigneron, Antoine Tripier le jeune, niarehand, 
Nicolas Aubert, vigneron, François Hoyer le jeune, vigneron, Nicolas 
Laniy, tisserand, Micbel Massé, taillandier, Claude La Rose, vigneron, 
François liournonville, nuircliand de tal)ac, Léon Montgeois, maré- 
chal, Nicolas Denis, Pierre Voisendjert le jeune, .lean-Nicolas ('.lerget, 
vignerons, Philippe Le 15eau, maréchal, ,Iac(pies (iuyot, boulanger, 
Simon Mérat, voiturier, Antoine (-artier, marchand tanneur, Louis 
Laguerre. vigneron, .laccpies Planchet, cordonnier, .loseph Oudot, 
charpentier, .lactpies Hosier, vigneron, Nicolas Thierry, vigneron, 
Pcniy-Simon Dieuse, bourgeois, Charles (lill'ey, mégissier, Pierre 
Hosier, vigneron, Louis-André Housselot, cordonnier, Pierre -Simon 
Ciilley, vigneron, Antoine Narret, marchand tanneur, Pierre Collot, 
Picire Hongrain fils de Pierre, vignerons, François ('ousin, tuilier, 
ChuHJe Vannet, huissier, .lacques Hadot, maréchal, Pierre-Homain- 
.Iosei)h Vacheron, huissier, Antoine Jossot, Antoine-Joseph Maclin, 
Louis Mesiére, vignerons, Pierre-François (^rapard, tisserand, Denis 
Fontaine, Pierre Brouard, Denis Augcr, vignerons, Nicolas Planchet, 
vinaigrier, Louis-Simon Songis, Nicolas Chardin le jeune, vignerons, 
Pierre lioullier le jeune. Prudent Chardin, Savinien Brouard, Louis- 
Pierre Doucet, vignerons, Nicolas Berton, chaircuitier, Nicolas Petit 
le jeune, cordonnier, Jacques Chartoh, marchand, (Jaude Tourneur 
le jeune, Pierre (lastebois, François Goussier, Pierre Deverlu, Pierre 
Tourneur, Louis Frichet, Charles Tourneur, Antoine Choiselat, Denis 
Voisemberl, Claude (iuinot, Pierre-Kt. Tourneculiére, tous vignerons, 
Claude Boyer, laboureur, Ambroise Duval, rri|)icr, François Landréat, 
voiturier, Jacques Gilley, perruquier, IMerre Guinot, Joseph (<olin, 
vignerons, Charles Tripier l'aîné, marchand, Claude-Jean-Baptiste 
Paillard, arpenteur, Pierre-Nicolas Causier, François Jossot, Claude 
Perrot, Claude lioullier, aubergiste, François Charlat, tonnelier, Jean 
Bousselot laine, Antoine Langlois, serrurier, Pierre Boyer, vigneron, 
CJaude-Jidien Brouard, marchand, Jac(|ues-Louis liaquin, tailleur, 
François-Prudent lioullier, vigneron, François Thomas, tailleur, 
l'ierre Petit, cordonnier, Charles Btjurot, (-harles Debrie, vignerons, 
Ilubert-I'rançois Ja(|uier, charpentier, l'Uienne Auger, André Bous- 
selot, Jac(}ues |{oycr, Pierre Bosier, vigneron, Pierre Sassot, charron, 
Nicolas Ilenriet, iMerre Meunier, Joseph Maclin, Denis Choisclot, 
l-'rançois Choiselot, Pierre-Nicolas Doucet, vignerons, M'' Jean-Pierre- 
Bené Vignon, grellier de la maîtrise, Fiacre Payer, boucher. François 
Caillât, vigneron, François Bornant, perrutpiier, llilaire Tourne- 
culiére, vigneron, Nicolas Collet, tisserand, Mathias Duval, perru(piier, 
Pierre Jac(|uard, ii.ncien domesti(pie, Jaccpies Potel, l'rançois Auger, 
vignerons, Jean Garhesson , Jean-Bajjtiste (Ihantriot, cordonniers, 
(lliarles Dard, meunier, Jean Flanumd, boulanger, Nicolas Vacher, 
chaircuitier, l'ierre-Denis Sinard, boulanger, Claude Bernard, scieur 
de long, Pierre (Ilansicr l'aîm'', Jean-And)r()ise Aubert, Pierre liongrain, 
fils d'Antoine, Jean-Baptiste Maclin, vignerons, Mathieu Tasjiier, 



VILLE DE SÉZANNE 9 

tnilleur, Antoine IMaclin, vigneron, Me Jcan-Baptistc Lambert de Barive, 
directeur des aides, Jacques Carrouge, boucher, Jacfjues Molandre, 
marchand, Tliomas, receveur des aides, Lambert, conchicteur des 
routes, .lean-Ahithieu Gobin, aubergiste, C.laude Doctain, aubergiste, 
François Devert, vigneron, Joseph-Nicolas Rousselot, bouh\nger, 
Pieri'c Chenin, marchand, Antoine Masson, Nicolas Meunier, Jacques 
Choiselot, tailleur, Julien Le Beau, maréchal, Denis Henriet, vigne- 
ron, I>ouis-Jean-Baptiste Le Bel, cordonnier, Thomas Jeanson, Jean 
Songis, (Haude Songis, vignerons, Nicolas Ret, tapissier, Hubert 
Bourot, Henry Lelaire, Nicolas-Denis Henriet, Pierre Perrot, vigne- 
rons, Etienne Fleury, menuisier, François Derrière, manouvrier, 
Pierre Laguerre, vigneron, Jacques Devertu fils de Michel, Claude 
Blanchet, serrurier, Denis Guinot, Jean Houllier, Louis Aubert, 
Nicolas Vautier, vignerons, Jean-Philibert Fort, marchand, Nicolas 
Henriet l'aîné, vigneron. Prudent Papillon, sellier, Jean-Prudent 
Duval l'aîné, François Royer, tanneur. Serein Gillon, marchand, 
Pierre-Maurice Petit, cordonnier, Pierre Mesière, vigneron, Claude 
Fontaine, marchand, Jean-Baptiste Camus, vigneron, Jean-François 
Cousin, meunier du moulin à tan, Simon-François Blanchet, 
laboureur, Sébastien Charton, marchand, Pierre Aveline, md, François 
Cousin, bourrelier, Charles-André-Pierre, Thimothée Leseur, meu- 
niers, Nicolas Gilon, manouvrier, « et autres ». — Les députés furent 
Claude Yinxent, conseiller du Roi et son procureur au grenier à sel 
de Sézanne, Charles Tripié l'aîné, marchand, Pierre Frérot l'aîné, 
aussi marchand, et Joseph-Nicolas Rousselot, maître et marchand 
boulanger, tous demeurant à Sézanne (1).] 

CAHIER 

Cahier de plaintes, demandes et remontrances de la ville 
de Sézanne à l'assemblée dn 5 mars 1189 (2). 

Projet d'articles réunis pour faciliter la formation du cahier 

(1) Le procès-verbal n'est signé que de 142 comparants non comjjris le 
président Moutier et le grelïier du bailliage De Lorne, l)ien que l'énumération 
ci-dessus en donne exactement '2()0 avec le procureur-syndic de la ville Rivot. 
jl faut dire aussi que plusieurs signataires ne figurent pas parmi les noms des 
habitants relevés au procès-verbal : ainsi on trouve la signature de Frérot 
l'aîué qui fut choisi comme député de la ville et qu'on cherche vainement 
dans la liste ci-dessus. 

Le cahier, on le verra plus loin, est signé de 139 délégués, du président 
Moutier et du greffier De Lorne. Plusieurs habitants protestèrent à propos de 
l'ordre dans lequel le secrétaire Cochois avait inscrit les noms, — tels que 
nous les avons d'ailleurs reproduits; — aussi avant la clôture du procés-verhal 

lit-on : rt nous avons à tous les susdits comparants donné acte, ainsi 

que des déclarations ])ar eux faites, que l'ordre des dénominations ci-dessus 
ne pourra aucunement tirer à conséquence et nuire ni préjudicicr aux uns ui 
aux antres en façon quelconque » 

(2) Ce titre est inscrit en marge. 



10 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

(les plaintes, réclamations et demandes de l'ordre du Tiers état 
du hailliage (1) de Sé/.anne : en premier lieu relativement à 
l'assemblée générale des trois ordres des bailliages principal et 
secondaire indiquée le Kî de ce mois; en second lieu relativement 
à l'assemblée des Etats généraux du royaume. 

Articles rehtiifs à l'assemblée générale des bailliaf/es pvimipal 
et secondaire. 

Aht. l*""". — Le Tiers état, convaincu que les droits et les 
intérêts de son ordre ne jieuvent être bien connus, bien délibé- 
rés et bien consentis qu'autant qu'ils le seront uniquement entre 
les membres qui y sont exclusivemep.t intéressés, a arrêté en 
premier lieu : 

Que, dans l'assemblée générale des trois ordres des bailliages 
principal et secondaire fixée au 1(3 de ce mois, le Tiers état 
rédigera, délibérera et nommera ses députés séparément. 

2. — F2n second lieu, (jue ses représentants ne pourront être 
nommés et cboisis (|ue dans son oidre. 

,'{ (2). — Que les députés représentant le Tiers étal de la \ ille 
à l'assemblée des trois ordies du bailliage seront cbargés d'y 
représenter qu'il convient de nommer, outre les deux députés 
aux Etats généraux, deux autres députés pour les suppléer en 
cas de mort, maladie ou autre cmpècbement, à l'efTet de conser- 
ver au Tiers étal en général, et en particulier à celui des bail- 
liages de Sézanne et Cbàtillon-sur-Marne, l'avantage d'avoir, 
pendant toute la tenue des Etals généraux, le nombre complet 
de représentants que Sa Majesté leur a accordé. 

4. — Fixation des bonoraires des députés et adjoints. 

Articles pour l'assemblée des l'Aats (/rnéran.v. 

Aht. 1*^^'. — Le 'tiers état, considérant (jue l'esprit de l'arrêt 
du Conseil du 27 décembre dernier (|ui lui accorde, dans 
l'assemblée des Etats généraux, une i-ei)résenlation égale à celle 
des i\vi\\ autres oidres, indi<pie nalurellemenl (pie les siHTrages 
doivent se conq)terpar têtes. 

Considérant que les prin(i|)es généraux de justice et de la 
raison se réunissent |)our (pu', dans loule assend)lée où le choc 



(1)11 y iivait (l'ahoirl : « de la ville >., on a remplacé par le mol : •■ liiiiiliane ». 
(2) Article ajouté |)ar (Iticliois en renvoi à la fin i\u cahier. 



VILLE DE SÉZANNE 11 

des opinions doit se rencontrer, la majorité réelle et elTeclive 
des suffrages doit fixer les arrêtés, et qu'autrement le nombre 
plus ou moins grand de déi)ulés deviendrait indifTérent et illu- 
soire, a arrêté : 

Qu'en cas de diversité d'o[)inions entre les trois ordres aux 
Etats généraux, toute délibération sera prise et faite par tète, 
et qu'aucun objet n'y pourra être définitivement arrêté qu'après 
qu'il en aura été ainsi délibéré en prenant successivement la 
voix d'un député du Clergé, d'un député de la Noblesse et de 
deux députés du Tiers état (1). 

2 (2). — Le Tiers état, considérant que tous les objets qui 
doivent être présentés aux Etats pourront n'y être pas réglés 
d'une manière définitive, ou que ceux qui y seront réglés pour- 
ront éprouver dans leur exécution des obstacles qu'il sera 
important à la nation de lever, demandera le retour périodique 
des Etats généraux à des époques qui seront déterminées en 
l'assemblée. 

3. — Les besoins de l'État paraissant un des motifs princi- 
paux qui donne lieu à l'assemblée, et le Tiers ordre ayant 
jusqu'ici supporté pres([ue toute la charge des impositions, 
prendra avant tout connaissance de l'état des finances, du 



(1) L'Asseml)lée de l'élection de Sézanne, consultée avant la convocation, 
avait formulé son avis à peu près dans les mêmes ternies. Elle avait tout 
d'abord demandé que « les États généraux soient convoqués par bailliages et 
« sénéchaussées, ainsi qu'ils l'ont été en \Mi ». Puis elle « ajoutait encore à 
« son vœu qu'en conformité de l'édit de juin 1787 portant création des assem- 
« blées provinciales, le nombre des personnes choisies dans le Clergé et la 
(( Noblesse ne puisse surpasser le nombre des députés du Tiers état ; qu'en 
« conséquence le bailliage qui fournirait un seul député pour le Clergé, et un 
« seul pour la Noblesse, en fournisse deux pour l'ordre du Tiers état, et que 
« dans tous les cas la même proportion soit gardée. « — « Oue, s'il y avait 
« diversité d'avis entre les trois ordres sur quelques-uns des objets traités 
« pendant la tenue des États généraux, il en soit référé à l'Assemblée générale 
« des trois ordres avant de prendre une délibération, et que les sutfrages y 
« soient recueillis dans la forme prescrite pour les assemblées provinciales, 
« c'est-à-dire par tête ; en prenant la voix d'un député du Clergé, d'un député 
« de la Noblesse, ensuite celles des deux députés du Tiers état. . . » (Vœux des 
différentes assemblées de département de la province de Champagne sur les 
formes à siiinre pour la convocation des États généraux du Roijaumc, en 
conformité de l'article 5 du Conseil d'Etat du Roi sur la con\ocation des Etats 
généraux (man. de 8 pages — avec lettre d'envoi de la Commission intermé- 
diaire provinciale de Champagne au Directeur g«' des finances, du ?> janvier 
1789. — Arch. Nat. /?a 31 : Kailliage de Châlons : 2^ dossier). 

(2) Réflexion en marge : « Rectifier le prétexte ». 



12 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

trésor royal el de ce qui doit èlre considéré comme formant 
et constituant la dette nationale. 

4 (1). — La dette nationale vérifiée, en la supposant au degré 
qu'il est à craindre de rencontrer, le Tiers ordre demandera : en 
premier lieu, de fixer les principes constitutionnels du gouver- 
nement ; en second lieu, qu'il soit établi un plan i\\c et uni- 
Corme d'administration dans les finances et dans- chaque 
déjiartement. 

,') (2). — Ces objets réglés, il proposera aux Ktats d'entrer 
dans l'examen et le détail de toutes les parties de réforme que 
les besoins de l'Etal, l'acquit de la dette, le crédit de la nation 
et l'honneur du souverain exigent. 

6. — Cette réforme prescrira nécessairement aux Kh\[s la 
nécessité de déterminer la somme et le montant des fonds 
qu'il conviendra annuellement employer pour la dépense ordi- 
naire de chaque département. 

7. — Le Tiers état demandera (pi'il soit statué : que tout 
im|)ôt déterminé et consenti par la prcK^haine assemblée ne 
sera perçu et continué (|ue pour le tem|)s fixé i>ar ladite assem- 
blée ; 

8. — Que l'époque de la cessation de l'impôt arrivée, toute 
perception en cessera absolument et ne pourra recommencer 
que d'après ce qui sera arrêté el consenti dans la nouvelle 
assemblée desdits Etals. 

9. — Le Tiers étal, convaincu cpie tout i)rivilège el toute 
exemption j)écuniaire opère une distraction de la masse com- 
mune des produits, (pie l'économie de cette masse est essentielle 
à la position du gouvernement, demandera : la suppression de 
tous privilèges et exemptions pécuniaires, tant personnels que 
réels ; en consécjuence, (pie la répartition des iinp(jls qu'il 
plaira à l'assemblée arrêter et consentir, sera fait également el 
dans la proportion des forces et facultés de chacune |)rovince, 
ensuite de chacune élection ou district, el enfin, eu égard aux 
facultés et j)ropriélés individuelles et su])iH)rtées |)ar tous les 
sujets sans distinction d'ordre ni d'étal. 



(1) Kénexion en marge : • Oter le prètext»: et demander l'objet absolu- 
ment w. 

(2) Héflcxion à la Miili- dr cet article : « Ténioigiur li' (ii-voui-nifnl du 
Tiers état ». — iOulcs ces réflexions portées sur le cahier de la \ille de 
Sézanne, ont été écrites, nous l'avons déjà dit, par (lochois. 



I 



VILLE DE SÉZANNE 13 

10. — Étant arrêté que les impositions seront supportées 
également et dans la proportion des facultés individuelles, il 
en résulte que tout impôt actuellement subsistant, qui ne se 
trouve supporté que par certaines classes de citoyens, doit être 
supprimé ; le Tiers état le demandera. 

11. — L'équité exigeant que les sujets d'un même gouverne- 
ment qui participent aux bénéfices supportent également les 
charges, le Tiers état soutiendra : que dans le cas où il serait 
arrêté une imposition quelconque pour la confection et entre- 
tien des chemins et routes du royaume, ladite imposition sera 
supportée comme ci-dessus, par les trois ordres sans distinc- 
tion ; de là l'abolition des corvées dont la continuation fait 
souffrir et déshonore l'humanité. 

12. — Le Tiers état, fondé sur les principes de justice que 
les contributions fournies pour l'établissement des chemins 
doivent particulièrement profiter aux sujets des provinces, 
élections et villes c[ui les supportent, réclamera : que le mon- 
tant en soit en totalité employé dans l'étendue de l'élection ou 
district qui auront fourni la contribution ; 

Et que, dans le cas où, pour des événements imprévus ou 
extraordinaires, il y aurait nécessité d'en employer une partie 
à l'établissement, reconstruction ou entretien des grandes et 
principales routes du royaume, il sera arrêté : qu'il ne pourra 
être distrait au plus que le tiers du montant desdites contribu- 
tions, les deux autres tiers réservés pour n'être, comme dit est, 
employés que dans l'étendue desdites élections ou districts qui 
les auront fournies. 

13. — Toute loi qui exclut le Tiers état des places et grades 
militaires sera abrogée ; il sera arrêté que le défaut de noblesse 
pourra également être opposé aux individus du Tiers état 
comme un moyen de ne pouvoir posséder toutes sortes de 
places dans la magistrature, et toutes dignités dans l'état ecclé- 
siastique. 

14 (1). (Modifié). — Dans le cas où il y aurait nécessité 



(1). — L'article primitif, modifié sur l'original par Cochois, était ainsi 
libellé par le premier rédacteur : 

« Dans le cas ou l'assemblée arrêterait l'établissement d'une subvention 
« territoriale, il sera soutenu qu'elle ne pourra avoir lieu et être perçue qu'en 
« nature sur les fonds produisant fruits. (]ette forme de percevoir paraissant 
« la plus juste, la plus égale, la plus proportionaelle en tout événement, et la 



14 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

d'impôts, la sul)vtMilion U'iriloriale en argent paraît la plus 
Convenal)Ie. Cette tonne de percevoir paraissant la plus juste, la 
plus égale, la plus proportionnelle en tout événement, et la 
moins sujette aux abus et au progrès de l'agriculture (sic). 

15. — Les services rendus à l'Ktat par toutes les classes des 
citoyens exigeant récompenses, il est de la justice et de l'intérêt 
du gouvernement (pi'il en soit accordé; le Tiers état consentira : 
(jue tout ce qui sera distinction, décoration, prérogatives et 
grâces purement honorili(pies, déjjcndra j)urement et simple- 
ment de la volonté et bienveillance du Roi, mais il deman- 
dera (1) que les récompenses pécuniaires, étant une esj)èce 
d'impôt, seront peu multipliées (2), et que la dépense annuelle 
en sera fixée par les Ktats généraux (3); que la vérification de 
celles (|ui existent sera ordonnée; qu'il sera fait rapport de leurs 
causes et que les Etals en opéreront la réduction, s'il y a lieu ; 

Comme aussi (pie la (juotité de la pension la plus forte qu'il 
sera i)ossible d'accorder sera déterminée, et que différentes 
pensions réunies et accordées pour dilTérentes causes ne pour- 
ront ensemble excéder ladite quotité. 

16. — Les provinces et les sujets d'un même gouvernement 
ayant un droit égal aux mêmes avantages et à la liberté, et ne 
pouvant être étrangers les uns à l'égard des autres, il en doit 
résulter une liberté absolue de commerce entre eux ; de là, la 
suppression des barrières et des douanes intérieures du royaume, 
et la franchise du commerce d'une i)rovince à l'autre. 

17. — Le bien général se rencontrant infailliblement dans 
les moyens de circulation d'un lieu à un autre pour procurer 
généralement l'abondance et l'arrivée des denrées, il est inté- 
ressant de réclamer la faveur des foires et marchés; en consé- 
(pience, l'iilTranchissement des droits exorbitants de minage 



« moins sujette aux abus de crédit et aux iiitonvoiiiciils rtsult;mt d'c-stiiiia- 
« lions souvent frauduleuses et arbitraires. 

« .Mais qu'à I'é;{ard des biens non produisant liuils natuiels, ladite inipo- 
« silion pourra être |)erçue en argent d'après les évaluations ijui en seront 
« faites de la manière (ju'il |)laira aux Htats j{énéraux tixer. » 

Comme on le voit, le sens de cet article est tout à fait modilié. 

(1) Modification de mot ; il y avait ; « soutiendra ». 

(2) Ici il y avait : « et ne pounont élre accordées (juc pai' Us lllats », 
phrase biffée par C.ochois. 

(.'J) Ces mots : ■< pai- les Ktats i^énéraux », ont été ajoutés par Cochois. 



VILLE DE SÉZAiNNE 15 

et autres (jui en gênent l'usage, ou au moins la réduction 
(iesdits droits à un taux très médiocre (1). 

Une grande partie des villes de la province de Champagne 
se ressent vivement de la dureté des droits de minage, notam- 
ment la ville de Sézanne (2). 

18. ~ La dureté de l'impôt connu sous le nom d'aides, 
supporté en grande partie par la classe la plus indigente, la 
gène qu'il apporte dans l'usage et le débit des productions qui 
y sont sujettes, la multiplicité et l'odieux des frais de contrainte 
qu'exige le recouvrement, en nécessite l'abolition, et dans tous 
les cas la conversion en un seul droit fixe et déterminé sur les 
fonds productifs desdites denrées, lequel ne doit être imposé 
qu'avec une extrême modération, attendu l'immensité des frais 
de culture et l'incertitude des récoltes de cette nature de biens. 

19. — La sûreté et la tranquillité que chaque citoyen doit 
trouver dans l'exécution de la loi, les dangers qu'il court 
lorsqu'elle est méconnue, doivent déterminer le Tiers état à 
réclamer l'exécution des anciennes ordonnances en faveur de la 
liberté des citoyens, notamment de la déclaration du Roi du 
4 octobre 1648 qui porte : qu'aucun sujet du Roi ne pourra être 
détenu en prison plus de vingt-quatre heures sans être inter- 
rogé, et ensuite rendu à ses juges naturels (3) ; de là, l'abolition 
des lettres de cachet et des abus et inquiétudes qui en sont la 
suite. 

20. — Les servitudes réelles et personnelles se réunissant 
pour gêner la liberté de tous les citoyens et retraçant l'image 
de ces temps d'esclavage honteux pour l'humanité , il sera 
insisté sur la nécessité de suppression de tous droits de cor- 
vées, banalités de pressoirs, fours, moulins et autres (4). 



(1) Voir plus loin, page 25, une note sur les foires et marchés de Sézanne 
et le droit de minage qui s'y percevait. 

(2) Ici, en marge, de la main de Cochois : « Art. de la note B » (?). 

(3) Il s'agit de la déclaration du Roi du 22 octobre 16^8 (enregistrée au 
Parlement de Paris le 24), portant ordonnance sur le fait de justice, police et 
finances (Isambert, Recueil des anciennes lois, t. XVII, p. 92), avec en note 
l'historique de cette importante déclaration dont, dit M. de Saint-Aulaire 
(Histoire de la Fronde), « les principes ont été si complètement mis en oubli 
pendant les règnes de Louis XIV et de Louis XV, et qui avaient cependant 
proclamé les vrais principes de la liberté et posé les bases d'un gouvernement 
lojal et d'une administration régulière ». 

(4) Le mot « fours » a été ajouté par Cochois. Après cet article, il met 
encore : « Ajouter l'art. 4 des notes ». 



1() BAILLIAGE DE SKZANNE 

21. — Le i)ri\ exorbitniil du tal)ac, mais plus parliculiè- 
reuient encore celui du sel, comparé avec son peu de valeur 
intrinsèque, la nécessité, d'un autre côté, de cette denrée 
employée dans la consommation journalière de la classe la plus 
indigente, son avantage pour l'engrais et la conservation (1) des 
bestiaux, doivent délerminei- les Ktats à en ordonuer la réduc- 
tion (la us le cas où les circonstances actuelles n'en permettraient 
pas l'entière supj)ression. 

22. — Il sera également insisté sur la réduction des droits 
d'insinuation et de contrôle des actes dont il est indispensable 
de réformer les tarifs pour arrêter l'arbitraire résultant soit 
du tarif même de 1722 (2), soit des interprétations et extensions 
aux(}uelles les fermiers et traitants se sont livrés. 

2.'}. — Il sera fait de vives représentations sur la nécessité 
de la réforme du Code civil et criminel, sur les abus insé- 
j)arables île la lenteur occasionnée par les formes des j)rocé- 
dures, et sur l'avantage qu'il y aurait de donner à toutes les 
juridictions qui sont dans le chef-lieu de chaque bailliage la 
même étendue et le même arrondissement pour rapprocher 
ainsi les justiciables de leur juridiction et leur éviter des 
placements ruineux (3). 

24. — Le Tiers état réclamera {|ue la connaissance de toutes 
les contestations à naître sur la perception de toutes impositions 
généralement, droits de contrôle et autres, soit attribuée aux 
juges des impositions établis sur les lieux, sans pouvoir l'être 
en aucun cas à des commissaires particuliers, le tout pour la 
plus grande justice et le plus grand avantage des justiciables (4). 

2."). — Il demandera (ju'au cas où les Etats estimeraient 
convenable d'établir des l>tals j)rovinciaux, la province de 
Champagne aura ses VAiiis particuliers, conrorniément à la 
province du Dauphiné ; 



(1> Il y avait d'abord « salubrité ». 

CI) Sur l'cdil de 1722, qui révisait et réglementait les droits de eoiitrôle, 
et sur le tarif qui l'aceompajinait, consulter : Dai.i.oz, liépcrloirc </<• Jurispni- 
tleitce : Hnregistremeiit iv 12, t. XXI. p. fi. — Ce tarif, du 2!) septembre 1722, 
enrc>{istré au l'ark-ment le 8 octobre suivant, contient U» articles; il a été 
inséré iii cxlciiso «ians le Hriicrloirc de Jitrispniilcitcc viiùlv, viiiiiincUc, cano_ 
nique et béiièftcitilc de (iuyot(f. I.\, p. 279). 

(3) Kn marge de cet article, on trouve ces indications : « Ici viendront : 
art. 1", art. 3 , art. .V, art. fi- «. 

(4) Kn marge on trouve ces indications : « Art. 7, H, 11, 10, 11 ». (loeliois 
a passé un léger trait à l'encre sur l'article '24. 



VILLE DE SÉZAXNE 17 

Qu'audit cas, la Commission intermédiaire desdits États 
provinciaux sera composée de membres pris alternativement 
dans chaque district, département ou élection, ce qui aura 
également lieu j)our les procureurs syndics (1) ; 

Que dans le cas, au contraire, où les États généraux esti- 
meraient convenable de laisser subsister les assemblées pro- 
vinciales nouvellement établies, les commissions intermédiaires 
actuellement subsistantes, notamment celle de Champagne, 
seront réformées dès à présent et, à l'avenir, composées de 
la manière et ainsi qu'il est ci-dessus expliqué, l'expérience 
ne donnant que trop à connaître qu'elles sont vicieuses dans 
leur composition. 

26. — Le Tiers état, considérant combien il est intéressant 
d'indiquer les moyens de diminuer les dépenses à la charge 
du trésor royal, proposera : que tous bénéfices à la nomination 
soit du Roi, soit des ecclésiastiques, corps particuliers ou 
laïcs autres toutefois que ceux à charge d'àmes, ne puissent 
être conférés à de nouveaux titulaires qu'après cinq (2) années 
complètes de vacance, et que les fruits et revenus desdites 
années soient versés à la caisse des économats ; que cette 
caisse soit chargée de toutes les dépenses relatives à l'entretien 
de la chapelle du Roi, gages et appointements des ecclésias- 
tiques employés à la cour, dons, aumônes et secours aux 
communautés religieuses, pensions aux nouveaux convertis, 
entretien des enfants trouvés, secours aux hôpitaux, appointe- 
ments des aumôniers des troupes et hôpitaux militaires, et 
généralement de toutes œuvres pies dont l'objet, pouvant être 
regardé comme spirituel, pour conséquemment être acquitté 
du produit des biens ecclésiastiques sans donner lieu à aucune 
réclamation fondée (3). 

27. — Le désir de rétablir le bon ordre doit inspirer aux 
États généraux de prescrire la résidence habituelle des bénéfi- 
ciers dans le chef-lieu de leurs bénéfices, à peine de saisie du 
temporel et perte de fruits pendant le temps de la non rési- 
dence. 

28. — Il sera encore également du bien public d'arrêter, par 



(1) En marge, on lit : « Art. 2 », mis par Cochois. 

(2) Il y avait originairement : « deux ». 

(3) En marge, on lit entre ces deux articles : « Art. 12, art. 13, art. 14, 
art. 15 ». 

2 



là IJAH-LIACiK I)K SKZANNÊ 

les États généraux, (}ircn cas de suppression de bénéfices, tous 
les revenus en dépendant seront employés : d'abord à l'acquit 
des cbarges, services et fondations dont ils peuvent être tenus ; 
ensuite à la dotation ou amélioration des cures, chapitres, 
collèges, hôpitaux, écoles de charité et autres établissements 
utiles dans le chel-Iieu desdits bénéfices ou villes les plus voi- 
sines et dans les lieux où se perçoivent lesdits revenus, sans 
pouvoir être distraits à autres usages sous aucuns prétextes (1). 

29. — Comme aussi (ju'en renouvelant la disposition de 
l'article 9 de l'Ordonnance d'Orléans (2), il soit arrêté : que dans 
chaque église collégiale de toutes les villes du royaume sans 
exception, où il y a collège, une prébende demeurera alïectée 
et réservée pour apjKirtenir, à titre de prébende préceptoriale, 
à ceux (jui seront chargés de l'instruction publicpie, lesquels 
jouiront de tous les fruits et revenus généralement quelconques 
de ladite prébende, même des distributions mensuelles, sans 
être tenus de l'assistance aux offices, nonobstant toutes trans- 
actions et usages contraires (3). 

30. — Les communautés d'habitants et les propriétaires de 
fonds se trouvant considérablement lésés par les abus relatifs 
aux logements tles curés, aux constructions et entretien des 
presbytères et églises ; d'un autre côté, la masse des biens 
ecclésiasti((ues devant naturellement servir et être employée à 
ce qu'exige la subsistance des curés et desservants, et l'entretien 
des églises, il est essentiel de représenter aux Etats qu'il 
conviendrait y pourvoir, de manière qu'à l'avenir lesdites com- 
munautés et propriétaires fonciers fussent déchargés de toute 
espèce de contributions pour le logement desdits curés, recons- 
tructions et réparations des presbytères et églises (pii demeu- 
reront à la charge desdits biens. 



(1) Kn marge, entre ces deux articles : « Art. 17 ». 

(2) Ortlottnancc (jéiivrule de junv. I.'>('>(l rendue sur les plaintes, doléances et 
renidiitranccs des Etats assemblés d'Orléans, ivg au Parleim-nt le i;{ scptcMiibre 
\M\. (IsAMHi'.itT : //)/(/., f. Xl\', p. C>'.i et suiv.) 

(.'J) Le collège ilc Sézaniu- avait été foiiilé en vertu d'un arrêt du l'aïknieiit 
du 2'A mars l.'td.') (Arch. de la Marne, I), 2fi6' et (i, l'i'2!).— Arcli. révol. de Sézanne : 
1- liasse, 1 " dcissier. — P.-F. M"' : Notice snr Sézanne, p. î)7). 

Le principal du collège de .Sézanne était alors Armand-François Vitu, qui 
fut élu en 171)1 curé constitutionnel de la paroisse .Saint-l'ierre de Reims. Il 
avait remplacé Maigrot, curé de (Iliicliey, destitué par le Conseil de ville 
(Arch. de la Marne. C, .'MO. \'oir notice hiog., jj.-v"' de l'ordre du clergé 
du Hailliage^. 



VILLE DE Sl';ZANNE 10 

31. — Le Tiers étal demandera qu'il soit procédé à la révision 
des actes d'aliénations, concessions, engagements ou dénieni- 
bremenls des domaines de la couronne pour en vérilier les 
causes et conditions, reconnaître si ces causes sont encore 
existantes, à l'effet, dans le cas contraire, d'opérer le retour 
desdits domaines purement et simplement. 

32. — Que les règlements concernant la police et maintien 
des chemins de villes à villes, de villages à villages, et de tous 
autres, soient remis en vigueur ; que dans tous les cas les 
défrichements et labourages en soient défendus ; que la con- 
naissance des prévarications, usurpations et changements rela- 
tifs à ces objets, soit attribuée concurremment et par prévention 
aux juges royaux du ressort (1). 

Qu'en outre, les chemins séparatifs de terroirs connus dans 
la province de Champagne sous le nom de tertres ou fins de 
terroirs, demeureront conservés dans leur largeur et suivant 
leur ancien établissement, sans pouvoir également être mis en 
culture comme servant de pâturage et retraite aux bestiaux 
avant les récoltes (2). 

33 (3). (Modifié). — Les États seront priés de s'occuper des 
moyens d'encourager l'agriculture, en consécpience de régler 
que les seigneurs ne pourront planter sur les chemins vicinaux, 
le plus souvent pour leur seul agrément. 

34. -^ D'accorder des encouragements pour nourrir, élever 
et multiplier les bestiaux de toute espèce, à l'effet de s'affranchir 
des contributions que l'on paye à l'étranger, pour se procurer 
des laines, des suifs, des cuirs, des viandes salées, etc., etc. (4). 

35. — Les propriétaires et cultivateurs étant continuellement 
exposés aux dégâts trop multipliés par la multitude immense 



(1) Voir notamment Varrêt du Conseil du 6 février 1776, qui fixe la largeur 
des routes et chemins (reproduit par Dalloz : Voirie : t. Vi, p. 184 ; Xarrèt du 
Conseil du 18 novembre 1781, suivi de lettres patentes concernant les chemins 
et communications des villes, bourgs et villages qui ne font pas partie des 
grandes routes (Isambert : Recueil, Ihid., t. XXVII, p. 115, etc.). 

(2) En marge, entre ces deux articles : » Art. 20 ». 

(3) L'article original, avant les modifications apportées par Cochois, était 
ainsi conçu : « Les États seront priés de s'occuper des moyens d'encourager 
« l'agriculture et les plantations dans les différentes provinces, notamment 
« dans celles qui, comme la Champagne, ont un sol ingrat et qui ne peut être 
« fertilisé qu'à grands frais, auxquels les propriétaires et habitants des lieux 
« sont dans l'impuissance de suffire ». 

(4) En marge, entre ces deux articles, on lit : « Art. 21 ». 



20 HAILI.IAC.K DE SlvZANNK 

du gibier el des garennes, il esl inléiessanl, pour la conservation 
des récoltes, d'insister sur la nécessité de détruire la trop grande 
quantité de gibier, de la suppression desdites garennes el 
réserves, l'obligation de renlVriner les pigeons dans le temps 
des moissons et semailles, i-l sur la réforme des règlements, 
notamment <le l'arrêt de règlement du pailement de Paris du 
15 mai 1779(1), qui, par l'excès des lormalilés, apportent des 
entraves aux légitimes réclamations des propriétaires et com- 
munautés (2). 

'M. — Les droits de mutations résultant tles écbanges des 
fonds, s'opposant au progrès de l'agriculture et devenant une 
espèce d'imposition (jui gène la liberté dans la vente des terres, 
il serait avantageux (juc les Etats arrêtassent la suppression 
desdits tlroils. 

37(3).— Qu'il sera sollicité l'abolition des milices, (jui sont 
la principale cause de la dépoi)ulation des campagnes et forment 
une des servitudes les plus onéreuses au Tiers état. 

RccUimalions et demandes pdrlicuUères du Tiers étal de la 
ville de Sézanne (4) velaliveinent aux charges extraordi- 
naires de la province de Champagne, élection et ville de 
Sézanne. 

Le Tiers état demande que les États généraux prennent en 
considération que la province de Chamj)agne est une des 
moins riclies et des moins fertiles du royaume; 

Qu'elle a été cependant et (ju'elle est toujours écrasée sous 
le i)oi(ls insoutenable de tous les genres d'impôts ; (ju'il n'en est 
aucun {ju'elie ne supi)orte ; 

Que les impositions ordinaires, telles (jue taille, capitation, 
quartier d'biver, etc., y sont actuellement portées à un point 
excessif et dans une proportion inexacte par comparaison avec 
les provinces voisines et eu égard à l'ingratitude du sol ; 



(1) Anvl (lu l'arlenwnl tin 1') mai /77.9, 71// prcscril les formantes à observer 
pour le tloinnuitje qui tt pu être fail par le tjihier dans les terres ensemencées. 
(Cf. lii' lie (Huilons : cah. de (k'nion, p. 12.'), — et |)()iii- les pigeons : cali. 
d'AuInizcux, p. (M), et de I.a (laurc, j). ;iG7.) 

^'2) Cet artiele a sul)i (jiiel(|ues muditieatioiis de pure lorme dans sa rédac. 
tion. 

Kiitre les deux articles, ou lit : « I'i({eons. — Art. 22 ». 

Ci) Artiele ajouté par Coeliois et écrit eutiéreinent de sa main. 

(4) (>ochois a rayé ici les mots : « de la ville de Sézanue ». 



viLi.i-: DI-: SKZANM-: 21 

Que, dans celte position, le Tiers étot attend de l'esprit de 
justice et d'égalité qui régnera dans les délibérations des États ; 

Que, lors de la répartition générale de la contribution de la 
Nation, obtiendra les modérations (|ue la juste proportion doit 
lui assurer. 

La situation particulière de l'élection de Sézanne, située 
dans la province de Champagne, mérite encore une attention 
plus particulière parce qu'elle est plus malheureuse. 

Indépendamment de ce que cette élection supporte d'abord 
sa portion de la surcharge de la province, elle est encore grevée 
d'une manière particulière. 

Le Tiers état a droit de se plaindre que, depuis un nombre 
infini d'années, cette élection éprouve un surtaux exorbitant 
dans ses impositions ; 

Que l'assemblée provinciale n'a pu s'empêcher de le recon- 
naître; qu'il lui a été démontré que le marc de ladite élection est 
le plus haut et qu'il excède d'un cincjuième le marc commun 
de la province (1) ; 



(1) « Depuis longtemps, disait le bureau intermédiaii'e en 1788, l'élection de 
Sézanne gémissait sous le poids d'une taille monstrueuse et accablante ». Il y 
avait surtout l'arrêt de 1756 qui avait assujetti Sézanne au droit de lods et 
vente : « La ville de Sézanne, dit une délibération du i février 1791, est ruinée 

« depuis ce fatal arrêt Aucune ville du roj^aume n'a été plus malheureuse 

« que celle de Sézanne » 

Le rapport sur la taille présenté à la séance de l'Assemblée pro\inciale du 
1.) décembre 1787, constatait « que le marc ou taux commun du principal de 
la taille sur le revenu des biens-fonds, commerce et industrie, était, pour la 
Généralité, de 3 sols 2j3 de denier par livre de revenu. « Vous croiriez pou- 
voir en conclure, ajoutait le rapport, que ce taux est uniforme dans toutes 
les élections ; mais cette conséquence qui paraîtrait toute naturelle est 
absolument contrariée par le fait ; non seulement aucune élection n'a le taux 
pareil à celui de la Généralité ; mais dans les douze élections entières, il ne se 
trouve pas un seul taux qui ne soit différent de tous les autres. » Et, i)ar un 
tableau du taux au marc la livre particulier de chaque élection, le rapporteur 
démontrait que tandis que : 

à Sézanne il était de . 3^ IH 2/7 I à S'«-Menehould ilétait de \¥ 1' 1415 

à Eperna^- — 3* n^ 1/12 

à Troyes" — 2' 11'' 4/13 

à Chaumont — 2' 9'' 7/19 

à Reims - 2^ 8'' 19/20 

à Langres — 2* 7'' 7/15 



il 

à Joinville — 3^ 7J 13/25 

à \'itry — 3^ 5^ 3/4 

à Hethel — 3^ 5'' 9/10 

à Chàlons — 3' 3'i 4/5 

à Bar-s-Aube - 3' 2'i 3/4 



(Procès-verbaux des séances de l'Asseniblce provinciale de Champagne. — 
Châlons, imp. Seneuze, etc., p. 241.) 

— En 1789, ce même taux de la taille, déduction faite des rentes passives, 
était pour l'élection de Sézanne de 3 sols 7 deniers 12; celui des imposi- 



22 I5A II. LIAGE DE SÉZANNE 

Que celle disproportion est d'autant plus injuste que cette 
élection est privée de tous les uvanlages possil)les (1) ; 

Que son terroir est médiocre ; (jue. par sa nature et son peu 
(le débouchés, il ne donne lieu à aucun genre d'industrie ni 
commerce (2) ; 

tions accessoires au marc la livre de la taille de 16 sols 1 denier ÎV8 ; et celu' 
de la capitation de lô sols 1 denier .TS. 

Le total de ces inii)ositions jjour l'étendue de l'élection de Sézanne en 178!) 
était, on l'a vu à la préface, de 1(57, 183 livres 1(5 sols pour une population de 
ô,6ô6 chefs de famille roturiers, tandis que : 

Dans l'élection de Chàlons, pour une population de 17,503 chefs de 
famille roturiers, il était de 422,5191^ U-' ; 
» l'élection de Heims, pour une population de 37,5(53 chefs de 

famille roturiers, il était de 912,0041' i,i ; 
» l'élection de Tro\'es, pour une population de 27,(57(5 chefs de 

famille roturiers, il était de (522,0801' 1(5'; 
» l'élection de Rethel, pour une population de 15,148 chefs de 

famille roturiers, il était de 481,380i' 1(5^ ; 
» l'élection de \'itr3', jjour une population île 12,953 chefs de 

famille roturiers, il était de 430,4(511^ 15* ; 
» l'élection de Joinville, pour une population de 8,079 chefs de 

famille roturiers, il était de 2'25,894is 13» ; 
» l'élection de Chaumont, pour une population de 11,515 chefs 

de famille roturiers, il était de 242,633is 9* ; 
» l'élection de Langres, pour une population de 22,333 chefs de 

famille roturiers, il était de 424,(581i* (5'' ; 
» l'élection de Bar-sur-Aube, pour une population de 15,198 chefs 

de famille roturiers, il était de (553,543i^ 8* ; 
» l'élection de S''-Ménehould, pour une population de 9,512 chefs 

de famille roturiers, il était de 255,847i* 1* ; 
» l'élection d'Kpernay, pour une population de 9,587 chefs de 
famille roturiers, il était de 242,4561» 19». 
Bien (ju'étant la circonscription la moins peuplée, dans le ressort de l'élec- 
tion de .Sézanne, le chef de famille payait donc "281* 14» 2'i 5/6, tandis que dans 
l'une des |)lus peuplées, à Langres, il n'était imposé (|uc pour 18i» 1*2* 4 ■' 7/12 ; 
à Chaumont, 20'^ 11' 10' ; à Troyes, 22'» 2» 2'' 3/4; à Mar-sur-Aube, 22'» 17'' 3/4 
de deniers; il Chàlons, 23'^ 13» (v' 1/2 ; à Reims, 23'» 15» 5'' 1/2; à Épernay, 24'» 
17' 10' 3/10 ; à S'-Mcnehould, 26'» 6» 3<> 1/4 ; à Joinville, 27'» 2» 2-' 13/16; — 
Hethel et Vilry avaient seules atteint un taux plus haut en 1789 : le premier, 
31'» 2» 1/5 de denier; le second, 32'» 4» !•' 2/5. — Le taux moyen de la généralité 
était de 24'» 5' 7'' 1/2 par chef de famille. (i4rc/i. de la Mitrne, C, 2T2') : Tableau 
de 1(1 popuUilinn par chefs de famille cl de la réparUlion des impositions de 
l'année ilH'J sur chaque chef cl comparaison du l(tiix parliculier de chaque 
élection avec le taux commun de la <icnéralitê, suivant cette répartition.) 

(1 ) Sézanne avait maintes fois réclamé, en vertu de sa coutume locale, le 
privilège d'être déclarée de franc-alleu ; des arrêts (\u Parlement de Paris 
avaient jugé (|iie « cette coutume locale de Sézanne était sans autorité, que 
tout le territoire c|ui se trouvait compris dans l'enclave de ladite coutume 
locale de Sézanne était régi \)i\v la coutume générale de Meaux où le franc-alleu 
n'avait |)as lieu sans titre ». (Arch. de la Marne, C, Mil.) 

(2) lue amidonnerie s'était installée à Sézanne (Arch. de la .Marne, ('., 'i61}. 



VILLE DE SÉZANNE 23 

Qu'il n'y a aucune roule ; que cette voie serait la seule qui 
pourrait venir à son secours, mais jusqu'à ce jour ses instances 
et ses réclamations réitérées ont été infructueuses; 

Qu'enfin elle espère de l'Assemblée nationale la justice qui 
lui est due ; qu'à cet effet elle demande : 

1*5 Que, lors de la première assiette à faire des contributions 
de la province, son taux proportionnel ne puisse excéder le 
taux commun. 

2° Que, le plus tôt possible, la route ouverte depuis long- 
temps et commencée à grands frais pour sa communication 
avec la capitale et l'Allemagne, reconnue et avouée être la plus 
directe et la plus commode, sera achevée et perfectionnée (1). 

Il sera encore particulièrement représenté que la ville de 
Sézanne gémit particulièrement sous le poids de charges qui lui 
sont particulières et personnelles : 

Que les vins et boissons qui en sont une production princi- 
pales y sont, malgré leur extrême médiocrité, sujets à toutes 



Six tuileries fort anciennes, servant aussi de fours à chaux, « étaient de la 
plus grande utilité pour le paj's ; elles fournissaient des matériaux propres à 
bâtir et occupaient 60 personnes pendant la saison propre à ces ouvrages ». 
(Ibid., C, //72.) 

A défaut d'établissements industriels, une partie de la population ouvrière 
de Sézanne tissait pour la fabrique de Troj'es (Arch. de l'Aube, C, 2305). On 
avait tenté cependant d'établir des filatures à Sézanne et à Charleville-lés- 
Sézanne, de 1778 à 1787, pour le travail des mendiants. (Arch. de la Marne, 
C, 2006.) 

Quelques drapiers vendaient des soieries ; mais, mal approvisionnés, ils 
étaient en concurrence avec les marchands de Tro3'es et de Ljon qui, par 
ordonnances de l'Intendant des le"" mai 1782 et 24 avril 1787, avaient été auto- 
risés à vendre sur le marché de Sézanne, malgré la défense qui leur avait été 
faite précédemment par les officiers de police de cette ville. (Ibid., C, 506.) 

Des orfèvres avaient cherché à développer leur industrie à Sézanne : mais 
il n'en restait plus que deux, dépendant de la .jurande de Tro3'es ; ceux-ci, le 
8 mars 1788, avaient demandé l'établissement d'une maison à Sézanne, afin 
d'être dispensés de roi)ligation d'envoyer faire l'essai de leurs ouvrages à 
Troyes. Le subdélégué Moutier avait fait observer, dans son rapport, qu'ils 
faisaient si mal leurs affaires qu'un de leurs confrères venait d'être obligé de 
déposer son bilan. (Ibid., C, 506.} 

(1) La nouvelle route d'Allemagne fii" 7 de l'époque, actuellement iv 34), 
se dirigeant sur Vitry par Fère-Champenoise, était alors en construction, bien 
que la (Commission provinciale eût conclu à plusieurs reprises, notamment le 
26. juillet 1788, à son inutilité. L'intendant et les ingénieurs avaient fait cepen- 
dant commencer les travaux et démolir la porte de Notre-Dame, sous la 
direction de (Haiule Lambert et Charles Maigrot, conducteurs du département 
à Sézanne. (Dossiers de cette route. — Arch, de la Marne, C, 1511, 2,Slt et 
2,817.) 



24 HA II. MAGE DE SÉZANNE 

les esj)èces de droits d'aides, el à un laux qui n'a i)as lieu, ou 
qui n'a lieu (ju'en partie partout ailleurs, et que les employés de 
la régie sont eux-mêmes forcés d'en convenir (1); 

Que, consé([U('ninu'nt, elle est l'ondée à réclamer particu- 
lièrement sui- cet objet la justice des lOtats généraux. 

Il sera représenté encore cpi'un autre genre d'impôt semble 
avoir été conservé pour porter à son comble la misère des 
babilanls de cette ville ; 

Qu'elle est sujette à un droit de minage en nature sur tous 
les grains (jui s'y vendent, droit aussi préjudiciable à la ville 
(lu'onéreux aux cultivateurs qui y amènent leurs grains (2); 

Que ce droit se perçoit à raison d'un boisseau pai- vingt-buit ; 
que l'énormité de ce droit se fait sentir en tout temps, mais 
qu'il est j)arliculièrement accablant dans les temps de clieité ; 
(juil nuit absolument à l'approvisionnement des marchés et, 
par une suite nécessaire, augmente le prix de la denrée la plus 
essentielle à la subsistance commune ; 



(1) Le territoire de Sézanne comprenait 1,4.V2 arpents de vigne produisant, 
année commune, 4,000 muids de vin. — Au recensement de 1773 on n'en 
compta que 2,824. (Arch. de hi Marne, ('., 'i30.) 

Le droit d'octroi appartenant à la ville était appelé droit de coiirle-pinle. 
Etal)!! i)ar lettres i)atentès (\i\ 17 février 1()24, et toujours proro{,'é depuis, il 
était alTermê en 1744 : l,.')01i^ 10% et en 1780 : 1.700 livres. (Ihid., C, lO'i.) 

Dans un mémoire présenté en 17(i4 parles olliciers municipau.\ au contrô- 
leur général, à l'elTet d'obtenir la suppression de plusieurs droits d'octroi sur 
les boissons établis à Sézanne au profit du Hoi, il était dit : « On est en état 
d'établir que le fermier qui lève les droits dont on se plaint a trouvé, dans le 
produit des deux dernières années, de quoi acquitter au-delà le montant de la 
finance pom* le remboursement (!<• laquelle lesdits droits ont été établis, et 
qu'il a eu pour gain les sept dernières années de ce premier établissement 
montantes, jiour ce cjui concerne Sézanne seulement, à près du cjuadrupie en 

principal de la finance Les suites malheureuses de cette augmentation 

excessive des droits sur les vins sont telles (|uc j)lus d'un tiers des vignes du 
terroir reste inculte et abandonné. Chaque jour de marché offre le triste 
spectacle de jilusieurs ventes à l'encan, qui se font en même temps, de meubles 
et d'cITets saisis et exécutés. Les sujipliants ajouteront (jue, dans le nouveau 
contrôle qu'ils ont fait de toutes les maisons de la ville et faubourgs pour 
asseoir les logements des gens de guerre, ils ont trouvé cinquante maisons 
vacantes et abandonnées et plus de deux cents autres où il n'y a d'autre lit 
que la paille. » Hn conséquence, ils demandaient : 1" la suppression du droit 
des courliers-Jaugeurs qui avaient déjà produit huit fois et au-delà le montant 
de la finance des ollices municipaux ; 2" la restitution par le traitant, ))our 
ffircement de la perception, d'une somme de 24,2.')8i". — (k'tte demande resta 
sans succès. (Arch. de Ut Marne, (l, lO'i.) 

(2) Le «lernier membre de phrase de ce |)aragiapbe a été ajouté en marge 
par Locliois. 



VILLE DE SÉZANNK 25 

Que ce droil n été supprimé ou réduit à un taux très 
uiédiocre dans différentes villes, notamment à Provins; 

Que tout se réunit pour ([ue Sézanne soit traité de la même 
manière ; 

Que cette suppression ou réduction seront (sic) d'autant plus 
faciles à exécuter que ce droit appartient au chapitre de Saint- 
Nicolas de Sézanne, dont les prébendes sont à la collation du 
Roi, et qu'il est aisé de pourvoir à l'indemnité dudit chapitre 
par moins de bénéfices (f ). 



(1) Il existait à Sézanne deux foires franches de huit jours chacune : la 
première s'ouvrait le leudemain de la fête de Saint .Iean-Baj)tiste, en juin, et 
la seconde le 3 novembre ; elles furent établies par lettres patentes d'octobre 
lfi3.3, pav Louis XIII, confirmées par Louis XIV' qui donna d'autres lettres 
patentes à ce sujet au mois de mai ](i84, lesquelles furent enregistrées en la 
Cour des aides contradictoirement a\ec le fermier des aides cjui, par arrêt 
du 80 décembre 1084, fut débouté de son opposition à cet enregistrement. 

Il se tenait encore dans la ville, annuellement, deux autres foires : l'une le 
jeudi de la semaine de la Passion ; l'autre le (i décembre, jour de Saint-Nicolas ; 
mais pendant ces deux foires, qui n'étaient considérées que comme des marchés 
ordinaires, il n'y avait aucune espèce d'exemption et les droits étaient perçus, 
savoir : à l'égard de la première par le prieur de Saint-Julien de Sézanne, et à 
l'égard de la deuxième au profit du Roi pour un tiers et pour les deux autres 
tiers au profit du chapitre de Saint-Nicolas de Sézanne. 

Au sujet de ces foires le subdélégué Moutier écrivait, à la date du .'50 déc. 
1779 : « Il n'y a cjue celles delà Saint-Martin et de la Saint-Jean qui pourraient 
« être plus considérables ; elles étaient totalement oubliées ; elles ne revivent 
« que depuis douze à quinze ans. Aucuns commerçants ne les fréquentent, et 
« la vente se borne à quatre ou cinq cents pièces de vin qui s'y vendent en 
« exemption de droit. On n'y contracte aucun engagement ; le vigneron ne 
« vend son vin qu'argent comptant. » (Arch. de lu Marne, C, 'i8l.) 

— Sur le droit de minage et mesurage pesant sur le marché, voir les 
quelques renseignements fournis à la préface. — Arch. de la Marne, C, 399 : 
Registre pour l'enregistrement des extraits du minage de la ville de Sézanne, 
envoyés tous les samedis au greffe de la subdélégation de Sézanne, puis du 
district, de 1784 à 1792. — C, 't09 : Dossier sur la suppression et le rétablisse- 
ment du droit de minage de Sézanne appartenant au chapitre Saint-Nicolas de 
cette ville ; etc. — C, 70't : Conversion de ce droit en nature (1770-1775). — 
Arch. /«=•'«* de Sézanne, fonds révol., Ktats généraux, liasse D : correspon- 
dance de l'intendant Rouillé pour la suspension de ce droit, de mars à 
mai 1789. 

.\u sujet des autres droits qui se percevaient sur le marclié de Sézanne, le 
subdélégué Moutier écrivait à l'intendant, le 17 février 1789, tout d'abord qu'il 
n'existait dans la ville « aucunes charges de courtiers et agents de change, 
offices de jurés aulneurs, commissions de portefaix dans les douanes ou sur 
les ports ). ; il ajoutait : « C'est au Roi qu'appartient le domaine de Sézanne ; 
« du nombre des droits de ce domaine sont ceux connus sous le nom de poids 
« <//j lioy et de (onnil, qui ont rapjjort au commerce et qui sont affermés : le 
« premier consiste dans un droit de quatre sols par cent pesant pour toutes 



26 BAILLIAGK I)K SKZANNE 

Que les dépulés aux l-^lals généraux seront chargés de 
demander la suppression des maîtrises et jurandes des arts et 
métiers dans les ville et faubourgs de Sézanne, n'étant d'aucune 
utilité dans les petites villes semblables et ne servant qu'à en 
écarter l'industrie et empêcher les établissements (1). 

Fait et arrêté en l'assemblée générale du Tiers état de la 
ville de Sézanne, tenue cejourd'hui 5 mars 1789, par-devant 
nous, Guillaume-Nicolas-Pantaléon Moutier, conseiller du Roi, 



« marchandises qui se vendeutau poids sur les foires et marchés de cette ville, 
« que le vendeur est tenu de faire peser aux balances et poids du Hoi tenus à 
« cet effet par le fermier; ceux connus sous le nom de lonnil sont de petits 
« droits dej)uis tiois deniers jusqu'à trois sols et perçus par les fermiers du 
« domaine sur les mêmes denrées, volailles et petits porcs, qui se vendent sur 
« les foires et marchés de cette ville et dont j'ai fait tirer l'état ci-joint. » 
(Moutier joij^nait à sa lettre un tarif détaillé des droits de tonnil qui se perce- 
vaient au profit du domaine de Sézanne sur les marchés de la ville, avec les 
huit sols par livre établis par l'édit de 1771 et les deux nouveaux sols par livre 
établis par édit du 10 août 1781). Moutier continuait : « Quoique ces droits ne 
« tombent i)as sur des objets de grand commerce, néanmoins ils forment sur 
« le public un poids d'autant plus onéreux qu'ils gênent l'approvisionnement 
« de la ville sur des choses qui, pour la j)iui)art, sont de i)remière nécessité, 
« et, puisque l'intention du Conseil est d'affranchir le commerce et de lui 
« procurer la plus entière liberté, pourquoi ne se déterminerait-il pas à 
« supprimer des droits de cette nature dont le revenu est peu de cliose i)our 
« le Roi et dont la perception fatigue le puljjic et gène raj)i)r()visionnement 
« d'une ville. « 

Et Moutier émettait les mêmes vœux que le cahier pour le droit de mi- 
nage : « C'est dans cette même vue, disait-il, que je vous remets sous les 
« yeux le droit exliorbitant de minage et mesurage qui se perçoit sur les grains 
« vendus en cette ville au profit du chapitre de Saint-Nicolas ; ce droit, qui 
« consiste dans une chopine par boisseau, fait la vingt-huitième partie des 
« grains. — Vous concevez combien un pareil droit est gênant pour le com- 
« merce et que surtout, dans ces temps de clierté, il écarte tous les cultiva- 
« teuis des marchés de cette ville qui ne sont jamais apjjrovisionnés conve- 
« nablement. Ne serait-il donc pas possible de supprimer un droit aussi 
« onéreux ou au moins de le réduire au taux des autres villes, sauf à indem- 
« niser le chapitre, soit en y attaciiant un bénéfice, soit de toute autre manière; 
« il me semble que c'est là un des objets essentiels (|ui rentrent dans les vues 
« du gouvernement. » 

Kl, au sujet des dioits seigneuriaux. Moutier disait en terminant : << Quant 
« aux droits que se perçoivent |)ar les seigneurs sur les fo'res et marchés de 
« ce déi)artenient, ils ne consistent que dans le loyer que les fermiers des 
« seigneurs perçoivent pour les places sur la halle les jours de foires, et cpii 
« n'excèdent pas trente sols par chaque marchand ; les marchands ne trouvent 
i( pas ce droit onéreux ; ils sont dans l'usage de le payer partout ; il n'y a, au 
« surplus, que les paroisses de Courgivaux, Anglure et Saint-.Iu^t où il y a 
(' des iialles et où ce droit se perçoit. » (.Irc/i. de lu Marne, ('., 'iSt.j 

(]) Voir pièce annexée à la suite du cahier. 



VILLE DE SKZANNE AI 

lieutenant général du bailliage de Sézanne, et signé de tous les 
habitants présents à ladite assemblée. 

HiVOT, HOULLIER DE SaINT-ReMY, HoULLIER DE LaINAY, 

Barost, Rover le jeune, etc Cochols, 

DE Lorne, Moutier. 

(141 signatures.) 



PIECE ANNEXEE 

NOTA. — Plusieurs corps et métiers de Sézanue protestèrent contre le 
dernier article ci-dessus du cahier de la ville de Sézanne, article qui fut 
reproduit dans le cahier général du bailliage. — Les marchands boulangers 
adressèrent aussitôt au Directeur général des finances Necker le mémoire 
suivant, qui constitue un curieux document pour l'histoire économique de 
cette cité : 

MÉMOIRE adressé à M. le Directeur général des finances par MM. les 
syndic, adjoint, corps et comnuinanté des marchands boulangers 
de la ville de Sézanne-en-Brie. 

Les sj'ndic, adjoint, corps et communauté des marcliands tioulan- 
gers de la ville, faubourgs de Sézanne-en-Brie, diocèse de Troyes, 
généralité de Chàlons, ont l'honneur de représenter à Votre Grandeur 
les objets qui les intéressent autant que le public, et ils se flattent 
qu'en s'adressant à un ministre dont le plus bel éloge est la vertu 
pour le bien des peuples, dont les rênes du Gouvernement sont 
confiées, il ne manquera pas d'y applaudir en leur donnant toute la 
sanction qu'ils méritent. 

Article U'i-. — Les suppliants ont été instruits qu'à l'assemblée 
générale tenue à Sézanne le 5 mars dernier, on demande la suppres- 
sion de tous les arts et métiers ; mais les suppliants ne craignent 
point qu'elle ait d'effet pour eux, attendu les abus qui en résulteraient, 
mais ils demandent comme citoyens, comme pères de famille, à être 
admis aux délibérations de la ville qui intéressent la commune, celle 
de nommer et voter pour les maires et échevins, ainsi que cela se 
pratique dans toutes les villes, conformément à l'art. 5 de l'édit du 
mois d'août 1776 (1). 

Art. 2.— On a demandé aussi la suppression de la banalité générale, 
et, comme les suppliants sont obligés d'en supporter le joug, ils 
demandent qu'en la détruisant on leur accorde le moulin ordinaire 



{1i Édit d'août 1776 portant modification de l'édit de février 1776 snr la 
snpprcssion des jurandes, reg. au Pari, le 28 Août. (Isambert : Recueil ibid., 
t. XXIV, p. 74.) 



2S HAII.I.IAdK 1)1-; SKZANNE 

aux offres de le payer entre eux, et (jiraiiciin, sous tels prétextes que 
ce soit, puisse moudre ailleurs ; la coninuinauté étant établie d'une 
manière fixe et permanente par édit du Roi du mois d'avril 1777, 
l'Assemblée a demandé cjue la banalité du MouIin-le-Roi, appartenant 
aux Dames abbesses et relij*ieuses d'Argensolles, soit supprimée : en 
conséquence, la communauté des boulangers demande cpie ledit 
moulin leur soit abandonné à |)erpétuité, en jjayant une redevance 
annuelle telle (|u'il plaira fixer par les Htats généraux, attendu qu'il 
n'y a que les boulangers et pâtissiers qui soient assujettis d'aller à ce 
moulin, et (jue si les Htats généraux ne supprimaient pas les bana- 
lités ni ne jugeaient point à propos d'accorder la jouissance dudit 
moulin, la communauté demande qu'en cas d'accord comme dit (;s{(sic) 
dudit moulin, la justice et police intérieure lui soit confiée. Quoicjue 
le succès ait répondu à leurs désirs et que l'édit de 1777 (1), par un 
sage règlement, ait supprimé tous les abus qui leur étaient nuisibles 
et qui s'opposaient à leur concurrence, cependant ils se trouvent 
extrêmement gênés dans leur commerce et même exposés à des ])crtes 
considérables par la banalité à laquelle ils sont assujettis de ne 
pouvoir faire moudre leurs grains qu'au Moulin-le-Hoi ap])artenant 
aux Dames abbesses et religieuses d'ArgensoUes. C'est ce qui va être 
démontré avec la plus grande évidence : le meunier actuel, qui 
est locataire depuis ])lusieurs années dudit Moulin-le-Roi, ne pratique 
qu'une seule manière de moudre les grains : c'est la mouture à la 
grosse; encore l'exécute-t-il fort mal. La mouture économique est 
l)Our lui une science tout à fait ignorée ; il n'en connaît ni la méca- 
nique, ni l'effet et les grands avantages (2). 

Akt. 3. — Les suppliants demandent (|ue le nombre des membres 
de leur communauté soit lixé, sans pouvoir l'augmenter. la poj)ula- 
tion de la ville de Sézanne nétant que de 1,000 babitants ou envi- 
ron (3); que les syndic et adjoint tiendront la main à ce (|u'il y ait 
dans ledit moulin un fléau de fer, garni de ses ])()ids bien étalonnés, 
pour peser les blés et farines (|u"ils rendront à chacun desdits bou- 
langers. 

Aht. 4. — Que les syndic et adjoint tiendront aussi la main à ce 
(ju'il y ait dans ledit moulin une personne choisie |)ar eux pour faire 



(1) Éiiil d'aoril 1777, porlanl supjircssion des camnmnaulrs d'arts el mé- 
tiers ri-deiuiiit élaldies dans les villes du ressort du Paris, el eréalion de 
iwiii'elles cfunniiinaiilés <lans celles ilesdites rilles dont l'état arrêté an Conseil 
est annexé au présent édit : rcf,'. :ni l'arl. le 20 juin 1777 uitc- pai- Isamhkht, 
t. XXIV, p. :«»:i.) 

VI) Arrli. de la Marne. ('., 'itUi : Droits de b:in;ilité :i .Sézanne. Conespon- 
(laiicc entre riiiteiuiant de la (,'éiiéralité, le minislie Neckcr et le suixieléguè 
de .Sézaniie, relativement à un plaeet des houlaiifjeis de .Sézanne demandant 
la franeliise de la banalité dn moulin des reli}{ieusesd'Arj{ensolles.— I/abbaye 
d".Ai>;cns()lles était située dans la vallée de .Moslins. au sud d'Kperna,\ . 

(3) On a voulu dire évidemment 1,00(1 feux (\'. procès-verbal et note 1, 
p. :j et 4). 



VILLE DE SEZAN'NE 29 

aller ledit moulin, y avoir un boisseau, une mouture bien étalonnée, 
conformément à l'ordonnance de 1()73 (1), afin que chaque boulanger 
puisse j)aycr le droit de mouture à cliaque fois ou ne se servira de 
la moulure que quand il n'y aura pas dix-huit boisseaux, et en ce cas 
que lesdits boisseaux, mouture, tléau, poids et balances ne se trouvent 
pas justes, que lesdits syndic et adjoint seront garants, sous telle 
peine ou amende qu'il appartiendra, suivant la déclaration du Roi 
portant que les syndics recevront le blé au poids et rendront de même 
la farine au poids, suivant le règlement du mois de juin 1373 (2), 
règlement et ordonnance du roi de 1757 (3). 

AiiT. 5. — La communauté des boulangers demande qu'il n'y ait 
plus de fours chez aucuns meuniers et autres ; qu'il soit permis aux 
syndic et adjoint de faire abattre les fours dudit moulin, également 
ceux des autres meuniers pour qu'ils ne fassent plus le métier de 
boulangers, ce qui fait un tort infini à ladite communauté, et que 
défense soit faite aux communautés d'arts et métiers d'avoir des fours. 

Art. 6. — Que la personne préposée sera tenue d'engrainer le blé 
sac par sac, de les faire monter l'un après l'autre et mettre la farine 
dans chaque sac. 

Art. 7. — La communauté représente que, dans ledit moulin, il y 
avait souvent des sacs de blé de perdus, et d'autres fois c'était des 
sacs de farine ; et que, pour empêcher ces pertes de sacs, qu'il était 
nécessaire qu'on fût obligé d'avoir un registre où l'on inscrirait les 
noms des boulangers qui enverraient du blé et marquerait la quantité 
du grain qu'on recevra ensemble le jour de l'envoi. 

Art. 8. — Demande qu'il soit encore tenu un autre registre où l'on 
inscrira les noms des boulangers, comme par le précédent, et mar- 
quera la date du jour du renvoi des farines et marquera aussi la 
quantité des farines que l'on rendra, conformément à l'article 42 des 
lettres patentes de 1757, et la personne sera tenue de représenter 
lesdits registres qui seront cotés et paraphés par chaque boulanger 
autant de fois qu'ils le jugeront à propos. 

Art. 9. — Qu'il soit défendu à la personne préposée à la garde 
dudit moulin de faire moudre d'autres blés et faire de farine que pour 
la nourriture des hommes, et non pour celles des animaux. 

Art. 10. — Que la communauté des boulangers, par ses syndic et 
adjoint, soit autorisée à faire visiter ledit moulin avant que d'engrai- 
ner, et, pour obvier aux fraudes, examiner les meules ; si la meule 



(1) Art. 11 de l'Ordonnance de commerce de mars 1673, reg. p. p. le 
23 mars, (Isambert : Recueil, ibid., t. XIX, p. 92.) 

(2) Il s'agit sans doute des lettres patentes de juillet 1372, portant que le 
prix du pain sera fixé selon le prix du blé. (Isambert : ibid., t. V, p. 374.) 

(3) Il doit y avoir encore une erreur dans la transcription des chiffres; le 
rédacteur de ce mémoire a dû penser aux règlements de la Politique (jénérale 
du roijaume, des 4 février 1.Ï67 et 21 novembre 1577, qui avaient pour objet de 
fixer et de réduire le prix des denrées, notamment des grains, du pain, du vin, 
etc. (Isambert : Recueil, ibid., t. XIV, p. 220 et 341.; 



30 HAILI.IAGK I)K SÉZANNE 

de dessous graine par des endroits inconnus et d'examiner s'il n'y 
aurait pas un auge par derrière où la farine se conduirait par des 
corps inconnus auxdits boulangers ; et d'examiner la meule courante 
qui fatigue la plus, alin de voir si elle n'est |)oint dénature graveleuse. 
Cet inconvénient occasionne les suites les plus fâcheuses pour la 
santé par le mélange des jnuiicules pierreuses aux farines ; et pour 
tenir la main à ce (jue le garde dudit moulin soit tenu et obligé 
d'avertir les syndic et adjoint de ladite connnunauté à chaque 
réhabillage ; ciu'il sera tenu de faire passer (|uatre boisseaux de son 
dessous les meules, cl après deux de blé froment, et même en 
])résence du syndic ou de l'adjoint ; d'après cela, ledit garde-moulin 
pourra engrainer les blés des boulangers. 

AuT. 11. — I.es syndic et adjoint seront tenus d'examiner que le 
coffre (pii entoure les meules soit rond, et les planches (|ui le ferment 
exactement jointes, et à ])eu de distance des meules ; que ledit coffre 
ou cercle n'en soit éloigné ([ue d'un pouce et demi ou deux })ouces au 
plus. 

Art. 12. — Que la communauté des boulangers, pour le bien public, 
aura la jouissance du grenier (|ui environne la trémie du nuiulin, où 
on engraine le blé jKHir le faire moudre ; que les boulangers |)our- 
ront faire (léjîoser leur blé dans ledit grenier, afin qu'ils aient la 
facilité de le nettoyer ou de le faire nettoyer, parce que les laboureurs 
ne s'en donnent pas la peine, attendu, disent-ils, que le blé est cher et 
cpi'ils le vendent autant comme s'il était bien criblé. Ladite communauté 
sera obligée d'entretenir ledit grenier et de fournir des cribles de fil 
de fer, des corbeilles s'il en est besoin, et d'entretenir les escaliers 
pour monter audit grenier. Le bas du dessous dudit grenier servira 
pour mettre les farines et même du blé dans des sacs qui seront placés 
sur des chantiers, parce que ledit moulin est humide, se trouvant 
enterré par le chemin qui passe tout à côté, dont les terres excèdent 
et sont rehaussées de huit à neuf pieds; sur le bout d'en haut, et der- 
rière ce moulin les terres sont hautes au moins de dix pieds ; ([u'il n'y 
aura point d'écuries près le moulin, mais bien dans la cour où il n'y 
aura des chevaux que pour le service dudit moulin, parce que celui 
qui le tenait (le] faisait ; et cju'il n'y pourra avoir d'autres animaux 
quelconcpies, ce (jui est cause que ce moulin fourmille de toutes sortes 
d'insectes et rendent une odeur extrénu'ment fétide qui endonuuagent 
les blés (pii y séjournent plus de quinze jours et même plus d'un 
mois, surtout (piand les eaux sont basses. 

Aht. 13. — Que la personne préj)osée par la coninuinaulé sera 
tenue, connue i)ar le passé, d'aller chercher le blé <I:mis les ma- 
gasins des boulangers ou dans les greniers des laboureurs ou 
autres, ou dans les marchés (pi'ils auront achetés, ef, aussitôt que 
les blés seront moulus, ladite personne sera tenue et obligée de 
ramener toutes les différentes sortes de farines, son et recoupe, auxdits 
boulangers. 

Amt. m.— Qu'il sera fait défense de prendre ou de retenir des sons 
ou des recoupes sous prétexte d'avoir bluté Icsdites farines, sous peine 



VILLE DK SKZANNE 31 

de restitution et de cinq cents livres d'amende envers les pauvres de 
ladite ville, et en cas de récidive, d'être renvoyé dudit moulin. 

Akt. 15. — Que défense sera faite de [ne] plus, à l'avenir, faire 
moudre aucun blé appartenant aux particuliers et à toutes autres 
personnes quelconques, attendu que la communauté des maîtres 
boulangers a bien de la peine d'être fournie, qui éprouve journellement 
des retards considérables, manque de farine et ne peut par conséquent 
fournir le public de pain comme elle le jugerait. 

Art. 16. — La communauté demande que, dans le cas où la bana- 
lité ne serait point supprimée, le règlement ci-dessus fût exécuté en y 
ajoutant que le meunier sera tenu à s'}' conformer à peine d'amende, 
qu'il ne lui sera pas permis de faire mettre des roues neuves audit 
moulin sans y appeler le syndic et adjoint et même la communauté, 
ni de démonter la roue actuelle, ni de toucher à la rillère ou au per- 
tuis et à l'auge qui conduit l'eau sur la roue, parce que ce moulin est 
placé fort avantageusement pour avoir un saut d'eau fort haut et par 
ce moyen pouvant moudre très habilement une grande quantité de 
grains, comme aussi qu'il sera loisible aux boulangers de payer la 
mouture en argent sur le prix qui sera fixé par les États généraux. 

Art. 17. — Que défense soit faite aux meuniers ou propriétaires du 
Moulin-Fallot, qui est au-dessus et avant le Moulin-le-Roi, lequel 
autrefois n'était qu'un petit moulin à foulon qui tournait en dessous, 
de ne plus augmenter la roue dite du Moulin-Fallot et de ne plus 
retenir les eaux en haussant les auges de ce dit moulin, lequel sera 
remis pour tourner au-dessous, ainsi qu'il est ci-devant dit ; il en 
résultera un grand avantage pour le bien public parce que le ruisseau 
fournira plus d'eau, laquelle aura son écoulement plus libre. 

Art. 18.— Que défense soit faite au meunier, propriétaire ou loca- 
taire du moulin à tan qui est au-dessus du Moulin-le-Roi, de ne plus 
agrandir la roue de ce moulin ni d'en élever les auges, parce que cela 
ferait noyer la roue dudit Moulin-le-Roi, ce qui cause des torts consi- 
dérables aux boulangers d'être fournis de farine. 

Art. 19.— La communauté des boulangers demande la réformation 
de l'ordonnance de M. le Lieutenant général de la ville, faubourgs et 
banlieue de Sézanne : 

lo Que, par ses ordonnances et règlements de police, l'ouverture 
des sacs exposés les jours de marché, ait lieu savoir : depuis Pâques 
jusqu'à la Saint-Remy à neuf heures du matin pour les mêmes grains 
de toutes espèces, jusqu'à dix heures pour les bourgeois. Cette heure 
devrait être à huit heures du matin jusqu'à neuf heures pour les 
bourgeois et pour le bien des laboureurs de la ville et des environs 
de Sézanne qui fournissent le marché. Aucun marchand n'amène du 
grain à Sézanne pour le vendre, le terroir de Sézanne et ceux des 
environs produisent une fois plus de grain qu'il n'en faut, et même 
deux fois ; 

2o A l'égard du blé froment et du seigle, à dix heures jusqu'à midi 
pour les bourgeois ; pour les boulangers et pâtissiers, à midi. Pour à 
l'égard de l'heure, elle devrait être mise à neuf heures du matin au 



32 nAII.I.IAdK 1)K SK/.ANNE 

lieu (le dix pour le bien public, surtout des vi-fiierous et ouvriers (|ui 
sont deux classes plus considérables (|ue la classe bouri^coise ; encoi-e 
ne se trouvent-ils |)as toutes les lois au marché; 

3" Les vij^nerons et autres ouvriers travaillant dans les champs, 
sitôt que leurs achats seraient fait retourneraient à leurs travaux ; 
cette ordonnance leur fait un grand tort et pareillement aux labou- 
reurs qui ne peuvent pas vendre avant l'heure arrivée, ce (|ui leur 
préjudicie bcaucouj) ; ils ne peuvent i)as profiter des grands jours 
que Dieu leur accorde |)our leur travail. Tous les gens de campagne 
pourraient faire leurs affaires dans la matinée, et ils auraient l'après- 
midi pour s'en retourner chez eux, pour avoir vue sur leurs travaux ; 

4" Les boulangers et pâtissiers ne peuvent i)as acheter avant 
l'heure. Les laboureurs sont au marché à attendre les marchands de 
grains, et les boulangers essuient dans l'été la plus grande chaleur et 
dans l'hiver le plus grand froid. 

Aht. 20. — La communauté demande qu'il lui soit permis de .se 
présenter aux marchés à onze heures et que |les| marchands de grains 
ne s'y présentent pas devant midi, afin (|uc les boulangers aient le 
temps de faire leur provision. 

La même communauté demande que l'arrêté de la (>our du Parle- 
ment de Paris, rendu entre le procureur général et les boulangers de 
La Hochelle, qui contient un tarif pour la taxe du pain et qui ordonne 
que le pain sera taxé suivant ce tarifa la Hochelle, du 30 août 1786, 
soit rendu commun dans toute son étendue. 

Dans une ville comme Sézannc, où l'on doit moins esjîérer de bons 
effets de la concurrence et où l'on suppose d'ailleurs les boulangers 
en moins grand nombi'e, la taxe du pain y paraît nécessaire. .MM. les 
ofliciers de police président eux-mêmes à cette taxe ; les mesureurs 
de grains sont chargés de rendre compte aux entrepreneurs du 
minage du jjrix (jue le grain s'est vendu ; après (|uoi Icsdits entrepre- 
neurs font les extraits qu'ils délivrent à MM. les ofliciers de police 
aussitôt, afin de les mettre à portée de faire la taxe du jjain ; mais 
souvent ce n'est cpie trois semaines, un mois et quekfucfois six 
semaines, qu'ils en ordonnent ou l'augmentation, ou la diminution. 11 
en résulte plusieurs inconvénients : le peuple, toujours aux aguets 
sur le |)rix du pain et (jui, pour gagner deux deniers par livre de pain, 
va perdre une matinée à courir d'une extrémité à l'autre de la ville ; 
les boulangers, voyant que MM. les ofliciers de police n'augmentent 
pas le pain, ne cuisent pas ; si les boulangers cuisent, le |)euple aisé 
s'aj)provisionnera pour dix ou quinze jours, et d'autres (jui n'ont pas 
le moyen de faire provision crient misère, ('/est donc alors (pi'il serait 
à propos de taxer le pain, à l'instant même où le |)rix du blé vient 
d'être déterminé, sans attendre un si long intervalle (|ui nuit toujours 
aux boulangers et encore plus au public, en lui faisant manger son 
pain tantôt au sortir du four et tantôt troj) rassis, et encore très sou- 
vent ne s'en trouve-t-il plus dans les bouticpies desdits boulangers. 

(!e mémoire, Monseigneur, demande célérité. Nous espérons (|ue 
Votre (Irandeur voudra bien y avoir égard, attendu (|ue c'est pour le 



ALLEMANCHE ET LAL'NAY 33 

l)icn pul>lic. Pcrnicttez-nous, Moiisei,i,nicur, de vous assur(>r des vœux 
les plus sincères (juc nous adressons à l'I^Ire sui)rènie pour !a pi-os[)é- 
rité et prolonjfatiou de vos j)réeieux jours. 

Le corps de la communauté des maîtres boulangers de la ville de 
Sézanne. 

Signé : Pierre-Denis Pinard, S3'ndic ; Jean Flamkxt, adjoint ; 
GuvoT, Bkauy, Louis Mugahu. 

(Arch. mit., Biu, i'i't.) 



ALLEMANCHE ET LAUNAY 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE.— « Allcnianche, 
à dix lieues N. N. O. de Tro3'es, sur un coteau, dans la vallée duquel 
coule le ruisseau de Saudoy, qui va se jeter dans l'Aube auprès 
d'Anglure ; Launay, dans la prairie, à une demi-lieue N. d'Anglure. » 

— Gén. de Chàlons ; élection de Sézanne, coutume de Meaux ; 

— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Hemy, à la 
collation de l'évêque de Troyes ; — jjoste, grenier à sel de Sézanne. 

Aujourd'hui : canton d'Anglure, arrond. d'Épernay (1). 

— Dénombrement de 1773-1788 : 24 feux roturiers et 1 ecclésiasti([ue. 

— Population : 45 hommes, 36 femmes, 8 garçons, 4 fdles : soit 
93 habitants. — Recensement de 1906 : 182 habitants (avec Soyer). 

— Seigneur : François-Mathieu Du Port, conseiller de grand'- 
chambre au parlement de Paris, seigneur d'Anglure. 



(1) Ces deux localités ne formaient qu'une collecte composée, en 1788, de 
2(5 feux, dont 18 à AUemanche et 8 à Launa}', considérée comme annexe de la 
première paroisse. Cependant, chacune d'elle avait une église particulière, 
desservie, il est vrai, par lui même curé, et ayant un même seigneur. En 1752, 
ce dernier, M. de Cabanel avait, avec divers jiropriétaires de t.aunay, demandé 
à être dispensé de contribuer à la réparation du presbytère d'Allemanche ; 
I.auna}' n'était pas, selon eux, une annexe d'Allemanche, mais bien une 
jiaroisse distincte (Arch. de la Manie, C, 338). — D'ailleurs, toutes deux 
n'avaient qu'une seule communauté, étaient imposées sur les mêmes rôles, 
n'avaient qu'un sj'ndic et des collecteurs communs et, en 1787, elles ne 
nommèrent qu'une assemblée communale. « Les habitants de l'une ni de 
« l'autre paroisse, ajoute le bureau intermédiaire de l'élection de Sézanne en 
« 1788, n'ayant formé aucune plainte de cet arrangement, il y a lieu de prè- 
« sumer qu'ils en sont contents; pourquoi le bureau intermédiaire estime 
« qu'eu égard surtout au petit nombre de feux que comprennent lesdites 
« paroisses, il y a lieu de laisser subsister les choses dans l'état actuel. » 
(Etal dressé par le bureau intermédiaire de l'Assemblée d'élection de Sézanne, 
au désir des instructions du 4 octobre 1787, pour faire connaître si, dans 
l'élection, il se trouve des communautés à réunir ou à diniser, etc. — Ihid., 
C, 2718.) — Les deux paroisses sont restées réunies, et aujourd'liui encore 
elles forment une seule commune. 



34 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— CMré : Pierre-Joseph Colle. 

— Territoire : 1,536 arpents de terres labourables, 10 de jartlins 
ou chènevières, 3 de prés, 15 de bois (l) (exploités par les taillables 
propriétaires et fermiers). — Récoltes (an. conu» : 756 boisseaux de 
froment (112 pour 1 de la semence) ; 4,642 de seigle (112 pour 1); 
784 d orge (112 pour 1); 7,340 d'avoine (2 pour 1). — 10 laboureurs 
à 1 charrue. — 47 chevaux; 99 bétes à cornes ; 250 à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3' 11 «^ 3 4. — Capitation : 31 sols 
pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : taille, 500 (en 1785) à 540 
(1778 et 1787). — 1788 : 540 livres pour un revenu de 2,797' 5. — En 
1789 : taille : 510 livres; — imposition accessoire : 410 livres ; — capi- 
tation : 390 livres ; — total : 1,310 livres. 

— Dîmes : .\ .\llemanche, 1 3 pour l'abbé de Rebais, 1/3 pour 
l'abbesse du Paraclet, 1 3 pour le curé; — à Launay : parle doyen de 
Gave pendant deux ans, et le curé la troisième année. 



ANWLYSE DU PROCES-\'ERBAL. [Le \illage d'.\IIemanche et son 
hameau Launay, étaient, en 1789, composés de 28 feux. — L'avis 
pour les États généraux fut lu et publié le I'-t mars 1789. — Le 6 mars 
suivant, les habitants se réunirent sous la présidence de Joachim 
NoBLOT, lieutenant au bailliage, chàtellenie et grurie d'Anglure- 
sur-Aube, « duquel dépend le village d'.\llemanche et celui de Launay 
son hameau », assisté d'un gretïier-commis à cause du décès du 
greftier ordinaire. — Le procès-verbal constate la présence de Pierre 
Drouard. Claude Fossoyeux, Pierre Delaître, Claude Maclin, Hubert 
Delaitre, Nicolas Rousseau, Sébastien Bourgeois, François Fossoyeux, 
Georges Drouard, Laurent Cartier, Pierre Cartier, Louis Drouard, 
Hubert Drouard et Jean Seurat. — Les députés désignés furent : le 
premier, .\drien De Port (2), chevalier, conseiller du Roi en sa cour 
du parlement de Paris et en la chambre des enquêtes, demeurant 
à Paris, absent, « députation, ajoute le procès-verbal, que les habi- 
tants le supplient d'accepter pour le soutien tant de leurs communes 
que du Tiers ordre « ; — le ileuxiéme, Claude Fossovecx, bourgeois 
à .\llemanche ; — « et, ajoute le procès-verbal, dans la crainte d'impos- 
sibilité aux députés de pouvoir se rendre à l'assemblée de Sézanne, 
soit pour cause de maladie ou autrement, lesdits habitants ont nommé 
pour adjoints, afin de remplacer le premier des deux représentants 
qui ne pourrait remplir sa commission, le sieur .\ntoine Hcbert, 



(1) On trouvait aussi, d'après le dénombrement de 1773, 484 arpents de 
marais ( mesure de Paris», alors qu'en 17rt9 l'enquête sur les défricbetnents 
(Arch. Je la Marne, il, UlU), n'en signale que 21)0 appartenant à la commanaoté 
et produisant, dans les années de socheresse, 2,001) bottes de foin. 

{'!) V«nr à la préface la notice bioi^raphique d'.Adrien Du Port, qui fat 
député de la Noblesse de Paris mx Ktats généraux et devint un des orateors 
les plus célèbres de l'Assemblée constituante. 



ALI.E.MANCHF KT r.AlNAY 35 

laboureur au hameau de Launay, lequel est absent ». — Le cahier fut 
remis au seul député présent, Claude Fossoyeux.) 



Arch. rcvol. de Sézannc, A, 2 . Le cahier est rédigé dans le corps du 
procès-verbal et ne forme avec lui qu'une seule pièce de deux pages, cotées et 
signées dans le bas « ne varietiir » par Noblot. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 338 et 179S : Églises et pres- 
bytères. — C, 103G : Capitation. — C, 1610 : Corvées. — G, l'Ml : 
Paroisse de Launay; biens de la collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — 
G, 169U : Biens de la cure d'Allemanche. — Arch. de l'Aube, G, 525 : 
Cures et dîmes d'Allemanche et Launav, etc. 



CAHIER (1) 

Art. P"". — Les communes (rAllemanche et Launay donnent 
pouvoir et mandat spécial à leurs députés en rassemblée du 
bailliage de Sézanne, d'employer tous leurs efforts pour obtenir 
que l'élection des représentants des trois ordres du bailliage et 
la rédaction de leurs cahiers soient faites en commun i)ar les 
trois ordres réunis en ladite assemblée ; 

2. — De choisir pour députés de ce bailliage ceux rjui leur 
paraîtront les plus vertueux, les plus instruits, les [Aw-. judi- 
cieux et les plus fermes, de quelque ordre qu'ils soient ; 

3. — D'élire autant d'adjoints qu'il y aura de représentants 
pour ce bailliage, aux États généraux, à l'effet de remplacer 
ceux desdits représentants qui, pour cause de maladie ou autre- 
ment, ne pourraient pas se présenter aux États ou seraient 
obligés de s'absenter, cas auquel le premier élu desdits adjoints 
sera préféré, et ainsi de suite ; 

4. — D'allouer auxdits représentants et adjoints qui les 
remplaceront, les sommes suffisantes, soit par jour ou autre- 
ment, pour le temps qu'exigeront les besoins de l'État, dépenses 
qui seront réparties sur tous les contribuables de ce bailliage, 
au marc la livre de leurs impositions. 

5. — Lesdites communes donnent aussi j)ouvoir et mandat 
spécial aux députés qui seront ainsi élus en l'assemblée dudit 
bailliage, de s'occuper préalablement, et en concurrence avec les 
autres représentants de la nation librement élus, tant du réta- 
blissement des principes consécutifs et fondamentaux de la 



(1; Voir page 53 le cahier d'Anglure rédigé par le juge Noblot et dont 
celui d'Allemanche et Launay — comme d'autres que nous indiquerons — 
n'est que le résume. 



36 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

iHonaichic française, que de la formai ion et organisation plus 
j^arfaile des Klals généraux, et de délerniiner le tout par un 
décret solennel. 

0. — A reffel de quoi les eoninumes d'Allemanche et Launay 
rap[)ellcront ici, comme renseignements seulement, les princi- 
l)aUx articles que le décret suivant doit contenir. 

7. — L'empire français est un Etat purement nionarclii(iue 
dont le Roi est le seul chef et légitime administrateur. 

8. — On dislingue, dans les lOtals, Irois classes principales 
de sujets : l'ordre des ecclésiasliciues et possesseurs de béné- 
fices, l'ordre de la Noblesse et propriétaires de iiefs, et l'ordre 
du Tiers, composé du surplus des citoyens. Chacun de ces 
ordres est indépendant des autres et ne dilfère que par des 
privilèges personnels et non pécuniaires. 

9. — Les domaines de la couronne ne peuvent être aliénés 
que du consentement des Etats généraux, et toutes ac<iuisiti()ns 
faites par le Roi sont réi)utées donumiales. 

10. — Nul subside direct ou indirect ne peut être ordonné, 
assis jii perçu, s'il n'a été volontairement consenti par la Nation 
légalement assemblée. 

n. — Tout impôt doit être proportionné aux seuls besoins 
de l'État, déterminé dans sa quotité, limité dans sa durée et 
réparti également et en commun entre tous les sujets de la 
monarchie sans exception. 

12. — Qu'il ne soit i)lus employé de lettres de cachet, dexil 
et autres, contre aucun des sujets de l'I'^tat, pour quelque cause 
que ce soit. 

13. — Toute propriété est sacrée et repose sous la sauve- 
garde de la Nation, du prince, de la loi et des tribunaux, en 
sorte qu'il n'est pas permis d'y porter atteinte. 

14. — L'inamovibilité des magistrats, aucune suppression 
entière ou partielle des tribunaux ou érection de nouveaux, 
sans le consentement de la Nation. 

15. — La responsabilité des ministres rnvcrs la Nation, tenus 
de rendre compte de leurs conduiti- et administration aux 
l'^tats généraux. 

1(). — La suppression des corvées loyaks, des aides, gabelles 
et autres charges onéreuses, |)our être renqjlacées par un impôt 
moins à charges à la |)rovince de (>hanq)agne. (jui est uni- des 
j)lus grevée du royaiune (|u<)i(|ue des moins fertiles. 



ALLEMANCHE ET LAUNAY 37 

17. — Aviser à la réforme des abus qui peuvent s'être glissés 
dans l'administration de la justice et lois y relatives, et de 
remédier aux longueurs des procédures et à leurs dépenses. 

18. — Les mêmes communes d'Allemanche et Launay repré- 
sentent qu'elles sont surchargées d'impôts et ne pourraient en 
supporter d'autres ou plus grands ; qu'elles croient que, pour 
subvenir aux besoins pressants de l'Etat, il serait plus juste que 
les F^tats généraux s'occupassent des recherches qu'il y a à faire 
sur la maison royale, en général sur les départements du 
royaume, et vérifier s'il ne se trouverait pas des réformes utiles 
et avantageuses à l'Etat sans priver le prince de ce qui lui est 
nécessaire pour soutenir l'éclat de sa couronne ; 

19. — De jeter un coup d'œil sur les grâces accordées et sur 
les renies viagères établies à un taux onéreux à l'État ; 

20. — Que toutes les propriétés foncières du royaume, sans 
distinction de qualités de possesseurs, soient assujetties aux 
impôts comme le sont celles du Tiers ordre, même à celui 
représentant la corvée ; 

21. — Qu'il serait plus juste encore de fixer leur attention 
sur les gros bénéficiers séculiers et réguliers, non à charge 
d'àme, qui devraient contribuer plus aisément aux besoins de 
l'Etat dans la circonstance présente. 

22. — Les mêmes communes d'Allemanche et Launay recom- 
mandent très expressément auxdits représentants |à] l'assemblée 
des Etats, de s'opposer fermement à tout établissement d'impôt 
territorial en nature, tant il serait contraire à l'accroissement de 
l'agriculture et à l'agriculture, à cause de ses entraves qui, 
ajoutées à celles que la dîme a fait éclore, décourageraient le 
cultivateur : 

1° Cet impôt ôterait la liberté aux propriétaires d'enlever les 
récoltes, quoiqu'en danger, pendant au moins vingt-([uatre 
heures, temps malheureusement accordé à celui de la dîme ; 

2'^' Il donnerait au préposé à la levée la liberté de parcourir à 
discrétion les moissons en maturité non encore coupées, et sans 
pitié pour les grains qu'ils perdent en les traversant journelle- 
ment à difTérentes fois ; 

3° Il augmenterait le nombre des procès qu'a fait éclore la 
dîme ; 

4" Il contraindrait le cultivateur à se défaire d'un nombre 
de bestiaux proportionné aux pailles c|u'on lui aurait enlevées, 



3S BA1LMAGI-: I)K SKZANNE 

sans pouvoir diminuer le nombre de ses chevaux et de ses gens 
dont il ne peut se passer pour cultiver, ensemencer et moisson- 
ner la partie imijosée (jui lui serait enlevée ; 

iV' Il le priveiait des ressources d'améliorer son bien par la 
diminution des fumiers, trésors de la ^iro\ince, sans lescpiels 
le cultivateur est découragé, (juitte sa cbarrue j)our laisser ses 
terres en IViches; 

('y II ferait diminuer les fonds de prix et, de là, les droits 
royaux et seigneuriaux ; 

7" En accablant ainsi le laboureur qui, en général, n'est pas 
riche, il rendrait peu à l'I-^lat, daprès les frais d'exploi talion 
(piil exigerait prélever, et (jui pourraient aller au moins à un 
tiers. 

[Suite (lu pr()cès-verl)al et signatures :J 

Claude FossovEix, Nicolas Rousseau, Bourgeois, Hubert 
Delaisthe, etc 

NOHLOT. 

(15 signatures.) 



ALLEMANT 



SITUATION ADMINLSTHATIVK KT ÉCOXOMIQLI-:.— « A L'i lieues 
N. X. (). (le Troyes, à 2 lieues X. K. de Sézannc, sur un coteau (jui 
domine la route de Sézannc à Vertus. » 

— (iénéralité de (>hâlons, élection de Sé/annc, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézannc, paroisse Saint-Remy, à 
la collation de révèclié de Troyes comme abbé de Monticr-la-(]clle ; — 
poste et grenier à sel de Sézannc. 

.Aujourd'hui : canton de Sézannc, arrondissement (ri^pernay. 

— Dénombrement de 11/^1-1788 : 124 feux roturiers et 1 ecclésias- 
ti(|uc. — l'o|)uhition : 22.'{ hommes, 232 fenuues, ôl gar(,"ons et .'i8 
nilcs, soit 'Ai habitants. — Jirrensemenl de 1!)(l(! : 'X\H habitants. 

— Se'Kjneur : IMerre-.Iean l'aillot, écuyer, suhdélégué de l'ék-ction 
(le Troyes. 

— (liiré : Louis La vocat. 

— Territoire : 2.()r)2 arpents de Ici res labourables, l.S de prés, l.Sl 
de vignes, .'{S7 de bois, 'M'A de terris incultes. — Réeoltes (an. com.) : 
2,.S(Ht boisseaux de froment (1 |)oui- I) ; .S,.S.").S de seij^Ie (2 pour 1) ; 
2,'.M)1> d'iuf^e ( I pour 1); l.'i.OII davuiiie (.'{ pour 1); 22.') de s;ura/.in 



ALLEMANT 39 

(2 pour 1) ; 249 imiids de vin. — 20 laboureurs ;\ 1 charrue. — 40 che- 
vaux; 120 bêtes à cornes; 280 bètes à laine. 

— Iinposilions : Taux de la taille : 3^ 10<i. — C.apitation : 31^ 10<i 1/2 
pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : taille : 1,110 livres (1778) à 
1,250 (1779-1780).— En 1788:1,190 livres pour un revenu de 0,357 livres. 

— En 1789 : taille : 1,000 livres ; — impositions accessoires: 800 livres ; 

— capitation : 750 ; — total : 2,550 livres. 

— Dîmes : Le prieure dans l'église dépendant de labbaje de 
Montier-la-Celle avec le séminaire de Troyes ; — le curé : les menues 
et vertes dîmes, les dîmes dagncaux et celle du vin. 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL. [La paroisse d'Allemant était 
composée de 130 feux. — L'avis pour la convocation des États géné- 
raux fut lu et publié le l»^'' mars 1789. — Le 6 du même mois, à dix 
heures du matin, les habitants se réunirent « en l'auditoire de la 
mairie » sous la présidence de Didier Choquart, lieutenant de ladite 
mairie, assisté du greffier ordinaire Louis Chevalier. — Le procès- 
verbal constata la présence de Pierre Henry, syndic, Edme Choiselat, 
procureur fiscal, Claude (^ollin, Jean-Baptiste Delaporte, Clément 
Masson, Pierre Masson, Jean Henry, Mathieu Robin, Jacques Nollot, 
Remy Robin, Benoît Nollot, Jacques-N. Maréchal, Thomas Courty, Jean 
.Doucet, Paul Collin, Didier Choquart le jeune, Jean Masson, Clément 
Bonnard, Clément Delaporte, Nicolas Jacquin, Jacques Bourot, Remy 
Carouge, Louis Nollot, Jean-Baptiste Grégoire Aveline, Louis Doucet, 
Remy Collin, Jean Henry, Sébastien Collin, Pierre Jollard, Claude 
Jollard, Pierre Bonnard, Benoît Robin, Pierre Masson lils de Jean, 
Nicolas Nollot, Etienne (Collin, et encore, d'après les signatures du 
cahier, Louis Riquart, Pierre Carouge, Antoine Nollot, Abraham 
Robin, J. Adnet, Simon Adnct, (vlaude Nollot, Jean (>ollin, Remy de 
Malvoisine, Etienne Robin, (>h. -Didier Royer, Jean Bourot, Charles 
Ilaquin, Jacques Nollot. — Les députés choisis furent Edme Choiselat 
et le «reflicr Louis Chevalier.! 



Arch. rcvol. de Sczauuc : A. S-', procès-verbal « extrait des minutes du 
grefTe de la justice et mairie d'Allemant ». — A .5'', cahier : (i pages cotées et 
paraphées par le greffier Chevalier, qui écrit entièrement les deux documents, 
porte sur chacun d'eux l'indication des signatures des comparants et signe seul 
l'une comme l'autre de ces deux pièces. 

SovRcrs DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C, 525 : Administration de la 
communauté ; incendies. — C, 959 : Impositions. — C, 1036 : Capita- 
tion. — C, Km : Vingtièmes. — C, 1610 : Corvées.— C, 1730 : Atelier 
de charité. — C. 179H : Église et presbytère.— C,2698 : Grêle. - G,13S9 : 
Censives de la collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — G, 169't : Biens 
de la cure. — Arch. de l'Aube, G, 69 à 125 : Nomination des prieurs et 
curés d'Allemant (l.ô.'i()-17î)l). — G, T29 : lîiens du prieuré. — G, .526 : 
(aire et prieuré de la paroisse, biens, revenus, dîmes, etc. 



40 HAILLIAGE DE SÉZANNE 

CAHIER 

Cdhicr et poiinoirs doniu-s aux Députes de lu pciroisse (rAlleiixint 
(Extrîut des inimités du (irelïe de la Mairie et .lustiee d'Alleniaiit.) 

L'nn 17(S9, le ()'' jour du mois de mars, par devant nous, 
Didier Chocjuart, juge de la mairie d'Allemant, comparurent en 
leurs personnes, les habitants dudit Allemant, les(juels, suivant 
le mandement à eux envoyé par le Roi, publié en l'auditoire de 
ladite mairie, comme aussi au prône de la messe j^aroissiale, le 
premier jour du mois courant, en l'église dudit lieu, suivant la 
commission à eux adressée par M. le l)ailli de Sézanne, ont élu 
l)our y satisfaire les sieurs Edme Choiselat et Louis Chevalier, 
auxquels ils ont donné pouvoir et puissance de comparaître en 
l'assemblée cpii se fera au bailliage de la ville de Sézanne le 
9"^ jour du mois de mars, et d'y déclarer et présenter le cahier 
de doléances ainsi (pi'il suit : 

Sa Majesté, par un excès d'amour pour ses p^euples et sujets 
les plus éloignés et des extrémités de son royaume soumis à son 
obéissance, a l)ien voulu leur permettre, par des regards sen- 
sibles, de représenter leurs vœux et réclamations aux pieds du 
trône, pour connaître leurs maux et l'indigence de ses sujets ; 
dans cette confiance, les hal)itanls de la paroisse d'Allemant, du 
l)ailliage de Sézanne, représentent ce (pii suit : 

Lesdits habitants de notre susdite paroisse remontrent (jue 
leur village, situé sur la h;uileur, est très irrégulier (1) ; (jue la 
côte est couverte et environnée de vignes d'un jietit rapport ; (pie 
les vins cpi'elles produisent ont une très mince qualité, qu'on 
les vend avec peine (2). Le terroir contient une certaine quantité 



(1) Aileniunt est liâti en j)artie sur un mont élevé de 2X'{ mètres au-dessus 
du niveau de la mer, ("ominant la route de Sézanne à Vertus ; son eloeher ser- 
vit de point à Cassini pour l'étal^iissemeiit de sa carte. ((;haij;ttk : Pivris de 
la Sltilisli(]iie, etc., I. II, p. 270.) 

(2) l.Sl arjjents de vigne, produisant, année commune, 249 muids de vin 
rouj{e. (Arcli. île lu Munie, ('., 'l'.iO.) — D'ailleurs, une partie de ces vignes apjiar- 
Icnail à la cure qui les louait à bail. (Ihid., (i, l()!)'i.) 

La situation du vignoble était la même sur toute l'étendue de l'éleetion de 
Sézanne : « On ne peut pas regaider eommc bi'anclie de commerce, - disait 
le |)rocés-veibaI d'assemblée de l'élection de Sézanne du \',i octobre 17815, — 
les \ins (|ue produit l'élection. La I*"erie(La Ferté-tlauclicr, marché <irdinaire 
d'expoi talion des vins sur Paris) n'en enlève qu'une petite (]uantilé. Le reste 
se consomme dans l'intérieur, et leur (pialité ne leur a pas encore donné une 
réputation (|ui puisse en assmci' le débit ; celte considération, joinlc à la mul- 



ALLEMANT 41 

(le bois qui sont au seigneur (1) ; il est, en outre, composé de 
plusieurs montagnes dont la moitié de terres très médiocres, 
très peu de bonnes, et le tiers au moins de très mauvaises ; la 
preuve en est évidente : le seigneur a abandonné à bail emphy- 
téotique soixante-deux arpents pour une somme de trente-neuf 
livres (2). Si les habitants n'étaient pas aussi laborieux, une 
partie serait forcée de (juitter le pays ; les impôts dont ils sont 
accablés, et qui, souvent, surpassent leurs revenus, sont 
extraordinairement augmentés depuis trente ans, raison qui 
laisse à croire que la plupart des habitants sont très pauvres (3); 
cette paroisse, qui a essuyé le terrible fléau de la grêle la nuit 
du 11 juillet dernier, qui a ruiné les récoltes et ravagé son 
territoire, comme cela est prouvé aux procès- verbaux de visite 
vérifiés par M. de Chanterenne, contrôleur des vingtièmes à 
Sézanne, est encore chargée à six à sept mille livres d'imjjôts; de 
laquelle somme de six à sept mille livres qui les réduit à la 
mendicité, ils ont obtenu une remise de 921* 13 " par le canal 
de MM. de l'assemblée intermédiaire qui a bien voulu s'inté- 
resser à leur sort (4) ; pourquoi lesdits habitants demandent à 



tiplicité des droits d'aides plus forts sur bien des articles que ceux des autres 
vignobles, à l'incertitude des récoltes, forment un problème difïlcile à résoudre, 
savoir s'il ne serait pas avantageux de renoncer totalement à ce genre de 
culture. » (Ibid., C,2909.) 

(1) Le dénombrement de 1773 en porte 387 arpents. (Ibid., C, ASO.)— Le 
baron de Broyés, seigneur en partie d'Allemant, possédait environ 200 arpents 
de bois appelés « Le Haut-des-Grais » et « Le Kief-de-Parputas ». {Ibid. 
C, 'i3'i.) 

(2) Il y avait à Allcmant 378 arpents de terres en friches qui n'étaient 
propres ni à mettre en labour, ni à faire pâture, et ne produisaient pas 
d'herbes. Elles ne servaient qu'à parquer les bestiaux dans les temps où ils ne 
pouvaient aller dans les teri-es labourables lors de la trop grande humidité des 
terres. De l'avis même des habitants, en 17(i!), il était inutile de mettre ces 
terres en valeur, car elles ne pouvaient produire ni grain ni herbe. (Ibid., 
C, 'i3'i.) 

Enfin, on a vu que le reste du territoire d'Allemant, 2,662 arpents de terres 
labourables, rapportait, en 1773, 2,800 boisseaux de froment, soit 4 pour 1 de la 
semence ; 8,858 de seigle (2 pour 1) ; 2,909 d'orge (4 pour 1) ; 15,041 d'avoine 
(3 pour 1>; 225 de sarrazin (2 pour \). (Ibid., C, i30.) 

(3) Nous avons vu, d'après l'état reproduit à la préface, qu'Allemant était 
imposé, en 1789, pour 2,550 livres de taille, capitation et impositions acces- 
soires. (Ibid., C, 2782.) — Le reste des impositions sur les 6 à 7,000 livres 
signalées, portait sur les vingtièmes (ibid.. C, 10'i7), la corvée (/7n'(/.,C, KilO), etc. 

(4) Arch. de la Marne, C, D.VJ : Décharge des impositions de la paroisse 
d'Allemant en 1788. 



42 I5A ILLIAGE DE SÉZANNE 

MM. des Etats généraux une remise totale desdites sommes 
restant à payer, par i'orine de soulagement et de secours, mais 
encore un soulagement d'impôts dans les années suivantes, 
attendu (ju'il est d'une expérience reconnue que la grêle laisse 
après elle une influence contraire, au moins pendant l'espace 
de trois ans, à la fécondité de la terre qui en a été frappée, et 
qu'elle ne disparaît que par une culture plus laborieuse et plus 
soignée pendant trois ans (1); 

2"^' Les habitants s'accordent à demander la suppression des 
employés aux aides et gabelles, et des droits qui se perçoivent 
sur les vins, eaux-de-vie et autres li(|ueurs, et (|ue ces denrées 
deviennent un objet de commerce libre comme le grain, se 
soumettant volontiers à une égale imposition sur la vigne ; 

3" Egalement la suppression des corvées de banalité de 
jurées, fenétrages (2), lods et ventes, censives et tous droits 
domaniaux et seigneuriaux, sauf à être remplacés par d'autres 
droits (jui ne sentent })as tant de l'esclavage dont les Français 
^ont libres en plusieurs objets ; 

4° De commissaires de tailles et autres impôts, aux offres i)ar 
les paroisses de faire par elles-mêmes les impositions qui ne 
sont pas toujours faites avec justice en faveur du pauvre, tandis 
que les riches s'en exemptent le plus qu'ils peuvent ; 

5° La réduction du droit de minage du marché de la ville de 



(1) « Un orage de grêle épouvantable, — dit le procès-verbal de l'assemblée 
de l'élection de Sézanne du 13 octol)rc 178S, — a, le 11 juillet, porté l'elTroi, 
l'horreur et une désolation universelle parmi les habitants île l'eus, Allcnutnl, 
liroussy-le-Pelil et liroi/es, en les privant subitement de presque toute espèce 
de récoltes... » Le rapport des e.\perts des 14 et 15 juillet constate que « la 
paroisse d'Allemant a perdu les trois quarts de ses froments et avoines, la 
totalité des orges, blés de mars et navettes, le quart des seigles dont jiartie 
était récoltée, toutes les graviéres, lentilles et vesces dont il ne reste que le 
fourrage qui sera de très mauvaise qualité ; sept huitièmes sur les chanvres 
et sur les fiuits des vignes, et (|u'il faudra trois :ins pour rétablir le bois de 
ces vignes blessé par la grêle. La j)erle est évaluée i)ar la municipalité à la 
somme de 70,0(HI livres, » (Arch. de ht Marne, C, WO!) et 2f;.'W : Procès-verbaux 
et corresijondance de la commission intermédiaire avec le bureau de Sézanne.) 
— Le 17 avril 1785», un nouveau secours de .'{()() livres fut accordé à la com- 
munauté d'.AIIemant jjour les ravages causés parla grêle du 11 juillet 1788. 

(2) i'enealKnje, fenètruçie, fieneslidijc, etc., droit d'ouverture de fenêtre 
ou de boutique : <i Le feiieslraiie du pain vendu a fcnestre » (i;i4(), Arch. K -li), 
pièce .■)8). - « Le minaige, le placage, les /'eiiesl nu/es (llJ.'ill. Aven de Choisi 
ap. Le Clerc de Douy. t. I, f' '2'.\Â y, Arc!i. Loiret). - A Orléans existait un 
droit de « feneslie «, dû par ceu.x qui vendaient de l'avoine à petites mesures 
au-dessous de la mine, ((ioniunov, Dirl. ibid.) 



ALLEMANT 43 

Sézanne, où on paie un boisseau par vingt-huit, et qu'on soit 
trailé comme aux marchés de P'ère - Champenoise, Rebais, 
Provins et autres (1) ; 

G'^ De tous les (h'oils qui se perçoivent par les ecclésias- 
tiques pour les baptêmes, mariages et enterrements qui sont 
augmentés de moitié depuis quinze à seize ans, n'y ayant pour 
la plupart aucun fixe, sauf à faire un sort honnête aux sieurs 
curés, et qu'ils soient exclus de toutes dîmes et autres biens 
quelconques, attendu qu'ils s'occupent plus aux intérêts tempo- 
rels qu'aux spirituels (2) ; 

7° Allemant, par sa position, ne peut avoir de l'eau que par 
le moyen des sources qui paraissent au sommet de la montagne 
en très petite quantité ; les puits, dans le bas du village, sont 
d'une profondeur excessive d'au moins cent trente-six pieds (3) ; 
et s'il arrivait un accident d'incendie on aurait peine à avoir du 
secours d'eau sinon celle qu'on pourrait tirer de ces sources 
dont nous venons de parler, en faisant une dépense que la 
quantité des impôts, augmentée depuis quarante à cinquante ans 
•au quadruple, empêche cette paroisse de faire construire des 
bassins pour la recevoir et la garder (4) ; 

8° Demandent aussi, les habitants, à n'être pas sujets à tant 
de justices; que, de la justice seigneuriale, ils passent au bail- 
liage de Sézanne sans être obligés d'aller au bailliage de 
Broyés (5), de Sézanne à Provins pour les cas royaux, et de là 



(1) Voir la préface et le cahier de Sézanne, page 25. 

(2) Le prieur d'AUemant était décimateur; il possédait, en 1750,20 arpents 
de terres louées, avec les dîmes, 720 livres, dont il fallait déduire 384 livres de 
charges. — Les revenus du curé étaient évalués 456 livres, compris les menues 
et vertes dîmes, pour 72 livres 4 sous, la dîme d'agneaux pour 9 livres, celle 
du vin pour 120 livres. (Arch. de VAiibe, C, 526.) 

(3) « Les puits, disait Chaletle en 1845, sont creusés à la profondeur de 
30 mètres dans la craie, dans les rues basses, et sur le haut, à celle de 8 à 
10 métrés dans la glaise et la roche. Ils procurent une eau saine ». 

(4) Un incendie et l'éboulcment d'une des collines dominant la rue prin- 
cipale, avaient déjà éprouvé la paroisse quelques années auparavant. Le 
subdélégué de Troyes, P. Paillot, seigneur d'AUemant, avait réclamé des 
secours eu sa faveur. Il eu profitait pour montrer l'état misérable des habi- 
tants à cette époque : « Les rues, disait-il, sont remplies de collecteurs et de 
préposés accompagnés d'huissiers et de garnisonniers qui vont successive- 
mont enlever les meubles de maison en maison ». (,4;(7i. de la Marne 
C, 53.5.) 

('•>) Le baron de Broves posséchnt des fiefs sur le tel ritoire et était seigneur 
en partie d'AUemant, où il avait droit de justice. 



44 BA1I.I.IAGI-: DK SKZANNE 

au parlement ; tant de juridictions jettent les clients dans une 
dépense immense et ruineuse (1) ; 

9" Demandent encore, les habilanls, (|iie l'enlreticn d'une nef 
d'église très considérable, de murs de cimetière, i)our la clôture 
du preshylère, aucjuel ils ont toujours été contraints, soil, à 
l'avenir, à la charge des décimalcuis (2) ; 

10° Demandent, lesdils habilanls, pour subvenir au bien de 
l'Etat et du Royaume, (jue lous les biens des ecclésiasti(|ues, 
nobles et privilégiés, (jui sont les meilleurs du royaume, soient, 
à l'avenir, imposés et paient comme le bien des roturiers, sans 
aucune distinction que celle (pie Sa Majesté et les Etats généraux 
conviendronl ordonner ; 

11" Demandent, en dernier lieu, (pie les ordonnances touchant 
les garennes et les pigeons soient exécutées; il y en a dans le 
territoire d'environ soixante-dix à ([ualre-vingls arpenls, rem- 
plis d'une prodigieuse (juanlité de lapins (pie la grande partie 
des emblaves en est endommagée au point de n'y rien récol- 
ter (3). 

L'éducation des pauvres gens du village ne peut donner (jue 
quel(jues idées i)assagères, n'étant pas à |)orlée de pouvoir pro- 
jeter des moyens de réformer les abus (jui j)()unaient rendre le 
calme et la traïupiillilé à notre grand el puissant inonar(jue, et 
à nous la i'élicité. 

Fait en notre assemblée le jour et an (pie dessus, signé sur 
la minute des présentes : 

Signé : Claude Collin, .Iac(pies Boiuor, C. Bonnard, 
Choisklat, etc 

(Indication portée par le greliier de 4ô signatures), puis la 
mention : 

Délivrée la présente, collationnée à la minute par moi, gref- 
lier de la mairie et justice d'Allemant, soussigné ledit jour, 
G'' du mois de mars 1789. 

('lIKVAIJKU. 



(1) Pour ces divers dc-^iTs de juridiction, voir la |)réfacu, l)a(,'e I. 

(2) Arvh. (le 1(1 Marne, ('., tl'JH : Hépiinitioiis à l'église et au presbytère de 
1772 à 17S.'»; les plus importantes sont eelles entre))rises au presbytère eu ]lH'.i, 
et qui coûtèrent 1,(>4(( li\res 17 sols à la eonmiunautè. 

Ci) Cf. lUiilluKje (le ('.lu'iluns : laliiers d'Aulnizeux, pa^f <>" ; »li' Cernon, 
page 12.'). etc. 



ALLIBAUDIÈRES 45 

ALLIBAUDIÈRES 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE.- « A 7 lieues 
N. de Troyes, dans une vallée sur la rive gauche de l'Herbisse, à 
une lieue N. N. 0. d'Arcis-sur-Aube. » 

— Généralité de Châlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 

— diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-Aube, paroisse Saint-Sul- 
pice et Saint-Antoine, à la collation de l'évèque de Troyes; — poste, 
grenier à sel d'Arcis-sur-Aube, eaux et forêts de Sézanne. — Mesure 
d'Arcis-sur-Aube. 

Aujourd'hui : commune du canton et de l'arrondissement d'Arcis- 
sur-Aube (Aube). 

— Dénombrement de 1773 : 70 feux roturiers et 1 ecclésiastique. — 
Population : 133 hommes, 143 femmes, 20 garçons et 25 filles, soit 
321 habitants. — Recensement en 1906 : 285 habitants. 

— Seigneur : Auguste-Marie-Henri Picot, chevalier, comte de 
Dampierre, marquis de Coubreux, baron de Sompuis et de Chatenay, 
brigadier des armées du Roi, capitaine aux gardes françaises, major 
en second des chasseurs de Normandie. 

— Curé : Pierre-Gabriel André. 

— Territoire : 2,406 arp. de terres labourables, 11" 4 de jardins, 9-" 4 
de prés, 14a 6 de vignes (19 en 1773), 13 de bois, 30 de terres d'usage. 

— Récoltes (an. com.) : 400 boisseaux de froment (2 pour 1) ; 9,360 de 
seigle (2 pour 1) ; 300 d'orge (1 1/2 pour 1) ; 15,600 d'avoine (2 1/2 
pour 1) ; 150 de sarrasin (3 pour 1); 60 muids de vin (20 en 1773). — 
24 laboureurs à une charrue. — 60 chevaux ; 90 bêtes à cornes ; 
400 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille ; 3* 11 J 7/24. — Capitation : 
31s i/2d pour livre de taille. — De 1777 à 1786 : Taille : 1,050 en 1777 
à 1,120 en 1786. — En 1787 : 1,120 livres pour un revenu de 5,840 livres. 
(D'après le taux commun de l'élection : 859 livres.)— En 1789, taille : 
1,130 livres ; impositions accessoires : 910 livres ; capitation : 854 
livres; total : 2,894 livres. 

— Dîmes : 2/3 par le doyen de Gaye, 1/3 par le seigneur ; le curé 
percevait les novales, menues et vertes dîmes et un gros de 18 setiers, 
10 boisseaux et demi de froment, seigle, orge et avoine sur la part du 
doyen de Gaye. (Voir note, page 47.) 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La paroisse d'Allibaudières 
était composée de 80 feux. — L'avis pour la convocation des Etats 
généraux fut lu et publié le l''' mars 1789.— Le 7 du même mois, les 
habitants se réunirent sous la présidence de Claude-Edme Denis, pro- 
cureur fiscal de la justice et prévôté d'Allibaudières, « pour l'absence 
de Messieurs les ofliciers de justice ».- Le procès-verbal constate la pré- 



46 BAILLIAOK DK SKZANNK 

sence de Luc Bourgoin, syndic, Hubert Jcandicz. premier notable, (Claude 
Gay, Kdniond Barré, notables, Joseph Denis, adjoint, Nicolas Denis, 
Pierre Aviat, Kélix-Victor Bourgoin, j,'relliei-, Louis Bichard, .lean- 
l^a])tiste Barré, adjoint, Antoine Denis, l'ierre-Antoine Seurat, adjoint, 
Louis Brodard, Jacques C.oiilan, Jean-Baptiste Boiidé-Daunay, Pierre 
France, Antoine Fugez. (Maude-lùlnie Bourgoin, Antoine Faudicz, 
Jean -Baptiste Vergeat, Simon Carrut, et encore, d'ajjrès les signatures, 
Antoine Aviat. — Les députés furent Luc Bol'rooin et C.laude-lùlme 
Denis.) 

Arch. révol. de Sézanne, A 4» : procôs-verbiil. — A 'i ^' : Cahier, G pages 
paraphées i< ne varietur » au bas de chacune par le procureur fiscal Denis. 
Les deux documents paraissent avoir été écrits par le notable Hubert Jean- 
diez. 

SoLRCKS DOC. Acc. — Aich. (Ic l'Aiibe, C, 2')3 : Déclaration au papier-terrier 
de la seigneurie. — C, lO'hi : Soldats provinciaux. — C, 1188-US9 : 
Administration de la communauté ; rôles de hi taille ; terres ; comptes 
des syndics, etc. — G, 83 à ItG : Nomination des curés (1587-1747). — 
G, .)27 : Biens de la cure ; dîmes, etc. — G,12H et l'2'hH : Inventaire des 
j)ropriétés du chapitre de la cathédrale de Tro\'es à Aliibaudiéres. — 
G, "2092 à 2G9'i : Procès entre le cliapitrc Saint-Pierre de Trojes et le 
do^en de Gave pour la dîme. 



CAHIER 



Plaintes et doléances du Tiers état de la paroisse et communauté 
d'Allibaudièrcs, ressort du bailliage de Sézanne. 

Nous soussignés, avons l'honneur de représenter très huni- 
blement à Sa Majesté que les impositions sont accablantes et 
réduisent à l'impuissance et au désespoir ceux de ses sujets qui 
ne jouissent d'aucuns privilèges d'exemj)lion, ])uis(jue, sans 
parler des aides, de la gabelle, des traites des domaines et droits 
réunis à toutes ces i)arties, ainsi (|ue le tabac, ils paient en 
taille, capitation, corvées, vingtièmes et impositions accessoires, 
plus des deux tiers de leurs revenus (1). 

Nous denuuidons, en conséquence, (pie tout le privilège 
d'exemption pécuniaire soit aboli ; 

Qu'à la taille, vingtièmes et autres impositions, il soit subs- 
titué un seul impôt, autpiel tous les Tonds et domaiiu's seront 
assujettis à laison du |)r()duil (pie les biens Icrriloriaux seront 
reconnus devoir rendre en les louiinl à bail ; 



(1) Voir les renseignements sur la situation économique de la commu- 
nauté ci-dessus (pages 14 et 4.')). 



ALLIBAIDIÈRES 47 

Que l'imposition Iciriloriale ne se lève pas, s'il est })ossible, 
plus haut que le dixième de la location ; 

Qu'en conséquence il soit établi une imposition sur l'indus- 
trie de tous arls, métiers, exploitations et professions quel- 
conques, à la réserve des offices sacerdotaux et militaires ; 

Qu'il soit pareillement établi une retenue sur toutes les 
rentes quelconques, qui sera en proportion des rapports ci- 
dessus. 

Nous demandons que le Clergé paie l'imposition territoriale 
comme tout le monde, et même l'industrie sur l'exploitation des 
terres labourables ; à l'égard des dettes du Clergé, nous deman- 
dons que si l'Etat s'en charge, ce qui paraît juste, il soit mis en 
économat suffisamment de bénéfices pour, avec le produit 
d'iceux, payer leurs rentes et successivement les capitaux (1). 



(1) Le Clergé possédait une grande partie des biens de la paroisse d'AUi- 
baudières. Sans compter la cure qui était à la collation de l'évêque et qui 
rapportait, en 1781 par exemple, 1,000 livres au curé, et 203 livres à la 
fabrique, les dîmes étaient perçues, pour les 2/3, par le doj'en de Gaj'e qui 
abandonnait au curé un gros de dix-liuit setiers, dix boisseaux et demi de 
froment, seigle, orge et avoine, les novales, menues et vertes dîmes. 

Des terres appartenaient à la chapelle Saint-Nicolas d'AUibaudières qui 
les louait à l'abbé de Chantcmerle et au couvent de ce lieu. D'autres, compo- 
sant le gagnage de Meix, près Allibaudiéres, à la maison de Saint-Nicolas de 
Bar-sur-Aube. (Arch. de rAiihe, G, 527.) 

Le chapitre de l'église cathédrale Saint-Pierre de Troyes avait aussi des 
prétentions sur les terres dAllibaudicrcs. {Ibid., G, l^i'i à 12'iS : Titres de 
propriétés.) — De temps immémorial et en vertu d'une sentence du bailliage 
de Sézanne de 1350, il avait réclamé aux seigneurs uue rente sur la terre 
d'AUibaudières ; en 1487, un mandement de Charles VIll constatait qu'en 
1418 (ou plutôt lors du siège de 1420), le village et le château d'AUibaudières 
avaient été détruits « par la fortune des guerres », que « en cest estât sont 
demeurés par longtemps » ; qu'en conséquence la rente due au chapitre cessa 
d'être pa^ée ; qu'en 1460, le chapitre la réclama à Guillaume Juvenel des 
Ursins, seigneur de Traînel, chancelier de France (a), qui venait d'acheter la 
seigneurie, mais n'osa le poursuivre en justice « pour crainte de l'auctorité 
qu'il avait en nostre royaume ». Le Roi décidait que la prescription ne pou- 
vait être opposée au chapitre et réservait ses droits. — En 1488, Jean Juvenel 
des Ursins, baron de Traînel et de Marign^', vicomte de Tro3'es, seigneur 
d'AUibaudières, reconnut la rente au chapitre. Mais cette rente, qui porta sur 



(a) Guillaume Juvenel des Ursins était le frère de l'auteur de la Chronique de 
Charles VI, Jean Juvenal des Ursins, archevêque de Reims. Nous avons conservé, 
dans ces citations, l'orthographe « Juvenel », nom que cette famille avait originaire- 
ment porté et qui est ainsi orthographie dans les documents des Archives de l'Aube, 
que nous analysons ci-dessus. (Cf. Pkchenahu : Jean Juvenal des Ursins, hist. de 
Charles ^7, etc., p. 9 et suivantes. Paris, E. Thorin, 1876, in-8". — Bibl. de Reims, 
C. R. 1630.) 



48 BAII.LIAGK DK ISKZANNK 

Nous demandons cjuc lo déCicil de Tl^lnl soit constaté d'une 
manière sûre et exacte, ainsi ijuc les chari*es iudisjXMisahles de 
rÉtal ; 

Que les pensions pécuniaires des grands attachés à la cour 
soient supprimées, ainsi (jue celles payées par les provinces à 
dilTérenls commis, veuves de commis ou autres. 

Nous demandons (jue les Ktals généraux soient assemblés 
en 1792 et ensuite tous les cin(j ans, ou fixés à des époques 
déterminées, et qu'il ne soit exigé ni établi aucun imj)ôt qu'il 
n'ait été arrêté par les Klats généraux. 

Nous demandons cpi'aux assemblées provinciales soient 
substitués des Etals provinciaux dans les provinces où ils ne 
sont point encore établis ; et qu'une suite de ces Etats provin- 
ciaux soit la suppression des bureaux de l'Intendance et des 
places de subdélégués, afin que les économies qui résulteront de 
ces suppressions ne puissent pourvoir, sans nouvelle surcharge 
et même à moins de (rais, aux dépenses indispensables des 
Etats pr()\ inciaux ; (jue les intendants ne soient conservés (jue 
comme commissaires du Roi (1). 

S'il est dilficile de simplifier, réduire et modifier dans la 
prochaine assemblée générale, toutes les impositions (jui 
j)èsenl sur la France, nous demandons (ju'en mettant un imp(')t 
unique sous-divisé en imj)ôt territorial, imji(jt d'industrie et 
retenue sur les rentes, la taille, la capitation, la corvée et autres 
imjjositions accessoires, les vingtièmes et les aides soient suj)- 
j)rimés et (jue le j)rix i\u sel soit diminué, sauf aux Etats géné- 



les dîmes, fut bientôt refusée par le couvent de Ga3'e, ordre de Clunj', qui 
devint décimateur et qui soutint le procès qu'enga{,'ea le cliai)itrf, de 1525 à 
1777 ; enfin, cette même année 1777, Jean Monin, doyen comniandataire de 
(laye, dut reconnaître au chapitre une rente de 12 setiers de blé, par moitié 
seigle et avoine. (Aich. de l'Aube, G, 2602 à 269'i.) 

La famille .luvenel des Ursins avait vendu la seigneurie, en ISIÎâ, à la 
maison de Dampierre, en la personne de Louis Picot, i)remier président de la 
(lourdes Aides; cette famille était représentée en 17.Si( j)arle marquis Auguste- 
Marie-llenri Picot de l)amj)ierie, brigadier des armées du Hoi, cai)itaine aux 
gardes fran(j'aises,quidevint général commandant en chef desarmées du Nord et 
des Ardenncs en 171)3, ajjiés la fuite île Dumouriez, et fut tué i)ar un boulet au 
camp de Famars le 1(1 niai 17!t;{. 

(1) Le commissaire chargé puv rassemblée du Tiers état du bailliage 
d'e.vaminer le cahier des communautés a noté, en marge, « la suppression des 
bureaux de linteiidance et des subdélégués » et « les intendants conservés 
comme commissaires du Hoi » ; plus loin, « la suppression de la coutume de 
Meaux », 



ALLIBAUDIÈRES 49 

raux qui se tiendront en 1792 à supprimer entièrement la 
gabelle, les contrôles et autres droits domaniaux. 

Nous demandons la suppression de la coutume de Meaux, et 
qu'elle soit réunie à celle de Paris ou autres. 

Nous demandons la suppression du tirage de la milice, 
surtout en temps de paix, ou trouver un moyen qu'elles soient 
moins onéreuses aux habitants de la campagne (1). 

Nous demandons la suppression des étalons, haras, écoles 
vétérinaires, comme remplis d'abus et peu utiles aux pro- 
vinces. 

Si les ouvrages des routes et chemins se continuent à prix 
d'argent, réduire les départements ou sous-ingénieurs à deux, 
comme ils étaient, en Champagne, du temps de M. de La F^orce, 
alors ingénieur (2). 

Supprimer toutes les barrières dans l'intérieur du royaume, 
ne laisser que celles des limites. 

Diminuer les frais de procédures et fixer la durée des 
procès; nous demandons la suppression des fabricants de bas 
dans les campagnes, et surtout les mécaniques pour la filature 
des cotons, qui enlèvent aux malheureux la ressource des 
filatures (3). 

Nous demandons que l'agriculture soit encouragée, et un 
moyen de fixer les sujets dans les campagnes dépourvues de 
domestiques et, par conséquent, de laboureurs. 

Nous demandons la suppression de ces vagabonds qui 
désolent les habitants de la campagne où ils vont s'établir, et 
connus sous le nom de salpêtriers (4). 



(1) Les jeunes gens d'AUibaudières, Grandville, Dosnon, Herbisse, Villiers- 
Herbisse, Mailh' et autres villages voisins, se réunissaient à Arcis-sur-Aube 
pour le tirage au sort. (Procès-verbal du 15 mars 1783. — Arcb. de l'Aube, 
C, 1053.) 

(2) Philippe de La Force fut nommé ingénieur des ponts et chaussées de 
la généralité de Châlons, le 13 août 1726, en remplacement de Lécu^'cr, qui 
devenait ingénieur de la généralité de Poitiers. (Arch. de la Manie, C, 2518.) 

(3) Le terroir d'AUibaudières produisait « du chanvre qui occupait une 
partie des habitants avec une filature de coton ». (Courtalon-Delaistre : 
Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes, 1784, t. lU, p. 445.) 
Cf. Arch. de la Marne, G, i67 et 470 : Liberté pour les habitants des campagnes 
de fabriquer des étoffes ; industrie et commerce dans le département d'ins- 
pectiou de Troj^es. 

(4) Faut-il voir dans cet article une plainte soit contre les privilèges de 
ceux à qui les arrêts du Conseil de 1718, 30 mai 1775, etc., consacraient le 



50 HAILLIAGE DE SÉZANNE 

Nous deinandoiis la suppression des corvées seigneu- 
riales (1); el la supjiression des lods et ventes. 

Nous demandons que, dans le n()nd)re des députés du Tiers 
état, moitié soit choisie dans les villes et moitié dans'les cam- 
pagnes, de même i)our l'état ecclésiasli(jue, moitié soit prise 
liarmi les curés de campagne, et pour la noblesse, moitié prise 
parmi ceux qui t'ont valoir par eux-mêmes et qui habitent 
ordinairement leurs terres. 

Quant aux opinions, nous désirons que, lorsqu'il s'agira des 
impositions, l'on oj)ine j)ar tète, et lorsqu'il s'agira de tout 
autre chose, il est indilVérent (jue ce soit par ordre ; au surplus. 



droit, comme le disait iur" ordoiiiiiiiice de riiiteiidaiit de la f^'énéraiité de Paris 
du 11 juillet 1743, « d'entrer dans les maisons, caves, celliers, colombiers, écu- 
ries, bergeries, étabics, où il pourrait se trouver des terres, pierres, i)lâtras 
pi'opres à faire des salpêtres ; . . . enjoignant aux pro])rictaires de les laisser 
faire sans aucun empècliement » (Edme uk La Poix dm Fukminvii.i.e : Traité 
(jcnéral du (joiircniement, des biens et affaires des cominunaiités d'halyitaiits, 
page 37.'). — Paris, 17()(), in-8". Bibtiolh. de Reims, .\, 2/i<S), — soit contre les 
fraudeurs de salpêtres que la déclaration du 8 août 1702 assimilait « aux gens 
vagabonds, non domiciliés et sans aveu », et contre lesquels elle ordonnait 
des poursuites sommaires en dernier ressort, sans ajipels, par les commis- 
saires dé|)artis et par les oilicicrs des présidiaux ou sénéchaussées? (Cilyot et 
iMkhlin : Traité des Droits, etc., t. III, p. 243.) 

Les habitants des campagnes s'élevèrent maintes fois contre les privilèges, 
et surtout contre certaines exigences et exactions des premiers ; leurs opéra- 
tions ne se faisaient pas toujours sans difficulté. « Il est non seulement néces- 
saire, écrivait le 12 juin 1744 le contrêjleur général ()rr\' à l'intendant Le Pelle- 
tier de Ik-aupré, de maintenir ceux qui sont emplo3'és à ce service dans tous 
les i)riviléges qui leur ont été accordés, mais encore il est très important de 
les soutenir et de les favoriser dans leurs opérations... » En 17.")1, l'intendant 
Barberie de Saint-(^jntest rendit une ortionnance ])our j)rotéger les salpêtriers 
contre les dillicultés que leur suscitaient les communautés. — La fouille des 
maisons donnait lieu à des contlits : des salpêtriers étaient |)oursuivis, soit 
pour vol, soit pour avoir reçu des sommes d'argent de quelques communautés 
pour être exemptées de la visite, ainsi à Fresnes et Hourgogne-lés- Heims en 
17()9; — des habitants se laissaient poursuivre plutê)t que de laisser les salpê- 
triers entrer dans leurs logis : procès Turpin d'Hermonville, en 1772 ; — l'année 
suivante, les habitants tie (>)rmicy demandèrent à l'intendant d'être dispensés 
|)endant trois ans de la recherche du salpêtre. - Devant ces plaintes réitérées, 
un arrêt du (Conseil fut rendu en 1777, permettant aux communautés de se 
lacheter de la fouille des maisons par l'établissement de nitrières artificielles ; 
(|uel(iues-unes s'installèrent dans la généralité de (Ilu'dons, notamment dans 
l'élection de \'itry-le-François. (Arcli. de la Marne, C, l.'iO't et IMJ.) 

(1) Les rues du \illage demandaient à être souvent entretenues, étant 
très frétjuentèes par les habitants de .Sézanne qui se rendaient régulièrement 
au marché d'Arcis-sur-Aube. l'n piqueur, pour surveiller ces réparations, 
était payé par la communauté. (Arcl\. de l'Aube, ('., tlSH.) 



AXdLUHK 51 

on s'en rni)p()ile n ce (jne les Palais généraux jugeront j)lus utile 
au bien commun. 

Kl avons signé, à Allibaudières, le 7 mars 17(S9. 
C. Gay, notable, H. Jeanuikz, notable, Edmond Bahuiî, 
notable, Seurat, adjoint, etc. . . . 
(21 signatures.) 



ANGLURE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ÉCONOMIQUE. — « A neuf 
lieues N, N. O. de Troyes, sur le bras septentrional de la rivière 
d'Aube qui y forme une île. » 

— Généralité de Châlons, élection de Sézanne, coutume de Mcaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Sulpice et 
Saint-Antoine, à la collation de l'évéque de Troyes; — poste, grenier 
à sel, eaux et forêts de Sézanne, le lieutenant-général de cette dernière 
ville étant juge-consul-né. 

Aujourd'hui : chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Épernay. 

— Dénombrenwnt de 1773-1788 : 114 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 196 hommes, 198 femmes, 50 garçons et 44 fdies, 
soit : 488 habitants. — Recensement de 1906 : loi habitants. 

— Seigneur : François-Mathieu Du Port, conseiller de grand'- 
chambre au Parlement de Paris (1). 

— Curé : Edme (^hevance. 

— Territoire : 1,366 arpents de terres labourables : 12 de jardins et 
chènevières, 64 de prés, 153 de bois ; — terres d'usage : 200 arpents.— 
Récoltes (an. com.) : 1,344 boisseaux de froment (1 1/2 pour 1 de la se- 
mence) ; 5,481 boisseaux de seigle (2 1/2 pour 1) ; 2,326 d'orge (2 pour 1) ; 
8,866 d'avoine (2 pour 1). — 22 laboureurs à une charrue. — 48 che- 
vaux (82 en 1873) ; 207 bêtes à cornes ; 328 bétes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 4^ l'i 3/4 ; de la caj)itation : 
31^ Id 3/8 pour livre de la taille.— De 1778 à 1787 : taille de 2,000 
(en 1778) à 1,870 (en 1785). — En 1788 : 1,890 pour un revenu de 
9,326 livres (avec cette observation de l'assemblée de l'élection : « peut 
supporter cette augmentation sur son marc »). — En 1789 : taille : 
1,7701 ; impositions accessoires : 1,430' ; capitation : 1,340 1 ; — total : 
4.540 livres. 

— Dimes : Au curé. 

ANALYSE DU PROCÈS -VERBAL. [La communauté d'Anglure 
était composée de 140 feux. — L'avis pour la convocation des Etats 



(1) Voir le cahier d'Allemanclie et Launa}% page 33 et la préface. 



52 HAILLIAGE DE SÉZANNE 

«féiu'miix l'ut lu et publié le 1'' mars 1789. — Le 3 du niènio mois, les 
habitants se réunirent sous la présidence de .loaehim N'ohi.ot, lieute- 
nant du bailliage, eliàtellenie et grurie d'Anj*Iure, assisté de Noblot, 
greilier commis pour le décès du grcUier ordinaire (1). — Le pro- 
cès-verbal constate la présence de Nicolas Marcilly de la Henardière, 
Antoine Moreau, François Dumont, marchands, Claude-Agathangc 
Thomas, bourgeois, Nicolas (lallots, ju'ocureur fiscal, ('harles-Antoine 
Scurat, laboureur, (iilles Mille/., boulanger, Maximilien^Victor Preud- 
hommc-a^^illet, marchand, .lean Hélot, bourgeois, et Sulpice Hichomme, 
marchand. — Les députés désignés furent Joachim NoBhor, lieutenant 
du bailliage et président de l'assemblée, et Nicolas Marcilly de La 
Uknahdikiu:, marchand, « et, ajoute le procès-verbal, dans le cas où 
les députés tomberaient malades où auraient causes (jui les empè- 



(1) La seigneurie d'Anglure, une des plus coiisidcrables de la généralité, 
était une des quatre baronnies mouvantes de l'évêché de Troyes, appelées 
l)aronnies de la Crosse. Le seigneur se qualifiait « premier baron de la (Cham- 
pagne ». — La question de savoir si la haronnie d'Anglure dépendait de 
l'évêché de Troyes ou de la justice royale de Sézanne fut l'objet de procédures 
dès 1().')0, entre François Malier, évcque de Tro3es, et l'ierre-Ignace de Braux. 
conseiller du Hoi au grand conseil, baron d'Anglure, le seigneur engagisfe de 
la chàtcllcnie de Sézanne, Louis de \'all()is, comte d'AUais, gouverneur et lieu- 
tenant général en Provence, intervenant; révcquc reconnaissait que le château 
était mouvant de Sé/anne. mais il soutenait que la justice el l'île, dite l'île 
du Château, étaient mouvantes de l'évêché de Troyes. (Arch. de l'Aube, G, 531.) 
Après avoir été, pendant plusieurs siècles, possédée par la famille d'Ogier, 
sire d'.Anglure, dont le ciiàtel avait été annobli par charte octroyée par le roi 
Philippe VI de Valois en mars 1340, famille alliée au.\ du Bella}-, au.\ Braux, 
aux Savigny, aux Linage et aux comtes d'Ktoges, la seigneurie passa à la mai- 
son de Cardonne (157.")), pour revenir aux de Braux de Savigu}', puis fut acquise, 
en 1718, au pi'ix de 137 ,'200 livres, par .Joseph de (]ommerford sur la demoiselle 
Anne-Angèli(iue d'Anglure de Savigny, héritière du feu comte d'Ktoges, son 
neveu ; en 1749, elle était la propriété de .Jean de Cabanel, dont le terrier fut 
dressé en vertu des lettres de chancellerie du 4 septembre 175(5, mais qui se 
vit contester le titre de baron d'Anglure |)ar le bureau des finances de Chidons. 
Lnlin. en 1789, |jar suite du mariage de Maric-Madclcine de (Cabanel, fille 
de .Jean, avec I-rançois-Mafhieu Du Port, conseiller au |)arlemcnt de Paris, la 
seigneurie d'Anglure était l'iiéritage ti'Adrien Du Port cjui, on l'a vu, avait été 
choisi |)ar les j)a\sans d'Allemanchc pour les rei)réscnter à l'assemblée du 
Tiers état du bailliage de Sézanne et devint, comme député de la Nohlessc de 
Paris, un des membres les j)liis remarquables de l'Asseinblèe constituante. 
(Voir préface.— Sur la seigneurie d'Anglure : Arch. île Ui Marne, E, l'iU à IHO. 
— Arch. de l'Aube, G, Ui et .VW à y.i'i ; - etc.) 

Si le lils du seigneur d'Anglure, en 1789, était ainié de ses pa\sans, il n'en 
était |)as de même de son grand-père .Jean de Cabanel, qui eut de nombreuses 
contestations avec les marchands de bois d'Anglure jjour les réparations aux 
moulins et à la digue (17.')2, — ibid., E, KHh ; -- avec la paroisse d'Allemanchc 
pour la reconstruction du ])resbytère (17()2, — ibid., E, IKi) ; — avec les bou- 
chers d'Anglure (1719-17.")4) ; avec Nie. Bezançon et ,1. liugnot, laboureurs à 
Bagneux (1775-1779, — ibid.); — avec les habitants d'Anglure, au sujet des 
droits decensive et de corvée revendiqués par le seigneur {ibid., (!,', 52j); — etc. 



ANGLURE 53 

chassent de remplir leur commission , les habitants auraient élu 
pour adjoints les personnes d'Antoine Moreau, nuirehand, et Maximi- 
lien-Victor Prcudhomme, aussi marchand de ladite paroisse, dont le 
premier élu sera préféré pour remplacer celui des deux qui serait 
obligé de s'en absenter ».] 

Arch. révol. de Sézanne, A, 5 : Procès-verl)al et cahier, 1 pièce : le cahier 
est rédigé dans le corps du procès-verbal ; 15 pages cotées et signées « ne 
vnrietnr » au bas de chacune d'elles, par Noblot. 

Soi RCKS DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C,336-17'il : Navigation de l'Aube ; 
écluse d'Anglure. — C, 338 : Titres de la seigneurie. — C,5'25 : Admi- 
nistration de la communauté. — C, 1Î92 : Domaines. — C, 16% : Ponts. 

- C, 1130 : Atelier de charité (1788). — C, 2980 : Police; aides. — 
E, l'iO à 180 : Dossiers et papiers de la seigneurie d'Anglure. — E, 8'r'i : 
Minutes de l'étude Pigeollot, d'Anglure (1721-1741) : titres, actes. — 
G, 1390 : ('ensives à l'église collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — 
Arch. de l'Aube, C, 1197 : Tarif des droits qui se perçoivent à Anglure. 

— G, 16 : Archives de l'èvéché de Troyes ; baronnie d'Anglure. — 
G, ô'i : Confrérie de charité d'Anglure (1742-1748). — G, 77 et sui- 
vants : Xoniiiiations de curés (1573-1755). — G, 52.9 ; Paroisse Saint- 
Sulpicc et Saint-Antoine; cure. — G, 530k 534 : Baronnie d'Anglure 
relevant de l'évcque de Troyes ; — etc. 



CAHIER 



Cahier contenant les doléances, plaintes et remontrances des 
communes dWnglure-snr-Aube, formé en exécution de la 
lettre du Roi pour la convocation des Etats généraux à 
Versailles, le 27 avril i789, et règlement g annexé, por- 
tant aussi les instructions et pouvoirs donnés par lesdites 
communes de la paroisse d'Anglure, tant à leurs députés 
en l'assemblée du bailliage de Sézanne, qu'aux députés 
qui seront élus en ladite assemblée pour assister aux Etats 
généraux (1). 

Les communes d'Anglure donnent pouvoir et manchtt sj)écial 
à leurs députés en l'assemblée du bailliage de Sézanne : 

1" D'employer tous leurs efforts pour obtenir que l'élection 
des représentants des trois ordres de ce bailliage, et la rédac- 



(1) Le cahier d'Anglure, rédigé par Noblot, a servi de modèle à ceux 
d'autres communautés, tels qu'.4//c'/jia/H7ie (v. jiage 35), Baademcnl, etc., qui 
le résument. Aussi, par dérogation exceptionnelle à la règle adoptée, le 
reproduisons-nous in-extcnso, afin de l'avoir complètement en cet endroit, et 
ce malgré certains passages qu'on a déjà lus en entier ou en résuiué dans le 
cahier d'Allemanche ci-a\ant. 



54 HAILLIAC.K 1)K SKZANNK 

lion (k" k'iirs cahiers, soient faites en commun par les trois 
ordres réunis en ladite asseml)lée ; 

2» De choisir pour déi)ulés de ce hailliage ceux (jui leur 
paraîtront les plus vertueux, les plus instruits, les plus judicieux 
et les plus fermes, de (pielques ordres (pi'ils soient ; 

3" D'élire autant d'adjoints qu'il y aura de représentants 
pour ce haiJliaLje aux lOtats j^énéraux, à l'elTet de remplacer 
ceux desdits représentants ([ui, \H)uy causes de maladies ou 
autres, ne ])ourraient pas se rendre aux Etats, ou seraient obli- 
gés de s'absenter, cas auquel le premier élu desdits adjoints 
sera ])rél"éré, et ainsi de suite : 

4" D'allouer auxdits représentants et aux adjoints qui les 
remplaceront, chacun une somme suffisante par jour, à compter 
de la huitaine ou (juin/aine (suivant la distance des lieux) (|ui 
précédera l'ouverture des États, jusques et y compiis la huitaine 
ou quinzaine (jui suivra leur clôture, dépense qui sera répartie 
sur tous les contribuables du bailliage au marc la livre de 
leurs impositions (1). 

Lesdites communes d'Anglure donnent aussi pouvoir et 
mandat spécial aux députés ([ui seront aussi élus en l'assemblée 
dudit bailliage : 

De s'occuper préalablement, et ce concurremment avec les 
autres représentants de la Xation librement élus, tant de la 
restauration des principes constitutifs et fondamentaux de la 
monarchie française que de la formation cl organisation j)lus 
parfaite des l^tats généraux, et de déleiininer le tout par un 
décret solennel. 

A l'elfet de (juoi les communes d'Anglure ra|)|)clleront ici, 
comme renseignements seuicmcnl, les |)iincipaux articles (pie 
ce décret, suivant elles, (h^it contenir : 

AuT. 1'^ — L'emj)iie français est un lOtat purement 
nionarchi(|ue, dont le Hoi est le seul chef et légitime adminis- 
trateur. 

2. — On dislingue dans les l^tats trois classes principales de 
sujets : l'ordre des ecclésiasti(|ues et jiossesseurs de bénéfices, 
l'ordre de la Noblesse et propriélaiics de (icfs, cl Tordre 
du Tiers, CDHiposés du surplus des ciloyens ; chacun de ces 



(1) Sur I:i question de rindeiniiité ù ulloui-r :iux dc-piiti-s : <!f. (i. Lachknt : 
Jiuilliuijc (le (Uuiluiis (liilruductioii, |)a;,'c xxxi, iidU-^ 



ANGLURE 55 

ordres est indépendant des autres et ne dilTère que par des 
privilèges personnels et non pécuniaires. 

3. — Le Roi ne peut, néanmoins, gouverner et administrer 
l'État que conformément aux lois établies ou consenties par la 
Nation légalement assemblée en États généraux. 

4. — Les domaines de la couronne ne peuvent être aliénés 
que du consentement des États généraux, et toutes acquisitions 
faites par le Roi sont réputées domaniales. 

5. — Nul subside direct ou indirect ne peut être ordonné, 
assis, ni perçu, s'il n'a été volontairement consenti par la 
Nation légalement assemblée. 

G. — Tout impôt doit être proportionné au seul besoin réel 
de l'État, déterminé dans sa quotité, limité dans sa durée, et 
réparti également et en commun entre tous les sujets de la 
monarchie, sans exception. 

7. — x\ux États généraux, seuls, appartient le droit d'em- 
prunter et d'hypothéquer aux créanciers de l'État des impôts 
déterminés. 

8. — Liberté individuelle des citoyens ; exclusion de toutes 
lettres closes ou de cachet, d'exil et autres moyens illégaux qui 
y portent atteinte ; obligation de remettre incontinent, dans les 
prisons dépendant des tribunaux et entre les mains de ses juges 
naturels, tout citoyen arrêté pour quelque cause que ce soit. 

9. — Toute liberté est sacrée et repose sous la sauvegarde de 
la Nation, du Prince, de la loi et des tribunaux, en sorte qu'il 
n'est permis d'y porter aucune atteinte. 

It). — Pareillement, les lois du royaume ne peuvent être 
altérées, changées, modifiées ni abrogées que du consentement 
de la Nation. 

11. — Tous traités de paix et de commerce doivent être 
communicpiés aux Etats généraux, qui suivront immédiate- 
ment la conclusion, pour y être examinés et recevoir, s'il y a 
lieu, leurs sanctions définitives. 

12. — L'inamovibilité des magistrats, aucune suppression 
entière ou en partie de tribunaux, ou élection de nouveaux, 
sans le consentement de la Nation. 

13. — Les ministres responsables envers la Nation, et tenus 
de rendre compte de leur conduite et administration aux Etats 
généraux. 

14. — Toutes lois particulières relatives aux diverses parties 



56 BAILLIAGE DE SKZANNE 

de radministration, telles que la justice, les finances, la guerre, 
la marine, etc., n'auront leur exécution définitive (ju'aj)rès 
avoir été aj^prouvées et consenties par la Nation. 

Celles (pi'il serait indis})ensai)le d'établir dans l'intervalle 
d'une tenue (des États généraux) à l'autre, seront néanmoins 
provisoirement exécutées après qu'elles auront été préalable- 
ment examinées, vérifiées et enregistrées ès-cours du royaume, 
par forme et contrainte. 

lô. — Tout ce (jui sera une fois admis et consenti par la 
pluralité des membres composant les Etats généraux organisés 
comme ci-dessus, sera réputé consenti par la Nation et fera loi. 

16. — Les communes d'Anglure ne croient pas devoir [)er- 
metlre auxdits représentants du bailliage de s'occuper des sub- 
sides avant que les principes et les bases de la constitution 
française soient solidement établies, à moins que les circons- 
tances n'exigent impérieusement des secours extraordinaires et 
momentanés. 

17. — lùnployant les propres expressions des États du Dau- 
pbiné (1), les communes d'Anglure recommandent auxdits 
représentants de cbercher ensuite tous les moyens i)ropres à 
rétablir l'ordre et l'économie dans les finances, de prendre une 
connaissance exacte des besoins de l'Etat et de la dette 
publique, afin d'y proportionner les sacrifices (jue la gloire du 
trône, l'iionneur français et le salut de la Nation pourront 
rendre nécessaires. 



(1) Dans ]es pouvoirs des dcpiiiés de la province du Dauphiné aux États 
généraux du 31 décembre 17H8, on lit, en effet, ces instructions qui corres- 
pondent aux articles 17 et 18 du cahier d'An{{lure : 

» Leur défend de s'occuper des subsides avant que les principes et les 
« hases de cette constitution soient établis, à moins que les circonstances 
« n'exigeassent imijérieusement des secours extraordinaires et momentanés ; 
« leur recommandant, lorsque ces bases seront fixées, de rechcrclier tous les 
« moyens propres à rétablir l'ordre et l'économie dans les finances ; de 
« ])iendre une connaissance exacte tles besoins de l'iltat et de la dette 
« pui)li(|ue, afin d'y proportionner les sacrifices que la j,'loire du trône, l'hon- 
« neur français et le salut de la Nation pourront rcnche nécessaires. Leur 
« défend encore d'accorder aucun impôt |)our un temps illimité, sans <|uc le 
« terme de l'octroi puisse excéder l'intervalle d'une assemblée d'IItats },'éné- 
« raux à la suivante, etc.. » {Pracis-ncrhal de l'Asscnihléc (jénénile des trois 
ordres de la province du I)au]d\inc, tenue en la ville de Honinns,. . . sept.- 
déc. 17SH. — Heproduit dans la l{éini])ressi(>n de l'ancien Moniteur : Introduc- 
tion. paf{cs .')4i) et suivantes.» 



ANGLURE 57 

18. — Lesdites communes ne croient pas également devoir 
permettre auxdits représentants d'accorder aucuns subsides ou 
impôts sans (jue le terme de l'octroi puisse excéder l'intervalle 
d'une assemblée des Etats généraux à la suivante. 

19. — Mais ils représenteront que la commune d'Anglure ne 
peut sui)porler de plus lourds impôts que ceux qui l'accablent ; 
qu'elle croit devoir remontrer que, pour parvenir à acquitter les 
dettes de l'État, Sa Majesté serait très humblement suppliée de, 
par une suite de ses bontés paternelles, voidoir peser, dans sa 
sagesse, s'il ne se trouverait pas encore des réformes à faire 
dans sa maison, celles de la Reine et des princes, ainsi que 
dans tous les départements du royaume ; que Sa Majesté voulut 
jeter un regard sur les grâces pécuniaires, pensions et retraites 
accordées, et d'en retrancher, s'il est possible, aux personnes 
gratifiées, et ne les accorder, à l'avenir, qu'au mérite connu ; 
de porter également une diminution sur les gages des officiers 
de ses maisons royales (1). 

20. — Lesdits représentants insisteront sur ce qu'il soit pris 
en considération les rentes viagères créées sur une ou deux 
têtes au-delà du taux ordinaire, pour qu'elles y soient réduites 
ou remboursées ; 

21. — Qu'il fût pris en considération, les États assemblés, les 
fermes générales, par (pii le peuple est écrasé, et qui paraissent 
établies plutôt pour enrichir ses préposés, qui jouent le plus 
beau rôle dans le royaume, que l'État ; 

22. — Que toutes les propriétés foncières, sans distinction de 
qualités, de possesseurs, soient assujetties aux impôts comme 
le sont celles du Tiers ordre, même à l'impôt représentatif de la 
corvée, ressources justes et naturelles dans un besoin pressant, 
et qui milite tellement en faveur du Tiers, qu'il lui est de toute 
impossibilité d'y contribuer plus qu'il ne fait, ayant d'autant 
moins à se reprocher d'avoir été à charge à l'Etat que les deux 
premiers ordres qui en ont reçu, pour la plupart, d'immenses 
bienfaits ; 

23. — Qu'elles croient plus juste encore que lesdits Etats 
Aoulussent fixer leurs regards sur les bénéfices séculiers et 
réguliers, et de les assujettir, dans la circonstance, aux besoins 
de l'Etat, d'autant plus qu'ils en sortent originairement. 

(1) En marge de cet article, on a inscrit le mot : « Bon ». 



58 HA ILLIAGE DE SÉZANNE 

24. — Les mêmes communes d'Anglure recommandent 
expressément anxdits représenlanls à l'assemblée des États, de 
s'opposer de toutes leurs lorces à rétablissement de la subven- 
tion territoriale en nature, dont la Nation est menacée, impôt 
juste en api)arence, mais tout à fait désastreux, qui, ajouté à 
celui de la dime, deviendrait, sous peu de temps, le ver des- 
tructeur de l'agriculture, découragerait, par ses entraves déjà 
connues, le cultivateur : 

lo II lui ôterait la faculté d'enlever ses récoltes à volonté, 
même dans le plus pressant danger (se trouvant saisis et 
arrêtés d'avance par celui de la dîme), sous lequel il gémit 
pendant vingt-(|ualre heures, temps accordé pour sa percep- 
tion ; 

2o II donnerait au ])réposé à la levée le droit de parcourir à 
discrétion les moissons non encore coupées et sans pitié ; 

3° Il augmenterait le nombre des procès longs et coûteux 
qu'a fait éclore la dîme ; 

> Il contraindrait le cultivateur à se défaire de bestiaux, 
proportionnément à l'impôt, sans diminuer le nombre de ses 
chevaux et domestiques, qu'il est forcé de conserver pour culti- 
ver, ensemencer et moissonner la partie qui lui serait enlevée ; 

5" Il le priverait des ressources de l'engrais dont on ne peut 
se passer, surtout en Champagne où le fumier est regardé 
comme le trésor de cette province, sans lequel le cultivateur 
perd ses soins, se décourage et f[uitte sa charrue ; 

()" Il ferait tomber les fonds de prix, diminuerait les droits 
royaux et seigneuriaux ; 

7" Enlin, il serait considérable et rendrait |)eu à l'Ktat (les 
frais d'exj)loilali()n, (|u"il exige, i)erçus). Il faut être laboureur 
pour le redouter. 

25. — Lcsdites conimuiics les chargent expressément (rem- 
ployer tous leurs elTorts pour obtenir, dans la Champagne, 
l'établissemenl d'Hlats provinciaux suivant le i)lan adopté pour 
ceux du l)au[)hiné, le(|uel ])lan sera annexé aux j)résents 
comme pièces de renseignemenl. 

26. — Pour oblciiir également la suppression des corvées 
royales, des aides, des dioits de IVanc-liefs, {\u centième 
(leiiiei-, di' la uuuipu' des cuirs, de la gabelle, des entrées dans 
l'enceinic de la pioN iiicc cl autres dioils ; pour les rein|)lacer 
par un inipol moins à charge. |)lns également réj)arli sur toutes 



an'glurp: 59 

les classes de citoyens, et moins gênant pour la liberté et la 
tranquillité, observant que la Champagne est d'autant plus 
intéressée à ce nouvel ordre des choses qu'elle est une des pro- 
vinces les plus grevées du royaume, et des plus pauvres. 

27. — D'aviser aux moyens de réformer les abus qui peuvent 
s'être glissés dans l'administration de la justice et les lois y 
relatives, codes civils, criminels, marchands, etc. Les com- 
munes pensent que, ce travail devant exiger un temps, des 
recherches et un examen infiniment })lus étendu (|ue ne le 
comporte la durée de l'assemblée des États généraux, il serait 
plus expéditif que les représentants de la Nation désignassent, 
avant de se séparer, un certain nombre de personnes instruites 
et savantes, et particulièrement les plus habiles magistrats et 
jurisconsultes, qui seraient chargés de préparer ce travail et 
d'en faire leurs rapports à la prochaine assemblée des États 
généraux. 

Observant aussi, lesdites communes, que ce qui concourre à 
rendre encore plus dispendieuse l'administration de la justice, 
c'est cette foule de frais et de droits que le pauvre plaideur est 
obligé de payer et qui se répètent trop souvent, du nombre 
desquels tout le contrôle, les droits réservés, le scel, etc. 

28. — Descendant des besoins urgents et importants du 
royaume et de la province de Champagne en général aux objets 
d'utilité particulière de ce pays, lesdits représentants emploie- 
ront tous leurs efforts pour obtenir que la navigation de la 
rivière d'Aube soit rendue plus sûre et moins pénible par le 
rétablissement de l'ancienne écluse ou vanne de ce lieu, et 
l'approche de cet endroit plus aisée et plus facile aux différentes 
villes qui l'environnent, avec lesquelles il est en relations conti- 
nuelles de commerce ; par la construction de ponts et chaussées 
solides, observant qu'il y a peu d'endroits qui soient, plus que 
ce bourg, aussi intéressants pour l'approvisionnement de la 
capitale. Eu égard à sa situation sur la rivière d'Aube, qui 
descend dans la Seine à environ une lieue et demie au-dessous, 
et l'emplacement étendu de son port, qui est le plus sûr et le 
plus abordable de tous ceux qui sont sur cette rivière, au génie 
infatigable de ses habitants, qui ont tourné toutes leurs indus- 
tries vers l'objet unique d'y rassembler tous les grains et 
denrées comestibles de l'intérieur des terres, à huit à dix lieues 
à la ronde, pour les conduire successivement et continuellement 



60 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

au i)orl de la capitale où ils concourent à entretenir l'abon- 
dance des choses les plus nécessaires à la vie, même dans les 
temps où la navigation des autres rivières est interdite, et à 
cause de la légèreté des bateaux (1). 

29. — Les communes d'Anglure sont convaincues que le 
rétablissement de l'écluse suffira pour assurer la navigation, 
plus solide et beaucouj) moins disjHMidieux que le canal ci- 
devant projeté et sur k'{|uel le bureau de la ville de Paris, sans 
doute parce (|u'il n'est pas assez instruit de la situation des 
lieux, parait vouloir insister. C'est le vœu de tous les habitants 
de cette paroisse qui fréquentent la rivière d'Aube, et même 
celui de tous les marchands d'Arcis qui font le commercevpour 
la provision de Paris et qui sont les parties les plus intéressées 
après les marchands d'Anglure, à la restauration de la navi- 
gation. 

30. — Les représentants de ce bailliage seront tenus de 
correspondre pendant toute la durée des Etats généraux avec 
les officiers municipaux de la ville de Sézanne, et ceux-ci avec 
les officiers municipaux dudit lieu d'Anglure, afin qu'ils 



(1) Le i>ros Ijourg (rAn}{luie tt;iit et est encore situe diiiis une assez grande 
île de la rivière d'Aube, à une lieue et demie enviiou du eontlueiit de cette 
rivière avec la Seine. Kn cet endroit, « au port d'Anglure », les cultivateurs 
apportaient les grains de leur région de grande culture, destines à l'appiovi- 
sionnenient de Paris. (Mémoires sur ht iiai'i(ialii>n ilc ht rii>ièrc d'Aube (tu- 
dessus d'AiH/hirc, et sur soti uliliié pour ht ville de l'aris : Hajjjjort de l'ingé- 
nieur ordinaire de {Champagne et |)roJet d'ordonnance de l'intendant suivant 
l'avis de cet ingénieur : 17157, — Arch. de ht Marne, C,:{36. — Y. le mémoire à 
la préface.) 

Depuis plus de 50 ans, les habitants réclamaient, comme ci-dessus dans 
leur cahier, la réparation de l'écluse d'Anglure, d'une grande utilité pour 
l'importante navigation de la rivière. (\'oir dossier de la correspondance 
ministérielle relative à cette écluse, de 1740 à 1783 : ibid., (', Jl^il.) En 174!), 
un devis des travau.x à exécuter fut dressé et un arrêt du conseil ordonna 
l'adjudication au rabais de ces ouvrages, adjudication qui fut passée le 
22 octobre 1749. à l'entieprcneur Hrion, moyennant (i.i).").') livres. Mais ces tra- 
vaux furent retardés; des ojjpositions furent faites i)ar le seigneur qui avait 
obtenu, par arrêt du Conseil du 1<' août 1741, un droit de |)éage sur l'Aube, 
droit dont un autre arrêt de 17.')1 avait fixé le tarif; propriétaire des vannes 
et des moulins, le seigneur de (labanel avait demandé, en 1770, à faire régler 
les droits à percevoir pour le Ilot (|ue son meunier donnait pour le passage 
des bateaux, après a\dii- refusé de participer aux réparations de ces vannes et 
de l'écluse, malgré un arrêt du Conseil du 10 décembre 17.')S cjui l'y contrai- 
gnait. 

.Sur les importants moulins d'Anglure appartenant au seigneur et loués à 
bail, voir aussi les dossiers des Areh. de la Manie. /•.", t(i7 à î(i!). 



ANGLURE 61 

puissent être instruits des principaux objets qui les intéresse- 
ront, et tracer, en quel(|ue sorte, à leurs représentants, la 
marche à tenir dans les cas difficiles (1). 

31. — Ils sont pareillement chargés de porter aux pieds du 
trône, l'hommage des sentiments de respect, d'amour et de fidé- 
lité dont les communes d'Anglure sont vivement pénétrées pour 
Sa Majesté, et de manifester leur reconnaissance éternelle 
envers le monarque si bon et si populaire, l'émule des Henri IV 
et des Louis XII, de ce, qu'uniquement occupé du bonheur de 
ses sujets, il veut bien assembler son peuple chéri pour concer- 
ter avec lui des moyens de le rendre heureux, et de réintégrer 
l'État dans son premier lustre et dans son ancienne splen- 
deur. 

32. — D'insister pour qu'il soit établi, dans la ville capitale de 
la Champagne, un monument durable qui atteste à tous les 
siècles futurs les vertus de Louis XVI et son amour pour ses 
peuples, l'attachement de la Nation, et particulièrement de la pro- 
vince, pour sa personne auguste, le zèle constant et la courageuse 
fermeté des parlements du royaume, les sacrifices généreux et 
volontaires des princes et pairs, et des deux ordres privilégiés, 
enfin, le nouvel ordre des choses que va cimenter l'illustre 
assemblée des représentants des citoyens français. Tels sont les 
vœux sincères des communes d'Anglure. 

Lesquels instructions et pouvoirs ont été lus, publiés et 
arrêtés en l'assemblée générale des habitants dudit lieu 
d'Anglure, afin d'être présentés à l'assemblée du bailliage de 
Sézanne, et remis aux députés en l'assemblée des Etats géné- 
raux, auxquels lesdits habitants ont donné pouvoir de ce faire, 
suivant ce qu'il a été arrêté entre eux, et leur ont été délivrés. 



(1) Le vœu de la communauté d'Anglure sur cet objet fut rempli parle 
député du bailliage de Sézanne, Moutier. — Pendant les trente mois qu'il 
siégea aux Etats généraux et à l'Assemblée constituante, ce représentant 
envoya, tous les deux ou trois jours, aux officiers municipaux de la ville de 
Sézanne, un long compte-rendu des événements, des travaux de l'assemblée, 
discutant, avec son espiit de savant jurisconsulte, les réformes qui s'accomplis- 
saient, la constitution et les lois que ses collègues et lui élaboraient. De cette 
correspondance très curieuse, nous avons retrouvé 333 lettres du 22 juil- 
let 1789 au 2<S septembre 1791 ; elle nous paraît complète (voir la préface) ; nous 
en préparons la publication. Parfois, pendant quelques absences, Moutier 
confia le soin d'envoyer le récit journalier qu'il traçait, à son collègue 
Hurault, curé de Brojes, qui siégeait à ses côtés, à la gaucbe de l'Assemblée 
nationale. 



62 lîAII.I.IAC.I-. I)K Si:ZANNK 

le jour et an (|iu' dossiis. après avoir éU' signés do tous les 

habitants qui ont su signer, et du gienier-conimis. Ont signé : 

Pheuduomme-CKillet, Maiu.illy diî La Rknaiidikhk, 

Thomas, Gallois, etc 

XoBLOT (avec paraphe). 

(12 signatures.) 



ANGLUZELLES ET COURCELLES 



SITUATION ADMINISTHATIVK HT KCOXOMIQUE. - « A dix lieues 
N. (le Troyes, dans une grande plaine proche la rive gauche de la 
rivière d'Auhc. » 

— (iénéralité de Châlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 

— diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-Aube, i)aroisse Saint- 
Hlaise, à la collation de rabl)é de Montiéraniey, alternativenicnl avec 
le prieur d'AngluzelIes ; — grenier à sel, eaux et lorèls de Sézanne. — 
Mesure de Troyes. 

Aujourd'hui : coninuuie du canton de Fère-Chani|)enoise, arron- 
dissement d'I-lpernay. 

— Dcnombrcnu'ut de 177:i-]7SS : r)2 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 98 hommes, 94 fennnes, 14 gardons et 24 filles, 
soit 230 habitants. — Un état statisticpie des Archhfes de VAiibe 
(C. 1190), indique ôG teux en 1788. Le procès-verbal de 1789 ci-après n'en 
donne plus cpie 50. — Lourtalon, en 1784, en relève 00 pour Anglu- 
zelles, et 20 i)our Courcelles, son hameau. — Recensement de 1906 : 
237 habitants. 

— Seiçjneiir d'Aïu/liizelles : l'abbé de Morlan, prieur du j)rieuré 
d'AngluzelIes.— Seigneur de Courcelles : Xicolas-Anloine Chand)aull 
de Fresnay, écuyer, seigneur de Tortepée, l'aux-Fresnay, etc. (1). 

— C/z/r : Louis-.Ioscph-Laurent De Sains. 

— Territoire : 1,800 arpents de terres labourai)Ies : ().') de jardins et 
chèncvières, 9 de pré, 3 de vignes en 1787 (essai), .'51 de bois eu 1787. 

— Récoltes (an. com.) : 480 boisseaux de froment (2 pour I de la 
semence) ; r),.300 boisseaux de seigle (1 2/3 |)our 1) ; KiO d'orge 
(2 pour 1) ; 10,()0() d'avoine (2 |)our 1); 1,000 de sarrasin (') pour 1). 

— 31 laboureurs à une ciiarruc. — 1.") chevaux ; 11(1 bétes à cornes; 
200 bétes à laine. 

— linfiositions : Taux de la taille : '.i^ 4'' ; de la ca|)ilalion : îf'l'^ 
pour livre de la taille. - De 1778 à 178() : (iOO (en 1778) à 040 (en 1780). 

— Kn 1787 : (140 ])our un revenu de 3,949 livres (d'après le taux 



(]) Voir le taliier de l'aux-l'rcsiiay. 



angluzi-:llks et couhcelles 63 

comnuin de l'élection : r)80 livres). — En 1789 : taille : 640 i ; imposi- 
tions accessoires : 516' ; capitation : 484' ; — total : l,()l(l livres. 
— Dîmes : Le prieuré crAngluzellcs. 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La paroisse et communauté 
d'Angluzelies et Courcelles son annexe, était composée de 50 feux. 
— L'avis pour la convocation des Etats généraux fut lu et publié le 
8 mars 1789. — Le même jour, les habitants se réunirent « au presby- 
tère du lieu », sous la présidence de N. Truffé, syndic municipal. — 
Le procès - verbal , sans distinguer les habitants d'Angluzelies de 
ceux de Courcelles, constate la présence de Pierre Boude, Jacques- 
Appolinaire Boude, Jean Billebaut, Jacques Morant, Joseph Guille- 
mot, Nicolas Laguerre, Jacques Simonnet, Pierre Simonnet, Pierre 
Morant l'aîné, Pierre Billebaut, Pierre Simart, Nicolas Simart, Pierre 
Morant le jeune, Pierre-Antoine Rollet, Joseph Somson, Charles- 
Antoine Danton, Biaise Jacquet, Pierre-Biaise Jacquet, Pierre Besset, 
Pierre-Antoine Adnot, Pierre Mangin, Pierre Carouge, Jean-Baptiste 
Huguier, Denis Noblot, Etienne Bezançon, Pierre-Edme Ligoret, 
Pierre André, Jacques André, Gabriel Billebaut père, Pierre-Edme 
Marot, Nicolas Félizot, Jean Guillemot, Jean-Pierre Mangin, Nicolas 
Mangin, Charles Guillemot, Joseph Besset, François-Joseph Danton, 
Jean de Poivre, Nicolas Billebaut, Pierre-Biaise Brissot, Jean-Bernard 
Brissot, Louis Brissot, Charles-André père, Charles André fils, Charles 
Mangin, Pierre-Edme Robert, Joseph Lepage, Jacques Besset, Joseph 
Marié, Antoine Simonnet, Nicolas Fossoyeux, Gabriel Billebaut fils^ 
et encore, d'après les signatures de Courcelles : Antoine Lepage, 
Voisembert. — Les députés furent Denis Noblot, laboureur à Cour- 
celles, et Charles-Antoine Danton, laboureur à Angluzelles.] 



Arch. révol. de Sczanne, A, 6 : Procès-verbal et cahier, 1 pièce : le 
cahier est rédigé dans le corps du procès-verbal : 10 pages, dont les neuf pre- 
mières sont cotées dans le haut et paraphées dans le bas parle curé De Sains, 
croyons-nous d'après le paraphe de ce dernier. — Les deux dernières pages 
sont, comme on le verra plus loin, consacrées aux doléances particulières de 
Courcelles. 

Sources doc. acc. — Arch. de lu Marne, G, 525 : Usurpation de bois par la 
communauté de Thaas. — C, 960 : Impositions. — C, 1799 : Presby- 
tère. — G, 1296 : Redevance au chapitre de Pleurs. — Arch. de 
l'Aube, C, 1190 : Administration d'Angluzelies ; taille, comptes des 
syndics ; statistiques ; biens communaux ; presbytère. — C, 1338 : 
Administration de Courcelles ; tailles ; démêlés des habitants avec le 
curé. — G, 38, 75 et suivants : Nomination de curés et de prieurs 
(1570-1791). — G, 212 : Cure. — G, 232 : Aliénation du prieuré 
(ir)fi4-1581). — G, 536" : Paroisse Saint-Biaise ; revenus de la cure, du 
prieuré, dîme ; — etc. 



64 BAILLIAGE DE SÉZANXE 

CAHIKR 

Doléances, plaiijlcs et reiiioiilidnccs des siindic, officiers 
munlcipau.v et habitants de la conimunanlé et paroisse 
d'An(/lnzelles et Conrcelles, hailliage de Sezanne, diocèse 
et élection de Troyes. 

1. — Que, dans le Tiers élat, les artisans des villes et les 
habitants des campagnes sont trop obérés par la modicité de la 
récolte dernière, la cherté actuelle des grains, et les dépenses 
extraordinaires que la rigueur de Thiver passé leur a occasion- 
nées pour se procurer des farines, des vêtements, du chaulfage, 
et réparer leurs maisons, pour qu'on ])uisse leur imi)oser 
aucune contribution extraordinaire pour remplir le vide des 
finances ; 

Et que, pour former des fonds capables de remédier aux 
besoins actuels et pressants de l'Etat, il faut s'adresser aux 
seigneurs opulents des deux premiers ordres du royaume qui, 
depuis longtemps, à la faveur de leurs privilèges, ne supportent 
qu'une très légère partie des charges communes, aux compa- 
gnies de commerce, et aux corporations et communautés 
riches ; 

2. — Que, par la suite, tous les propriétaires des biens-fonds, 
de quelque ordre qu'ils soient, contribuent aux charges de l'Etat 
en proportion de la quantité et valeur de leurs immeubles, sans 
qu'aucun puisse invoquer aucune exemption ou privilège ; 

3. — Que la contribution afTectée auxdits immeubles se per- 
çoive en nature, pour éviter des déclarations très souvent 
fausses de la part des pro])riétaires ou fermiers opulents, et 
toujours très préjudiciables aux autres ; 

4. — Que les seigneurs soient soumis à une imposition par- 
ticulière i)our et en proportion de l'étendue de leurs mouvances, 
voiries, droits de chasse et de pèche, etc., qui sont des pro- 
priétés réelles et fructueuses ; 

5. — Que les impôts des provinces soient portés directement 
au trésor royal et ne passent plus entre les mains d'une multi- 
tude de receveurs généraux et particuliers (jui en absorbent la 
|)liis grande partie, les impôts étant établis pour accpiitler les 
charges de l'IOlat, et non |)as pour enrichir quehjues parti- 
culiers ; 

6. — Que la dépense nécessaire pour la confection et l'entre- 



ANGLUZELLES ET COURCELLES 65 

tien des routes, ponts et chaussées, soit supportée projjorlion- 
nellement par les seigneurs et les commerçants qui les écrasent 
par la pesanteur et la multitude de leurs voitures ; 

7. — Que toutes les provinces soient soumises à la même 
forme d'administration, et que l'usage et le commerce des 
mêmes marchandises soient lihres dans toutes les [)arties du 
royaume et, consé(|uemment, les douanes reculées aux fron- 
tières ; 

8. — Que la justice se rende gratuitement et librement, et 
que Sa Majesté sévisse contre les exactions et concussions qui 
ruinent les plaideurs avant même le gain de leur procès ; 

9. — Qu'aucun sujet ne soit privé de sa liberté, dans aucun 
cas, qu'il n'y ait été auparavant condamné par ses juges 
naturels ; 

10. — Que, pour empêcher le retour des abus dont Sa Majesté 
se plaint, et continuer le bien qu'elle se propose de concerter 
avec les Etats généraux de son royaume, les mêmes ii^tats se 
tiendront toujours, par la suite, à une époque déterminée ; 

11. — Que, dans toute l'étendue du royaume, les gros déci- 
mateurs soient tenus seuls des réparations des églises entières 
et des presbytères, sans cesser d'être obligés de fournir tout 
ce qui est nécessaire pour le service divin au défaut des 
fabriques (1) ; 

12. — Que le sel, qui est une denrée de première nécessité 
pour les hommes, et souvent très utile dans les maladies des 
bestiaux, se débite à un prix modique et beaucoup au-dessous 
du prix actuel qui est exorbitant ; 

13. — Que les lapins soient détruits, parce qu'ils font un tort 
considérable aux moissons ; 

14. — Que les arrêts et règlements qui ont été rendus pour 
empêcher la mendicité soient mis en leur pleine et entière 
exécution ; que chaque paroisse nourrisse ses pauvres, et qu'on 
condamne, s'il le faut, aux travaux publics, les vagabonds, 
paresseux et mauvais sujets de l'un et l'autre sexe, qui sont 
l'opprobre et le fardeau de la société sans vouloir lui être utile. 
Cette paroisse y est singulièrement intéressée en ce que ses 
habitants, qui comptent pour un de leurs principaux moyens 



(1) Arch. de la Marne, C, 1799. — .1/t/j. de l'Aube, C, 1190 : Réclamation 
pour la reconstruction du preslntcrc d'Angluzelles. 



66 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

(le suhsistaïUH' k's Irguiiics (jiiils cullivoiit à i^rands (Vais et avec 
beaucoup de peine dans les alentours du village (1), ont la 
douleur de les voir tous les ans ravagés et pillés par une multi- 
tude de mendiants des contrées voisines (2) ; 

15. — Que, pour l'avantage particulier des habitants de cette 
j)artie de la province de Champagne, dont le sol est générale- 
ment ingrat, les droits sur les vins qui se consomment dans le 
pays soient modérés, afin (jue le cultivateur, qui ne \\[ (jue d'un 
pain désagréable au goût et peu substantiel, puisse plus facile- 
ment conserver el réparer ses forces par l'usage du vin ; 

16. — Que, quant à l'imposition et acquit de ces mêmes 
droits, les modérations, exemptions et privilèges, ne soient plus 
accordés qu'aux cultivateurs les plus actifs et les plus intelli- 
gents, pour récompenser leur travail el leur industrie, ou pour 
les dédommager des pertes occasionnées par des accidents 
im[)révus ; 

17. — Que celle province, une des moins fertiles du 
royaume, au cas que l'impôt territorial n'ait pas lieu, soit, par 
la suite, déchargée d'une ])arlie de ses impositions, depuis 
longtemps trop fortes, eu égard à ses richesses et à sa popu- 
lation, et en particulier cette paroisse d'Angluzelles et (>our- 
celles , dont toutes les contributions particulières forment, 
aniuiellement, un total d'environ 2,500 tt (3) pour les deux 
territoires, qui contiennent ensemble environ 1,800 arpents de 
terres, en grande partie d'un très mince rapport, el dont 400 
appartiennent aux seigneurs desdits lieux (4). 

(Ici le procès-verlial conlinuc selon la forme habituelle, et relate la 
nomination des tleux députés et la remise de leurs pouvoirs; au bas 
du document Mj^urent les signatures de :J.-H. Huguier, Xol)lot, .1. liille- 
baut, l^icrre Boudé, X. Truffé, syndic municipal, Danton, Pierre 



(1) Le terroir d'Angluzelles, sur la rive f,'auclie delà Pleurre, ou rivière des 
.Au}{es, qui le sépare de Thaas, est niaréca/^'eux et assez fertile ; il produisait 
des léfjuuies, et uotauiiiieiit, dit C.ourtalou, i)eaueoup d'oiguons. (T<)j)<)(i. du 
diocèse lie Troyes.) 

(2) Sur les meudiaiils, voir le caliier d'Aulnay-aux-Planelies ((^f. lUtillidÇfe 
de (Uiàlonn, pa{{e 40, note 1). 

iW) Oout 1,()4() livres, ou l'aNu.jjour la taille, la eapitatinn et les iiupositious 
accessoires. {Arrh. de Ut Marne, ('., ^21'.i'2.) 

(4) D'après l'état de la taille de 17«7 (.l/c/i. delà Maine, C, W.'»), les tail- 
lables, propriétaires et fermiers, faisaieut valoir 1,.")H() arpents déterres labou- 
rables sur les 1,«(M1 portés au reeenseuieut de 177:$ (i7)/(/., (1, 'iliO), et sif{nalés 
également j)ar le cabier d'Angluzelles. 



ANGLUZELLES ET COURCELLES 67 

Carougc, J. Besset, P. -A. Rollet, Biaise Jacquet, J. Simonnet, P. Simon- 
net, P. Adnot, Pierre Mangin. — Les habitants de (^ourcellcs ne « signent 
« le présent état et cahier de remontrances et doléances communes 
« qu'avec la réserve de leurs droits et représentations particuliers 
« qu'ils voudront et pourront l'aire envers les personnes de cpii ils 
« dépendent ». — Aussi, avant de signer, ils ajoutent la note sui- 
vante :] 

Et, de suite, les habitants de Courcelles ont jugé à propos 
d'ajouter les représentations suivantes : 

En 1765, en vertu des provisions de M^' l'Evèque de Troyes 
accordées à M^ Jean-François Navel, prêtre du diocèse de 
Trêves, de prendre possession de l'église de Saint -Biaise 
d'Angluzelles et de celle de Saint-Marcoul de Courcelles, son 
annexe, suivant les provisions à lui accordées le 10 mai précé- 
dent (1), ce qui a obligé lesdits habitants d'agir par requête par 
eux représentée au seigneur évêque de Troyes pour pourvoir, 
ledit Navel, à soutenir ou à déduire sa prise de possession, ou 
à détruire les provisions de l'évêque ; lesdits habitants voyant 
qu'ils n'avaient aucun secours, ont été obligés de donner une 
seconde requête, à laquelle M^'' l'Evêque a envoyé deux députés 
de sa part, au mois de mai 1778, pour vérifier les faits ; de là, 
MM, les habitants espéraient tous heureux succès. Ne voyant 
aucun abrégé, ont proposé entre eux de se consulter ; après 
plusieurs consultations, lesdits habitants ont été obligés de 
forcer M. Navel, curé d'Angluzelles et Courcelles, son annexe, 
de desservir ladite église de Saint-Marcoul de Courcelles, 
annexe d'Angluzelles ; voyant le refus dudit Navel, ont formé 
une instance qui est en suspens. Il s'agirait, dans une assem- 
blée telle que le désire Sa Majesté aujourd'hui, de rendre un 
ordre uniforme dans toute l'étendue de son royaume, pour ce 
que la religion fût observée dans tout pays ; d'un autre côté, le 
prieur d'Angluzelles doit bien subsister à la desserte de Cour- 
celles. Le principe l'emporte ; il n'est ni seigneur du lieu, ni 
obligé en aucune charge, sinon la desserte ; pourquoi perçoit-il 
les dîmes du terroir de Courcelles qui domine sous la sei- 
gneurie de M. Nicolas -Antoine de Chambault, seigneur de 



(1) Arch. de l'Aube, G, 121 : Xomination du curé d'Angluzelles eu 17(5'). 



68 BAILLIAGE DE SEZANNE 

l'^aiix-Fresnay, aiuiucl tous propriétaires des fonds dudit terroir 
de Courcelles paient droits seii^neuriaux (1)? 

X. Fklizot, C. Andhé, Bezançon, Pierre André, Robert, 

F'ossoYEL'x, etc 

(23 signatures.) 

Je soussigné, prêtre desservant de ladite paroisse d'Anglu- 
zelles, certifie avoir publié au prône de la messe de paroisse 
d'aujourd'hui la lettre du Roi, le règlement y joint, et l'ordon- 
nance de M. le bailli de Sézanne. 

A Angluzelles, ce 8 mars 1789. 

De Sains, desservant. 



BANNAY 



SrrrATIOX AI)MIXIST1^\TIVE 1-:T 1-:(:0X0MIQUK. - « séparé de 
sa paroisse Coriélix par le petit Morin, sur le ruisseau cpii vient des 
étangs et des bois de I^Yomentières, à seize lieues de Troyes. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de Sens ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, ancienne paroisse Saint- 



(1) La chapelle, constate (".ouitalun en 1784 (Tojxxj. thi (liorcsi' de l'rot/es, 
ibid.i, était entretenue par les habitants, et l'on n'y disait la messe qu'une fois 
l'année. — Les habitants de (Courcelles avaient déjà demande à l'intendant 
l'autorisation de ))laider contre le curé d'Anf^luzelies afin de le contraindre à 
faire, les dimanches et fêtes, le service divin dans la chapelle Sainl-Marcoult 
du hameau ; mais, sur avis du subdélé{,'ué de Troyes, cette autorisation leur 
avait été refusée. (Arch. de l'Aube, C, r.l'.iH.) 

La cure d'Angluzelles était à la collation de l'abbé de Montiéramey, alter- 
nativement avec le jjrieur du lieu. — Le prieuré d'Angluzelles, sur lequel on 
trouve quelques détails dans (Courtalon (oiiv. cit.), était décimateur; les droits 
et revenus appartenant au prieuré comprenaient les grosses et menues dîmes 
d'Anfîhi/.elles et Courcelles, la chasse aux canards, la pêche, la justice haute, 
moyenne et basse, loués moyennant une somme de 800 livres, y compris le 
fjros du curé (300 livres), et les honoraires dûs au même pour les messes à la 
charj^e du prieur (.')() livres). (,4n7i. de l'Aube, (i, ").%'.) 

Le prieur était sei{{neur d'.Anj^luzelles; sa sei},'neurie lelevail i\y\ marquisat 
de IMeurs. — « M. de Moiland, inieur d'Angluzelles, ré))ondiient, le 

L") mai 17()9, les haJiitants d'.Aiif^luzelles et de (Courcelles, au ((uestionnaire 
relatif à la situation de leurs terres, — est le seif,'neur d'.Anj,'luzelles ; mais, 
pour (Courcelles, cpii est le hameau de la paroisse, .M. de (Chambault en est 
seigneur eu i)arlie, et .M. Morant, habitant dudit (Courcelles, et d'autres i)arti- 
culiers, en sont seigneurs i\u « lief du (Clos », enclavé dans ladite seigneurie. » 
(Arch. de la Marne, C, 'l'.i'i.) 



BAXNAY 69 

Ferréol, annexe de C.orfélix (1) ; — grenier à sel, eaux et l'orèls de 
Sézanne; mairie ressortissant de la baronnie de Haye. 

Aujourd'hui, commune du canton de Montniort, arrondissement 
d'Kpernay. 

— Dénombrement de 1//S-17SS : 10 feux roturiers. — Population : 
20 hommes, 20 femmes, .'5 garçons et 4 filles, soit : 47 habitants. — 
Recensement de 1906 : 50 ha])itants. 

— Seigneur : Alexandre-Eticnne-lIippolyte Herthclot de Plcneuf, 
chevalier, baron de Baye, maréchal de camp des armées du Roi (2). 

— (hiré : (V. Corfélix). 

— Territoire : 726 ar|)cnts de terres labourables, 2 de jardins ou 
chènevières, 10 de pré, 5.')1 de bois, 38 de terres d'usage. — Récoltes : 
1,848 boisseaux de froment (2 pour 1) ; 140 de seigle (2 pour 1) ; 
34 d'orge (2 pour 1) ; 4,633 d'avoine (2 pour 1). — 1 laboureur ayant 
charrue. — 4 chevaux ; 40 bêtes à corne ; 250 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3* lld 5/8 ; de la capitation : 
32s 3,1 3 4 pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : taille 160 (en 1780) 
à 180 (en 1787). — 1788 : 180 livres pour un revenu de 940 livres. — 
En 1789 : taille : 178 livres ; impositions accessoires : 140 livres ; 
capitation : 130 livres. Total : 440 livres. 

— Dimes : Au curé. 

[La communauté de Bannaj', citée également à Chàlons, fut 
défaillante à l'assemblée du Tiers état de ce bailliage. (Cf. Bailliage de 
Chàlons, p. 60.)] 

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. — [La communauté de Bannay 
était composée de 14 feux. — L'avis pour la convocation des Etats 
généraux fut lu et publié le l"' mars 1789. — Le même jour, les habi- 
tants se réunirent sous la présidence du syndic « Louis Thierce- 



(1) « La collecte de Bannay, composée de 12 feux, — disait en 1788 le 
« bureau intermédiaire de l'élection de Sézanne, — est une paroisse annexe de 
« (Corfélix, ayant le même curé, mais une église particulière et un seigneur 
« différent, a toujours fait une communauté distincte, régie par son S3'ndic, a 
« toujours eu son imposition à part et ses collecteurs ; enfin, il y a été formé 
<( une assemblée municipale. Les habitants désirent, pour l'avantage et la 
« tranquillité de leur communauté, conserver leur administration particulière» 
« telle qu'elle a toujours existé ; les motifs qu'ils donnent à l'appui de ce vœu 
« sont, qu'ayant toujours régné beaucoup d'harmonie et d'ordre dans les 
« affaires de tout genre de ladite communauté, par l'unanimité qui a subsisté 
« et subsiste encore entre les individus qui la composent, il serait à craindre 
« et presque certain qu'une réunion ne fît cesser cette bonne intelligence si 
« nécessaire pour la bonne administration et le bonheur des habitants. Le 
« bureau intermédiaire est d'avis qu'il soit déféré au désir des habitants de 
« Banna\-, et qu'en conséquence il leur soit laissé leur collecte particulière. » 
(Ht(tt dressé par le luireaii inlerinédidirc de rassemblée d'éleclion de 
Sézaïuie, etc. — Arch. de la Manie, ('., 'illfi.) 

(2) \'oir sa biographie au cahier de Baye (Cf. Ilaillianc de Clinloiis. p. M). 



70 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Lix (1) » (lui, seul nvoc « La ('arpc », savait signer cl écrire. — La Carpe 
rt'(Hf«c le jirocès-verbal el le cahier, et tous deux le si<*iient. — Le 
procès-verbal constate en outre la présence d'Etienne La Carpe. 
Lrançois Prunot, .lean Pliilippon, Léonard Longeot, Jean Durand et 
Pierre Hoycz. — Les déj)utés désignés furent I^tienne La Cahpe et 
Louis Thikhcelin.I 



Arch. rcvohit. de Sczannc, A 7 •', proccs-verbal ; A 7'', caliier : 4 pages co- 
tées et paraphées par Thiercelin. 

SouucKS DOC. Acc. — Arch. de la Manie, C, j.T) : Administration de la 
communauté. — C, S19 : Impositions. — C, KKid : Caj)ilation. — 
G, 1C)9 : Seigneurie dépendant de hi hai'onnie de Jku'c, mouvant de 
l'évèché de Châlons. — .4;t/j. de l'Aube, G, 607 : Ancienne paroisse 
Saint-Ferréol, annexe de Corfélix; — etc. 



CAHIER 



Cahier des ])l(untcs el doléances à faire par la comiuiinanlé 
de Bainjaij à rassemblée dn Tiers élal qui doit se tenir 
Cl Sézanne, le 9 mars prochain, conformément à la lettre 
du Roi du 24^ janvier présente année, et à l'ordonnance de 
M. le marquis de Pleurre, grand bailli d'épée, gou- 
verneur ou chef de la ville diidit Sézanne, datée du 
1i février 17S9. 

C'est avec une entière soumission, nous disons plus, c'est 
avec un véritable plaisir (|ue nous courons (2) à la sûreté, au bien 
de l'État, et que nous contribuons à ac([uillerla dette nationale; 
mais, ayant considéré qu'il n'y a point de proportion entre les 
imi)osilions el les fortunes des membres qui composent les 
trois ordres du royaume, et que le Tiers état supporte prescjue 
lui seul le fardeau accablant des impôts, nous avons cru pou- 
voir, sans manciuer au respect (jue nous devons à notre 
auguste monarque, faire les représentations et les demandes 
qui suivent : 

Amt. l*"''. — Que les élablissemenls dulililé i)ul)li(|ue, tels 
les marécliaussées, les maisons de force pour détenir les 



(1) La qualité de syndic de I.,ouis Thiercelin résulte de l'assignation donnée 
à la communauté de Hannay par l'huissier Ftuguier, le 27 février 1 78!) (.4 rc/j . 
révttl. lie Sczaiine, C"^), car- le jjrocés-vcrbal ci-dessus ne fait mention ni de 
celle fonction, ni même de celle de président de l'assemblée. 

(2) Sic : pour « concourons m. 



BANNAY 71 

mendiants, les ponts et chaussées, soient entretenus [)ar les 
trois ordres ; 

2. — Que les corvées, dont nous avons été écrasés de tout 
temps et dont nous sentons encore le poids par l'argent que 
nous donnons tous les ans pour l'entretien des routes, soient 
payées par les trois ordres des citoyens ; 

.3. — Diminuer l'imposition de la taille et les accessoires 
par la suppression de toutes les charges et émoluments des 
receveurs : les peuples sont écrasés par cette surcharge; 

4. — Que chaque arpent de vigne soit imposé à la taille, à 
raison de son produit ordinaire ; que les collecteurs des 
deniers royaux soient chargés d'en faire le recouvrement ; que 
la ferme des aides, ce fléau du genre humain, soit supprimée, 
et, la perception des deniers ainsi simplifiée, il rentrera infi- 
niment plus d'argent dans le trésor royal ; 

5. -- Que la charge d'huissier-priseur soit anéantie comme 
étant la cause de la ruine certaine de quantité de pauvres 
familles ; 

6. — Que les maisons religieuses, qui jouissent des plus 
beaux et des meilleurs biens de France et qui ne contribuent 
en rien au soulagement des pauvres des paroisses dont elles 
tiennent leurs biens, cessent de dimer nos récoltes, à moins 
qu'indépendamment de l'entretien du chœur des églises, dont 
elles sont déjà chargées, elles ne contril)uent au soulagement 
des pauvres des lieux où sont situés leurs biens à proportion 
des revenus qu'elles en tirent, à l'exemple de nos seigneurs 
bienfaisants (1) ; 

7. — Que les défrichements des biens délaissés et aban- 
bonnés soient absolument défendus comme contraires au bien 
de l'agriculture, car permettre de défricher, c'est détruire les 



(1) Etienne Berthelot de Pleneuf, directeur général de l'artillerie de 
France, avait, le 9 février 1708, acquis, sur Michel Larcher, les terres et sei- 
gneuries de Baye, Villeveuard, Bannay, .loches et Talus. — Son petit-fils, qui 
avait hérité de ses biens, sut se faire aimer des habitants des villages de sa 
seigneurie. On a déjà vu que ceux de Baye parlent « des seigneurs aussi 
charitables, bienfaisants et compatissants, tels que l'est M. le Baron, seigneur 
du lieu, envers tous les nécessiteux de ses terres, auxquels il apporte tous 
les secours possibles à tous ses pauvres, relativement à leurs besoins ». 
fCf. Bailliage de Cbùlons, p. (54.) — Parent de Bouille, le baron de Baye, fut 
arrêté en l'an II et conduit à Sézanne. Mais les paysans ayant témoigné en sa 
faveur, il ne tarda pas à être remis en liberté. 



72 HAILLIAGK DE SKZANNE 

pàlurages, c'est enlcvor aux cullivnleuis la racullé (i'ôlcvcr des 
l)cstiaux, sans lestjuels poinl d'engrais et. i)ar là même, pauvre 
récolte (1) ; 

8. — Qu'il y ait une rérorme dans la judicature, de manière 
cpi'un procès porté à un tribunal (pie! (pi'il soit, ne puisse 
passer plus d'un an au plus tard sans être jugé ; 

9. — Que la suppression des charges et ol'licieuses (2), trop 
onéreuses à l'IOlal (ii); (Uie l'on lasse un sort honnête aux curés, 
et qu'on les mette à portée de pouvoir se passer du casuel, 
comme ruineux pour les familles, et onéreux pour les gens 
même à leur aise ; 

10. — Que les gabelles soient absolument abolies, et que le 
prix du sel, (jui est excessif, soit diminué, alin (pie quantité de 
pauvres citoyens, qui sont obligés de s'en passer j)arce qu'il est 
trop cher, puissent au moins s'en procurer ; 

11. — Que les seigneurs de marais soient contraints à rem- 
plir fidèlement les conditions aux termes de la concession qui 
leur en a été faite par Sa Majesté, c'est-à-dire qu'ils soient tenus 
de faire construire les ponts et chaussées aux lieux qui leur 
ont été indicpiés, et soient tenus de permettre aux commu- 
nautés de conduire leurs bestiaux, après les récoltes des foins 
jusqu'au 25 mars, sans les affliger, comme il a été fait jusqu'à 
présent, par des vexations injustes (4) ; 

12. — Point d'hommes de garnison ; cela ruine les peuples, 



(1) L'opinion des habitants sur le défriciiement de leurs terres incultes 
avait chanf{é, car, lors de l'enquête de 17(ii), ils avaient sif,'nalé que leur terroir 
possédait environ fiO arpents de terres incultes appartenant à la communauté; 
ils ajoutaient : « (>es terres sont pâturaj,'es communs i)our les hétes à laine et 
les hétes à cornes ; mais il serait plus utile, pour le bien de la communauté, 
qu'elles soient en culture... », et plus loin : « Ce sont des terres de limon 
éloignées du village d'environ un demi-quart de lieue, situées en plaine; donc 
il est très facile de les cultiver et de les mettre en froment; la dépense serait, 
par ar|)ent, d'environ deu.\ ou trois jours par chaque particulier, si bien l'on 
voulait leur accorder. La quantité de terres serait toute bonne en grains, 
attendu que les petits |)r()|)riétaires n'ont pas de terres pour ensemencer 
leur nourriture ». (Ktaf du 11 mai 17(1!). — Anh. (h- la Mdrnc, C, 'hVi.) 

Cl) Sic : pour » ollices ». 

CJ) (A'tte phrase incorrecte est textuelle. 

(1) Les démêlés des communautés avec les seigiuuis possesseurs des 
marais de .Saint-doud se trou\ent e.\i)osés en note des cahiers de C.onrjconnvl 
et Juches (cf. liniUiiKjc de Chàloiis, p. '2'M et ;$.')(>). \'oir aussi la préface du |)ré- 
sent volume et les cahiers suivants de lirotiss!/-lv-(ir<inil, ISiunssiz-lc-I'cdl, etc. 



BANNES 73 

ne lait aucun bien à l'État, et c'est un monopole abusible fsicj 
et injurieux à la tranquillité publique. 

Telles sont les plaintes et doléances que nous, habitants de 
Bannay, avons l'honneur de taire, et que nous chargeons les 
nommés Louis Thiercelin et Etienne La Carpe, que nous avons 
unanimement élus et autorisés à l'effet de les présenter à 
Monsieur le bailli ou à Monsieur son lieutenant, son repré- 
sentant, avec instantes prières de les faire valoir partout où 
sera jugé convenable. 

Fait à Bannay, étant au lieu ordinaire de tenir les assem- 
blées, cejourd'hui 8 mars 1789, et avons signé, et d'autres qui 
ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés. 

Thiercelin, La Carpe. 
(2 signatures.) 



BANNES 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « Situé 
auprès d'un lac à 5/4 de lieue N. O. de Fère-Cliampenoise, à 
6 lieues 1/2 S. O. de Chàlons. » (Expilly : Dict. des Gaules, ibid.) 

— Généralité de Cliàlons, élection de Cliàlons-sur-Marne; — dio- 
cèse de Cliàlons, doyenné de Vertus, paroisse Saint-Vast, à la colla- 
tion du doyen de Gaye. — Mesure de Vertus. 

Aujourd'hui, commune du canton de Fère -Champenoise, arron- 
dissement d'Épernay. 

— Dénombrement de 1113-1188 : 84 feux (1) roturiers et 1 ecclésias- 
tifiue. — Population: 162 hommes, 150 femmes, 38 garçons et 34 fdles, 
soit 384 habitants. - Recensement de 1906 : 374 Iiabitants. 

— Seigneur : Louis-François, comte de Lantage, chevalier, comte 
de Romécourt, etc., ancien clievau-Iéger de la garde du Roi. 

— Curé : Jean-Raptiste Cosquin. 

— Territoire : 11 arpents de jardins ou chènevières, 5 de prés, 
10 de bois, 1,800 de terres labourables, 360 de terres d'usage, 996 de 
terres incultes et marais. — Récoltes : 612 boisseaux de froment 
(1 pour 1) ; 5,725 de seigle (1 pour 1) ; 918 d'orge (1 1/2 pour 1) ; 4,284 
d'avoine (1 pour 1) ; 1,428 de sarrasin (2 pour 1).— 31 laboureurs ayant 
charrue. — 73 chevaux ; 154 bètes à cornes ; 435 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3* 8 J 1/4 ; des imp. ace. et 
de la capitalion : 32* 8J 1/2 pour livre de la taille. — De 1778 à 1787: 



(1) Expilh- ne domie que 68 feux. (Dictioim. des Gaules, ibid.) 



74 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

1,110 (en 1787) à 1,160 \en 1783).— Kn 1788 : 1.010 pour un rovciui réduit 
de 6,171 livres. — Kn 1780 : taille : l,o;}5 livres; imposition acces- 
soire : 834 livres; capitation : 782 livres ; total : 2,()ôl livres. 
— Dimcs : En partie aux rcliji;ieux de La Channoye. 



ANALY.SK DU PROCHS-VHRHAL. - |La communauté de Hannes 
était composée de 82 leux. — L'avis pour la convocation des l^tats 
généraux fut lu et publié le 1-' mars 1789. — Le 3 du même mois les 
habitants se réunirent sous la présidence de Georges Ploix, syndic de 
la municipalité de Bannes. — Le procès-verbal constate la présence 
de Louis Pageot, Jacques Chariot et Louis Fagnier, ofliciers munici- 
paux, Charles Coutan, Louis Ploix, Pierre Xoblot, Jacques Gonet, 
Claude Gonet « et autres habitants » dont le procès-verbal ne continue 
pas rénumération, mais dont les signatures figurent au bas : François 
Rob, Gabriel Richomme, P.-L. Xoblot, J. Jolly, Pierre Triquenot, 
Gabriel Rornot, François Vattey, Nicolas Lonuet, Jac([ues Ploix, Jean- 
Haplislc Richomme, J. Thibault, François Chamjiy, Louis Laurent, 
R. Robert, Louis Cordelier, François Chariot, Nicolas Louvet et 
Nicolas Marguin, grellier, et, en plus, sur le cahier : Claude Martin, 
P. Coulmiée, F. Coulmiée, G. Vallon, Vincent Thomas, Jean Bonnard, 
Jean-Baptiste Hardoin, Gabriel Thomé. — Les déi)utés lurent Georges 
Ploix, syndic de la municipalité et président de l'assemblée, et (>harles 
CoLT.VN, procureur fiscal de la seigneurie de Bannes, tous deux labou- 
reurs en ce lieu.] 

Arch. révnhil. de Svzanne, A, S» : Procès-verbal sur la formule imprimée 
(cf. liciilUage de Chàlons, p. vni); — A, A{i' : Cahier : feuillets (dont 4 seule- 
ment sont remplis) cotés et paraphés par le président G. IMoix et le grcHler 
Nicolas Mar.^uin. 

SoiucKS DOC. Acc. — Aivh. de 1(1 Mdiiie, (', M'i : .Admiiiislratiou de la 
communauté ; comptes des syndics. — C, SIO et !)'i'2 : Impositions. — 
C, 10-23 : Capitation. — C, 1588 : Corvées. — C, 180'i : K},'lise et presby- 
tère. — (1, '2i)8() : Police : démêlés du curé et des habitants. — G, V2'i 
et 3'.H : \'lsite et biens de la cure; — etc. 



C A H I E R 



Cahier des j)I(nnles, doléances el remontrances présentées 
à Sa Majesté Louis XVI le liien-Aimé (]). 

Les hiihiliinls du village, paroisse el coniiiumaiik' de lîamies 
ont riioiineur de préseiiler an Uoi el à hi Nation leurs pjainles. 



(1) Kn marf^e et en haut de la première pafje, on lit : « Le présent cahier 
contenant six feuillets de nous et de noire },'i"enicr, coté el paraphé par pre- 
mière et dernière pa}{cs et ne vurieliir ». 



BAXNES /5 

doléances et remontrances sur différents impôts et charges 
qu'ils sont obligés de payer et supporter, ainsi que sur la 
perception d'iceux. 

Les moyens de soulagement qu'ils ont lieu d'attendre de 
Votre Majesté /sic) ; pourquoi ils demandent la réunion des 
impôts en un seul, comme les tailles, capitations, contributions 
représentatives des corvées et vingtièmes, étant pour eux des 
impôts trop onéreux. 

Le village de Bannes est situé tout à fait à l'extrémité de son 
territoire et en pleine Champagne, et dont il y a partie de ses 
terres qui sont éloignées du village d'environ une lieue, terres 
fort maigres par leur mauvaise situation et la longueur d'y con- 
duire du fumier (1) ; quant à celles qu'ils possèdent pour 
bonnes, elles sont tout à fait adjacentes au marais de Saint- 
Gond qui, par sa fraîcheur, nous amène des brouillards du 
printemps qui, fort souvent, gèlent leurs récoltes en seigle (2). 

Impôt. — Dans tous les temps il y a eu des abus ; la preuve 
en résulte sur le territoire dudit Bannes qui est plus mauvais et 



(1) « Le territoire de Bannes, limitrophe des marais de Saint-Gond, a une 
longueur et une largeur égales de 5 à 6 kilomètres, et s'appuie sur le Petit- 
Morin, dit la « Grande-Rivière ». (Chalette : Précis de la Statistique de la 
Marne, ibid.) 

Il y avait, sur ce territoire, en 17()9, 360 arpents de marais, communs et 
usages de la communauté, qui fournissaient de très mauvais pâturages, propres 
seulement pour le bétail à corne ; on ne pouvait alimenter que « la quantité 
de 50 pendant l'espace de 5 mois ». Le reste de l'année, pendant 7 mois, ces 
marais communs étaient couverts d'eau ; ils étaient proches du village, 
n'avaient jamais été cultivés et ne pouvaient jamais l'être ; « c'était, dit 
]'cnquète, un terrain semblable à une citerne, un bassin fangeux et inhabi- 
table ». Les habitauts avaient coutume de mettre en réserve environ trois 
arpents de la meilleure partie de ces terres qui pouvaient produire 40 livres 
de revenu, lesquels deniers servaient « aux affaires les plus urgentes de la 
communauté », conformément aux intentions de l'intendant. — Mais afin 
d'éviter des contestations avec le seigneur possesseur des marais de Saint- 
Gond, les habitants avaient, selon leur expression, « fait des folies » pour 
séparer par des fossés leurs marais communs de ceux des « donataires du 
Roi » ; mais ces travaux, ordonnés « par ordonnance de M. l'intendant, il y a 
environ 38 ans », étaient, en 17G9, engorgés de vases en plusieurs endroits. 
(Enquête de 17()9, rep. du 15 mai. — Arch. de la Marne, C, 't33.) 

(2) Sur la question des marais de Saint-Gond, voir les cahiers de Coiir- 
jeonnet et Joches (cf. Bailliage de Chùlons, p. 231 et 351)), ceux de Broussij-le- 
Grand, Bronssij-lc-Petit ci-après, et préface du présent volume. 

Le comte de Lantage, seigneur de Bannes, où il possédait un château, 
avait, en 1787, demandé la construction d'une levée de ce village à travers les 
marais de Saint-Gond. (Arch. de la Marne, C, 158S.) 



7fi BAILLIAGE DE SÉZANNE 

plus maigre (juo les IcMioirs voisins ; néniiinoins le larif cl 
révalualion des terres de ce territoire y est à plus haut prix. 

L'évaluation des hàtiuients et de toutes les terres contenues 
dans tout le territoire du village de Bannes api)ailenanl au 
Tiers état, est portée à une somme de 5,807 tt 12 de revenus 
annuels, dettes et rentes aecjiiitlées, et ils paient à Sa Majesté, 
tant tailles, principal, capilalions ." impositions accessoires, 
contribution de corvées et vingtièmes, celle de 3,883^ 4. . 
Consé(iuemment , il est prouvé clair cpie lesdits habitants 
paient ])lus de moitié du revenu annuel de leurs Tonds (1); que 
le proi)riétaire le plus industrieux n'a jamais pu louer à i)lus 
haut prix qu'au tiers franc ; charge d'im|)ols (|u'ils ne [)euvent 
plus supporter sans être obligés de continuer à vendre leurs 
biens, — biens propres ; à qui ? 

!•> A la Noblesse ; 

2° Au Clergé ; 

3° Aux citoyens des villes; ce qui diminue leurs j)ropriétés ; 
et les impôts restent toujours aux misérables cultivateurs 
accablés sous le joug ! 

Joug accablant et (pi'ils n'espèrent pas pouvoir se relever, si 
Votre Majesté n'a la bonté de l'aire supporter aux trois ordres 
un impôt proportionné à leurs revenus, à la décharge du 
Tiers état ; 

Que, dans les années abondantes, s'ils ont (|uel(jues bois- 
seaux de grains à vendre, ils sonl obligés de les conduire dans 
les marchés des villes de Sézanne et \'erlus. où Ton exige d'eux, 
pour le mesurage, un vingl-builième, charge tro[) forte (2), 
puis(|ue, dans le prix des grains actuel, le minage enlève aux 
particuliers une somme de deux sols neuf deniers par chacun 
boisseau, en observant encore (jue les particuliers supjjorlent 
toutes les fatigues, puis(|u'ils manient eux-nu'Mues les sacs de 
grain, et en emplissent eux-mêmes le boisseau au fui- et à 



(1) On a vu qu'en 17K7 le revenu des l)iens de Hannes était estime à 
6,171 livres, et qu'en 17Si), la taille, les impositions accessoires et la capitation 
s'élevaient à '2,(m\ livres; la dilTérenee avec le cliilTre de :<.S.S;i' 4 ci-dessus 
rejjrésente les vin},'tièmes et corvées. 

(2) Sur les droits de mina/;e des marciiés de Sézaniic et N'ertns, voir 
I>réface ilu présent volume, le cahier de Sézanne (note 1, p. 'J.')), le cahier 
de Vertus (cf. Ihiilliaiic de Chnloiis, p. 77!l), et Aich. tic lu Munir, C, 'lOU 
et WO. 



BANNES 77 

mesure de la délivrance, le minage n'ayant i)our loule peine 
que celle de passer son roullot (sic) sur le boisseau ; il plaise à 
Votre Majesté, avec sa justice et sa bonté ordinaire, d'en sim- 
plifier les droits. 

Les droits de contrôles fixés et rendus immuables, car les 
gens de la campagne ne connaissent souvent pas les droits que 
doivent percevoir les contrôleurs ; que souvent ils se trouvent 
surpris par des arrêts d'extension aussi souvent obtenus, et on 
leur demande des droits qu'ils ne s'attendent point à payer. De 
là, que résulte-t-il ? Que souvent les personnes font elles-mêmes 
leurs actes sous seing privé, les rédigent mal, donnent lieu à 
des procès et occasionnent la ruine des familles. 

Une autre sorte de charge, qui n'est pas moins onéreuse que 
la précédente, c'est les huissiers jurés-priseurs, qui, par leurs 
droits, absorbent la majeure partie du prix des efi'ets des petites 
ventes qu'ils font dans les campagnes ; la Noblesse, qui jouit 
des prérogatives de la justice, devrait être tenue d'en faire le 
remboursement, et Votre Majesté ordonner que les huissiers 
des lieux les feront à modique prix, tel qu'il plaira à Votre 
Majesté d'arbitrer (1). 

La suppression entière des aides, et liberté franche du 
commerce dans tout le royaume sur les vins. Il serait plus 
simple et beaucoup moins dispendieux de fixer un impôt en 
argent sur chaque arpent de vigne, et ce à proportion des frais 
de culture que les propriétaires sont obligés de faire, et il 
rentrerait sûrement dans les coffres de Sa Majesté des sommes 
immenses qui, jusqu'alors, n'ont pour ainsi dire servi qu'à 
payer les appointements des employés (2). 

La suppression des gabelles ; liberté du commerce sur le sel 
et sur toutes les autres denrées comestibles ; le sel, si utile et 
si nécessaire à la vie, et duquel on ne peut se passer ni prodi- 
guer. Il serait à souhaiter surtout pour tous les habitants de 
la campagne, (|ue cette suppression fût, par Votre Majesté, 
ordonnée. 

Un autre surcroit de charges, ce sont les délits que font les 
lapins dans les terres emblavées aux environs des garennes et 
buissons, car, en Champagne, les garennes et buissons étant 



(1) Voir le cahier d'Attiis (cf. Baillage de Châlons, p. 41). 

(2) \'oir ci-après, cahier de Bergères-sous-Montmirail, page 97. 



78 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

très peuplés en gibier, ce (|iii fait un tort très préjudiciable 
à tous les particuliers qui cultivent des biens aux environs de 
CCS misérables cantons ; tort inappréciable. Le Tiers état en 
demande la destruction générale (1). 

Travaux de corvées. — Quant aux travaux dos corvées sur 
les routes, il serait à proi)()s de les continuer à prix d'argent ; 
au moins que les cultivateurs de la campagne, en payent une 
somme quelconque, fussent libres et qu'ils puissent s'occuper 
continuellement à cultiver leurs terres, au lieu qu'étant forcés 
d'y travailler eux et leurs chevaux sur les routes, cjue, nécessai- 
rement, ils sont obligés de négliger la culture de leurs champs 
qui, souvent, leur est très préjudiciable ; (jue le paiement de ces 
travaux soit supporté par les trois ordres, chacun à pro[)ortion 
de leurs revenus annuels. 

Abus auxquels nous ne i)ouvons nous empêcher de réclamer 
la justice et la sagesse de Votre Majesté : 

Différents arrêts de la cour du Parlement de Paris qui 
défendent à tous particuliers, propriétaires, cultivateurs, de 
mener paître leurs troupeaux de moutons et brebis dans les 
prairies après la fauche (2). La majeure partie des habitants 
de la campagne ont été obligés de diminuer leurs troupeaux ; 
néanmoins, ce bétail si utile, tant pour la nourriture de 
Ihonime que pour la manufacture d'élotTes, la quantité des 
laines étant diminuée, il en résulte (jue les manufactures sont 
en partie désertes. La cour, en faisant publier ces défenses, n'a 
pas fait attention que le vêtement est aussi nécessaire à 
l'homme que les aliments pour sa nourriture (3). 

Les habitants du village de liannes ne représentent ceci à 
Votre Majesté (jue comme un abus général ; (lue, cjuant à eux, 
ils ont très peu d'intérêts sur les manufactures détolTe, car ils 
ne s'habillent pres(jue toujours (jue de toile ; (|ue cependant 
il serait utile (jue Votre Majesté annulât ces arrêts et permît 
aux habitants de la campagne, quand ils le jugeraient à propos, 



(1) Voir le cahier de Ceriion (cf. linillidfic île ('.huions, p. 125). 

C2) .Sur ces difTérentes dispositions, voir les cahiers A'Aiilnaii-l'Ailrc, 
A'ïiloyes et de Sainl-Murlin-atix-Champs (cf. li'v de Châloiis, j). âO, 272 et ô7H). 

(.'}> On a vu que Hannes possédait 43') moutons qui alimentaient de leur 
laine les manufactures de Troyes. (Arch. delà Murne, (l, 'iT2.)— Sur ces manu- 
factures, voir la préface et aussi : A. MoitriKii : Le Iricid cl l'indiislric de la 
honncleric (Troyes, 1891, in-H"). — liniTurv : Uisl. de Truijcs, t. IV ; etc. 



BANNES 79 

de mener paître leurs troupeaux de moutons et brebis dans les 
prairies après la fauche, toutefois jus(ju'au l*"' mars. 

Ressources pour les besoins de l'Etat. — Rien n'est si facile 
à Sa Majesté ; il en peut trouver de grosses : 

1^ En faisant supporter un impôt quelconque, à prix 
d'argent, sans exception, sur tous les biens appartenant au 
Clergé et à la Noblesse ; que Votre Majesté donne à loyer la 
chasse et la pèche dans toute l'étendue de son obéissance ; il 
lui en reviendra bientôt des sommes immenses ; 

2*^ Que, outre l'Impôt proportionné sur tous les biens des 
deux ordres ci-devant dits, il en soit imposé un sur le luxe, en 
imposant un droit sur ceux qui auront des carrosses et s'}' 
feront conduire au-delà d'un âge déterminé, c'est-à-dire depuis 
vingt ans jusqu'à cinquante, à moins qu'ils ne soient infirmes ; 

3° Sur les domestiques portant la livrée, aussi par un 
nombre déterminé, tel qu'il plaira à Votre Majesté d'arbitrer, 
suivant le mérite des personnes ; sur les galons, sur les ganses, 
sur les dentelles, etc., et sur les cheminées fumantes, aussi à 
raison d'un nombre déterminé suivant le mérite des personnes, 
attendu qu'une grande quantité de feux dans un même bâtiment 
consomme beaucoup de bois et en augmente considérablement 
le prix ; 

4° Sur les chiens ; mais comme dans les campagnes les 
villages sont éloignés les uns des autres, ainsi que les maisons 
qui sont la majeure partie non closes, mal bâties, couvertes de 
chaume, il serait nécessaire que chaque habitant de votre 
royaume pût avoir chez lui un chien sans aucun risque 
d'impôt. Mais que, sur le surplus, il fût imposé sur chaque 
chien un impôt à raison d'une somme telle qu'il vous plaira de 
fixer ; et enfin sur tous les objets qui ont rapport au luxe ; 

5» En comprenant dans les impôts tous les propriétaires et 
bénéficiers; il y a des sujets qui ne sont point compris et qui 
ne paient rien au Roi ; tels sont les eff'ets des portefeuilles ; 
pour les y contraindre, il serait nécessaire que Votre Majesté 
ordonna que, sous trois mois à compter du jour de son ordon- 
nance, tous les billets à ordre et autres, lettres de change, etc., 
soient contrôlés, et que, sur le vu des sommes, Votre Majesté 
ordonne tel impôt qu'elle jugera à propos. 

Les habitants de la paroisse et communauté de Bannes ont 
l'honneur de très humblement remercier Sa Majesté de l'éta- 



80 BAILLIAGE DK SKZANNE 

blisseinent des nninicii)alités ; ils la supplienl très humblement 
(l'ordonner qu'à lavenir, elles soient chargées du recouvrement 
de l'impôt qu'il lui plaira de lixer ; qu'elles en soient respon- 
sables pour, par elles, verser les revenus dudit impôt dans le 
bureau qui sera établi à cet elîet dans chacun bailliage ou 
sénéchaussée, lestpiels bureaux verseront directement les reve- 
nus dudit bailliage ou sénéchaussée au trésor royal. 

De tout quoi lesdits habitants supplient très humblement 
le Roi et la Nation d'accélérer leurs vœux. 

Fait et arrêté par nous, sj'iidic, municipaux et hai)ilants de 
la paroisse et communauté de Bannes, en assemblée générale 
tenue à cet efTet le 3 mars 1789. 

P. NOBLOT, J. GOXET, C. COUTAN, L. PaGEOT, CtC 

Nicolas Makguin, greffier. 

G. Ploix, syndic municipal. 
(26 signatures.) 



BARBONNE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET FXONOMIQUK.— « A 11 lieues 
N. O. de Troyes, à deux lieues S. de Sézannc, et à l'K. de la forêt de 
Traconnc. » 

— (iênêralitê de Chàlons, élection de Sêzanne, coutume de Mcaiix ; 
— diocèse de Troyes, doj'cnnê de Sêzanne, paroisse Saint-Pierre- 
Saint-Paul, à la collation du chapitre de la cathédrale de Troyes ; — 
poste, grenier à sel de Sêzanne. 

Aujourd'hui, c'"' du canton de Sêzanne, arrondissement d'l\pernay. 

— Dénombrement de //7.V-//<S'<S' : 269 feux roturiers, 2 ecclêsiasti(jues 
et 'A nobles. — Population : 141) hommes, t.'JG femmes, 11.") gardons et 
123 nilcs, soit 1,120 iiabitanls. — Recensement de VJOd : 1)31 habitants 
(avec Fayel). 

— Seif/nenr : Le Hoi. 

— Curé : l'Yançois-Pierre-Honavenlure-Nicohis Eallement. 

— Territoire : 1,81") arpents de terres labourables, 12 de jardins ou 
chêncviêrcs, 36 de près, 8(53 de bois, 020 de vignes, 4")0 de terres 
d'usage (dont 2,176 arpents de luens exploités par les taillal)les pro- 
priétaires fermiers ou forains). — 21 laboureurs ayant charrue. — 
115 chevaux; 19.") iiêtes à cornes ; 433 bêtes à laine. 

— liécolles : 1,176 boisseaux de froment (2 |)our 1); 7,870 de seigle 
(2 pour 1); 814 d'orge (2 pour 1) ; 1),.3,33 d'avoine (2 |)our 1) ; 1,.")7') de 
sarrasin (2 pour 1) ; 1,720 muids de vin (2,666 en 1773). 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 3<J 3/4 ; de la capitalion : 



KAUBONNE 81 

(non indiqué).— De 177<S à 1787 : 2,120 (en 1787) à 2,400 (en 1781).— Kn 
1783 : 2,120 livres pour un revenu de 12,071 livres (suiviuU le taux de 
l'élection : 2,390 livres). — Kn 1789 : taille : 2,140 livres; impositions 
accessoires : 1,700 livres ; capitation : 1,(U)0 livres ; total : 
5,440 livres. 

— Dîmes : Par le commandeur de (loulours, ordre de Malte, à 
cause de la commanderie de Barhonne, pour les 4/5 (arrêt du grand 
conseil du 31 mars 1055), et le curé pour 1/5, à la réserve du canton 
des Vauchers où il a les 2/3, et du Clos-de-Vigne où il a le tout. 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL. [La communauté de Barbonne 
était composée de 312 feux. — L'avis pour la convocation des j^^tats 
généraux fut lu et publié le dimanche 8 mars 1789. — Le même jour 
les habitants se réunirent « en l'auditoire royale de Barbonne », sous 
la présidence de Jac([ues-Alexis Houllier, conseiller du Roi, lieute- 
nant particulier au bailliage de Sézanne et chàtellenie de (^Ihante- 
merle, « ce jour audit Barbonne », assisté de Verseau, grelïier 
commis de la municipalité. — Le procés-verbal constate la présence 
de Remy Hélot, Médard Sauvage, Savinien Perrin, François Benoist, 
Jean Perrin, Claude Demeuve, Edme-Nicolas Martin, Nicolas Lecomte, 
Pierre Seguin, Antoine Bierge, Pierre-Nicolas Lecomte, .lean Mollet, 
Pierre Gentil, Pierre Paquier, Pierre Benoist, François Rousseau, 
Edme Choigniat, Simon Pinard, Simon Demeuve, Alexis Bray, Martin 
Collet, notaire royal, Claude-Martin (juillot, aussi notaire royal, 
Antoine Baillet, géomètre, Louis-Modeste Thomas, maîtfe en chirur- 
gie, Claude Pinard, Jacques-Simon Ricard, Vincent Maillé, Hubert 
Bernard, Simon Planson, Claude-Simon Quentin, et encore, d'après 
les signatures du cahier : Fossoyeux, Langlois, Langlois, Langlois, 
Benoist, Claude Thibault. — Les députés furent les deux notaires 
royaux, Martin Collet et Claude-Martin Guillot, Antoine Baillet, 
géomètre, et Louis-Modeste Thomas, maître en chirurgie.) 



Arch. révol. de Sézanne, A, 9'^ : Procès-verbal sous le titre : « Extrait du 
registre des délibérations de la municipalité de Barbonne », délivré et expédié 
par le greffier commis de la municipalité Verseau, qui signe seul... « pour 
servir et valoir ce que de raison ». — A, 9'' : Cahier : 11 pages cotées et signées 
au bas par Houllier. 

Arch. commun, de Barbonne .Registres de délibéraliuns de l'administration 
municipale de 1700 à 171)0 (10 reg.) ; le 10% du ô septembre 1788 au 16 avril 1790 
(72 feuillets), contient la transcription du procés-verbal du 8 mars 1789 analysé 
ci-dessus. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 336, 338 et 2980 : Police, 
plaintes. — C, 365 : Épidémie de fièvre putride. — C, 53'i et E, 1000 : 
Administration de la communauté ; bois communaux. — C, 959 : 
Impositions. — C, 1036 : Capitation. — C, 1610 : (Corvées. — C. 1730 
et 1732 : Atelier de cbarité. — C, 180h : Église et presliytére. — 
C, 193'i : Incendies de 1720 et 1730. — C, 1956 : Incendie de Lancourt, 
dépendance de Barbonne, en 17()0. — C, 3003 : Rente au domaine. — 



82 BAILLIAGE DK SÉZANNE 

G, 1390 : Ccnsivcs de l'éf^lise collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — 
G, l'il!) : Foire de Harhomie : son institution en 1366. — G, 1705 : 
Fabrique; bail des grosses dîmes en grains. — Arch. de l'Aube, G, 22, 
36, 69 et suiv., 229 et 300 : Biens de la cure ; nominations de cures 
(1556 à 1773). — G, 52, IH'f et Î9'i : Prieuré de Saint-.lacques-du-Haut- 
Pas, de Harbonne. — G, 550 : Paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul ; 
revenus ; dîmes. - G, 91i, 12't8, 1260, 2109, 'lOW : Biens et droits du 
eiiai)itre de la cathédrale de Tro3'es ; visite de l'église ; — etc. 



CAHIKR 



Observations et doléances de la communauté de liarhonne, 
en vertu des ordres de Sa Majesté. 

1, — La comnuinaulc de Harbonne l'ail ()l)scrver (juclle jouit, 
par une charte (jiTi lui a été accordée en 1318 par Philippe 
Le Bel, à litre de dédommagement des malheurs (ju'elle avait 
éprouvés, et qui lui donne droit de franchise, c'est-à-dire de 
lods et ventes, et de toutes impositions seigneuriales, ainsi que 
tous les habitants qui composent la chàtellenie de Cliantemerle, 
dont celle-ci est un des principaux membies (1). 



(1) Barbonne était en eflet l'une des principales paroisses de l'importante 
chàtellenie de Cliantemerle (voir plus loin à ce nom), qui i)rétendait avoir droit 
de franchise et dont les assises furent, dit (^ourtalon, transférées à Barbonne 
en 1768. 

Le rédacteur du cahier ci-dessus commet certainement une erreur quand 
il parle de la charte qui aurait été « accordée en 1318 par Philippe le Bel ». — 
Ce dernier fut roi de France de 1285 à 1314 ; durant son règne, il est vrai, il 
visita souvent la Champagne en 1300, 1301 à Orbais ; en 1310, 1311 et 1312, 
années où l'on signala sa présence au monastère de («ave, non loin de Barbonne 
(lieciieil (les Ilisloriens des Gaules, in-folio, id. (>amusat, .X.XI). — Sous son 
régne, Barbonne et (^hantcnierlc jouissaient de franchise communale et 
payaient chaque année, au trésor royal, la somme de 170 livres. (>e fut en 
1318 que les habitants, « accablés de tant de tiettes, tributs, remises et autres 
charges onéreuses », adresséient une sujjplique à son second fils et successeur 
médiat, Philippe le Long, qui rendit en leur faveui la charte tiu mois d'avril, 
dont voici les termes : 

« Philippe, par la grâce de Dieu, à tous ceux qui ces présentes lettres 
« verront, salut. Faisons savoir à tous tant présents qu'à venir, que les 
« hommes et habitants de Barbonne, de (niantcmerle et des villages qui en 
« dépendent, s'étant présentés dernièrement devant nous, nous ont fait 
« exposer qu'ils avaient depuis longtem|)s, en vertu de la cession de nos 
« prédécesseurs, relatée dans une charte royale, la franchise et le droit de 
« commune ainsi que la justice royale des hommes et des femmes et plusieurs 
« autres droits et revenus annuels, et ()ue depuis lors jusqu'à maintenant, 
« ils ont joui paisiblement des prémices en payant à nous et à nos dits 
« prédécesseurs, chiuiue année, cent soixante-dix livres tournois j)our les 



BARBONNE 83 

Doit-elle réclamer la conservation de ce droit? La commu- 
nauté pense que, tout intérêt personnel à part, elle le doit, à 
titre de reconnaissance, tant pour elle (jue pour ses concitoyens. 

Les bienfaits des rois doivent passer à la postérité parce 
qu'ils portent un caractère de bienfaisance qui les caractérise, 
et que s'ils sont, pour leur Majesté, des titres glorieux qui 
les honorent, ils n'en sont pas moins pour les communautés 



« premiers fruits qu'ils ont perçus jusqu'à présent dans les susdites villes et 
« villages, les hommes et habitants sus-mention nés, nous ont assuré qu'ils 
« étaient accablés de tant de dettes, de tributs, de remises et d'autres charges 
« onéreuses, qu'ils ne pouvaient aucunement les supporter ni maintenir, et 
« conserver commodément les droits, les franchises et les libertés de la 
« commune. C'est pourquoi ayant été instamment et humblement supplié par 
w les hommes et habitants susdits de révoquer à nous ladite commune et de 
« les décharger de la justice, des droits, des libertés, franchises, et de toutes 
« les redevances et appartenances de cette commune, au.xquels ils voulaient 
« absolument renoncer ; nous, voulant favoriser leur demande et recevoir 
« gracieusement leur instante supplique, eu égard à leur renonciation pure 
« et simple, que les habitants ont spontanément et librement faite devant 
« nous, nous révoquons à nous la dite commune avec la justice et autres 
« droits, et nous déchargons totalement et pour toujours lesdits habitants, et 
« leur remettons entièrement les cent soixante-di.x livres tournois qu'ils nous 
« devaient annuellement pour la seigneurie de leur commune, les en tenant 
« quittes tout à fait. Voulons toutefois qu'ils nous paient la jurée comme 
« dans toutes les autres chàtellenies de Champagne et absolument de la même 
« manière, et qu'ils soient tenus à l'ost et chevauchée, n'entendant nous 
« dessaisir de quelque manière que ce soit pour l'avenir, ni nous, ni nos 
« héritiers, comme comtes de Champagne, des droits énoncés ; et afin que 
« cette révocation soit ferme et stable à jamais, nous munissons ces présentes 
« lettres de l'impression de notre sceau, sauf notre droit et le droit d'autrui, 
« quels qu'ils soient dans toute autre chose. 

« Donné à Fontaine-Curdolé, l'an du Seigueur 1318 au mois d'avril. » 
(Reproduit par Boitel : Recherches historiques, etc. sur Eslernmj et son canton, 
p. 225.) 

Plus tard, en 13(5(5, Jeanne, reine de France et de Navarre, veuve de 
Charles le Bel, à laquelle le domaine de Sézanne et la chàtellenie de Chante- 
merle avaient été assignés en douaire, poui' dédommager les habitaids de 
Barbonne des pertes qu'ils avaient éprouvées par la guerre de Cent Ans, créa, 
dans ce bourg, une foire franche annuelle. Voici les parties principales de ce 
document : 

« Jehanne, reine de France et de Navarre comme les habitants de 

« notre ville de Barbonne en la chàtellenie de Chantemerle, nous avaient 
« suppliée comme ils eussent été moult grevez et dommagiez pour l'oppression 
« des guerres et des ennemys du royaume et r.ultres gens d'armez qui avaient 
« été par loue temps au pais et par plusieurs fois et 3' celle ville et le pais 
« d'illec environ gasté et destruit ; parquox' les diz supplians estaient eiïiliez 
« et mis a pouvreté ; nous par considération de ce et ad fin que ladite qui es- 
« tait moult désolée peut estre relevée etmise en bon estât, leur voulsissiens jsicj 



84 BAILLIAGK DK SKZANNE 

(jiii les ont mérités; ce sont des faits vivants (jui attestent lenr 
iiiagnaniinité et qui sont faits pour être consacrés dans les 
fastes de Ihistoire, et rendre méiuorable leur règne ; mais si 
ces raisons pouvaient être contestées, nous avons à faire 
observer (|ue nos réclamations ne nuisent en aucune manière 
aux vues bienfaisantes de notre auguste monarque, qui sont 
d'amélit)rer le sort de ses peu])les en anéantissant les .formes 
trop variées des impositions (]ui nuisent à sa lii)erlé et, i)ar 
conséquent, à son bien-être. 

2. — Elle demande la sujjpression des aides. La réclamation 
générale de la Nation sur cette imposition (jui pèse d'une 
manière si exorbitante sur la classe la plus laborieuse de 
l'Etal, semble la ranimer et exciter son zèle pour en réclamer 
l'anéantissement total, source trop féconde de vexations. 
Pourrait-elle encore entrer dans les vues bienfaisantes de notre 
auguste Monarque, et sympathiser avec la sagesse de son 
gouvernement ? Quoi ! notre prince voudrait le bien de ses 
peuples et il souffrirait que la classe qui exerce les travaux 
les plus pénibles soit privée de la liberté de disposer d'une 
denrée qu'elle n'a obtenue qu'au i)rix de ses sueurs ? qu'elle 
soit sans cesse exercée i)ar des employés (]ui, par les dénomi- 
nations variées des impositions (ju'ils exigent, donnent sans 



« de notre grâec octroyer une foire en ladite ville eli;iseun an par deux jours 
« c'est assavoir le jour de la festc Saint-Vincent qui est au mois de Noël et le 
« lendemain, et que les trois premières années ladite foire feust franche 
« excepté des nouvelles aides ordonnées par le roi, par quoi leu y admenait 
« plus f{rant foison de denrées et que les marchans y venissent ])lus voulentiers 

a pour vendre et acheter leur octroyons la foire qui se tiendra le jour de 

« feste de Saint-\'incent prochainement venant l'an \'M'û franche pendant trois 
« ans, pour toute manière de marchandises sans |)ayer tonny, mina){e, excepté 
« les aides ordonnez ou à ordonnci' pour la délivrance dou roy et pour la 
« déffensc du royaume. ... leur i)ciniel de faire publier et crier ladite foire 

« dans les pais voisins 

« DonnéàCrécy en 13(>() au mois de janvier. » ,Aich. ilc ht Marne, (i, l'il9.,' 
Ce droit de franchise avait été maintes fois contesté. I.etluc de (^adéroussc, 
seigneur enga^isle de Sé/anne, avait, au .wnr siècle, poursuivi avec acharne- 
ment l'abolition du franc-alleu dans les domaines de Sézanne, C.hantemerle et 
'Iréfols, et avait obtenu, le '2(i juillet 17.")(), du Parlement de Paris, un arrêt 
définitif (|ui lui donnait f,'ain de cause contre la coutume de .Sézanne. 

Harbonnc avait soutenu le même procès, en invo(|u.int la charte de IHIX, 
qui maintenait ses habitants dans leurs anciennes franchises, libertés et 
coutumes. Après une en<iuéle assez longue, les preuves furent trouvées sulli- 
santes et Harbonne resta en jjossession de ses usages. 



BARBONNE 85 

cesse naissance à des fraudes qu'ils supposent, et en consé- 
quence desquelles ils écrasent sans rappel les soi -disants 
contrevenants ? Cette guerre intestine toujours subsistante 
entre l'esprit de maltôte et ces hommes de peine, ne serait-ce 
pas seconder les vues de notre auguste Monarque que de sol- 
liciter la supj)ression de celte forme d'impositions si injurieuses 
à son cœur bienfaisant. 

Peut-être, dira-t-on que ceci n'est (|u'une déclamation natu- 
relle à Ihomnie qui souffre et qui n'est occupé que de son 
intérêt personnel ; mais nous répondrons que cette partie de 
l'administration ne fait qu'une surcharge pour les peuples, sans 
augmenter les revenus de l'État, puisque les frais de perception 
absorbent une partie considérable des sommes qui doivent 
rentrer dans le trésor de la Nation. Ajoutez les gênes, les vexa- 
tions, les frais de procès, les pertes de temps pour les sol- 
liciter, les sommes arbitraires que l'on exige par forme 
d'accommodement, qui font une surcharge pour les commu- 
nautés et qui sont en pure perte pour l'État (1). 

La communauté prie MM. de l'Assemblée d'observer qu'elle 
ne sollicite pas l'anéantissement des impositions que l'on 
peut lever sur cet objet, mais elle demande que les formes de 
les percevoir soient changées. — Plût à Dieu que cet esprit 
de finance, qui enrichit tant de particuliers en foulant les 
peuples sans augmenter le trésor de la Nation, n'entre jamais 
dans le gouvernement français, ce qui a tant de fois affaibli, 
dans le cœur des individus qui le composent, le tendre dévoue- 
ment qu'ils ont naturellement pour leur prince et l'intérêt de 
la Patrie. 



(1) En outre, des droits se percevaient à Barbonne sur les vins et eaux-de- 
vie « au premier et au second enlèvement ainsi et de la même manière que 
« se perçoivent les droits de courtiers-jaugeui's, savoir : au premier enléve- 
« ment, 27 sols par muid d'eau-de-vie, 8 sols par muid de vin, et au second 
« enlèvement, 16 sols par muid d'eau-de-vie et 2 sols 6 deniers par muid de 
« vin, mesure de Paris. . . » (Lettres patentes du Roi. . . du 2 août 1777, regis- 
trées en la Cour des Aides le 30 août 1777, imp. — Bibliot. de Reims, N, 2.301/(5.) 

A Barbonne, le domaine encore possédait le ronage, qui était le droit 
de lever 6 deniers sur chaque voiture de vin qui sortait du bourg, et un sol 
par chaque chariot ; le tonil, ou droit de placage, qui se percevait les jours de 
foire et était d'un sol sur chaque marchand d'étoffes étalées, et de 6 deniers 
pour toute autre marchandise. Les habitants de Barbonne furent aussi 
condamnés, le 7 octobre 1787, à pajer 143 livres pour le droit de ferrage de 
leurs bois-taillis et leurs fours banaux : ils devaient ce droit depuis 17ô8 ; on 
leur réclama 6,346 livres. 



86 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

',]. — Elle l'ail observer que la manière dont se perçoit la 
dîme esl entièrement nuisible à lintérèt du culti\ateur, j)ar 
le choix (|ue se [)ermetlent les dîmeurs dans toutes les gerbes 
dont le déplacement et le transj)ort les égrènent et diminuent 
d'autant leur valeur. Il parait (jue le gros décimateur, pour 
lequel le cultivateur lait à lui seul tous les frais de la culture, 
devrait au moins partager avec lui le Tort comme le" faible 
d'un objet (jui lui revient d'une manière si gratuite. Le même 
inconvénient subsiste pour la dime en vin cpie l'on (limait 
autrefois dans les vignes à la (luatoize ; mais aujourd'hui, il est 
vrai (|u'à la vingt, mais dans les caves, avec la liberté du choix, 
ce qui prive le cultivateur de la partie la plus précieuse de 
son labeur. Sur cet objet, la communauté demande (jne la 
dîme soit perçue comme dans les pays qui l'avoisinent (1). 

4. — La communauté observe qu'autrefois elle présidait 
elle-même aux partages, martelages et récolement de ses brous- 
sailles et taillis, en observant toutefois l'ordonnance tte 1()()9 (2), 
mais comme en vertu de la même ordonnance, la maîtrise a 
droit, pour veiller à ce qu'il ne se glisse des abus, et lorsqu'elle 
en est requise, de faire par elle-même cette opération, elle 
demande qu'elle se fasse néanmoins sans frais ainsi qu'il est 
établi par ladite ordonnance, ou qu'elle soit rétablie dans 
ses droits. 

."). — La communauté, pénétrée des sentiments qui caracté- 
risent des cœurs français, ne demande pas mieux que de 
supporter les charges qui lui sont imposées par les subsides et 
([u'elle doit porter comme citoyen; mais elle demande que la 
variété des dénominations soit supprimée, pour n'être plus 
levée que sous une seule, attendu (jue cette méthode plus 
simple exigerait moins de frais de perception et metirait chaque 
individu plus à j)orlée de connailic ses engagements envers la 
Nation. 

0. — La communauté ne doute nullement des viu's sages du 
gouvernement dans l'établissement des haras, s'étant proposé 
sans doute de procurer à la Nation une branche de chevaux 



(1) Arch. lie la Marne, G, 170.'), et Arch. de l'Aube, G, ').')(). 

(2) lùlit liii mois liaoût KiGit porltml li'ijlcment (jciicriil pour les cati.r cl 
forcis (IsAMiiKHT : licciicil (les iincicnites lois, t. X\'1I1, p. 21'.(). — Cf. (i. Laihknt : 
It(iilli(t(ic (le C.hnluns : caliicr de rcnilon, j). 721, noie. — Adjudiintioii des 
))ois euininunuiix de liarboiiiie {Arch. de la Marne, C, 53^i.) 



BARBONNE 87 

d'une taille plus avantageuse et plus robuste, afin qu'en dou- 
blant les forces, elle pût diminuer le nombre des chevaux d'une 
taille plus petite, et soustraire le cultivateur à la nécessité de 
tirer de l'étranger une nature de chevaux qui le jette ordinaire- 
ment dans. des frais au-dessus de ses forces. Mais nous obser- 
vons que, le Gouvernement ayant été trompé dans son attente, 
les frais consacrés à cet objet sont absolument en pure perte 
pour le cultivateur et pour la Nation : 

1» Parce que l'intérêt personnel, qui se couvre souvent de 
l'intérêt public, opère plus dans le choix des étalons destinés 
aux haras, que ce dernier ; 

2° Parce que la faveur accordée par prédilection de la part 
de ceux qui sont chargés de cette branche reproductive, fait 
souvent que les résultats sont nuls pour la majeure partie des 
cultivateurs assujettis à ce nouveau genre d'imposition ; 

3° Parce que l'expérience prouve que la branche des beaux 
chevaux n'en est pas moins rare, puisqu'ils sont toujours très 
cher. 

Il résulte donc de ces inconvénients que le cultivateur sup- 
porte un impôt dont il ne retire aucun avantage, et qu'il serait 
plus intéressant pour lui qu'il recouvrît l'ancienne jouissance 
qu'il avait de faire des élèves, et que le gouvernement y trou- 
verait lui-même son intérêt par l'anéantissement des privi- 
lèges et exemptions qui diminuent d'autant la masse des 
subsides qui rentreraient dans le trésor de la Nation (1). 

7. — La communauté se trouve forcée avec douleur de faire 
des réclamations contre l'imposition du casuel ; il est sans 
doute dure à des paroissiens de faire des tentatives qui tendent 
à entamer le revenu de leur pasteur. Si la communauté n'était 
persuadée que la plupart de MM. les curés sont eux-mêmes 
humiliés de la perception de ce droit odieux quoiqu'enveloppé 
sous le voile imposant d'honoraires, elle croirait sans doute 
se couvrir de honte de faire sur cet objet des réclamations ; 
mais le Roi exige de ses peuples de lui ouvrir leur cœur, ne 
serait-ce pas lui faire injure que de lui taire la vérité ? F2n 
conséquence, la communauté observe. Messieurs, que le casuel 
n'a été établi que pour remplacer l'usurpation qui a été faite 



(1) Sur les haras de la généralité de Chàlons (v. cahier de Coulmicr-la- 
Chaussée : Cf. Bailliage de Châlons, p. '21(i.— .4;t/i. de la Marne. C, 'i3H à 'l'il.) 



88 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

(les (liinos. dans l'origine, crabord par des moines qui, par la 
suite des temps, ont passé à une classe d'ecclésiasli(|ues sou- 
vent d'aucune utilité à l'Eglise, contre l'intérêt de MM. les curés 
(jui ont, sur cet objet, un droit légitime par là nature de leurs 
lonclions (1 ). 

Comme le casuel est devenu une surcbarge pour les peuples 
(pie Sa Majesté a intention de soulager, la communauté Jaisse à 
la sagesse du (louvernemenl de trouver les moyens de détruire 
ce droit odieux sans diminuer le revenu des pasteurs dont, j)ar 
un dévouement naturel, elle désire le bien-être. 

(S. - La communauté réclamera-t-elle le rétablissement de 
sa juslice? Klle le devrait, sans doute, puisqu'elle est une des 
jilus belles prérogatives dont les rois l'aient favorisée; elle n'en 
doit donc faire cpi'avec regret le sacrifice; mais si l'intention de 
Sa Majesté est d'anéantir ces tribunaux cjui, faute d'officiers 
droits et éclairés, ne servent qu'à écraser ses peuples, loin de 
les soulager, ne serait-ce pas contrarier la sagesse de ses vues 
que de la réclamer, puisqu'une autorité majeure l'a fait passer 
sous une juridiction nouvelle i)ar un événement qui doit 
calmer ses regrets ? Son vœu doit donc être de réclamer la 
protection de ses juges et de se reposer sur la droiture de leur 
cœur et sur leur équité (2). 

Mais elle demande, qu'étant éloignée d'eux et qu'ayant besoin 
d'une i)olice toujours surveillante pour l'intérêt et la tranquillité 
de la communauté, il lui soit accordé un huissier et deux 
cavaliers de maréchaussée pour servir d'appui à celui qui est 
chargé de cette fonction : 

1" La communauté observe que sa population est nom- 



Ci) On a vu que le commandeur de Couleurs prélevait les 4/5 des dîmes de 
IJarbonne (Arch. de l'Aube, (i, j.V>). 

(2) Par un édit de juillet 17(17 (|u'on lira plus loin (v. cali. de C-lKintcnierle), 
tous les procès des ciiàleileiiies de C.lianlenierle et Tréfois étaient appelés à 
Sézanne ; il ne devait |)his y avoir que cpiati-e assises ou tenues de Justice à 
Cljanlemerle |)ar les olliciers de Sézanne, (jui s'y trans|)()rteraieiil. 

Harhonne possédait un (Conseil de seize notables iiai)ilants, dont quatre 
pris dans la classe des laboureurs et buit dans celle des vif{nerons. — Annuel- 
lement on faisait élection de deux syndics dans la paroisse « pour régir et 
gouverner les ufTaires et biens de la communauté ». Il était d'usage que « les 
deux syndics soitant de cliarge nommassent à leur place deux iiabitants 
capable:> et intelligents >■. Si les habitants trouvaient ce choix juste, ils le 
ratifiaient de leur vote, sinon les anciens étaient tenus de continuer leur 
charge. (Arch. île la Marne, ('., ,'>:i'i.) 



BARBONNE 89 

breuse ; 2° Qu'elle est sur un passage qui est très fréquenté (1) ; 
8" Qu'elle est dans le voisinage d'une forêt (2), et que ces cir- 
conslauces réunies font souvent naître des événements qui 
demandent, de la part de la police, la plus grande activité. 
Si les deux cavaliers qu'elle demande pouvaient souffrir 
queUpie difficulté, elle fait observer que Sa Majesté paie et 
entrelient des invalides dispersés dans son royaume qui pour- 
raient être employés à cet objet. 

9. — Puisque Sa Majesté veut bien entendre et recueillir les 
doléances de son peuple, la communauté observe encore que, 
depuis près d'un siècle, tous les événements les plus désastreux, 
comme incendies, maladies épidémiques, procès, se sont réunis 
pour perpétuer sa misère. 

En 1720 et 1730, deux incendies ont réduit plus de cinq cents 
habitants sans asile ; un couvent de dames religieuses, qui se 
chargeaient de l'éducation de la jeunesse et du soulagement 
des pauvres, ayant été incendié, les dames qui avaient échappé 
à ce désastre affreux ont été transférées dans d'autres commu- 
nautés et ont emporté avec elles leurs revenus et tous les 



(1) Les routes étaient très fréquentées ; mais elles étaient encore en cons- 
truction. (Atelier de charité de Barbonne. — Arch. de la Marne, C, 1130-1732.) 
— Construction de la route de Givet à Orléans par Reims, Eperna}', Sézanne, 
Barbonne, Nogent, etc. (ibid. C, l')73). — Chemin de Barbonne à la forêt de 
Traconue : état des travaux à exécuter pour réparer ce chemin en 1768 {Arch. 
de la Marne, C, 1610). 

Le rapport sur les ateliers de charité, inséré au procés-verbal de l'Assem- 
blée de l'élection de Sézanne du 22 octobre 1787, disait : « Depuis 1778, nous 
« voj'ons qu'il a été ouvert un atelier sur la route qui conduit de Sézanne à 
« Nogent. Les travaux ne sont poussés du côté de Sézanne qu'aune lieue trois 
« quarts, et pour gagner Barbonne il reste encore un quart de lieue à achever, 
« autant au-delà de cet endroit pour parvenir aux confins de l'élection. » 
(Procès-verbal imp. des séances, etc., p. 16. — Arch. de la Marne, C, 2906.) 

L'année suivante la même assemblée précisait les travaux projetés pour 
1789 sur les routes et fixait l'atelier de Barbonne « depuis l'extrémité de l'em- 
« pierrement fait en 1784 entre Saudoy et Barbonne jusqu'à 57 toises eu deçà 
« de la porte de Barboune sur une lacune de 243 toises. » Elle étaljlissait pour 
ces ouvrages un devis de 1.157' 12* 3''. (Procès-verbal de 1788 man. ; séance du 
13 oct., p. 19. — ibid. C, 2909.) 

(2) Barbonne est bâtie sur le penchant d'une colline, au sommet de laquelle 
se trouve la forêt de la Traconue. Cette magnifique forêt domaniale, l'antique 
forêt de Saint-Médard, s'étend principalement sur les finages de Barbonne, 
Bricot-la-\'ille, La Forestière, Le Mcix-Saint-Époing et Saudo}'. (Longnon, 
Dict. topog., ibid., p. 273. — Voir aussi le cahier de La Forestière ci-après. — 
Arch. de la Marne, C, ^52.) 



90 HAILLIAGE DE SÉZANNE 

secours que It'ur louable charité distribuait avec taut de géné- 
rosité (1). 

Son église a éprouvé le même malheur, et les réparations 
dont elle s'était chargée, par une transaction dictée dans un 
moment de détresse où toutes les facultés de leur ànie étaient 



(1) Barbonnc avait été autrefois une ville plus peuplée qu'elle ne l'était en 
1789. Sa population avait approché de ;{,(I0() âmes, car ses registres d'état-civil 
parfaitement tenus, dès ir)S4, font état, en mo\enue, de >S3 naissances par 
année Jusqu'en Km'J, époque où les guerres de la Fronde ont ruiné la ville et 
réduit tout à couj) le nombre moyen des naissances à 51. 

Puis, des incendies et des épidémies ravagèrent, ])cndant deux siècles, 
cette petite cité : le 1!) janvier 1624, la foudre tomba sur la flèche de l'église et 
brûla un grand nombre de maisons ; d'autres inceniiies éclatèrent en 1637, 
1698, 17U5. Mais les deux j^lus terribles turent ceux des 27 mars 1720 et 
28 août 1730. — Sur le premier, un arrêt du Conseil du 13 septembre 1720, 
rendu sur le procès-verbal du subdélégué Moutier, nous apprend « que le feu 
a consommé en moins de 5 heures, par la violence du vent, 71 des principales 
maisons dudit bourg, tous les grains, vins, foins, pailles, bois, charbons et 
meubles meublants, la grande église couverte de plomb en partie, avec les 
quatre cloches, l'auditoire royal et la halle. . . » L'arrêt décharge les habitants 
du paiement de ce qui leur reste de leurs tailles, capilation, dixièmes et autres 
impositions, et leur accorde un secours de 20, 000 livres. — Une lettre de 
l'intendant Le Pelletier de Heaupré au contrôleur général Orry, du 31 août 17.30, 
donne, sur l'incendie du 28 de ce mois, les détails suivants : « .l'apprends dans 
le moment un nouveau malheur arrivé dans cette généralité. Il y eut, le 28 de 
ce mois, sur les .') heures du soir, un incendie considérable qui consuma 
presque entièrement le bourg de Harbonne, élection de Sézanne. Le vent porta 
le feu avec tant de violence qu'en moins de trois heures il réduisit en cendres 
190 maisons de ce bourg qui n'est composé en tout que de 250. Comme je 
crois qu'il est essentiel d'empêcher que les habitants de cette paroisse ne se 
dispersent, je viens d'envoyer au subdéiégué de Sézanne, homme sûr et 
entendu, une somme de 2,000 livres pour être employée à leur distribuer du 
pain. Ne pouvant trouver sur-le-champ personne en état de faire cette avance, 
je prends le parti de fournir moi-même cette somme... » Le total estimatif 
des pertes s'élevait à 292,750 livres. L'évêque de Troyes, .I.-H. Mossuet, écrivit, 
le 5 avril 173], au cardinal Fleury pour solliciter un secouis du Hoi en faveur 
de Barbonne. (Correspondance du ministie, du subdélégué de Sézanne 
Moutier, du curé de Barbonne, etc. — Ktals des distributions de pain, de 
grains et de tonneaux faites aux habitants de Barbonne. - Ktat général des 
noms, prénoms et qualités des habitants de la paroisse de Barbonne incendiés 
avec l'estimation des pertes c|u'ils ont subies. — .4rr/i. de Ui ilariie, C, lUJ'i.) 

Dans ce dernier incendie disparut l'ancien hôpital de Saint-.Iacques-du- 
Maut-I'as qui dépendait de l'hôpital du même nom, du diocèse de Lucques 
en Toscane, dont le grand maître était collateur, et qui, métamorphosé en un 
couvent de religieuse^» de l'ordre de Saint-Benoist, fut, en 1727, remis au 
j)rieuré de Sainte-Scholastiquc de Troyes. - .Après l'incendie de leur maison, 
les religieuses, comme le dit le cahier, se réfugièrent à Sézanne. (Arch. de 
lAiibe, G, .V> et l')'i.) 

La crainte des incendies était telle (|u'après celui de 1730, on voulut 
interdire aux habitants de fabri(|ucr des caux-de-vie d'aisnes, ce qui, dit une 



BARBONNE 91 

énervées, les a jetés dans un procès dont elle ressentira long- 
temps les funestes effets que la voie lente et dispendieuse de la 
justice lui a occasionné (1). Pour surcroît de calamité, la com- 
munauté, qui est composée de 312 léux et qui ne possède en 
propriété que 2,869 arpents, tant terres labourables que vignes 
et prés, dont les trois quarts sont chargés de rentes, paient tant 
en tailles, corvées, vingtièmes et droits d'aides, au moins 
30,000 tt (2). 

D'après des événements si désastreux et des impositions si 
fortes, proposera-t-elle au gouvernement de venir à son secours? 
Elle ignore la marche qu'il veut tenir, mais elle se repose sur 
la sagesse de ses vues et sur le sensibilité de notre auguste 
Monarque qui se montre si évidemment le père de ses peuples 
et qui, dans la démarche qu'il nous fait faire, ne cherche qu'à 
nous en donner des preuves. 

Telles sont. Messieurs, les réclamations que la communauté 
de Barbonne a cru pouvoir mettre au jour, lui ayant été dic- 
tées, non par un esprit de prévention, acception de personne et 
intérêt personnel, mais par un esprit patriotique dont elle doit 
être animée dans ce moment -ci, pour répondre aux vues 
bienfaisantes de Sa Majesté. 

Rousseau, Pierre Benoist, Médard Sauvage, Fossoyeux', 

Nicolas Leconte, etc 

HouiLLiER, Verseau. (26 signatures.) 



dénonciation, exposait le bourg à être de nouveau brûlé. (Arch. de la Marne, 
C, 336.) 

En 1773, une épidémie de fièvre putride vermineuse éclata à Barbonne : 
428 personnes turent atteintes, dont 10 moururent. (Arch. de la Marne, C,365.) 

(1) Travaux à l'église et au presbytère lArch. de lu Marne, C. Î804J. — 
Autorisation de plaider accordée à la communauté (ibid. C, 53i). 

Le 8 avril 178(5, la communauté de Barbonne avait perdu contre M"'« de 
Xettancourt, seigneur de Fontaine-Denis, un procès dont les origines remon- 
taient peut-être à 1()88. — A cette époque, en effet, les babitants avaient été 
autorisés par l'intendant de la généralité de Miroménil à plaider contre la 
famille de Xettancourt au sujet de 50 à (iO arpents qui auraient été usurpés. 

(2) Voir ci-avant l'état des biens fonds de Barbonne. 

D'après le dénombrement de la taille de 1788 dans l'élection de Sézanne, 
les rentes passives qui frappaient les biens fonds de Barbonne s'élevaient à 
7,712 livres sur un revenu total de 2,), 445 livres, réduit de taux entier à 1(5,527 
livres dont par le calcul de la taille il fallait déduire la moitié de rentes 
passives, soit 3,856 livres, ce qui donne le chiffre de 12,671'. (Arch. de la 
Marne, C, HO'i.) 

Sur ce chiffre, on a vu que Barbonne payait déjà, en 1789, 5,440 livres de 
taille, capitation et impositions accessoires. 



92 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

BARBUISE 



Ln c-oiiuminaulc de lîarhuisc, ciléo par les l)ailliaf*es de Sézannc 
et (le Provins, fut défaillante à rassenil)lée du Tiers état du ])reniier 
et comparut à celle du second. (V. Préface. — Procès-ucrbal de 
l'assemblée du Tiers état du Ixiillidj/c de Sézanne : deuxième partie 
de ce volume. — A. Hhi:ttk : Recueil des documents relatifs à la 
comtocation des États généraux, tome III, p. 218 et 325.) 



Harhuise appartenait à l'élection de Nof«ent-sur-Seine, j^énéralitc 
de Paris; — et au diocèse de Troyes, doyenné de Pont-sur Seine. 

Aujourd'hui la commune fait ])artie du canton de Villenauxe, 
arrondissement de Xogent-sur-Seinc (Aube). 



BAUDEMENT 



.SITUATION ADMINISTRATIVE ET ÉCONOMIQUE. - « A neuf 
lieues N. O. de Troyes, à quelques distances de l'Aube, sur une colline 
au-dessous d'Anglure. » 

-- (Généralité de Chàlons, élection de Sé/.anne, coutume de Meaux; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, i)aroisse Saint-Loup de 
Sens, à la collation de révé(|ue de Troyes ; — poste, grenier à sel de 
Sézanne. 

Aujourd'hui, canton d'Anglure, arrondissement d'Epernay. 

— Dénombrement de /77.'J-/7(S'tS" .• 4 1 feux roturiers, 1 ecclésiasticfuc 
et 1 noble. — Population : 102 hommes, 94 femmes, 18 gardons et 
18 filles, soit : Xi'l habitants. — Recensemeiil de tHlir, : 120 habitants. 

— Seiijneur : Le Poi. 

— (Airé : Jaccjues Thiennot. 

— Territoire : 1,()37 arpents de ferres labourables, 12 de jardins, 
7 de j)rés, 24 de bois, 70 de terres d'usage. — Récoltes (an. com.) : 
2,1!).") boisseaux de froment (2 i)our 1) ; (),()()7 de seigle (2 pour 1) ; 
2,2SO d'orge (2 |)<)ur 1) ; 7,910 d'avoine (2 pour 1). — Ki laboureurs à 
une charrue. — .")1 chevaux ; l(i7 bêles à cornes; 499 bétes à laine. 

- lmj)osilions : Taux de la taille : li- 9'' 1 8; de la capitation : .")>• 9ii 
pour livre du revenu (sic). — De 1778 à 1787 : taille. ')U) (en 1783) à 
090 (en 1787).— lin 1788 : ()90 livres pour un revenu réduit au taux de 
.3,774 livres, déduction laite de la moitié des rentes passives (d'après 
le taux comnuui de l'élection :7lo livres).— En 1789 Maille : (590 livres; 
imj)ositions accessoires : 5(i(» lixrcs ; capitation : .ViO livres ; total : 
1,770 livres. 



BAUDEMENT 93 

— Dîmes : 1/2 au curé et 1 '2 à l'abbé de Saint-Quentin de Beauvais, 
comme prieur de Baudement, au seizième compte. 

— F"oires en septembre. 

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. (La paroisse de Baudement était 
composée de 50 feux.— L'avis pour la convocation des États généraux 
fut lu et publié le dimanche l'i mars 1789. — Le 5 du même mois, les 
habitants se réunirent « en l'endroit désigné pour tenir les assemblées 
municipales et les assemblées ordinaires de la communauté », sous la 
présidence de Pierre Le Mesle, officier public, syndic municipal, 
assisté de Huot, grefïier. — Le procès-verbal constate la présence de 
Sébastien Droûard, Henry Fricault, Barthélémy Richomme, Pantaléon 
Bouquigny, Charles Bénard, Louis Jacquot, Antoine Bouquigny, 
Pierre Diné, Nicolas Gauroy, Pantaléon Hervé, François Jeanson, 
Antoine Thomas. — Les députés désignés furent Sébastien Droûard 
et Henry Fricault, tous deux laboureurs.) 



Arcb. révol. de Séznnne, A, 10 : Procès-verbal et cahier; ce dernier inséré 
dans le corps du procès-verbal : 3 pages cotées et paraphées par Huot, greffier. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 534 : Administration de la 
commuuauté. — C, 939 : Impositions. — C, 1730 : Atelier de charité ; 
chemin de Conflans, Marcilh', Baudement à Anghu'e et Arcis-sur- 
Aube. — C, 180'f : Église et presbytère. — E, 100 a 105 : Famille 
Chavigny de Baudement, seigneur des fiefs de Guindal et de Mornaj"^ 
sis à Baudement : aveux au Roi ; censives. — G, 1707 : Cure de Bau- 
dement : titres. — Arch. de l'Aube, G, Vi et 16 : Chapelle de Baudement 
à l'évèché de Troj'es : titres, archives (xiv« s.). — G, 69 et suiv. : Nomi- 
nation des prieurs et des curés (1556 à 1782). — G, 229, 232 et 968 : 
Biens du prieuré. — G, 553 : Paroisse Saint-Loup : revenus de la cure, 
dîmes ; — etc. 



CAHIER 



Le cahier de Baudement, en 11 articles, est un extrait de celui 
d'Anglure auquel nous renvoyons (pages 53 à 62). Les passages adop- 
tés sont les suivants : 

— Les 5 premiers articles, sauf de fort légères modifications, sont 
les paragraphes 1", 2o, 3" et 4o de la première page (53) du cahier 
d'Anglure. 

— L'article 6 est la reproduction des articles 5 et 6 (page 54). 

— Les articles 7, 8, 9 et 10 sont les résumés des articles 26, 27, 22 
et 23 (pages 58 et 57) ; ils sont ainsi réduits : 

Article 7. — Lesdits députés insisteront également sur la 
suppression des corvées royales, des aides, gabelles et autres 
charges onéreuses, pour être remplacées par un impôt moins à 
charge à la province, observant que celle de Champagne est 
une des plus grevées du royaume, quoique des moins fertiles. 



94 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

8. — Pour aviser à la réroniie dos abus qui peuvcul s'être 
glissés dans radministralion de la justice et lois y relatives, de 
remédier aux longueurs des procédures et à leurs déjienses. 

9. — Que toutes les i)ro])riétés l'oncières du royaume, sans 
distinction des qualités des possesseurs, soient assujetties aux 
impôts, comme le sont celles du Tiers ordre, même à celui 
représentant les corvées. 

10. — Qu'il est plus juste encore de fixer beaucoup d'atten- 
tion sur les gros bénéficiers séculiers et réguliers qui peuvent, 
dans la circonstance, contribuer |)lus aisément aux besoins de 
IKlat que les autres ordres. 

L'article 11 est l'article 24 (page 57), sauf quelques petites modifi- 
cations, dont les plus importantes ])ortent sur les cjuatre derniers para- 
graphes de cet article, lesquels sont ainsi conçus : (Il s"af»it du jjrojet 
(i'imj)ôt territorial en nature aucpiel les habitants de liaudement, 
comme ceux (i'Anglure, se montrent opposés.) 

Il contraindrait le cultivateur à se défaire d'un nombre de 
bestiaux proportionné aux pailles qu'on lui aurait enlevées, sans 
pouvoir diminuer le nombre de ses chevaux et de ses gens, dont 
il ne peut se passer pour cultiver, ensemencer et moissonner la 
partie imposée qui lui serait enlevée. 

Il le priverait des ressources d'améliorer son bien dont on 
ne i)eut se passer dans la province de Champagne, où le fumier 
est regardé comme un trésor sans lequel le cultivateur est 
découragé et cjuitle la charrue i)our laisser les terres en friche. 

Il ferait diminuer les fonds de prix ; les droits royaux et 
seigneuriaux y perdraient également. 

11 accablerait le pauvre laboureur et rendrait peu à l'Ktat 
d'après les frais d'exploitation prélevés. 

Le cahier de Haudement se termine par celte |dirase ; puis vient 
la suite du procès-verbal et les signatures : 

Hu.HOMMK, C. Hknari), A. BouurioNY, Droùard, etc 

Lk Mesle, syndic, Hiot, greffier. 
(14 signatures.) 



BKR(iÈRl::S-SOUS-MONTMIRAlL 



SITL'.VnoN .\i).MIM.STHATIVK KT KCONOMKjL'K. — « A 16 lieues 
N. N. (). de Troyes, sur le l'ctit-Morin, au S. 1^. de Montmirail. » 
— Généralité de Cliûlons, élection de Sézanne, coutume de 



BERGÈRES-SOUS-MONTMIRAIL 95 

Meaux (1); — diocèse de Sézannc, doyenné de Troyes, paroisse 
Sainte-Colombe, à la collation de l'évèque de Troyes ; — poste de 
Montmirail ; grenier à sel de (Château-Thierry ; eaux et forêts de 
Sézanne. 

Aujourd'hui, canton de Montmirail, arrondissement d'Épernaj'. 

— Seigneur : Jean-Baptiste-Louis-François Lefèvre de Plainval, 
chevalier, capitaine d'infanterie, demeurant en son château de Ber- 
gères. 

— Curé : Jean-Nicolas Larcher. 

— Dénombrement de 1173-1788 : 66 feux roturiers, 1 ecclésiastique 
et 1 noble. — Population : 123 hommes, 111 femmes, 24 garçons^ 

31 fdles, soit : 289 habitants. — Recensement de 1906 : 315 habitants. 

— Territoire : 1,815 arpents de terres labourables, 24 de jardins, 
72 de prés, 133 de vignes, 181 de bois (2), 30 de terres incultes. 
— Récoltes (an. com.) : 6,048 boisseaux de froment (3 pour 1) ; 252 de 
seigle (3 pour 1); 150 d'orge (3 pour 1) ; 6,000 d'avoine (2 1/2 pour 1) ; 
101 de sarrasin (3 pour 1) ; 296 muids de vin (100 en 1773). — 5 labou- 
reurs à une charrue. — 27 chevaux ; 72 bêtes à cornes ; 500 bêtes à 
laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 9J 1/4; de la capitation : 

32 s 3d 1/8 pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : taille : 700 (en 1778) 
à 770 (en 1785). — En 1788 : 750 livres pour un revenu réduit de 
4,088 livres (1,435 livres de rentes passives) ; (d'après le taux moyen de 
l'élection : 770 livres). — En 1789 : taille : 740 livres ; impositions 
accessoires : 600 livres ; capitation : 560 livres ; total : 1,900 livres. 

— Dîmes : 1/2 au curé et 1/2 au seigneur, au 13^ compte. 



La communauté de Bergcres-sous-Montmirail comparut à la fois à 
Sézanne et à Château-Thierry (3). 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL. [La paroisse de Bergères-sous- 
Montmirail était composée de 75 feux. — L'avis pour la convocation 
des États généraux fut lu et publié le ler mars 1789. — Le cahier et le 
procès-verbal avaient été préparés pour être portés au bailliage de 



(1) M. Longnon place cette communauté dans l'élection de Château-Thierry ; 
« elle était, dit-il, régie en partie par la coutume de Vitr^', en partie par celle 
de Meaux » iDicl. topog. de la Marne). Le vérité est que Bergères se trouvait 
sur le Petit-Morin, limite des deux juridictions : la partie septentrionale était 
du bailliage et de l'élection de Chàteau-Thicrrj' ; la partie méridionale, du 
bailliage et de l'élection de Sézanue. (Voir préface du présent volume.) 

(2) Le dénombrement de la taille de 1788 estime à 53 arp. 1/2 les biens 
possédés par les privilégiés faisant valoir : le curé, le seigneur et la dame 
de Conquérant, dame de Soigny ; et à l,()r)4 arp. 3/8 les biens exploités par 
les taillables, propriétaires, fermiers et forains. (Arch. de la Marne, C, SOU.) 

(3) Voir ci-dessus note (1) et la préface. 



96 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Chàteau-Tliierrv, (jiii avait convcxiué égalcnicnl cette paroisse. Mais 
on efTac'a partout, dans le proeès-verljal, le nom de (".hàteau-Tliierry 
que l'on rcnipla(,-a par celui de Sézanne. On supprima éi^alenient les 
noms des deux députés, le chirurgien François Chamj)ion et le labou- 
reur Pierre Harré, qui étaient d'abord désignés et qui représentèrent 
Bergères à l'assemblée de (Château-Thierry (1), et on leur substitua ceux 
des deux délégués ci-dessus indi([ués. — Il est probable cjuc le même 
cahier servit pour les deux comparutions. — Le (> du même mgis, les 
habitants se réunirent sous la i)résidencc de Pierre-l-ldouard Savoy, 
maire, juge civil, criminel et de police de la mairie de Hcrgèrcs. — Le 
procès-verbal constate la présence de Pierre Barré, syndic municipal, 
Alexandre Thibault, Alexis Masson, Alexis Noulot, Antoine Dunesme, 
Antoine Prunel, Claude Masson, (Maude Thibault, Denis Spément, 
Edme-Franç'ois Masson, Htienne (îonin, François Chami)ion, François 
Cousin, François Cousin le jeune, François lIoul(|uin, François S|)é- 
ment, Georges Maréchal, (ieorgcs Spément, Henry Maréchal, Jacques 
Goblet, Jacques Langlois, Jean-Baptiste Gent, Jean-Baptiste Gommier, 
Jean Gelleliver, Jean- Baptiste Pierron, J.-B. Triclot, Jean- Baptiste 
Baudeîet, Jean Desbleds, Jean Ilouhiuin, Jean Lebon, Jean-Louis 
Deneuchatel, Jean-Louis Vincent, Jean-Pierre Lapleige, Jean Spément, 
Jean Caillié, Jean Vivier, Louis Crapart l'aîné, Louis (Crapart le jeune, 
Louis Discontigny, Louis Frévin, Louis Hénaut, Louis Lalandc, Louis 
Morice, Louis-Nicolas Sarazin, Louis Benaud, Louis Vincent, Michel 
Bourdon, Michel Mut, Nicolas Champion, Nicolas Forgeot, Nicolas 
Houkpiin, Nicolas Lalonde, Nicolas Marecot, Pierre Bataille, Pierre 
(baillé, Piei'ie Benard, Pierre Spément, Simon Debarre, Claude 
Bouillier, Jean-Baptiste Martin, Joseph Uabanot, Nicolas Lalande, 
Pierre Michel, Urbain Guilbaut, Jean Vallée. — Les députés désignés 
pour comparaître à l'assemblée du bailliage de Sézanne lurent IMerre 
Caili.k et Jacques Langlois.J 

Arch. ri'vol. de Sczdiuie, A, 11' : procès-verbal ; A, //'■ caliier de 4 jjagcs 
cotées et parapaphées par le maire Savo}'. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, SUS : Corvées «les chemins. — 
C, 536 : Administration de la communauté ; reconstruction du pont ; 
comptes des s\ndics. — C, H22 et .9.3.9 : Impositions. — C, iOlO : (Cor- 
vées. — C, 169^t : Construction du pont (17(>S). — C, 1807 : Kglise et 
presbytère. — Arch. de l'Aube, (i, l'i et 16 : Ciia)>elle Saint-Jacques en 
l'église de Hergères à i'évêché de Troyes : titres, arciiives. — G, 72 et 
suivants : Nomination de curés (lâtJl à 1700). — G, .')'>l'> : Paroisse 
Sainte-Colombe : revenus, dîmes ; — etc. — Arch. cuminnii. </(• Jier- 



(1) (lahier contenant les trèn Itumhles et très respect neuses remoidrances, 
plaintes, doléances et supplications du Tiers étal du bailliaije de C.hàteau- 

Thierri) suivi du discours d'un député de la |)an)issc de Villiers-sur- 

.Marne, et de l'extrait du procès-verbal du Tiers état de ce bailliage avec la 
liste de tous les comparants par paroisses (s. I. n. d., in-8" de 99 p. — Arch. 
nat. B' 32 et AU J, 10. - liibliothiuiue nat., L<^ n/'iH et /.' niiS A (2' édition.) — 
Les deux députés de liergèrcs sont indiqués page 75 de cette publication. 



BERGÈRES-SOL'S-MONTMIRAIL 97 

gères : l"' registre des délibérations de radministralioii miiiiicipale, du 
15 septeml)re 1788 au 27 novcml)re 1837 (i)8 feuillets). 



C A H I E R 

Cahier de doléances, plaintes et représentations faites par les 

habitants en corps d'assemblée de la paroisse de Bergères- 

sons-Montmirail, ressortissant du bailliage de [en blancj, 

pour être présenté à rassemblée des trois Etats dudit 

bailliage le [en blanc| du présent mois, en exécution 

de la lettre du Roi du 2i janvier dernier, et ordonnance 

de Monsieur le Lieutenant général dudit bailliage. 

Puisque Sa Majesté veut bien nous permettre d'ouvrir la 

bouche pour que nos plaintes parviennent jusqu'aux pieds du 

trône, nous prendrons donc la liberté de parler et de dire : 

1. — Que les impositions royales augmentent journellement 
et s'accumulent de façon que nos forces et nos faibles facultés 
nous font craindre tous les jours d'y succomber, si nous 
n'avions l'espoir que la fin de ces impôts, dont le menu peuple 
seul est accablé, finissent ou tout au moins diminuent ; 

2. — Qu'il serait à souhaiter que les habitants de ce lieu, 
qui sont presque tous vignerons et autres, soient chargés de 
payer, par chacun an, une imposition fixe par arpent de leurs 
vignes pour tous droits en général, afin d'être libres de disposer 
à leur volonté de leurs vins et autres boissons, dont les droits 
de vente, joints aux façons de vigne et autres dépenses en 
futailles, vaisseaux et frais de leur vendange, absorbent 
presque entièrement le bénéfice et fruit de leurs travaux, et non 
compris encore un autre droit nommé trop bu, qui s'exerce 
contre et sur une certaine portion des boissons qu'ils ne 
peuvent vendre, en ayant fait la consommation dans leurs 
ménages et en leurs travaux pénibles, en répandant sang et eau 
sur la terre de leurs petites possessions ([u'ils cultivent pour 
qu'elle leur rapporte son fruit qui est son unique ressource ; ce 
qui les mettrait à l'abri de toutes ces chicanes et procès rui- 
neux que les commis aux aides exercent contre ceux qui, pour 
se soustraire à ces impôts excessifs sur la vente de leurs vins, 
la font quelquefois frauduleusement (1); 

(1) Les vignes, on l'a vu, oceupaient 133 arpents du territoire et produi- 
saient, année commune, 29(5 muids de vin. (Arch. de la Manie, C, 'iSO et 80'i.) 
L'assemblée de l'élection de Sézanue de 1788 avait été saisie d'un projet 

7 



98 BAlLLIAdK DE SKZANNE 

3. — Qu'il serait do inèiiie à souhaiter que, pour les autres 
portions (riiéiitage. chaeun, sans distinetion de privilège, soit 
imposé, pour les maisons, clos, terres, prés et bois, par un seul 
et même rôle qui peut comprendre tous les biens situés sur 
chaque terroir et paroisse : à tant les maisons suivant leur 
valeur, et à tant l'arpent de terre, prés et bois, eu égard à leur 
rapj)ort, et de supprimer tous vingtièmes, tailles, coryées et 



de reforme des droits d'aides, ou plutôt, comme le propose le cahier ci-dessus, 
de conversion des droits d'aides, gros manquant, trop bu, etc., qui se perce- 
vaient sur le vin et l'eau-de-vie en un impôt qui serait établi sur les vignes. 

Ce projet supposait qu'on pourrait remplacer les droits d'aides par une 
imposition de 24 livres sur chaque arpent de vigne de la !'« classe, de ICi livres 
sur ceux de la 2% et de 8 livres sur ceux de la 3> . 

L'assemblée de l'élection, peu partisan de ce projet, taisait ressortii que 
le produit des droits d'aides pour la généralité s'élevait à plus de 3 millions, 
et que l'impôt proposé ne produirait, « à raison de l()(),9i)() arpents de vigne 
dont on faisait nombre en Champagne, » que l,(il5,i)3(j livres : « Il faudrait 
donc, pour atteindre le produit des aides, que la taxe moyenne et réduite 
s'élevât à environ 'M) livres par arpent; et, dans la supposition de trois classes 
égales en nombre, il faudrait que l'imposition de la 1"= fût de 45 livres ; celle 
de la 2"^^ de 30 livres, et celle de la 3'= de 15 livres ». — Ou démontrait aussi 
que, même ainsi calculée, la nouvelle imposition serait encore bien éloignée 
du produit des aides qui, particulièrement dans l'élection de Sézanne où l'on 
comptait 3,347 arpents de vigU'CS qu'on ne pouvait ranger que dans la der- 
nière classe, ne produirait que .")0,205 livres, tandis que les droits d'aides 
rapportaient plus de 1()0,0()() livres. 

Puis, après quelques considérations de détail, on discutait le principe 
même de l'imposition. Le rajjporteur objectait : « 1" Kn convertissant tous 
« les droits d'aides en un inijjôt unique sur les vignes, n'est-ce pas grever le 
« propriétaire et cultivateur de vignes, de droits qui, jusque-là, lui étaient 
« pour la plupart étrangers. Il n'y a, à proprement parler, que les droits de 
« gros, jauge et courtage qui tombent sur lui, tous les autres sont payés par 
« le consommateur et par les habitants des villes : tels sont les droits sur 
« la vente en détail, ceux perçus sur les eaux-de-vie, les entrées, dons gra- 
■< luits ou droits réservés, oflices municipaux, octrois, etc. ; 

« 2" I)ira-t-on que le propriétaire et cultivateur de vigne n'en fera que 
(I l'avance et qu'il la retrouvera dans la valeur exeédente de son vin dégagé 
a de tous droits; mais, d'un côté, comment le cultivateur de vignes qui, pour 
« la majeure partie est pauvre, pourra-t-il faire l'avance de droits aussi consi- 
« ilérables lorsqu'il peut à peine supporter ceux qui tombent à sa charge, et 
« qu'il n'acquitte que lors de la vente; d'un autre côté, est-il bien vrai cju'il 
« retiouvcrail. dans l'augmentation du prix de sa chose, toutes les avances 
« qu'il aurait été obligé de faire ; s'il est vrai (pie le riche qui est en état 
« d'attendre n'est pas toujours maitre de mettre à la production de sa pro- 
« priété un prix pr<i|)oitionné aux dépenses ()u'clle lui a occasionnées, com- 
« ment le |)ourrait le |)auvre, si souvent obligé de cédei- à la nécessité, qui 
« deviendra encore |)lus pressante quand il sera obligé de faire l'avance du 
M droit représentatif de tous ceux compris sous le titre d'aides'.' 

« 3" Ku cas de suppression de tous ces droits, il faudrait pourvoir aux 



BERGERES-SOUS-MONTMIRAIL 99 

autres droits, lesquelles corvées se feraient à prix crargcnl, 
dont moitié applicable pour les dégradations laites dans les 
paroisses, et l'autre moitié pour les grandes routes; 

4. — Que. par autorité royale, les particuliers qui ont des 
prés sur les petites rivières, ainsi que cette paroisse qui est sur 
le Petit-Morin, soient obligés de couper ou de faire couper les 
éperons ou buttes de terres, troncs d'arbres et racines, qui 
arrêtent l'écoulement des eaux, pour empêcher (|ue, dans les 
inondations, les prairies ne souffrent de la négligence de ces 
particuliers à nettoyer, chacun au droit de leurs /sic) possessions 
adhérentes à ladite rivière, dont le débordement par inondation 
d'orages et ravines font au public un tort considérable et une 
perte générale des foins ; et que les grosses fermes des biens 
soient divisées , pour que les simples particuliers trouvent 
aisément des laboureurs pour la culture de leurs terres (1) ; 

Et pour entrer dans les vues de Sa Majesté sur les besoins 
de l'État et le soulagement du peuple : 

1. — Il serait à désirer qu'une fourmilière innombrable 
d'employés aux aides et autres fermes du Roi soit regardée comme 
inutiles et ruineux à l'Etat par les appointements (ju'il leur 



« moyens de remplacer les octrois pour les villes qui les perçoivent sur 
« l'entrée ou la vente en détail des vins ; 

« 4" Ne faudrait-il pas aussi pourvoir à l'indemnité des juges d'élection, 
« que la suppression des aides priverait de la majeure partie de leurs éniolu- 
« ments ? 

« On parle de conserver les droits sur la vente en détail ; ce serait peut- 
« être le seul mo^eu de rendre l'imposition plus supportable par le proprié- 
« taire, parce qu'elle ne serait alors proportionnée qu'au produit des droits de 
« la vente en gros ; mais, de quelque manière que ces droits de détail fussent 
« perçus, soit au compte du Roi, ou de la province, l'intérêt de la fraude 
« subsistant, les inconvénients qui en sont la suite subsistei-ont. » 

Tel était l'avis de l'assemblée de l'élection de Sézanne sur ce projet de 
suppression des droits d'aides que reprennent beaucoup de cahiers. (Procès- 
verbal. . . du 13 octobre 1788, p. 84 et 85. — Arch. de lu Marne, C, WOO.) 

Cette réforme était, en effet, réclamée, on l'a vu ci-avant, par la ville de 
Se:a/i/ie(art. 18, p. 15) ; parle village vinicole d'Allemant qui, malgré les objec- 
tions de l'assemblée de l'élection, déclare se soumettre volontiers à une égale 
imposition sur la vigne (page 42) ; par Bannay (art. 4, p. 71) ; Bannes 
(p. 77), etc. 

(1) A diverses reprises, les habitants avaient eu à souffrir des dégâts 
causés par ces débordements du Petit-Morin. En 17(38, il avait fallu recons- 
truire un pont à deux arches qui avait été emporté par les grandes eaux, ce 
qui donna déjà lieu à des contestations entre les habitants et la dame de 
Bergères, propriétaire de cette rivière. (.4;c/i. de la Marne, C, 536 et 169'f.) 



100 BAILMAOE DF. SKZAXNE 

laut, ce (|iii, vu 1rs riMivoyanl, forail rcnlrer au trésor une masse 
très considérable, et qui, en même temps, mettrait le pauvre 
peuple dans le cas de profiler d'une grande diminution d'im[)ùts 
et faire de cette reforme des soldats en supprimant les milices; 

2. — Que, dans l'état ecclésiastique, il fût possible de régler 
les communautés relii^ieuses et de iixer à cbacpie individu une 
somme honnête et suflisanle pour vivre; que tous les revenus 
desdites comnuuiautés rentrassent au trésor royal i)ar le moyen 
d'un régisseur général des biens d'icelles, dans cha(iue province 
où ces maisons sont situées, étant, ces comnuinautés, celles qui 
possèdent les plus beaux biens, qui ne travaillent point au 
salut des âmes, ne paient que peu ou rien au Koi, et (jui, par 
conséquent, sont peu utiles à l'Ktat. 

3. — 11 peut se rencontrer encore des bénéfices extraordi- 
nairement considérables (jui, étant réduits à une honnête 
médiocrité et à un niveau proportionnel aux autres, feraient 
encore rentrer à la masse des sommes considérales, capables de 
procurer au pauvre peuple une diminution quelconque d'im- 
pôts ; ces sortes de réductions ne devant pas frapper sur les 
pasteurs des campagnes, lesquels travaillent avec peine au salut 
des âmes, et dont les bénéfices, pour la i)lupart, sont modiques. 

4. — De diminuer et modifier les gratifications ; supprimer 
certaines pensions extraordinaires sur ceux dont le défaut de 
service ou de mérite peut les en priver, qui, d'ailleurs, jouissent 
ou de bons bénéfices, ou fortune et aisance qui les mettent dans le 
cas de faire aisément un pareil sacrifice pour un prince aimé 
et dans la peine. 

."). — La suppression des dépenses cjue les nouveaux bâti- 
ments et nouvelles entreprises entraînent avec elles, ou tout au 
moins la suspension de tout ce (|ui est commencé, aideiait de 
beaucoup (ainsi que toute autre économie), à rem{)lir ce vide 
immense du trésor, dont le récit affreux frappe journellement 
avec peine l'oreille du moins intelligent et du plus malheureux 
de tous les sujets. 

Dans ces considérations, si toutes ces observations pouvaient 
avoir lieu, ainsi (jue tous les autres moyens (|ue nos faibles 
lumières nous empêchent d'aix'rcevoir, il y aurait à esj)érer (|ue, 
tout ensemble, en j»eu d'années, les coffres du lloi se remj)li- 
laicnl. cl (|ue le |)auvre |)eu|)le se trouverait soulagé, ce (|ui lui 
;ii(icrait à supjjorter les peines (pi'il essuie |)ar un poids si 



BERGÈRES-SOUS-MONTMIRAIL 101 

accablant, et à oublier les rigueurs des temps et des saisons, la 
cherté excessive du pain, son unicpie aliment ; ramènerait une 
certaine aisance, ferait croire (lue l'on est F'rançais ou libre plus 
qu'aucune autre nation, lui rendrait le cœur content, et le por- 
terait à reconnaître les faveurs et chanter les louanges du plus 
bienfaisant de tous les monarques. 

Observant en outre, lesdits habitants, qu'il y a une quantité 
d'allées d'arbres d'agrément qui sont plantées sur le terroir dudit 
Bergères, qui font un tort considérable à la production des terres, 
tant par l'ombrage de leurs branches que par leurs racines ; 

Qu'on plante considérablement des bois sur le terroir dudit 
Bergères, même dans les terres labourables, lesquelles planta- 
tions, d'un côté, anéantissent la production des grains annuel- 
lement, et de l'autre font un dommage considérable au pâturage 
des troupeaux ; ([u'il serait du bien général de supprimer 
lesdites avenues et d'empêcher les plantations (1); 

Que la population du gibier sur la terre de cette paroisse 
devient si considérable et préjudiciable aux grains et aux 
vignes, pourquoi il conviendrait de la faire diminuer. 

Fait et arrêté le présent cahier pour être remis aux députés 
de cette paroisse, qui le porteront au bailliage de Château - 
Thierry (2), cejourd'hui 6 mars 1789, dont un double restera 
au grelTe de cette paroisse, et avons tous signé, excepté ceux 
qui ont déclaré ne savoir signer : 

Pierre Barré, syndic municipal, F. Champion, Jean 

Vallée, Baudelet, Pierre Caillié, Gommier, etc 

(31 signatures.) 



(1) Le cliâteau, qui avait appartenu, au \yu>= siècle, à Charles de Valois, 
comte d'Auvergne, duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX, dont la 
seconde femme, yV^" de Nargonne, mourut à Montmort en 1713, venait d'être 
reconstruit jiar les derniers possesseurs, Ktienne Cuérard, qui se tua d'une 
chute avant son achèvement, et Lefèvre dePlaiiival, qui avaient fait aménager 
un parc avec de belles allées d'arbres, ce dont se plaignaient les habitants. — 
Ces plantations faisaient du tort aux pâturages des bestiaux, qui ne pouvaient 
aller que dans les trente arpents de terres incultes situées au nord du village, 
sur des collines fort élevées. Ces terres, qui ne pouvaient guère nourrij" que' 
100 bêtes toute l'année, avaient été cultivées autrefois, mais elles étaient aban- 
données faute de mojens ; elles étaient très pierreuses et ravinées. (Enquête 
de 1769 sur les défrichements. — Arch. de la Marne, C, 'i3'i.) 

(2) Le rédacteur a oublié ici, comme il l'a fait dans le procès-verbal, de 
remplacer le mot « Château-Thierrj' » par celui de « Sézanne ». Ce document 
figure bien, nous le répétons, dans la lias; e des cahiers déposés au bailliage 
de Sézanne et retrouvés à la mairie de cette ville. 



102 HAII.LIAC.K DK SKZANNK 

Le prcseiil cahier a élé j)ar moi, Pierre-lùlouard Savoy, 
maire, juge civil criniiiiel et de police de la mairie de Bergères, 
coté et paraphé par première et dernière pages, au désir des 
ordres, ce (> mars 1789. Savoy. 



BETHON or FONTAINE-BETHON 



SITUATION ADMINISTRATIVK ET ECONOMIQUE. - « A 12 lieues 
X. O. de Troycs, sur le pcnchnnt d'une colline, dans une position 
gracieuse, environnée de coteaux garnis de vignes. » 

— (iénéralité de C.hàlons, élection de Troyes, coutuiue de Mcaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Pont-sur-Seine, paroisse Saint- 
Serein, à la collation de l'évècpie de Troyes; — poste de Villenauxe, 
grenier à sel, eaux et forêts de Sézannc, consuls de Troyes, siège de 
Villenauxe ; — mesure de Villenauxe. 

Aujourd'hui, canton d'I^stcrnay, arrondissenienl d'I^pernay. 

— Dénombrement de In3-V/S7 : lUO feux roturiers et 1 ecclésias- 
li(pie. — Population : 185 hommes, 168 femmes, 36 garçons et 54 lilles, 
soit 443 hahitants. — Recensement de 1006 : 449 hahitants. 

— Seigneur : Hn 1787, les héritiers de M. l'ahhé Terray (1). — Hn 
178!) : (^harles-Kranrois, comte du Mirât, chevalier, mcstre de camp à 
la suite des troupes légères, chevalier de Saint-Louis, demeurant à 
Moulins-en-Bourbonnois et habitant, à cette époque, Roanne, chez 
M>Ho de Pierrefitte (2). 

— Cnrè : Louis (iérard. 

— Territoire : L300 arpents de terres labourables, 5 de jardins, 
15 de prés, 156 de vignes, 881 de bois, 100 de terres d'usage (d'après 
l'état des tailles de 1787 : 75 arpents de jardins, 1,075 de terres labou- 
rables, 20 a. 75 de i)rés, 121 de vignes, et 961 a. 25 de bois, soit 
2,178 a. 75, dont 400 de bois au seigneur, 40 de bois à celui de Montge- 
nost, 94 aux religieux de Xogeut-sur-Seine, total : 534; et 4'M arpents 
en usages, pâtures, friches et bois; les taillables, proi)riétaires et fer- 
miers faisant valoir le reste). — liécoltes : 2,996 boisseaux de froment 
(2 pour 1); 5,996 de seigle (2 pour 1); 960 d'orge (3 pour 1); 8,060 
d'avoine (2 pour 1); 1,438 muids de vin (800 en 1773). — 8 laboureurs 
à une charrue. — 82 chevaux; 126 bétes à cornes ; 463 bètes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 0'' 1/8; de la eapitation : .30^ 9'' 

(1) L'al)l)c Terray (.losepli-Maiif), contrôleur {,'i'ni'ral des finances de 1769 
à 1774, mort à Paris le 18 février 177S, avait lurité la teire de Iktiion de son 
oncle François Terray, médecin de Louis .\I\' et du Héfjent. — (Charles Fran- 
çois comte du Miiat, neveu de l'ajjhé Terray, \endit cette scij{ncurie en 178î( à 
Marie-Menriette Houlard, veuve de (Ili.-.l.-H. I.ihrun (\'' di; I'oi i : //'/(/., cii. 
.WII, XVIII et .\I.\). 

(2) l'roii's-twrhal de iasseiublce (jciivralv des trois ordres des IxdllitKjes de 
Sézanne et Ctiùlilloii-stir-Marnc , etc. 



BETHON OU FONTAINE-BETHON 103 

pour livre de la taille. — De 1777 à 1786 : taille : 880 (en 1777) à 950 
(en 1786). — En 1787 : 950 livres pour un revenu de 6,400 1 10 (suivant 
le taux commun de l'élection : 942 livres; — rentes passives : 891 livres). 
— En 1789 : taille : 940 livres; impositions accessoires : 757 livres ; 
capitation : 710 livres ; total : 2,407 livres. 

— Dimes : à Tévèque de Troyes, au 13'' ou au 16c compte (1), sauf 
celles des nouvelles défriches qui revenaient au curé. 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La paroisse de Bethon ap- 
pelée aussi à cette époque « Fontaine-Bethon » (2), était composée 
de 115 feux, « compris 18 ou 20 veuves, dont la majeure partie d'icelles 
veuves ne font plus rien valoir ». — L'avis pour la convocation des 
États généraux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les 
habitants se réunirent sous la présidence de Louis Beignot de Val- 
MOXT, buraliste, « praticien en la prévôté du lieu, y demeurant, et 
faisant fonctions de juge en cette partie pour cause d'empêchement 
en la personne de M. le prévôt de Bethon, comme syndic municipal 
de la paroisse, et l'absence des ofïiciers qui le précèdent ». — Le procès- 
verbal constate la présence de Louis Guérou-Le Duc, notaire royal, 
prévôt de Bethon et syndic municipal, F"rançois-Joseph Beignot de Val- 
mont, cordonnier, Edme Montagne, Nicolas Mirand, Claude Vandier, 
Paul Lenfant, Charles Thomas, Jean-Pierre Narlot, Nicolas Gorneau, 
Serein Champenois le jeune. Serein Champenois l'aîné, Jean Burtel, 
Christophe Arcelin, Remy Champenois, Antoine Goujeard, Nicolas 
Desplanches, Etienne Leclaire le jeune, Pierre Parnel, Louis Brouillard 
le jeune, Pierre-François Oudin, Etienne Lasne, tous laboureurs et 
vignerons, et encore, d'après les signatures, Louis Dussollié et 
Leclaire, greffier. — Dans ce procès-verbal, les habitants se plaignent 
« de n'avoir pu faire le cahier que précipitamment, vu le peu 
d'intervalle de temps qu'ils ont eu pour le rédiger ». — Les députés 
furent Louis Guérou, notaire royal et prévôt de Bethon, et Nicolas 
Mirand, laboureur et vigneron.] 



Arch. révol. de Sézanne, A, Ï2 ^ : Procès-verbal; A, 12'' : Cahier : 4 pages, 
les deii.x premières, — jusqu'aux signatures, avant les (( vœux généraux du Tiers 
état », — cotées et signées au bas « ne varietiir » par Beignot de Vahnont. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 365 : Épidémies. — C, 537 et 



(1) Les liabitants avaient reconnu que l'évêque avait la dîme des vins et 
que cette dîme consistait en un panier de raisin sur treize {Areh. de l'Aube, 
G, 558) ; puis, des contestations s'étaient élevées et, après plusieurs procès, 
une transaction était intervenue, aux termes de laquelle la dîme des vignes 
devait être abonnée à 30 sous par arpent ; mais cette mesure fut encore atta- 
quée (ibid.. G, 559J. - L'évêque de Tro^'es fut cité à l'assemblée du Clergé au 
titre de gros décimateur de Bethon, demeurant à Paris, rue Saint-Dominique, 
paroisse Saint-Sulpice. (Arch. révol. de Sézanne, C^.) 

(2) Deux communes situées dans cette région, non loin de Bethon, ont 
conservé cette appellation : Fontaine-Denis et Fontaine-sous-Montaiguillon. 



104 MAII.MAr.I'. DK SKZANNK 

(>()l : Aciiniiiistriition de la CDiiinumaiilc : l)()is. — (1, .W?/ : C.orvées. — 
E, •J'2(i : Ktaiigs ii la lamillc de (iallilVt. — Arcli. de l'Aube, C, 1390 et 
/^.9/ : Hôles des tailles ; état des lial)itaiits ; récoltes; comptes des 
syndics, etc. - ^i', /6",.'?.W, 'i.i(K '/.>,'{. e/c. : Dîmes appartenant à révèque. 
— G, 67 et suiv. : Nominations de curés (l").").")-!?!)!). — G, 55H et .').'}!) : 
Paroisse Saint-Serein de Hethon ; dîmes à l'évéque ; procès cl transac- 
tions. — G, 7.')() : Hiens du fief de Tronchet à Betlion, appartenant à 
l'abbaye de Saint-Louis et Sainte-Claire de Nogent-l'Artaud ; — etc. 
HmLiOGRAPHiK. - ^'''' Oscar dk Poi.i : Les seigneurs et le chàleuu de Belhoii. 
(Paris, au Con:;cil béraldique de France, 1885, in-12 de '2l(î pages.) 



CAHIER 



C<tl\icr des clolcanccs, phiinlcs et reiiionti'dnces des syndic et 
hal)Haiits de la coinnuindiilé de Fontaine-Bethon, bail- 
liage de Sézanue, pour être présenté éi rassemblée pré- 
liminaire dudil bailliage par les députés de ladite 
paroisse. 

Nous soussignés, syndic et hal)ilanls de la conimunaulé, 
vu le court intervalle de temps qui nous reste à employer 
jusqu'au moment de l'assemblée préliminaire du bailliage de 
Sézanne, et le peu d'érudition (jue nous avons, nous déclarons 
que nous détérerons toujours aux cahiers de nos concitoyens 
(jui ont traité avec énergie tous les points relatifs à la suppres- 
sion des abus cjui se trouvent dans l'administration des 
finances, et les moyens d'y remédier avec avantage pour les 
sujets de Sa Majesté, et augmenter ladite finance par des répar- 
titions justes des impositions ; nous osons seulement faire 
(piehjues remai(jues, (juoitjue sûrement elles n'auront pas 
échapj^é à ceux (jui, dévoués au bien général de la patrie, ont 
déployé leurs talents pour les mettre au jour. 

Akt. l*^'. — Il serait avantageux, pour l'avantage de chacjue 
individu, que les deniers levés pour les corvées fussent employés 
à l'entretien ou construction des grands chemins les plus 
proches di- j)aroisscs (|ui (■(Milribuent auxdites impositions ; au 
moins chacun proliteraif, au prorata de ce (ju'il paye, par 
l'usage desdits chemins (1). 

2. — L'on peiçoit les droits de centième denier sur les siu'- 
cessions collatérales avec une rigiu'in- inouïe : les i)réposés à la 
percej)lioii laissent écoider les délais, et ensuite décernent des 



(1) Corvées de Hethon : Arch. de la Marne, C, 302 L 



lîETHON or FONTAINE-BETHON 105 

contraintes et font payer des doubles et triples droits à des 
malheureux (pii ne savent pas l'époque du fatal délai ; il serait 
facile d'obvier à cet inconvénient en obligeant le fermier à faire 
donner un avertissement aux redevables avant rexpiration 
dudit délai, 

3. — Le gros manquant est abusif vis-à-vis de nombre d'hon- 
nêtes gens qui, par état ou autrement, font une consommation 
plus grande que celle qui leur est accordée par les règlements ; 
il y a cinquante ans que ce droit était comminatoire, et on ne 
l'exigeait que de ceux dont les commis étaient convaincus de 
faire un mauvais usage de leurs récoltes de vins. 

4. — L'on sent le poids énorme que cause un nombre de 
corps d'officiers, corps de judicature et offices particuliers qui 
jouissent des privilèges et exemptions, lequel poids retombe 
sur la classe des non exempts, tandis que nombre de ces 
exempt^ s'emparent d'une partie du commerce qu'ils continuent 
toujours sous les noms de leurs commis ou autres personnes à 
eux dévouées ; ceux qui remplissent ces charges-là sont, la 
majeure partie, des sujets adonnés avant au commerce ; 
moins de privilégiés, plus de contribuables aux charges de 
l'État; la matière est trop étendue sur cet article qui, vraisem- 
blablement, sera discuté à fond à l'assemblée des Etats géné- 
raux, étant un des plus essentiels. 

5. — L'on sait jusqu'à quel degré les droits d'aides sont 
montés, particulièrement dans le pays de Gros, dont celui-ci est 
du nombre, et eu égard à la mauvaise qualité des vins qui, 
lorsqu'ils sont à bon marché, paient plus de droits que leur 
valeur ; s'il est impossible de supprimer cette partie en la rem- 
plaçant d'un autre impôt, au moins devrait-elle être réduite 
à un taux plus modique, eu égard à la qualité des vins, aux 
frais de culture des vignes et aux frais de vendange (1). 

6. — L'on fait supporter à la majeure partie des paroisses 
qui ont quelques biens communaux, une dépense annuelle de 
18, 20 et 24 livres pour la vision des comptes de syndic que l'on 
envoie à MM. les subdélégués des intendances, à quoi il est 
facile de remédier en dispensant les paroisses de rendre leurs 
comptes des deniers communaux par-devant MM. les subdé- 
légués. Les assemblées municipales de chaque paroisse étant 

(1) Voir le cahier de Bergères-sous-Montmirail, page 97. 



I 



100 lîAILLIAGE DK SÉZANNE 

partie capable d'arrêter lesdits comptes, sauf cependant en cas 
de contestation pour iceux, de la part de quelques habitants 
ou autres personnes intéressées de se pourvoir par-devant 
MM. les subdélégués ou autres juges désignés, à (jui la connais- 
sance en serait attribuée par un règlement (1). 

7. — Nous observerons enfin (jne l'un de nous soussignés se 
ressouvient tiu'en 1754 ou 55, M. Paris de Monlmarlel (lors 
garde du trésor royal), offrit à Sa Majesté une augmentation 
annuelle de dix millions des cinq grosses Termes, avec la sup- 
pression des 4 sols ])our livre sur tous les droits qui en étaient 
susceptibles, en lui permettant de faire régir à sa fantaisie 
lesdites fermes générales. Cette offre, qui était très avantageuse 
pour la France, parut être acceptée, mais ensuite elle fut 
rejetée, à la faveur de sommes considérables qui furent versées 
à pleines mains par la haute finance à des personnes en place 
(jui firent avorter ce projet ; le projet de régie de M. Paris 
(a-t-on dit dans ce temps) était d'abonner, par départements 
ou même par paroisses, la majeure partie des droits ; par ce 
moyen il aurait évité beaucoup de frais de régie ; si, dans la 
circonstance actuelle, l'on faisait un essai d'abonner (juebpies 
[)ays d'élection ou queUjues paroisses seulement; pour parvenir 
à celte fin l'on pourrait faire un total de ce qu'un lieu a produit 
tant en impositions de tailles, corvées, vingtièmes et droits 
d'aides pendant six années ; ensuite, jjrendre le sixième de 
ce total, lecjuel sixième, la paroisse du lieu s'obligerait de payer 
annuellenuMil directement dans le trésor royal, sans aucuns 
frais; pour parvenir à la percei)tion îles deniers, la munici|)a- 
lité serait autorisée à percevoir H livres par chaque muid 
Champagne vin (jui se récolterait dans la paroisse, et ce sui- 
vant l'inventaire qui serait fait par lesdits municipaux et com- 
nuiniipié à tous les habitants ; les droits de détail seraient 



(1) Comptes des syndics de Hethon (Arcli. de l'Aiihe, C, 1391). - Ces 
c'nmi)tcs étaient peu c()ni|)li<|ués : en 177î(, on trouvait en recettes : 42.") livres, 
dont Cm livres 15 sols pour reliquat de compte, et .1.')9 livres pour prix de vente 
de chênes appartenant à la communauté; - en dépenses : lil'i livres 1i> sols, 
dont 1.') livres IK sols pour la nourriture du taureau banal ; (> livres j)our répa- 
ration aux vitres de l'école, etc. La communauté vendait ses l)ois j)ar quart 
de réserve pour les travaux d'utilité publique : réparations à l'église et aux 
fontaines, lava^e des rues, etc. (Arch. de la Marne, C, .'):i7. Arcli. Xal. K,7bO, 
II" IV2 : arrêt tiu ilonseil du roi, (\i\ '2'2 novembre 1/(M, relatif aux bois com- 
munaux et au presbytère de Fontainc-Belbon.) 



BETHON OU FONTAINE-BETHON 107 

abonnés, pour toute la paroisse, au plus oITraut et dernier 
enchérisseur ; outre ce, il serait fait un rôle des biens-fonds 
de la paroisse, et la répartition de la somme que l'on lève- 
rait sur lesdits biens-fonds se ferait au marc la livre sur tous 
les biens privilégiés et non privilégiés ; cette imposition 
tiendrait lieu de vingtième et de taille; comme il serait néces- 
saire que toutes ces impositions et droits montassent plus haut 
que l'abonnement, l'excédent serait déposé ès-mains d'une 
personne nommée par la communauté, et servirait à remplacer 
le déficit qui pourrait se trouver dans des années où la récolte 
des vins manquerait ; Messieurs de l'assemblée auront tel égard 
qu'ils jugeront à propos à cette observation que l'on pourrait 
rendre claire et plus étendue ; ici pour mémoire seulement (1). 
Fait et arrêté dans le cours de l'assemblée audit Bethon, ce 
8 mars 1789. 

Vandier, Mihand l'aîné, Remy Champenois, Nicolas 

Desplanche, etc . . • 

Guérou-Le Duc, syndic municipal, Leclaire, gref- 
fier. (18 signatures.) 

[A la suite du caliier, les liabitants inscrivent les notes ci-après :] 
Vœux généraux du Tiers état. 

Les députés du Tiers seront de l'ordre du Tiers ; 

Les trois ordres travailleront ensemble ; 

Les suffrages ^e compteront par tète ; 

Tous citoyens, sans exception ni distinction, soumis à la 
même imposition ; 

Le Clergé paiera comme les autres, et aux mêmes collec- 
teurs ; 

L'imposition territoriale en nature, utile et seule juste ; 

Les revenus dans les fonds publics soumis à une plus forte 
imposition ; 



(1) Ce projet rentre, peut-être, dans les nombreux travaux sur les finances 
de la France, préparés par les quatre frères I^aris, les célèbres financiers du 
xvni'- siècle. .Jean Paris de Montmartel, né le 1" août 1690, mort le 10 septembre 
ITfifi, était le plus jeune de ces quatre frères; il avait été nommé en 1722 garde 
triennal du trésor royal ; il devint banquier de la Cour et acquit une si grande 
influence qu'on lui attribuait le pouvoir de fixer le taux de l'intérêt de l'argent. 
Louis XV le créa marquis de I3runoi. (Marquis de LucHiiT : Hist.de MM. Paris, 
1776, in-8". — Le Bas : Dict. encycl. de la France. — Didot : Dict. ; — etc.) 



108 BAILI.IAGi: DE SÉZANNE 

Le retour périodique des Etats généraux, el, i)our éviter les 
dépenses et les embarras des élections, les pouvoirs des députés 
seront continués, comme en Angleterre, pendant la révolution 
de plusieurs assemblées ; 

Ils fixeront la tpiantité el la <kirée des impôts, attribueront 
certains revenus à certaines dettes, jugeront de l'emploi des 
impositions, etc. ; 

Seuls ils seront le corps de TKtal pour donner aux lois la 
sanction ; 

Erection de cours ; démembrement du i)arlement de Paris 
qui est trop étendu ; 

Moins de longueurs dans les procédures, et une réforme des 
frais inutiles ; 

Les cours n'auront d'autres droits que de juger suivant la 
loi, sans contribuer à faire la loi qu'elles recevront du Roi et de 
la Nation assemblée ; 

Abolition de tout tribunal d'exception ; 

Etats provinciaux dans lescjuels le Clergé sera pris au moins 
l)Oiir un tiers dans l'ordre des curés ; 

Ouvrages publics, manufactures, encouragements soumis à 
leur administration, de même (jue la perception des impôts, la 
régie des biens domaniaux et communaux des paroisses ; 

L'extinction de tout privilège de province ou de terri- 
toire ; 

Le sel à un prix commun ; 

Abolition des aides; , 

Toutes les barrières aux frontières ; 

Les cliarges publicpies supportées par tous les citoyens de 
tous les rangs ; 

Logement des gens de guerre ; cbemins ; 

La loi haheas corpus en vigueur et, par consétpient, abolition 
des lettres de cacbet ; seul cas où un citoyen jjourra être 
arièlé : la |)its<)Iiiu' du souverain en dînigcr et la haute liahi- 
son, mais niors le coupable ou celui (|ui est aii'èté sera remis 
entre les mains de son juge naturel ; 

Moyens j)our abolir le easuel des curés et augmenter les 
portions congrues ; 

Lil)erté de la presse ; 

Les biens de l'ordre de Malte paieront le tiers de li-urs reve- 
nus pour être em|)loy('', sous j'iiduiinistration générale des 



BETHON OU FONTAINE-BETHON 109 

États et particulièrement des curés et marguilliers, au soulage- 
ment des pauvres et malades ; 

Les ordres religieux et monastiques revus, leurs biens-fonds 
appliqués aux hôpitaux, collèges, dont lesdits religieux et 
moines feront le service ; de même pour les couvents des filles 
pour celles de leur sexe ; 

Les annates, contre lesquelles les peuples ont toujours 
réclamé, abolies; 

Le Roi ne tient que de lui et des peuples le droit de nommer 
aux évèchés et bénéfices consistoriaux ; 

Les seigneurs tenus de faire détruire du gibier lorsqu'il y en 
aura trop sur leurs terres et que leurs vassaux riverains se 
plaindront du dommage causé par ledit gibier (1). 



BOISSY-LE-REPOS et BIFFONTAINE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « A 16 lieues 
N. N. O. de Troyes, à 3 lieues S. E. de Montmirail, et à 4 lieues N. O, 
de Sézanne, dans un vallon arrosé par le Petit-Morin, qui partage la 
paroisse en deux parties subdivisées en plusieurs autres : le grand et 
le petit Boiss}', la haute et la basse Vaucelle, BifFontaine, Meuse, la 
Charmotte et la Pommerose. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de Paris (2); 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Martin, à la 
collation de l'évèque de Troyes ; — grenier à sel, eaux et forêts de 
Sézanne. 

Aujourd'hui, canton de Montmirail, arrondissement d'Épernay. 

— Dénombrement de 1113-1188 : 58 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 146 hommes, 125 femmes, 20 garçons et 31 filles, 
soit 322 habitants. - Recensement de 1906 : 280 habitants. 



(1) Les lapins pullulaient à Bethon, sur les terres du seigneur, autour du 
château que l'abbé Terraj' avait fait construire sur la colline. — Lors de 
l'enquête de 17(i9 sur les défrichements, les habitants signalaient 180 arpents 
de terres incultes, dont 100 en brujères appartenant à la communauté et ser- 
vant de pâturage aux bestiaux, à défaut de prés, et 80 arpents en friches, 
à divers propriétaires de Bethon, Potangis et Chantemerle, et qui, cultivées 
autrefois en seigle et avoine, avaient diî être abandonnées depuis plusieurs 
années « à cause de la multiplicité des lapins qui se détruisent dans certaines 
années, mais se repeuplent dans d'autres ». (Arch. de la Marne, C, '^3'^.' 

(2) D'après M. Longnon {Top., ibid.), Colrtalon (Top. hht., ibid.j, etc., et 
à cause de sa justice seigneuriale qui ressortissait au Châtelet de Paris. 



110 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— Seigneur : Les dames abbessc, prieure et religieuses de Fare- 
moutiers (1). 

— CMi'é : Denis-Just Caïn. 

— Territoire : 2,722 arpents de terres labourables, 3(5 de jardins, 
145 de prés, 8 de vignes, 87 de bois, 10 de terres d'usage (dont 1,898 
exploités par les taillablcs). — Recolles : 8,064 boisseaux de froment 
(2 pour 1); 449 de seigle (2 pour 1); 2'X\ d'orge (2 j)our 1) ; 9,(500 
d'avoine (2 pour 1); 14 muids de vin. — 17 laboureurs à une charrue. 

— 50 chevaux; 150 bètes à cornes ; 1,200 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 'S* 10<i 18 ; de la capitation : 
31s 4(1 7 8 pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : 1,1(50 (en 1784) à 
950 (en 1787). — Kn 1788 : 950 livres pour un revenu réduit au taux de 
5,077' 15 (suivant le taux de l'élection : 9(50 livres). — Kn 1789 : taille : 
920 livres ; impositions accessoires : 740 livres ; capitation : 700 livres. 

— Total : 2,360 livres. 

— Dîmes : Au curé, 3/5 ; à l'évéfiue de Troyes et à l'abbaye 
d'Andecy, chacun 1/5. 

ANALYSE DU PROCÈS-VKRBAL. |La connnunauté de Boissy-le- 
Repos et BifTontainc était composée de (54 feux. — L'avis pour la con- 
cation des Ktats généraux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Les habi- 
tants se réunirent le même jour, sous la présidence de .lean Bri fkt, 
notaire et tabellion au bailliage de Boissy-le-Repos et Corfélix (justice 
particulière ressortissant du C.hàtelet de Paris), demeurant à Boissy. 

— Le procès-verbal constate la présence de .Jacques Machuré, syndic, 
Louis-Michel C.rapart, Louis Somsous, Pierre Miot, François-Charles 
Colïinet, Antoine Brochot, Nicolas Michel, Pierre Cruérin, Simon 
Taillefert, maître d'école, Théodore (iuilbot, Louis Somsous l'aîné, 
« et autres laboureurs et manouvriers demeurant à Boissy et Bitl'on- 
taine ». — Les députés furent Jacques Machuré, syndic, et Pierre 
Miot, « l'un des membres de la municipalité ».] 



Arcb. rcvol. de Sczaiine, A, 13' : procès-verbal ; — -4, /.'{' : caliier : 4 pages 
cotées et parapiiées au bas par Buffet. 

Soi KCES ooc. acc. — Arch. de la Marne, C, ')3H : Administration de la 
communauté. — C, 9.59 : Impositions. — ('., 1036 : Capitation. — 
C, 1010 : Corvées. - C, UiO'i : Pont. — C, 1730 : Atelier de charité. - 
C, 1810 : Kglise et presintère. (i, 13iH : (Pensives de l'éf,dise collé}(iaic 



(1) ('élèbre abbaye de religieuses de l'ordre de Saint-Benoist fondée en 670 
dans le diocèse de Meaiix. (Hug. dk Fontaim; dk Hksiikcq : Ilishiirr du luonii- 
nient de Faremoiilicm, l'aris, 18()!J, in-l'J.) — Le iiourj^, anjonrdluii du canton 
de Hozoy, arrondissement de (^oulommicis, se trouve situé au conlUienl de 
l'Aubetin et du (irand-.Morin. 

Cette al)|jaye était comprise dans la |)révôtè royale de lOurnan. (|ni 
ressortissait par a])pel du Cluitelet de l'aris. (Cli. I)i:s.mazk : Le Chàlclel de 
Paris, etc., p. 5. — Paris, Didier, 187U, in-12.) 



BOISSY-LE-REPOS ET BIFFONTAINE 111 

Saint-Nicolas de Sézanne. — G, 1712 : Église paroissiale ; fabrique. — 
Arcb. de l'Aube, G, 106 et suiv. : Xoniinations de curés (1684-1791;. — 
G, 330 : Dîmes de lévèché. — G, .)6'6 : Paroisse Saint-.Martin de 
Boissy-le-Repos ; biens de la cure ; dîmes ; — etc. 



CAHIER 



Cahier des plaintes, doléances et remontrances des habitants 
formant la communauté de Boissij-le-Iiepos et Biffontaine. 

Les habitants de la communauté ci-dessus désirent : 

1. — Que l'administration des sacrements, les inhumations, 
se fassent gratuitement, à l'exception des objets qui sont de 
pure dévotion ; 

2. — La suppression des dîmes de charruages (1), les denrées 
qui servent de nourriture à cette portion de la dîme ayant elles- 
mêmes supporté la perception de cette même dîme ; 

3. — La diminution dans la perception des grosses et menues 
dîmes, qui paient à raison du quatorzième, et qui leur 
paraissent trop onéreuses (2) ; 

4. — La modération des droits de lods et ventes qui se 
paient à raison du sixième du prix de l'acquisition ; 

5. — La réduction des amendes pour les bestiaux pris en 
délit dans les bois défendus, et qui ne pourront excéder le prix 
du dégât lorsqu'il aura été causé sans que celui préposé à la 
garde desdits bestiaux ait pu lempêcher (3). 

6. — L'abolition des peines trop fortes contre ceux qui 



(1) Ce mot dérive de charrue. Les articles 56, 60 et 61 de la coutume de 
Vitrj'^ l'emploient pour désigner les terres labourables. Laurière rapporte dans 
son glossaire une charte donnée en 1220 par Thibault, comte de Champagne, 
de laquelle ces deux articles ont été tirés, et qui peut beaucoup servir à les 
expliquer. (Voir aussi le commentaire de Saligny sur la coutume de Vitry.) — 
On nommait particulièrement churruuge en Champagne autant de terre qu'une 
charrue peut en labourer dans un an (Dom Carpextier, au mot Carruata.) 
Enfin en désignant encore sous le nom de churruage, dans la même province, 
un droit que les seigneurs levaient sur leurs hommes à raison de leurs 
charrues. (Article de Garran de (>oulon, avocat au Parlement dans le Réper- 
toire de jurisprudence de Guijot, 1784, t. ni, p. 276. — Godefroy : Dict. ; —etc.) 

(2) On a vu que les dîmes étaient perçues pour 3/5 par le curé, 1/5 par 
l'abbaye d'Andec\-, et 1/5 par l'évêque de Troyes. La part du curé, y compris 
la totalité des menues et vertes dîmes, était, en 1728, louée 595 livres. (Arch. 
de l'Aube, C, 566.) 

(3) Article 10 du titre 32 de l'édit d'août 1669 sur les eaux et forêts. (Cf. 
Bailliage de Châlons, cahier de Toulon, page 722.) 



112 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

chassent iiulùinenl ; la (U'iense (ruser de voies de fait pour 
contraindre au paiement des amendes ; et défense al)solue de 
tuer les chiens, même pris à la chasse, sans que le maître y ait 
été condamné juridi(|uement (1). 

7. — La réformation des jugements arbitraires et des lois 
trop sévères, cause ou prétexte de l'autorité abusive qu'exerce la 
juridiction des eaux et forêts sur les particuliers et .sur les 
communautés spécialement, ce qui occasionne aux particuliers 
des frais qu'ils ne devraient pas supporter, et met les commu- 
nautés dans le cas de ne point toucher quelquefois la moitié du 
produit de leur adjudication (2) ; 

8. — Qu'il soit pourvu à ce que les droits de moulin à eau 
ou usines de quelques natures, situées sur les petites rivières 
surtout, ne puissent submerger ou nuire en façon ciuelconcpie 
aux prés ou autres biens-fonds pour les submersions qu'occa- 
sionne l'élévation des eaux au-dessus de leur lit naturel, qui est 
ordinairement causée par la hauteur des digues et vannages 
construits pour l'utilité particulière des susdites usines (3). 



(1) Articles 10 et suivants du titre lid de ledit d'août IWiî). (IbiiL, ealiier de 
Toulon, page 721, note 1.) 

(2) Voir les plaintes eontre l'édit d'août IWit) en cette matière. (IhiiL, 
cahier de Toulon, p. 721, et de N'ertus, p. 774.) 

(3) La prairie de lioissy, d'une demi-lieue de longueur sur une très petite 
largeur, était inondée la meilleure partie de l'année, parce qu'elle était située 
entre deux collines d'une pente rapide et allongée qui la commandait dans 
toute sa longueur. .Mais les habitants attribuaient la ijrincijiale cause de ces 
inondations au « Moulin de .Meuse » appartenant au.\ religieuses de Farenuiu- 
tiers, seigneurs de Boissy, lequel, placé à l'extrémité inférieure, en aval de la 
prairie, arrêtait et soutenait les eaux à une telle hauteur qu'elles refluaient 
jusqu'à l'extrémité opposée, de manière que la prairie entière n'était ordinai- 
rement qu'une napi)e d'eaux stagnantes qui rendait le foin très mauvais, 
alors qu'au-dessus, dans les prairies du Th()ult,ct qu'au-dessous, dans celle de 
Bergères, il était très bon et en grande quantité. — « Cependant, ajoutent-ils 
« dans leur rè|)onse à l'enquête de 17()9, notre territoire est à peu près dans la 
« même situation, preuve certaine que tout le mal que nous essuyons vient 
« du moulin de Meuse, et que le ])remier nu)yen d'y remédier serait de faire 
» abaisser les vannes de ce moulin ; le second, de creuser (|uelciucs fossés 
« par ci par là ; le troisième, enfin, de curer et nettoyer les graviers qui se 
« trouvent de dislance en distance dans notre rivière du l'elit-Morin, dont le 
« lit n'est d'ailleurs pas troj) large. Ces derniers ouvrages pourraient se 
« faire parles parliculiers, tant habitants que forains, à qui ai)parliennent les 
« prés qui nuisent le plus aux autres, ou i)lutôt par la communauté entière 
<> qui est tout intéressée et disposée à seconder avec zèle les vues sages et 
« éclairées du gouvernement pour le bien public. »(Arch. de la Marne, C, ).'{'/.) 

Les habitants de Boissy étaient très laborieux et très industrieux. Bien que 



BOISSY-IJ.-RI-POS KT BIFFONTAINE li;{ 

9. — Qu'il soit pris des moyens pour empêcher la trop 
grande multiplication du gibier et des pigeons (|ui causent aux 
campagnes des dommages considérables (1); 

10. — Qu'une partie des corvées destinées à l'entretien des 
routes royales soit appliquée à l'entretien ou réparation des 
chemins particuliers, dans les pays surtout où la grande sura- 
bondance des eaux les endommage plus fréquemment, princi- 
palement ceux qui servent à conduire les denrées aux marchés 
voisins ; 

11. — La diminution des impôts, de l'industrie, surtout pour 
les campagnes, et (jne tout individu i)uisse connaître les lois en 
vertu desquelles il est imposé; la juste proportion de son impo- 
sition et la facilité de pouvoir réclamer avec quelque succès, 
lorsqu'elle lui paraîtra Irop forte ; la répartition égale de toutes 



peu nombreux pour un finage relativement considérable, ils avaient, depuis 
un demi-siècle, mis en valeur la plus grande partie des terres incultes, de sorte 
qu'en 17(39 il ne restait plus qu'une vingtaine d'arpents de ces terres incultes, 
terrain pierreux et sans fonds, partagé en plusieurs pièces, situées la plupart 
sur la cîme ou le penchant des collines et servant à la pâture des bctes à laine 
fort nombreuses dans ce village. (Colktalon : Topog. hist., ibui., : attestations 
du curé Godart, de 1784, p. 273. — Enquête de 1769 : Àrch. de la Marne, ibid.) 

Les inondations dont il est parlé plus haut avaient, de 1775 à 1781, néces- 
sité la construction d'un pont pour les traverses du village (arrêt du Conseil 
de 1777 confirmant l'adjudication des travaux.— Arch. de laMarne, C, IGO'i). — 
L'assemblée de l'élection de Sézanne en 1787 s'était déjà occupée de la situa- 
tion créée à Boissy par ces inondations. (Cf. Procès-verbal, imp., p. 18. — 
//'/(/., C, '2906.) 

D'autres malheurs avaient, à la fin du xviu' siècle, frappé la communauté : 
une épidémie sur les bestiaux de Boissy avait occasionné de grandes pertes 
aux habitants : une première maladie s'était manifestée sur les porcs 
d'octobre 1787 a mai 1788 ; une seconde en juin avait attaqué les bœufs, les 
vaches et même les chevaux; plusieurs de ces animaux avaient péri subite- 
ment dans l'espace de quelques jours. La municipalité de Boissy, justement 
alarmée, avait sollicité des secours du bureau inteimédiaire de l'élection qui 
enjoignit au maréchal-vétérinaire de La Noue de se transjjorter sur les lieux, 
de constater le genre de maladie et d'indiquer le traitement nécessaire. Ce 
dernier fit un long rapport dans lequel il caractérisa de « maladie charbon- 
neuse » celle dont étaient attaqués les chevaux. 

D'autres cas furent signalés à la Basse-\'aussclle, le 21 septembre 1788, sur 
'2.') chevaux, dont un périt ; au hameau de BilTonlaine, les bœufs et les vaches 
furent attaqués et neuf moururent. 

L'assemblée de l'élection de Sézanne estima à :{,4()0 livres le montant des 
pertes subies parla communauté. (Séance du IH (jctobre 1788. l'i-océs-verbal. . . 
p. 73. - .4rr/i. de la Marne, C. -2D()<J.) 

(1) Cf. Bailliaç/e de Chùlons : cahiers d'Aulnizeux, p. (iU, de (A'rnon, 
p. 125, etc. 



114 HAILLIAGK I)K SKZANNE 

impositions laites sur les l)it'iis-ronds. sans dislinclion ilordre 
ou (lo privilège ; roblenlion à pioporlionner les impositions, 
non seulement au rai)port des terres, mais aussi à la facilité ou 
dillieulté de l'exploitation (]ui, par les Irais (ju'elle occasionne, 
diminue nolablemenl le ra])i)ort réel ou la location des hiens- 
londs ; 

12. — La modération des droits de contrôle ou tout au moins 
la rél'ormation des abus provenant de la façon arl)itraire avec 
laquelle ils sont perçus; la facilité de pouvoii-, sans frais, par- 
venir à la restitution des droits illégitimement perçus ; 

Ki. — La diminution sur le prix du sel, d'autant plus indis- 
pensable (jue cette denrée de première nécessité est accablante 
pour le pauvre, et le soumet à un imjxM d'au moins 15 livres 
par individu ; 

14. — La simplification des droits d'aides et la connaissance 
des lois en vertu desquelles ils sont perçus ; 

15. — La réforme absolue delà procédure civile et criminelle, 
ruineuse par la manière dont se suivent les aiîaires, par la 
lenteur avec laciuelle elle se termine, par les écritures et frais 
monstrueux qu'elles occasionnent, par rimi)ossibilité où l'on 
est de se faire rembourser des frais indisj)ensal)les, de la perte 
de temps et autres dommages cjue l'on soutire lors([ue l'on est 
nécessité à se défendre sui- une alTaire ([ui n'a d'autre fonde- 
ment que la méchanceté ou la mauvaise foi ; 

l(j. — L'abolition des privilèges en vertu des(|uels on se 
trouve traduit par appel à une justice éloignée, au préjudice 
d'une de même nature et plus prochaine, ce (jui détourne les 
citoyens de poursui\ re un droit légitime, [)ar la crainte de frais 
trop considérables (pi'ils seraient obligés de supporter avant de 
se faire rendre justice (1) ; 

17. - Qu il soit pris en considération combien est perni- 
cieuse la mendicité hors la i)aroisse (|u'on habile, soit j)ai 
l'habitude de fainéantise que contractent les mendiants forains 
et leurs enfants mêmes, (pii s'accoutument dès leur plus bas 
îige, soit par la facilité (pi'iis tr()U\ent, sous prétexte de mendi- 
cité, à se livier au brigandage ; (pi'en consétjuence il soit 
défendu de mendici- hors l'enceinte de la paroisse (pi'on habite, 



(1) l.;i justice scij{Hfiiri:ile ecclcsinsticiuc de lîoissy rcssortissnit, on l'a vu, 
(lu Cliûlelet de l^uris et suivait lu cuutume de cette ville. 



BOUCIIY-I.E-r.EPOS IJ") 

et piis (les moyens })our subvenir aux besoins des pauvres 
infirmes, pour soulager ceux à (jui le prix de leur lra\ail ne 
suKil [)as pour substanler leur lamille, |)our assister les pauvres 
malades et orphelins, et qu'à cet effet il sera formé, dans chaque 
paroisse, un bureau de charité pour recevoir et administrer les 
aumônes (1). 

Boissy, le 8 mars 1789. 

(Non signé.) 



BOUCHY-LE-REPOS 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « A 14 lieues 
et demie N. O. de Troyes, sur une colline, à la droite du ruisseau qui 
va l'ormer la ])etite rivière d'Aubetin. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 



(1) Sur les mendiants, les mesures ré))ressi\cs prises à leur égard et le 
projet d'établissement des lnu"eaux de cliai ilé dans les paroisses, voir les 
cahiers d'Aulnay-aux-Planches et de Matougues. (Cf. Bailliage de Châlons, 
p. 45 et 445.) 

Quelques essais de ce genre, dûs à l'initiative privée, avaient été tentés 
daiîs plusieurs villes et villages de la région : à Sczanne, il existait un bureau 
de charité, établi vers 1779, et « qui avait pour objet de distribuer toutes les 
semaines du pain aux vieillards et aux pauvres chargés d'une noml)reuse 
famille ». — A Réveillon, le seigneur avait établi deux sœurs de charité pour 
soigner les malades pauvres des paroisses de 1-leveilIon et de \'illeucuve-la- 
Lionne, et avait affecté à cet établissement une rente de 300 livres et un loge- 
ment. — Anglure avait, pour ses pauvres et ses malades, une maisou de charité 
qui jouissait de quelques revenus fixes, fonds et rentes, et d'un casuel produit de 
quêtes faites à domicile. — Bagneux possédait un pareil établissement dont la 
charité faisait tous les frais, par des quêtes qui ne jjroduisaient annuellement 
qu'une somme l)ieu insuffisante de 80 livres. — Avec de plus grands moyens, 
Saint-.Iust était presque parvenu, dit un rapport, à bannir la mendicité, « à 
monter un travail, y appliquer des l)ras, instruire la jeunesse, soulager la vieil- 
lesse, adoucir le malheur de la veuve et de l'orphelin. Une somme annuelle de 
7 à 800 livres, sagement administrée, suffit poui" y soutenir trois écoles gra- 
tuites, pour mettre en activité cinq à si,\ métiers, et subvenir aux besoins 
multipliés d'une paroisse nombreuse ». — Cinq autres communautés, Broyés, 
Ksternay, .Mécringes, I.e Thoult et ^'illeneuve-lés-Charlevi!le, se tiouvaient en 
état, par de modiques fondations, de venir momentanément au secours de 
leurs plus pauvres habitants. Mais, jjartout ailleurs, ajoute le rappoit, « le 
malheur et son poids, la maladie et ses langueurs, la vieillesse et ses besoins, 
s'ils éprouvent jjarfois cjuelque soulagemer.t, ne sont en droit d'en réclamer 
aucun ! ». (Procès-verbal de l'assemblée de l'élection de Sézanne du 13 oc- 
tobre 1788, p. 65-66. — Arch. de lu Marne, C. 2909.) 



lUi HAlLLlACiE DE SKZANNE 

— diocèse de Troycs, doyenne de Pont-siir-Scine, paroisse Saint- 
Nicolas, à la collation de l'abbé de Xesle-la-Heposte ; — ])oste de 
Provins ou de Villenauxe ; j^renicr à sel de Provins ; mesure de 
\'illenauxe. 

Aujourd'hui, canton dl'sternay, arrondissenienl d'I^pernay. 

— Dcnoinhrcincnl de 7/7.V-//<S'7 ; ;}() feux roturiers, 1 ecclésiastique 
et 1 noble. — Population : 59 hommes, 58 femmes, 17 garçons et 
17 filles, soit 151 habitants. — Recensement de 1906 : 240 habitants. 

— Seiç/neur : Amand, marquis de Saint-(]hamant, colonel du régi- 
ment de Poitou, mar(|uis de Monlaiguillon, seigneui- de la ville de 
Villenauxe, etc. (1). 

— Curé : Nicolas-.\ntoine-Thomas Hénard. 

— Territoire : 2,004 arpents de terres labourables, 10 de jardins, 
40 de prés, 30 de terres incultes (dont 1,998 arpents 75 exploités par 
les taillables). — Récoltes (an. com.) : 12,480 boisseaux de froment 
(3 pour 1) ; 648 de seigle (2 1]2 pour 1) ; 11,91() d'avoine 2 15 pour 1). 

— 8 laboureurs. — 47 chevaux ; 78 bétes à cornes ; 1,124 bètes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3> 5ti 1/2 ; taux de la capitation : 
31> 4'i pour livre de la taille. — De 1777 à 1786 : 580 (en 1777) à 640 (en 
1786». — En 1787 : 640 livres pour un revenu de 3,816' 10 (suivant le 
taux de l'élection, 561 livres). — En 1789 : taille : 640 livres; imposi- 
tions accessoires : 51() livres ; ca])itation : 483 livres ; total : 
1,639 livres. 

— Dimes : Au curé et aux religieux bénédictins de l'abbaye de 
Xesle-la-Heposte transférée à Villenauxe. 



ANALYS1-: Bl' PROCES-VKRBAL. (La paroisse de Bouchy-le-Repos 
était conijjosée de 28 feux. — L'avis j)our la convocation des l^tats 
généraux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les habi- 
tants se réunirent sous la j)résidence de Jean-Haptiste-Pierre-Marlial 
IloLLMEK, prévôt de Bouchy-le-Hepos. — Le procès-verbal constate 
la ])résence de Etienne Gérard, syndic municipal, Pierre Jannel, Claude 
.lannel, François Marins, tous municipaux, Pierre Quignot, Médard 
(iérard, Nicolas Sénevé, François-Pierre Vernier, Edme Parizot, (lézar 
Guizol, « et autres habitants » dont, d'ajjrès les signatures, .\. (îérar- 
deau, Pierre Truchy. — Les déj)utés furent Pierre et Glaude Jannki , 
hd)oureurs.| 

Al cil. ivixjI. (le Srznmic, A, t'i' : procès-verljul. - ^1, 14'' : tailler : .') paf{cs 
non cotées ni paraplues. 

.SoiHCKS ooc. Acc. — Aicli. (/(' /(/ Mdiiii', ('.. '.)(>() : impositions. — C, '2.')()'i : 
l'nion de la justice de lioucliy à celle du l'ié-du-iUit (171K). - C, :i()'2l : 
Corvées. -- Arch. de l'Aiihe, C, V2'il et /2'/2 : Administration de la 
communauté ; rôle des tailles; récolles; comptes des syndics; tra- 



(1> Le marquis de Saint-(^hamant était député de la Nol>lesse de Sézanne 
;i rassemjjiëe provinciale de C.lifdons. (Faniille de Salnt-(;iiamant. Arch. de 
l'Aidie, E. .'AS'2 à 1020. N'oir le cahier de Villenauxe ci-après.; 



BOUCHY- LE- REPOS 117 

vaux du presbytère. — G, 73 et suiv. : Nominations de curés (l.'jli'i 
à 1791). — (i, JG7 : Paroisse Saint-Nicolas ; — etc. 



CAHIER 



Nous soussignés, habitants tle la paroisse de Bouchy-le- 
Repos, vil la lettre du Roi du 24 janvier, le règlement y joint et 
l'ordonnance de iM. le bailli de Sézanne du 24 février, à nous 
signifié le 26 du même mois, par sieur Jean Flamen, huissier 
royal audiencier au bailliage de Sézanne, et dont lecture nous a 
été laite aux prône et issue de la messe paroissiale, le dimanche 
8 du présent mois, pour répondre aux vues bienlaisantes de 
Sa Majesté et satisfaire à ladite ordonnance, avons procédé 
avec sincérité et concision, en la manière qui suit, au cahier de 
doléances, plaintes et remontrances que Sa Majesté nous per- 
met, nous invite même, à lui faire, laissant h nos représentants 
de les étendre et développer autant que besoin sera : 

1. — Nous nous plaignons qu'étant la classe la plus labo- 
rieuse et par conséquent la plus utile, nous sommes néanmoins 
la plus oppressée : dîme, taille, corvées, capitalion, ving- 
tième, etc., tout tombe sur nous seuls ; il n'est pas même 
jusqu'à une portion de notre intelligence qui ne soit devenue 
tributaire sous le nom dindustrie, tandis que les deux ordres 
supérieurs, plus riches, mais non pas moins sujets que nous, 
ne sont assujettis qu'à une seule espèce de tribut auquel ils 
savent encore se soustraire par la maligne précaution de ne 
point déclarer exactement leurs revenus. Fatigués depuis trop 
longtemps sous le poids d'un si lourd fardeau, nous demandons 
qu'il soit fait une juste et sévère déclaration de tous les biens 
des trois ordres, et que chacun desdits ordres, à raison de ses 
revenus, concourt également, sans distinction ni privilège 
aucun, aux charges et besoins de l'État ; cette demande paraît 
d'autant plus fondée que la dette de l'Etat n'est point la nôtre ; 
nous avons toujours payé jusqu'ici ce que nous avons pu et dû 
paj'er ; et dans le cas où l'imposition territoriale aurait lieu, 
nous avons remarqué (|u'il serait l)eaucoiip plus simple et 
moins dispendieux de la lever en argent qu'en nature. 

2. On nous flatte depuis quelque temps de la supi)iession 
de la gabelle ; rien ne serait plus conforme sans doute aux 
vœux du Roi, à nos besoins et à la justice ; les autres imposi- 
tions, comme taille, vingtième, etc., sont du moins sensées, 



lis n.MI.l.IAr.K F)K SKZANNI-: 

propoilioniu'llt's. iiKiis lo sel est de iiième poids el dégale iiéces- 
silé pour lo pauvre el pour le riche. 

Les plaintes ainères (pie nous aurions encore à faire contre 
les aides et contrôles nous obligent de deniancicr aussi à 
Sa Majesté qu'il lui plaise supprimer les l'ernies comme le seul 
moyen d'arrêter le déluge d'abus, de concussions, de vexations, 
d'horreuis dont elles sont la source et nous les tristes victimes, 
et de soustraire enfin l'Ktat à la voracité de ces vampires insa- 
tiables, dont l'ojiulence scandaleuse insulte à notre misère. 

Dans la même vue et i)our la même lin, nous demandons 
encore la suppression de toutes les charges de linances, comme 
onéreuses à l'Ktat et, par conséquent, à nous qui, jusqu'ici, 
avons Courni i)res(pie seuls à ses besoins, nous soumettant à 
l'aire [)asser, à très peu de frais, nos deniers au trésor royal. 

lOt, puisqu'il nous est permis de parler, nous ne pouvons 
nous empêciier d'élever aujourdluii nolie voix conlie les 
cruelles sangsues de l'iOtat, et de donner uw avis que la justice 
el la raison ne peuvent désapprouver : le Clergé el la Noblesse 
n'ont i)oinl, jus(|u'ici, ])ayé à l'Klal ce qu'ils lui devaient; ils ont 
donc contracté une dette envers lui ; (ju'ils la liquident ! les 
linanciers l'ont pillé, \olé ! cpi'ils lui restituent ! et alors il 
pouria se liipiider lui-mênu'. 

'à. - Nous (UMuandous aussi à être déchargés de tous droits 
de casuel, des reconsliuclions et réparations d'église et maison 
presbytérale : la dime (pie nous payons et que nous estimons 
valoir partout le tieis du re\enu de la paroisse, devant suffire à 
la substance du curé, aux constructions et réparations sus- 
dites. C'est pourcpioi nous proposons (pi'il soit j)ris, sur ladite 
dîme, une portion pour la substance du cuié, une autre |)our 
'e soulagement des pau\res cl infirmes de la paioisse, afin 
de détiuire enliêiemenl toute espèce de mendicité; el la troi- 
sième mise en léserve j)()ur les réparations et reconstructions, 
même usufruitières el lo( :ili\es, de notre église et maison pres- 
bytérale (1 ). 

(1) Kn 1783, uiic rcquc'te du cure, iippuyéo par les li.ihitants, demandait 
que des répaiations fussent (ailes au pieshytére ; mais les lelif^ieux Ixliiédic- 
lius de i'aljhayede \esle-la-IUj)<)ste, décimaleiiis du lieu, lefuséient de paiti- 
ciper à la dépense et s'opposèreul à l'adjudiraliim des liavaux oidonnés par 
riiitendanl de la f^tiaialilé. l ne nouvelle déi isioii dehoula les relif;ieu.\. et un 
anèt du eonseil, rejelant leur opiiosition, déelaia (|ue, malgré elle, les travaux 
seraient e,\éeutés et les déeimateur.s impusés. (.4/</i. de l'Aiihi', C, l"2't'2.) 



à 



BOUCHY-LE-RKPOS 119 

Nous ne saurions encore trop nous i)hHn(lre du peu d'égard 
qu'on a eu juscju'ici pour un certain nombre de curés. On 
sécularise une communauté ; on donne à cha({ue individu huit, 
douze et quinze cents livres que l'on croit nécessaiies aujour- 
d'hui à un homme pour vivre honnêtement ; si l'on donne sept 
cents livres à un curé, ce n'est donc que pour avilir un état 
respectable et lui ôler le moyen de nous secourir dans le besoin 
ecclésiastique ; comme les autres, pourquoi n'aurait-il pas le 
même droit aux biens de l'Eglise ? 

Un autre abus qui crie encore à la réforme, ce sont les 
religieux mendiants qui, volontairement pauvres, viennent dans 
nos campagnes enlever la sul)sistance aux pauvres nécessiteux, 
comme si l'Église n'avait pas le moyen de les nourrir. 

4. — Nous payons la corvée pour l'établissement et cons- 
truction des grandes routes du royaume ; nous en profitons au 
moins indirectement. Ce])endant nous supplions Sa Majesté de 
vouloir bien l'aire attention que, dans nos campagnes, les che- 
mins deviennent souvent impraticables, ce qui nous entraîne 
en des frais et des dépenses considérables pour la culture et 
l'exploitation de nos ])iens, et semble nous donner droit à récla- 
mer quelques soulagements pour leurs réparations (1). 

5. — La milice vient encore insensiblement, pour nous, 
pères de famille, un impôt très onéreux et qui ne tourne aucu- 
nement au prolit de l'I^^tat ; les miliciens restent aujourd'hui 
chez eux; il est inutile, si ce n'est pour l'intendant, d'enrôler 
des gens dont on n'a pas besoin ; nous aimerions mieux que 
l'on imposât sur chaque garçon une taxe modique et invariable, 
mais sulïîsante pour se pourvoir au besoin de troupes meil- 
leures que celles que le sort fournit, et alors on ne verrait plus, 
sans doute, tant de malheureuses alliances que cette entrave 
force souvent à contracter et plonge dans une affreuse misère (2). 

G. ^ Il n'est pas même jusqu'au sanctuaire de la justice où 



(1) Les rues et les routes des villiiges de cette région étaient devenues 
impraticables dans la mauvaise saison ; il y croissait des roseaux en assez 
grande quantité. Une décision de l'intendant de la généralité, sur la demande 
du ciiàtelain, M. de Breheret, seigneur de Courcilly, prescrivit les réparations 
de CCS voies en un pavé de grosses pierres, et ce par les habitants de Houchy 
et de Saint-Bon. (Boitel : liechcrchcs hisl. cl staiisl. sur les cominiincs du 
canton d'Eslcrnay.— Anniiaiic <lc la Marne. l.S.')(), p. 80.)— Corvées de Houchy 
{Arch. de lu Marne, C, :Kr2lK 

(2> Cf. Bailliaiie de C.hàlons : cahier de Beaulieu-cn-Argonnc, p. 71. 



120 HAII.I.IAC.H DK SÉZANNE 

n'aient pénélié cl ne se soient introduits les abus les j)lus cri- 
minels. La laveur, le crédit et Tarifent l'emportent aujourd'hui 
sur le droit. Les Irais exorbitants (ju'occasionnent la multipli- 
cité et la longueur des i)rocédures, ouvrages des oriiciers lou- 
jouis avides et intéressés, sont encore pour nous un objet de 
plaintes et de réclamations, et n'esl-il pas bien douloureux de 
nous voir oj)primer pai- ceux-là même dont le devoif est de 
nous défendre et de nous protéger (1). 

7. - L'établissement des étalons ne répond point à ses (ins; 
nous remartpions (pi'il va beaucoup moins d'élèves aujourd'hui 
([u'avant l'épocjue de leur existence ; ce n'est donc quun poids 
onéreux à la communauté et un établissement pernicieux à 
l'État (2). 

8. — Nous avons encore la douleur de voir nos moissons, à 
peine écloses, ravagées et détruites par la trop grande abon- 
dance de gibier dont nos cam[)agnes sont j)euplées. Comme 
nous j)ens()ns (pie le plaisir doit le céder à l'utile, les cultiva- 
teurs jouir des fruits de leurs travaux, et l'Etal de la plusgiandc 
abondance possible, nous supplions Sa Majesté de donner des 
ordres précis à ce que tels abus ne puissent dorénavant avoir 
lieu. Pour les mêmes raisons, il conviendrait aussi, pendant les 
semailles des grains et leur maturité, de faire fermer les colom- 
biers, les pigeons faisant souvent un tort très considérable (8). 

P. Jannel, m. Géuahd.C, Jannel, F. Marins, P. Quignot, 
F. Vernieh, etc 

HOULLIER. 

(13 signatures.) 



(1) La justice seigneuriale de Houchy dépendait de l'importante prévôté 
du Pié-du-iiut, iippniten;int à riiô])it;ii de la (-liarité de Paris. Nous en dirons 
quelques mots en note du cahier d'Kscardes ci-ajjrés. 

(2) Voir ci-avant les plaintes du cahier de Harbonne (p. 87) et Cf. Hdillidiie 
(le (Huilons : cahier de ("oulmier-Ia (".haussée, p. 21(i. — Arrh. de la M(ti in\ 
C, '/.'«à '/'//. 

(3) Cf. Iktillitujc de (lliàloiis : cahieis dWuinizcux, ])u>^v (JO, de (k-riion, 
p. V27^, etc. 

I.a noblesse des environs de .Sézanne chassait beaucoup sur les nombreux 
domaines du marquis de Saint-Chamant, seigneur de Houchy, Villenauxe, etc., 
quoique lui-même ne fût pas chasseur. Kn 177(), Le (iras de N'anbercey lui 
écrivait de son château de .Montgenost : « .Si vous étiez chasseur, je vous don- 
nei'ais des legrets de ne pas être à N'illenauxe. .le vous ferais chasseï- avec les 
chiens du duc de (Chartres, qui sont à Hethon, au nombre de 80. ('"est un 
excellent équipage! » (Arch. ilc l'Aube, /•-", .V,S,)). Les habitants des villages 
délestaient ces seigneurs dont le gibier de leurs importantes chasses dévastait 



SOULAGES 121 

ROULAGES 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « A 8 lieues 
N. 1/4 N. O. de Troyes, sur la rive droite de l'Aube, entre Anglure et 
Plancy. » 

— (ïéncralité de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes. doyenné d'Arcis-sur-Aube, paroisse Saint - 
Pierre-et-Saint-Paul, à la collation de l'évèque de Troyes ; — poste de 
Mérj' ou d'Arcis; grenier à sel d'Arcis ; mesure de Troyes. 

Aujourd'hui, canton de Mérj'-sur-Seine, arrondissement d'Arcis- 
sur-Aube (Aube). 

— Dénombrement de V/ 7 3-1/ SI : 70 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 130 hommes, 126 femmes, 19 garçons et 31 filles, 
soit 306 habitants. — Recensement de 1906 : 332 habitants. 

— Seignenr : François-Emmanuel de Capendu, comte de Bour- 
sonne, chevalier de Saint-Louis, colonel d'infanterie, demeurant à 
Crépy-en-Valois (1). 

— (Airé : François-Roger Berthe (2). 

— Territoire : 1,500 arpents de terres labourables, 30 de jardins, 
25 de prés, 30 de bois, 80 de terres d'usage, 100 de terres incultes. — 
Récoltes (an. com.) : 1,100 boisseaux de froment (2 1/5 pour 1) ; 9,900 
de seigle (2 1/5 pour 1) ; 1,300 d'orge (2 3/5 pour 1) ; 11,180 d'avoine 
(2 3/5 pour 1) ; 320 de sarrasin (2 1/5 pour 1). — 25 laboureurs. — 
60 chevaux ; 250 bétes à cornes ; 500 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 6^; de la capitation : 5* 3^ 1/8 
pour livre du revenu. — De 1777 à 1786 : 1,290 i en 1786) à 1,360 (en 
1777j : diminution constante. — En 1787 : 1,290 livres pour un revenu 
réduit de 7,742 livres (suivant létaux de l'élection : 1,139 livres.— En 
1789 : taille : 1,320 livres ; impositions accessoires : 1,062 livres ; capi- 
tation : 998 livres ; total : 3,380 livres. 

— Dimes : Au prieur de La Celle-sous-Chantemerle et à celui de 
l'Abbaye-sous-Plancj^ qui donnaient au curé les menues et vertes dimes, 
et un gros en grain estimé, année commune, à 4211 12 s 6^. 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La paroisse de Roulages était 
composée de 80 feux. — L'avis pour la convocation des États géné- 



les cliamps. Nous lirons, au cahier de P"ontaiue-sous-Montaiguillon, une 
requête des habitants de cette communauté demandant la destruction du 
gibier du marquis de Saint-Chamant. (Arch. de la Marne, C. 2668.1 

(1) Famille de Capendu (I^'abbé Dikttk : yodce histor. sur Bunlages, p. 77). 
— M. de Capendu était seigneur par moitié et par indivis avec René Hermené- 
gilde du Roux, demeurant à V'arennes, près Château-Thierry. 

(2) Curé depuis 1758, prêta le serment, se démit de ses fonctions en 1793 et 
mourut à lioulages le 4 décembre 1819, à 92 ans. 



122 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

raux fut lu et i)ublié le 8 mars 1789. — Le niènie jour, les habitants se 
réunirent sous la i)résidence (riùliue-l)enis-/or()babcl Hi-utham) tl). 
juge-mayeur de la justice de Boulagcs (2), assiste de Marguin.grellier. — 
Le procès-verbal constate la jjrcsence de Nicolas Rivot, Fiacre Rivot, 
François Rivot, Fiacre Rivot le jeune, René-C,hrisostome Rivot, 
Alexandre Rivot, Nicolas Rivot le jeune, Etienne Fèvrc, Denis Fèvrc, 
Jean-Baptiste Fèvrc, IMerre Lagarde, l'rançois Lagarde, (Maude 
Lagarde, Pierre Recet, .lean Derat, (luillaunie Mignot, Nicolas Giroux, 
Nicolas Deletrce, Jean - Baptiste Delelréc , Olivier Mérat, Nicolas 
Dutripont, (Charles Payen , Nicolas Joly, (Maude C.olin, Jacques 
Dupont, Charles Lenfant, Martin Drouin, C-laude Bcrlet, Jean-Baptiste 
Profit, Paul Roycr, Fdme Ciuillcniot, Jac{|ues Patris, CJaude Guérilc. 
Jean-Baptiste Bichon, Gharles Noël, Olivier Rebours, Olivier Aveline, 
David Patenôtre, Pierre Siniard, Jean-Baptiste Lebrun, Jean-Baptiste 
Prieur, Pierre Huchard, Juste Siraut, Jcan-iiaptiste Vcrgeol, Simon 
Gay, Pierre Rebours, Jean-Baptiste Laurain, Jean-liaptistc Laniblin, 
Nicolas Cofïinet, Antoine Joly, (Jaude Laurent. — Le jirocès-verbal 
note, en outre, l'absence de Bazile Palcnotre et Martin Gorrard 
d'Orfeuil, garde étalons. — Les députés furent Fdme (iAiîXKSsox, syn- 
dic, et Alexandre Gokraju), dont les noms ne ligurcnt pas dans l'énu- 
mération ci-dessus, mais qui signent le procès-verbal. J 



Arch. révol. de Sézanne, A, /.>' : proté.s-verbal ;— .1, /.)'■ ; cahier : .') pages 
cotées dans le haut, et paraphées ne mtriclur dans le bas i)ai- liertraiul. 

Sonu.KS DOC. Acc. — Arch. de la Munie, E, 61 : Famille Duroiix de Olie- 
vriéres et Capendu, co-seigneurs par indivis de Honhiges et (A)urce- 
inain (1790). — G, /2.9/ : Dîmes à la collégiale de .Sainl-Hemy-de-Pleiirs. 
— Arch. de l'Aube, C, V2'y'i et /2.'j.> : Adminislialion de la commu- 



(1) Le juge Edmc-Denis-Zorohahel Ik-rlrand (1724-180()), qui parait avoir 
exercé une certaine influence dans les communautés de lîoulages, (>oureemain, 
L'Abhaye-sous-Plancy, dont il présida les délibérations et rédigea les 
cahiers de doléances, eut deux fils, nés tous deux à lioulages : Alexandrc- 
Fdnie-Ciahriel, le 10 mars IT.vS, et Zorohahel-Franeois, le 22 mars 17()3. — 
Le premier fit ses études au collège de l'Oratoire de 'IroNcs, endjrassa letat 
ecclésiastique, devint curé de (iranges-sur-.Auhe (voir cette communauté), et, 
sf)us la dévolution, prêta le serment, puis renonça à ses fonctions ecclésias- 
tiques ; il devint administrateur du district d'Arcis-sur-Auhe, procuieui- 
syntlic (LS novembre 17'.I2», commissaire du Directoire exécutif, substitut du 
triljunal criminel de l'Auhe (18(i:^), magistrat de sûreté (1S()4-1«()!I), substitut 
du procureur inq)érial à .Arcis (l.SdD-l.Sl,')), (lé|)uté dWrcis pendant les (lent 
jours (H mai 1H1.">), se relira en IHKl, à l'.Ahbaye-sui -riancy. où il devint maire 
(1K:M-184.')(, et mourut le 2U déccml)re lH4r», chez son neveu, notaire à IMancy. 

(2) Acte de nomination i\u juge-mayeur de la Justice de Houhiges, Denis- 
Zorobahel Bertrand, donné par Mené lleiinénégilde du Hou.x et François Kmma- 
nuel de Capendu, comte de Hoursonne, seigneurs par indivis de Houhiges et 
(iourcemain : donné au château de Houiages le 20 novembie 177i), enregistré 
au bailliage de .Se/anne. (lUg. du l>ailliage de Sézainie. .\rch. tiép. de lu 
Munie : fonds non classé, — reproduit i)ar l'abbé Diette : SnHee, ihid., \>. <S4.) 



ROULAGES 123 

nauté ; rôles des tailles ; états des habitants ; récoltes ; comptes des 
sjndics ; biens communaux ; pont sur l'Aube ; presbytère. — G, 38, 
66 et suiv. : Nominations de curés (1554-1760). — G, 569 : Paroisse 
Saint-Pierre-Saint-Paul ; biens de la cure ; dîmes. — G, 1031 : Biens du 
prieuré de Notre-Dame-de-l'Isle à Boulages; etc. 
HiBi.ioGRAPHiE. — DiETTE (l'abbé) : \otice historique sur Bouhiges (Troyes, 

imp. Xoucl, 1894, in-S" de 105 pages. — Mémoires de la Société académique de 

l'Aube, 1893, t. LVll.) 

CAHIER 

Plaintes, doléances et remontrances des habitants de Boulages, 
faites et arrêtées en rassemblée du dimanche 8 mars 1789, 
à l'issue de la messe de paroisse, en la manière qui va 
suivre : 

1. — Que, pour subvenir aux besoins du royaume, les deux 
vingtièmes soient perçus strictement sur tous les Jiiens privilé- 
giés exempts ou non exempts, rentes, fonciers, constitués, etc., 
et {{u'ils soient continués jusqu'à l'extinction des dettes de 
l'État ; pour parvenir à cette opération avec plus de facilité, 
qu'il soit fait un cadastre général dans chaque communauté, 
par devant le greffier de la municipalité, sur papier commun, 
qui sera contrôlé gratis, lequel sera lu et publié en l'assemblée 
des habitants, pour y être approuvé ou blâmé ; qu'il soit 
accordé six mois pour y ajouter ou diminuer ; après quoi il y 
aura amende ou confiscation contre les faux déclarants ou 
non déclarants, dont un quart pour les délateurs, le reste pour 
le Roi ; les salaires du greffier seront légers comme de deux 
sols par article ; il sera obligé d'en délivrer une expédition 
au syndic municipal, pour la faire passer au greffe de l'As- 
semblée provinciale ; l'original restera à celui de la muni- 
cipalité (1) ; 

2. — Que, pour l'avantage de l'État, les Receveurs généraux 
et particuliers dont les suppôts vexent et désolent les campagnes 
jusqu'à exiger des comestibles des collecteurs, soient suppri- 
més ; la recette des différentes impositions sera faite par les 
municipalités qui en répondront et (jui feront passer gratuite- 
tement leurs deniers à la caisse qu'on appellera la Caisse de 



(1) L'assemblée de l'élection de Sézanne du 13 octobre 1788 discuta divers 
projets et vœux à ce sujet (manuscrit, p. 60 et suiv. — Arch. de la Marne, 
C, 2909). 



124 HAILLIAGE DE SHIZANNK 

r Assemblée proDinciole qui, elle-même, en en répondant, les 
fera verser, presque sans frais, clans le trésor royal (1) ; 

3. — Que la taille j)rincipale soit diminuée, et s'il n'est pas 
possible de le faire dans les moments actuels, on demande une 
diminution sur la capitalion, (jui i)araîl arbitraire, ainsi que 
les accessoires ; on voudrait savoir quels sont ces accessoires ; 
pounjuoi, depuis j)lus de vingt-cin(| ans, ils sont sujets- à de 
si fortes augmentations ; ne serait-il pas possible de les fixer 
alin cpiils ne j)uissent \arier (2)? 

4. — Que rim])osilion sur les corvées soit ac(piittée à l'entrée 
des villes, en partie par les voilures i)ubli(jues et les rouliers, et 
le surplus par les privilégiés et non privilégiés : les pauvres 
babilants de la campagne ne fré(|uentenl les grandes routes que 
très rarement (3). 

ô. — La suppression des aides et gabelles ; j)()ur éviter les 
horribles vexations (jue les bommes pré})osés à la levée de ces 
imp(Ms exercent dans les provinces, on [)ourrait mettre un droit 
équivalent sur cliaque arpent de vigne et sur cbacjue cabaretier ; 
ce droit, remis gratuitement par les municipalités dans la 
caisse de la province, on y gagnerait les honoraires de milliers 
de commis. — Quant aux gabelles, on pourrait mettre le sel 
dans le commerce et imposer sur chaque tète, depuis dix ans et 
au-dessus, une somme écpiivalente (jui serait aussi versée gra- 
tuitement dans le trésor royal ; on gagnerait les honoraires de 
tous les ofliciers des greniers à sel et des commis ; 

(). — Que les pensions soient, sinon reliancbées. du moins 
modérées, eu égard à la misère du peuple, car ces pensions ne 



(I) Procès-verbaux (l'élection des collecteurs delà coiuinuiuiufé pur devant 
le greflier, le lieutenant de la justice ou un sergent. Procès-verbaux d'assem- 
blée des habitants (|ui s'enf,'aj,'ent à payer aux collecteurs, sur les deniers 
coinnninaux, une |)ortion du montant des rôles de la taille, laquelle portion 
sera portée aux rôles sous les noms des habitants insolvables qui sont dési- 
HMvs (Arc II. (le l'Aiihc, C, /!?.j'/). — I,es pailicnlicrs (pii subsliluaient une cou- 
\erture en tuiles aux couvertures en paille di' leur maison, demandaient à être 
décliarj,'és d'une partie de leui- taille. 

rj) Noir renseif^nements statistiques ci-dessus. - Alors (|u'en KiTî» le rôle 
total était de 1,.VJ() livres poui" 11.') contribuables : en ITT.'i. il montait à 
;j,l(ll» livres pour «(> contribuablis. et :\,:\m livies en 17X<I. .l/c/i. de lAiihc. 
(l, t'Jô'i.)- On a vu cependant <pic la taille diminua de l,:J(i(t en 1777 à l,'Ji»(len 
1787. — L'uu){mentation portait sui' les impositions accessoires. 

(3) Cf. lidilUdt/r lie Chnliiiis : cahiers d'Aidnav -lAilrc. p. 'ù\, de l'iomcn- 
tièrcs, p. .'Jdi), etc. 



BOULAGES 125 

se preniKMil pas sur le domaine du Roi ; il ne pourrait y suffire; 
mais elles tombent tout entières sur le Tiers état ; 

7. — Supprimer tous les oFfiees inutiles et réunir ceux qu'on 
croira nécessaires, avec des gages modérés ; 

8. — Que la justice soit rendue plus promptement et à moins 
de frais ; qu'il soit mis un frein à l'avidité de ses membres 
subalternes; qu'ils soient condamnés à recommencer la procé- 
dure à leurs frais lorsque, par leur faute, elle sera vicieuse ; 
qu'on supprime ce grand nombre d'écritures qui ruinent les 
parties ; pour remédier à beaucoup d'abus et remplir les vues 
de Sa Majesté qui désire faire régner la justice sur son peuple, 
on devrait avant toutes choses remettre en vigueur les élections, 
et ne jamais s'en départir toutes les fois qu'il faudra doréna- 
vant pourvoir à un office de judicature ; 

9. — I.a conservation des Assemblées provinciales ; qu'il y 
soit établi une caisse générale où toutes les impositions de la 
province seront versées gratuitement parles municipalités pour 
passer aussi gratuitement dans le trésor rov'al ; 

10. — La suppression de tous les étalons qui, n'étant presque 
d'aucune utilité, font une grande charge à la province ainsi 
qu'aux communautés où réside le garde étalon, à cause de ses 
privilèges : il serait plus avantageux de donner récompense au 
cultivateur qui aurait le plus beau cheval (1) ; 

11. — Pour bannir la mendicité, il faudrait une caisse géné- 
rale dans la province où on verserait les aumônes de chaque 
paroisse, qui empêcherait ses pauvres de courir et qui les 
nourrirait de charités tirées de cette caisse; pour lors, il faudrait 
que la maréchaussée fût plus exacte à arrêter tous les men- 
diants et vagabonds (2) ; 

12. — Qu'il soit établi dans la province un hospice pour y 
recevoir les fous, épileptiques et autres maladies incurables 
qiiOn ne reçoit point dans les autres hôpitaux (3) ; 



(1) \'oir les cahiers de Barbonue, p. 87, et de Coulmier-la-Chaussée (Bail- 
U(tge de Chàlons, p. 21(5). — Arch. de la Marne, C, i3S à Hl. 

i2) Voir le cahier de Boissj', page ll.ï. 

(3) L'Hôtel-Dieu de Sézanne, le seul qui se trouvait dans la région, ne 
recevait « que les enfants au-dessous de sept ans, les vieillards, les orphelins, 
les invalides qui n'étaient pas malades ; — les aveugles, les femmes en couche, 
les frénétiques, les personnes attaquées de maladies contagieuses ou incu- 
rables en étaient exclus ». On 3' faisait cependant des opérations chirurgicales 
pour des malades de passage dont le nombre, année commune, aurait été 



126 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

13. — La diminiilioii des lods v[ vonles du bailliage de 
Sézanne dans la eoulume de Meaux, où tous les biens sont 
censuels ; les réduire à un sol trois deniers par livre : i)our lors, 
plus de sous-seing privé, plus de baux à rente simulée ; tout 
paierait, à rexception des l)aux einpbvtliéolicjues ; c'est le plus 
sur moyen pour faire éviter les fraudes et rétablir la paix, 
l'union et la concorde entre le seigneur et son vassal (1) ; 

14. — Que les assemblées municipales ne soient plus trou- 
blées par dilTérentes ordonnances de M. l'Intendant, appuyées 
sur d'anciens arrêts du conseil, mais qui se trouvent anéantis 
par les nouveaux arrêts du règlement ; le port de toutes ces 
ordonnances, souvent réitérées, coûte beaucoup d'argent à 
cbaque communauté (2) ; 

15. Que les anciens règlements concernant les colond)iers 
soient exécutés ; 

16. — Comme on n'est pas dans un temi)s d'une paix pro- 
fonde, ne serait-il pas plus avantageux à l'iùal de faire payer à 
chaque homme sujet au sort de la milice, une somme de trois 
livres : cet arrangement ferait le profit de l'Etat et donnerait 
beaucoup de tranquillité aux pères de famille et aux dilTérents 
cultivateurs (3). 

17. - La communauté de Boulages, outre ses charges ordi- 
naires comme les autres paroisses, paie au seigneur (juatre 
deniers de censives par arpent, des surcens, des lods et ventes, 
lorsque le cas y échoit, qui sont fixés au sixième, selon la cou- 



de 200, non compris les soldats. « Dans ce bâtiment niéciiocrc, dit un iaj)|)<trt 
à ]'assenil)lcc de réJccUon de Sézanne, mais bien entrctcnn, se trouvaient des 
cliambrcs pour le lo{,'ement de quatre sd'Uis de la (Charité, une école, une cui- 
sine, une pharmacie et deux salles assez spacieuses, destinées l'une aux 
hommes, l'autre aux femmes, qui contenaient chacune huit lits, sur lesciuels 
il est réclamé des dioils j)ar les paroisses de Hroycs, ('ourbetaux, Mcviirs et 
Le (lault ». .Ses revenus pouvaient être portés à (i.OOO livres en biens-fonds, 
que ses dépenses contrebalançaient, (l'rovvs-i'crl'ol, ibid.; — ArcI). de la Munie, 

(1) \oir, sur les lods et ventes et la coutume de Meaux où le franc-alleu 
n'avait pas lieu sans titre, le cahier de Sézanne, p. '22 (note 1), et la |)réface. 
(Arch. (le la Marne, C, .'i.'i7.i 

(2> domptes des syndics de Doulaf^es (.l/c/i île l'Aiihe. ('., l'2')'>.) 

Ces comptes ne se font réf,'uliérement qu'à jtartir de 1770. — Le chapitre 
des recettes se compose du produit des terres et des piés communaux et de 
la location de la jietlte rivière. (Hef{. des délibérations de l'administration 
municipale depuis KiKi. — Arch. eoinmiin. île liuuhujex.) 

i'A) Cf. UailUaye de Chùluns : cahier de Ueaulicu-en-.Argonne, page 71. 



BOULAGES 127 

tuino ; en oulre, elle est chargée de la construclion et des répa- 
rations d'un grand pont sur la rivière d'Aube (1), et d'un antre 
pont sur celle du Moulin (2); ses prés en iauclie et en labour sont 
presque tous les ans noyés par les débordements de la rivière 
d'Aube (3) : on a vu des laboureurs semer jusqu'à trois fois et ne 
rien récolter ; le sol est baissé, on ne voit plus que des sables, 
on sera forcé de laisser ces prés déserts, en friche ; il y aurait 
cependant un moyen d'empêcher certains débordements, ce 
serait de boucher certaines brèches de la rivière d'Aube, 
d'ouvrir et creuser la rivière du Livon et la rivière Neuve, qui 
sont comblées et qui, autrefois, servaient de décharge à la 
rivière d'Aube ; pour cela il faudrait des secours ou du Gouver- 
nement ou de la Province (4). 

A. CoRRARD, Denis Fèvre, Rivot, Fiacre Rivot, A. Rivox, 

R.-C. Rivot, etc 

Bertrand, Marguin, greffier. (42 signatures.) 



(1) Adjudication des réparations du pont de l'Aube en 1777. (Arcb. conim. 
de Boiihiges : Reg. des délibérations.) 

(2) Arch. de l'Aube, C, /?,55 : Dossier de la correspondance pour ces répa- 
rations au pont de l'Aube à Boulages: procès-verbaux d'adjudication des répa- 
rations; arrêt approbatif du Conseil d'État, etc. (1756-1789). 

La Superbe, qui se jette dans l'Aube à Boulages, est formée de 4 ruisseaux : 
La Vaure, qui vient de Vaurefroj' ; la Maurienne ou rivière de Semoine ; la 
rivière des Auges, dont la source est près de Sézanne, et qui se réunit au des- 
sous de Pleurs; et enfin, sur le territoire de Boulages même, à 600 mètres au- 
dessus de la Ferme du Moulin, le ruisseau de Salon, qui arrose Faux-Fresnay 
et Courcemain. En cet endroit existait alors un pont, remplacé plus tard par 
le pont actuel des Préaux (Diette : Nolice hist. sur Boulages, p. 16 et suiv.).— 
Ce fut également au pont du Moulin que fut délimité, le 13 juillet 1777, par- 
devant M« Bossé, notaire à Plaucy, les marais de Vouarces et de Boulages. 
(Ibid., p. 89. — Arch. de la commune de Boulages : Reg. des délibérations.) 

(3) Les débordements étaient occasionnés bien souveut jjar les pluies fré- 
quentes de cette région. (Reg. d'état-civil de la paroisse, 1789, 1*^ juillet : men- 
tion de ])rières ordonnées pour la cessation des pluies.) 

( i) Le sol de Boulages est crayeux et recouvert de gravier et d'argile tour- 
beuse aux abords de la rivière, et autour du village, de gravier et de terre 
jaune. On laboure une partie des prés et mar-ais après avoir brûlé sur le sol 
même de mauvaise tourbe. Les récoltes se trouvent compromises toutes les 
lois que l'.Aube vient à se répandre dans une saison avancée. (Hahiot : 
Recherches sur le canton de Méry-sur-Seine, etc., p. 494.) 

Sur l'ancienne rivière du Livon, M. Hariot disait, en 1863 : « Il existait 
autrefois un ruisseau appelé I.e Livon, qui traversait la prairie (d'Etrelles, en 
face Boulages) ; c'est à peine si l'on en trouve aujourd'hui quelques traces; une 
noue, qui prend naissance à Longueville, traverse le finage d'Etrelles pour se 
continuer sur celui de Bagneux, où elle porte le nom de Livon et paraît être 
le lit de cette même petite rivière. » 



128 «AILLIAGE DE SÉZANNE 



BRICOT-LA-VILLE 



SITUATION ADMIXISTHATIVK HT KCONOMIQUF. — « A douze 
lieues N. N. O. de Troyes, sur une colline proche les niar;iis du (Irond- 
Morin, au nord de la forêt de Traconne. » 

— Généralité de Chàlons. élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Pont-sur-Seine, paroisse Saint-Leu, 
à la collation de révéfjue de Troyes ; — poste ; },'renier à sel de 
Sézanne; mesure de Sézanne. 

Aujourd'hui, hameau dépendant, pour sa partie principale, de la 
commune de ChàtilIon-sur-Morin, canton d'Ksternay, arrondissement 
d'Kpernay (1). 

— Déiiombrcmcnl de 1/73-1787 : 24 leux roturiers, 1 ecclésiastique 
et 1 noble. — Population : 34 hommes, 4;) femmes, (> gar(,'ons et 
16 tilles, soit : 99 habitants. — . Recensement de liSS3 (le dernier) : 
45 habitants (depuis, avec Chàtillon-sur-Morin), 

— Seigneur : Charles-Fran(;ois-Aimé de C-hanteloup (2). 

— Curé : Simon Terrier. 

— Territoire : 525 arpents de terres labourables, <S de jardins, 
48 de prés, 500 de bois, 10 de terres d'usage (404 arpents 75 de biens- 
fonds étaient exploités par les fermiers). — Récoltes (an. com.) : 
3,411 boisseaux de froment (3 pour 1); 4,377 d'avoine (3 pour 1). — 
4 laboureurs ayant charrue. — 12 chevaux ; 57 bêtes ù cornes ; 
150 bêles à laine, a 

— Impositions : Taux de la taille : .'5- 2«' ; de la capitation : 31 sols 
l)Our livre de la taille. — De 1777 à 178(3 : taille : 210 (en 1777) à 250 
(en 1786). — Kn 1787: 250 livres pour un revenu de 1,678 livres (d'après 
le taux commun de l'élection : 247 livres). — Kn 1789, taille : 
250 livres; impositions accessoires : 201 livies; cai)itatioii : 189 livres; 
total : 640 livres. 

— Dimes : Au curé. 

ANALYSK 1)1' PHOCÈS-VKHBAL. |La paroisse de Hricot-la-Ville (3) 
comprenait 18 feux. — L'avis |)our la convocation des lllats généraux 



(1) Par la loi du 15 mai 1883, la cnninnuie de Hricot-Ia-Vi)le a été suppri- 
mée, et son territoire rattaché aux ccimmiines avoisinantes de (",liâtilloii-sur- 
.Moriu et de La Forestière, (liiillctin des Lois, XII' série, partie prine. t. .\X\'II, 
n- 8()5, p. ÔÎHt.) 

(2) (Iharles-Kraneois-Aimé de LJianlelou]), né en l/X), mort à Sézanne le 
19 déeeml)re 1809. laissa la terre de Hrieot à sa sci'ur Marie-Kmilie, épouse de 
(iubriel de .Jouy de la Touelie, avocat au Parlement, conseiller du Koi, Hixrdc 
marteau de la maîtrise des eaux et forêts de Sézanne jus(|u'en 178.'). 

Ci) .M. Lon;4iion (/->/(7. loixxj. dv lu Marne, etc.), les inventaires des .Archives 
de la Marne, ainsi que les ouvrages de (^ourlalon, Clialette et Guérard, et le 



uric.ot-la-vili.i; ]2<.) 

fut lu cl publié le l-' mars 178i). — L'assomijk'c des liabilants se tint 
le 8 du même mois, sous la présidence du syndic nuinicipal Nicolas 
l)K(ii{AXD, assisté du gredicr de la municipalité Louis Gikiuin. — Le 
l^rocés- verbal constate la présence de l"'rançois Begis, Alexandre 
(iuillot, (".ofiinet, laboureurs, Pierre Verrier, Pierre Vautier, Ambroise 
Colson, Nicolas Létuvez, « et d'autres qui ont déclaré ne savoir 
signer ». — Aux signatures on lit encore celles de Hambouillct, 
Leroi. — Les députés désignés lurent FrançoiS' Bégis (1) et Alexandre 
Giii.i.OT, laboureurs.! 



Arch. iL'voL de Sczanne, A, 16^ : Procès-verbal sur la formule imprimée; 
- .4, /6i' : Cahier : 5 pages uon cotées, mais paraphées au bas par le grcflier 
Gilquiu, qui écrit le documeut. 

SoiRChs DOC. ACC. — Arch. de la Marne, G, 9G0 : Imposilions. — C, ISW : 
Église et presbytère. — C, 2(S7.'i : Atelier de charité. — Arch. de l'Aidée, 
C, l'27'i et /27.J : Admiuistratiou de hi communauté'; rôles des tailles ; 
statistique des hal)itants, des récoltes en 1788 (2); atelier de charité; 
comptes des syndics. — G, 16 et 88(1 : Al)baye de tiricot. — G, 78 et 
suiv. : Nominations des abbesses et des curés (1575-1791). — G, 575 : 
Paroisse Saint-Leu de liricot ; biens et revenus de la cure; dîmes; 
— etc. 

liiHLiOGRAi'HiK. — Edouanl .Andkk : Histoire de l'ahbaije du Bricui-eu-Brie 
(xu*^ siècle-1792), I^aris, Alphonse Picard, 1895, iii-8" de 362 pages. — 
(Dans son ouvrage, M. André fournit, tl'aijrès le procès-verbal analysé ci- 
dessus, quelques renseignements sur la convocation des habitants en 
1789 fp. 256 et suiv.], et reproduit in extenso le cahier dans les pièces 
justificatives |n» XLAIII, p. '.^\S)\.) 



CAHIER 

Cahier de la paroisse du Bricot-la-Ville et l'Abbaye. 

Représentent humblement, les habitants du Bricot, assem- 
blés en suite de l'ordre qui leur a été notilié par huissier de le 
faire : 

1. — Que l'élablissement d'un impôt territorial, modéré et 



Dictionnaire des Postes, écrivent « Bricot » ; seul M. André, dans sa Monogra- 
plxie, appelle cette communauté k Le lîricot », sans expliquer les raisons qui 
lui ont fait adopter cette ortliographe. lîn discutant l'étymologie du nom de 
tiricot lui-même, il ne croit devoir proposer de solution (p. 7 et 9). 

Nous devons ajouter cependant que ilans le pays on dit communément : 
« Le Bricot ». 

(1) François Bcgis devint maire en 1790, et Nicolas IJegrand procureur de la 
conTmune. 

(2) Les renseignements sui' la population de Bricot, son bétail, ses imjio- 
sitions, ses revenus, sa situation en 1788, sont reproduits par M. André dans 
sa monographie (p. 254 et suiv.). 

9 



\'M\ HAII.I.IACiK 1)K SK/,A.\NK 

proportion iH' aux besoins mincis de l'Klat, sérail le seul el 
grand moyen ii"ao(initlei- les dettes et de soidager la classe la plus 
indigente du royaume; il en résulterait plus de subsides; un 
grand nombre de propriétaires (pii, jusqu'ici, par leuis intrigues 
et adresses, n'ont pas payé le tiers de ce qu'ils devaient, paie- 
ront strictement ; le pauvre, sans propriété, ne pourra être 
imposé que suivant son industrie, et se verra soulager ; en 
etlVt. n'a-t-il pas fallu jusqu'à présent (jue le j)auvre cultivateur, 
artisan ou manouvrier, payât en taille ou autre imposition, 
ce (jue les grands i)roi)riétaires ne payaient pas en vingtièmes, 
laule d'une juste déclaration qu'un peuple timide craint tou- 
jours de faire, de peur d'encourir la vengeance d'un maître ou 
d'un seigneur qui n'eût pas manqué peut-être de lui faire sentir, 
comme il est arrivé en bien des occasions? 

2. — Que le défaut ou mauvais état des chemins dans tout 
pays est un obstacle au transport des denrées qu'il produit ; 
que le commerce en soulVre nécessairement; (ju'il ne faut pas 
que le gouvernement se repose sur le droit (|u"ont des habitants 
de le demander aux personnes qui doivent les chemins ; que 
les mêmes hal)itants n'oseront jamais faire à ceux de qui ils 
dépendent, la demande d'une chose aussi dispendieuse (1) ; 



(1) « Le Bricot est au milieu des bois, remply de fourrés, ce qui rend les 
« chemins impraticables, notamment ceux qui conduisent à Sézanne, le 
« marché le plus rapproché ; la i)aroisse désirerait que sa contribution soit 
« employée à réparer les rues du village. » (Arch. de l'Aube, C, 1274.) 

Ce desiderciium du cahier de Bricot ne tarda pas à être réalisé. Dés 
l'année 1789, de grands travaux de voirie furent entrepris à Bricot et dans 
la foret de la Traconne, pour mettre ce village et ceu.\ de I.aunat, de Touraine 
et du Meix-Saint-Kpoiiig en communication plus facile avec Paris, Sézanne et 
une portion de la (;hami)agne, qu'ils apijrovisionnaient de bois. « Le village 
du Meix et les hameaux qui en déi)endent, disent les habitants, sont situés 
dans une partie de terrain la plus ingrate de la Brie, terrain marécageux, 
couvert en partie et de toutes j)arts environné d'étangs, ce qui en rend les 
chemins impraticables, singulièrement dans les temps il'hiver. . . Les habitants, 
manouxriers ou bûcheions, déshérités de grains et autres denrées, ne trouvent 
pus dans leurs travaux de quoi subsister... Sans quelqu'assistance de leur 
seigneur, la plus grande partie serait réduite à la deiniére misère. » (Arch. 
de l'Auhe, ('., /27.> : Kxtrait du registre des délibérations de la municipalité du 
Meix-Saint-Kpoing dû 14 avril 178*).) 

Ces ouvrages s'exécutèrent en 1789 et 179(t, par la voie des ateliers de 
charité. Ils eurent pour résultat, à Bricot même, la réfection de la rue princi- 
pale, liaversant le village et passant devant l'église et le presbytère, en dehors, 
la mise en état «le chemins menant aux Kssarts-lès-\'illenauxe et a Seu. 
{Arvh. de l'Atihc, C, 121.'). A.nuuk : llist. de l'Abbaye du liiieul, p. 258.; 



liHICOT-LA-VlI.I.K 181 

3. — Qu'il est loul à l'ail préjudiciable au bien j)ublic de 
laissc'f i)Ianter en bois près des villages ; (|ue le bois gagnant 
insensiblement jusqu'aux portes des maisons, des babilanls 
locataires sont Ibrcés, par la suite, île déseiter le pays. 

En elîet, lassés et incommodés en mille manières par les 
bètes fauves et les grandes l)èles dont les ravages sont 
immenses, surtout dans le temps des grains, ne pouvant 
obtenir de réparations de la maison ou ferme qu'un proprié- 
taire destine à une nouvelle plantation en Ijois, ces babitants 
sont nécessités à se transplanter en un autre i)ays, ce (jui est 
déjà arrivé et arrivera encore en peu d'années dans cette 
paroisse (1) ; ainsi disparaissent différents pays. Mais le but 
principal de cette remontrance est de faire observer (jue les 
plantations se font toujours la plupart en fraude de la dîme et 
des impôts dont les terres ainsi converties étaient cbargées 
auparavant, lesquels impôts restent toujours à payer à tous les 
malheureux habitants qui restent dans le pays et qui n'ont pas 
assez de crédit pour s'en faire décharger ; que si on ne peut 
remédier pour le présent à un aussi grand abus, il de\iait être 
au moins accordé une diminution d'impôt à un tel pays, surtout 
quand il est aussi excessivement chargé que celui-ci ; 

5(2). — Que si des habitants sont obligés de souflrir des 
incommodités qui résultent de la proximité des bois, tels qu'un 
air épais, ténébreux et infecté (3), mille dégâts causés |)ar les 
hètes fauves et sauvages, ils devraient au moins jouir des 
(juclques avantages qu'on peut en tirer, tel que l'herbe, ({ui, 
recueillie avec précaution dans les taillis, aiderait une pauvre 
femme chargée d'enfants à élever une bète à cornes (jui lui 
faciliterait le moyen d'élever ses enfants ; tel que le mort-bois 
ou bois mort que certains propriétaires refusent à l'indigent 
le plus impitoyablement du monde ; 

0. — Qu'il serait d'un grand soulagement pour l'État d'ame- 



(1> On comptait à Bricot 24 feiix roturiers en ITT.'i, avec une pojîulution de 
99 iialjitants, IS en 17<S!) ; en 1.S40 on ne compte plus que 7<S Imbitanls, ÔO en 
187(i et 45 en l.S<s;5 quand on sujjprima la commune. 

(2) Krreur de numérotation. Le rédacteur a passé le ehittVe 4. 

(8) Le pays n"était pas considéré comme absolument sain, dit M. André 
(p. 2.").T) ; « les maladies i-é}>nantes dans la paroisse de IJricot sont des lièvres 
opiniâtres qui accal)lent tous les ans les habitants. Hlles ont enlevé trois 
personnes en 1787 ». (.4rc/i. déptirl. de l'Aube, C, Vil'».) 



l.'i'J l!AII.I.IA(.l-; I)K SKZANNK 

lier la suppression de lanl de gens employés inidileineiil, soil 
dans les aides, soit dans les gabelles, soit dans les bois ; (jue le 
vœu de tous serait de voir anéantir des milliers de sangsues 
toujours altérées du sang des ])eui)les. 

Lescjuelles repiésentations ainsi laites avec parapbe au bas 
(le chaciue page, lesdils habitants ont signé ee <S mars 1789. 

I)k(.ham), syndic, \'krhikh, \'ai Tii:n. Lktivkz, Lkkoi, 
('.oLso.N, Hambouillkt, (illLLOr, BiKWS. 

L. (jiLUL'iN, grelïier de la municipalité, 
(10 signatures.) 



BROUSSY-LE-GRAND 



SITUATION ADMINISTRATIVE HT ICCONOMIQL'i:.- « A 14 lieues 
N. 14 N. (). de Troycs, aux conlins de la Hrie et de la (Champagne 
pouilleuse, sur la route de Sézanne à Vertus, au sud des marais de 
Saint-Gond. » 

— (iénéralité de (^tiàlons, élection de Sézanne, coutume de Mcaux ; 

— diocèse de Troycs, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Appoli- 
naire, à la collation de révèclié de Troycs à cause du granti sémi- 
naire aucpicl était uni le prieuré de Saint-(îond; — grenier à sel ; eaux 
et forêts; poste de Sézanne. 

Aujourd'hui, conninuie du eanlon de Fére-(".hampenoisc, arrondis- 
sement d'Kpcrnay. 

— Déiwmbivwcnt dv r//:i-r/SS : SI feux roturiers et 1 ecclésias- 
litpie. — Population : IKi lionunes, l.'J4 femmes, 18 garçons et 40 
(illcs, soit 305 habitants. — Recensenu'iil de 19()() : 4U7 habitants. 

— Seiyneiir : Louis-François, comte de Lantage, chevalier, comto 
de Romécourl, etc., ancien chcvau-léger de la ^arde du Hoi. 

— duré : Pierre Lcllon. 

— Tcrriloirc : 3,630 arpents de terres labourables, 48 de jardir.s. 
()0 (le |)rés, 121 de bois (dont 3,013 de biens-fonds exploités |)ar les 
taillables), 2(53 de terres d'usage, 484 de terres incultes. — Récolles 
(an. tom.) : 2,240 boisseaux de froment (1 pour 1) ; 8,994 de seigle 
(1 pour 1) ; 3,480 d'orge (1 12 pour 1); 1(),000 d'avoine (1 12 pour 1). 

— (10 laboureurs ayant charrue. — 128 chevaux ; 150 bêles à cornes; 
600 bètcs à laine. 

— hiipusitiuns : Taux (k- la taille : .3- Iti'i ; de la eapilation et impo- 
sitions accessoires : 31 > 7'' 1/2 j)our livre de la taille. — De 1778 à 1787: 
taille : 1,000 livres (en 1780) à 1,1.30 (en 1778). — Hn 1788 : 1,130 livres 
pour un revenu réduit de (),132 livres (d'après le taux conmmn de 



BROUSSY-LE-GRAND 133 

l'élcftioii : 1,160 livres). — En 17(S9 : t;iillc : 1,100 livres ; im|josiiit)ns 
accessoires : 890 livres ; capitntion : H'M) livres; total : 2,820 livres. 

— Dîmes : Au curé pour moitié, sauf un sixième de cette moitié 
qui appartient au seigneur du lieu. 



ANALYSE DU PRCICKS-VERHAL. [La paroisse de Broussy-le-Grand 
était composée de 90 feux. — L'avis pour la convocation des Etats 
généraux tut lu et publié le l''" mars 1789. — L'assemblée des habi- 
tants se tint le même jour. — Le procès-verbal, qui n'indique pas le 
nom de celui qui présida, constate la présence de Simon Véron, Pierre 
Petit, .lean-Baptiste Guénault, Jean-Baptiste Triquenot, syndic (1), 
Nicolas Petit, Louis Charpentier, Pierre-Apollinaire Laurent, Pierre 
Cohan, Joseph (2asbois, Louis-André Jolly, Apollinaire Adnot, Pierre- 
Simon Vergeat, et encore, d'après les signatures, François Petit, Pigeol- 
lot, Armand Petit, Guénault, Claude Patigny, Charpentier, Charles 
Leblanc, N. Henry, François Mathieu. — Les députés désignés furent 
Simon Vkhox et Pierre Petit. 1 



Arch. révol. de Sézanne, A, //', .- Proccs-verljal ; — .4, // '' : Cahier : 
5 pages qui paraissent cotées et paraphées par l'un des habitants, I^ierre- 
Simon Vergeat. 

SoiRCKS DOC. Acc. — Aich. de la Marne, C, S'il : Administration de la 
communauté ; marais de Saint-Gond. — C, 938 et 959 : Impositions. — 
C, 1036 : Capitation. - C, 1610 : Corvées. — C, 1H17 et 2892 : Église et 
presbytère. — C, 1955 : hicendic de 1764. — G, 1391 : Censives à la 
collégiale Saiut-Xicolas de Sézanne. — Arch. de l'Aiihe, G, 7't et suiv. : 
Nominations de curés (15()(i-l 747). — G,23'iet578 : Paroisse Saint-Appo- 
linaire ; biens de la cure ; dîmes ; — etc. 



CAHIER 



Cahier de doléances, plaintes et remontrances et abus, fait par 
tes habitants de Broussy-le-Grand . 

Art. P'. — Font plainte et remontrance à Sa Majesté que 
les 336 arpents de marais appartenant à la communauté dudil 
Broussy, faisant partie des 5, ()()() arpents aji])artenant à Sa 
Majesté, qui ont été accordés pour la moitié au comte de Romé- 
court, à la charge d'en faire le dessèchement par des ponts et 



(1) D'après la citation délivrée à la communauté le 2.") lévrier 1789 par 
riuiissier Claude-Henry Iluguier, de Sézanne (Arch. révol. de Sézanne. Etais 
(jénéritu.v, doss. C), — le syndic Jean-Ba|)tiste Triquenot, d'après le |)rocès- 
verlîal, ou Triclot, d'après In citation, ne devait pas savoir sigiici-; c'est l'ini 
des habitants, Pierre-Simon \'ergeat, qui servit de gretlier, parajdia les docu- 
ments et les rédigea. 



134 HAlI.I.lAC.l-; 1)K SKZANNK 

rluuisst't's, s;iiii;siu's (I ;il)rc'ii\ oirs |)()iir hulile comiminaulô, ce 
(lui n'esl pas l'ait ; ce (|iii est caiiso (jiu' iiolrc dile portion est à 
blanc d'eau et inliahilahle ; (pi'à peine les bestiaux y peuvent 
habiter sur K's rivat(;es pour se reposer et non pour pailre. Dans 
ci'tte pallie K-sdits liabilants dudit Broussy et Le Mesnil (1) en 
dépendanl, ont obtenu de M**' l'Intendant, la permission, dans 
la glande nécessité urgente et nécessaire pour la lacuJté des 
labours de nos terres, de faire deux chaussées, une à Braussy 
el l'autre à Mesnil, dépendant de ladite paroisse, ainsi que les 
i\vu\ pt)nts (pii sont en bois, faits el fournis à nos dépens, ce 
(jui nous a coûté, pour main-d'œuvie, liOOtt. De plus il a fallu 
payer aux inspecteurs, envoyés de M*''' l'Intendant, la somme 
tle 144 tt pour Ta-lignement et construction desdiles chaussées, et 
pour donner les tâches à cluujue habitant de ladite commu- 
nauté ; et, avant la construction de ces dites chaussées, j)Our 
parvenir à la culture et à l'amendement de nos terres, nous 
étions obligés d'aller passer à la troisième chaussée, (jui est 
aussi à notre charge, el qui est entre Bannes et ladite paroisse, 
ce (pii donnait un éloignement de trois (juarts de lieue au 
moins pour i)arvenir à leurs dites ferres (2). 

Dans cette partie, les habitants desdits Broussy-le-(irand et 
Le Mesnil ont toujours j)èché dans cette partie de '^'^^) arj)ents 
dite ci-dessus, de temps immémorial ; depuis (jueUiues années 
ils sont empêchés, par M. le comte de Lantage leur seigneur, de 
faire ladite pèche, même (|u'il a fait prendre un habitant de 
ladite communauté, qui péchait dans ladite i)artie, par les 
cavaliers de maréchaussée ; (ju'ils l'ont conduit chez ledit sei- 
gneur, et (]u'il lui en a coûté i\nii somme de Ichill're laissé en 
blanc]. L'année suivante il a fait |)iendi-e d'auti'es j)articuliers 
(jui péchaient aussi dans notre dite partie, i)ar ses gardes, el 
ensuite il a procédé contre eux, el (pi'il leur (mi a coûté la somme 
de 70^ chacun, el (jue lesdits habitants ne reçoivent aucuns 
revenus desdits lYMS arpents (pie la ix'tite pèche (pi'ils faisaient, 
el (ju'ils en ont loujouis |)ayé à Sa Majesté 12 à lôit par an. 

2. — De plus, lesdits habitants font plainte et remontrance 



(1) Ia' Mesnil-Broussy, ancicniR- |)arui.ssc>, liiiineuu de la commune de 
hmiissy-k'-draiid, à 1,200 mitres à l'ouest de ce \illaf,'e. 

(2) (>(iiistriH-lii)ii et réiiaralion îles deux eliaussc'es existiiiil dans les marais 
de Saiiit-Cioiid. à Hioussx -le-(ii and (.l/c/i. i/c lu .\l<iiiii\ ('.. .>'//). 



BROISSY-LE-GRAND 135 

(jiie, (h'i)iiis vingl-(iuatic' à vingl-ciii(| ans, Icsdits liabitaiils sont 
eiiii)èchés par M. le comte de Lantage, accjuéreur des marais de 
Sahil-Gond, qui sont contigus au terroir dudit Broussy, de 
mettre paître leurs bestiaux, même après la fauche faite desdits 
marais, ce qui fait un grand tort auxdits habitants, qui ne 
peuvent faire d'élèves de bestiaux, surtout en chevaux, vaches 
et bœufs, ce qui les empêche d'améliorer leur terroir, ce (lui 
fait tort à l'État et aux habitants dudit lieu, et qui, auparavant 
le temps dit ci-dessus, lesdits habitants avaient le droit de 
mettre paitre leurs bestiaux dans ledit marais, ce qui leur fai- 
sait un grand avantage pour faire de l'élève en hestiaux, et 
augmenter leur terre ; et que [sur] lesdits marais de Saint-Gond, 
il y a dix-sept communautés qui sont dans le même empêche- 
ment que ladite paroisse (1 ). 



(1) L'historique des démêlés du comte de Lantage avec les 17 communautés 
riveraines des marais de Saint- Gond (Aulnay-aux-Planches , Aulnizcux, 
Coizard, Coligny. Courjeonnet, .loches, Morains, Vert-la-Gravclle, ^Mlleve- 
nard —du Bailliage de Chàlons ; — Bannes, Broussy-le-Grand, BroussN-le- 
Petit, Oyes, Reuves, Talus-Saint-Prix et deux anciennes paroisses. Le Mesnil- 
Mroussj' et La Chapelle — du Bailliage de Sézanne), se trouve exposé lon- 
guement en notes des cahiers de Coiirjeonnel et Joches (cf. Bailliage de 
Chàlons, p. 232 et 356) d'après les dossiers de la Bibliothèque de Reims (fonds 
Denllin: procédure du comte de Lantage contre les communes de Saint- 
Prix, etc.) et des Archives de la Marne, C, 673, 1761, 177^i, 2992. — Annuaire de la 
Marne 1827, p, 41 : (Mémoire pour messire Claude-François Poncher, conseiller 
du Roi, etc. . . et le sieur Pierre Lheureux, seigneur de Coizard en partie, etc. . . 
contre les seigneurs et communautés voisines des marais de Saint-Gond, etc. . .) 

Nous le compléterons en résumant les renseignements fournis par les 
habitants de Broussy-le-Grand lors de l'enquête de 1769 sur les terres 
incultes (Arch. de la Marne, C, 'i3i) : 

« Brouss3-le-Grand, disaient-ils, est sur un marais qui a cinq lieues de 
« long sur une demi-lieue de large dans la plus grande largeur ; il appartenait 
« autrefois à 17 communautés qui sont adjacentes, dont Broussy-le-Grand 
« avait une portion des plus considérables qui pouvait consister en une lieue 
« de longueur et dans sa plus grande largeur, laquelle était cause de l'abon- 
« dancc dont il (le pays) jouissait autrefois à cause du grand nombre de 
« bestiaux qu'on pouvait engraisser et nourrir aisément et sans frais, jouissant 
« en propre de cette grande étendue de pâturage. Les foi, aveux, hommages 

« et dénombrement du sieur De La (>roix (seigneur au xvii« siècle) en sont 

« une preuve aussi sensible qu'elle est touchante. Mais aujourd'hui, ce marais 
« appartient à M. de Lantage au moyen de l'acquisition qu'il en a faite des 
« sieurs de Romécourt et Poncher auxquels le Roi l'avait accordé par arrêt du 
« conseil aux charges et conditions qu'ils en feraient le dessèchement, qu'ils 
<- seraient tenus de faire des jionts sur la petite rivière (le Pelit-Morin) qui le 
" traverse, des chaussées pour y arriver et des abreuvoirs pour les bestiaux 
« desdites communautés, qu'enfin ils donneraient à chacune des communautés 
" adjacentes une suffisante portion pour la pâture de leurs bestiaux. Les 



13() lîAI 1,1.1 AC.K I)K Sl';ZANNK 

'^. — Li'sdils luihilaiils rcinontrcnl ((iio c'csl un abus cl 
(lé|)ense à Sa Majcsli*, rélahlissi'incnl des ('talons royaux ; (|iic' 
les laboiiieiirs se procurera ieiil des chevaux pour saillir leurs 
cavales s'ils étaient libres sur cet article (1). 

4. — Lesdits habitants font plainte et remontrance à Sa 
>hijesté (piils sont troj) chargés aux impôts royaux, tant en taille, 
vingtième et corvée, parce (ju'il y a très lieu de propriétaires 
dans ladite communauté; (jue les trois cjuarts des laboureurs 
sont pauvres fermiers et (ju'il y a des laboureurs et auties par- 
ticuliers des \ illages voisins qui ont acquis du bien dans ladite 
communauté, et (jue lesdits acquéreurs les font valoir eux- 
mêmes et ne paient point de taille dans ladite communauté, et 
que les commissaires des tailles ne les mettent sur le rôle des 
tailles, depuis plusieurs années jusqu'à présent, que pour 
mémoire. Ladite communauté paie au moins à Sa Majesté, en 



« charges et conditions n'ont été nullement remplies; il n'y a ni chaussées, 
« ni ponts, ni abreuvoirs. Le marais est impraticable toute l'année; les com- 
« munautés sont privées delà portion qu'elles devaient avoir; elles ne peuvent 
« i)lus, par conséquent, élever ni entretenir le même nombre de bestiaux, 
« parce qu'il faut qu'elles aciiètent fort chèrement maintenant une petite portion 
« dun pâturaf;c dont, autrefois, elles jouissaient en i)ropre d'une jjorlion bien 
<< j)lus étendue ; de là, stérilité des terres, faute d'engrais suflisant ; la pauvieté 
« et la misère dans laquelle sont la plupart de ces communautés, la seule ins- 
« pcction des bestiaux qu'on y élève encore à peine en sont les preuves les 
« plus entières et les plus à l'abri de tout soupçon. . . » Plus loin ils ex|)liquent 
que ces marais forment « un bassin extrêmement plat dans son fond, qui 
« reçoit l'égout des montagnes qui le bordent et qui, dans sa longueur de 
(( ."i lieues, n'a pas plus d'un i)ie(l de pente » ; telle est « la cause la plus natu- 
« relie et la plus sensible du long séjour des eaux qui ne peuvent s'écouler 
« qu'avec une extrême lenteur, et cjue l'on ne peut pomper pendant lèté à 

« cause des grosses herbes qui. en lestemi)s, en couvrent la superficie On 

« y recueille sur les bordages quelques foins très grossiers qui, étant donnés 
« dans l'hiver aux bestiaux, ne font d'autres elTets que de les rendre horrible- 
« ment maigres et leur engendrer une vermine qui les ronge et les dessèche ; 
(( pour le reste, ce ne sont que de gros roseaux qui ne sont propres qu'aux 
« pauvres gens pour cbaulTer leur four faute de bois. .Si les boi-dages n'étaient 
« point couiiés, les bestiaux pourraient y pâturer depuis le mois de mai 
« jus(|u'à la Toussaint, mais i)assé ces bordages ils ne peuvent presque jamais 
.. y aborder sans risque <le périr. ... » l'uis, revenant sur le dessèchement 
des marais, ils ajoutent en terminant : << Comme il n'y a point de pente pour 
.' l'écoulement des eaux, il n'est pas facile de jamais parvenir à un desséche- 
- ment entier et parfait. Le travail en serait immense et le fruit très incertain. 
.. Il y a 4(1 ou 4.'> ans que M.M. de Komécourt et l'oncher en ont fait à grands 
« frais la tentative, sous la conduite des sieurs Lheureux j)erc et lils ; le peu 
« (le réussite cjuils ont eu, est un garant de la prescjuc impossibilité de ce 
" dessèchement. -• 

II) Cf. Htiilliinic ilr Chiihms : Caiiiir de CMulmici-la-Chaussèe. p. 'JUi. 



BROUSSY-LE-GRAM) 137 

tous inipôls royaux, 4,500^(1 ), pour une si petite et [)auvre coni- 
nuuiautc, sans les autres charges de ladite communauté, 
comme l'entretien de la nef de leur église, le cimetière, le 
presbytère (2). 

ô. — Lesdits habitants font plainte à Sa Majesté qu'il y a 
une garenne, qui est dans le terroir de ladite communauté, ({ui 
appartient à M. le comte de Lantage, seigneur du lieu, conte- 
nant 110 ar|)ents en longueur, qui est peuplée, où jamais on a 
vue, en lapins et lièvres dans tout le terroir, ce qui fait un tort 
auxdits habitants, tous les ans annuellement, au moins de 
douze cents livres, et qu'ils n'en ont jamais eu aucun dédom- 
magement pour la perte (3). 



(1) Sur les 3,(530 arpents de terres laliouralîles on a vu que 3,013 étaient 
exploités jjar les taillables, dont 1,193 par les propriétaires faisant valoir eux- 
mêmes, et 1,736 par les fermiers payant l'exploitation (Arch. de la Marne, 
C 'i30 et S04). — La taille, les impositions accessoires et la capitation mon- 
taient, en 1789, à 2,820 livres. 

(2) Arch. de la Marne, (l, 1817 et 2^.92 : Église et preslntére : requête de la 
communauté de Broussy-le-Grand, en 1788, pour réparations à l'église et au 
presbytère ; avis du bureau intermédiaire ; décision de la commission parois- 
siale. 

La communauté avait encore souffert de l'incendie de 17(54 (Arch. de la 
.Marne, (., 19.%')), et des inondations annuelles des eaux qui, en 1788, avaient 
couvert une grande partie du territoire et occasionné des pertes évaluées à 
2,000 livres (Procès- verbal de l'assemblée de l'élection de Sézanne du 
13 octol)re 1788, p. 70 : ihid., C, 2909k 

(3) (^ette garenne des seigneurs était située sur le Monl-Aoùl, monticule 
aujourd'hui boisé, de 221 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 1 kilomètre 
au sud de Brouss%'. Elle se trouve ainsi décrite dans l'enquête de 17(59 : 

" Les terres incultes, disaient les habitants, sont devenues aujourd'hui 
comme pâturage commun par le laps de temps par lequel la communauté 
semble avoir acquis le droit d'}' faire paître le troupeau des bêtes à laine sans 
aucune opposition ni réclamation de qui que ce soit. Les herbes en sont très 
fines et spécialement utiles et avantageuses au troupeau des bêtes blanches, 
ou pour les préserver de la pourriture, ou les en guérir si elles l'avaient déjà 
contractée ; elles servent à nourrir le troupeau du village pendant toute 
l'année pendant les temps humides, et servent à le réchauffer et le sécher 
loi'squ'il a pâturé des herbes mouillées. — (^es terres sont, de leur nature, très 
maigres, cependant susceptibles d'amélioration. Elles sont assez proches du 
village, situées sur le penchant d'une montagne nommée « Mont-Août ». Il 
parait que ces terres ont été aufrefois cultivées ; mais elles ont été abandon- 
nées depuis que les seigneurs de Broussy ont converti en garenne le haut de la 
montagne, consistant en 100 arpents ou environ, qui était autrefois planté de 
vignes ainsi que la plupart de ces terres qui portent encore aujourd'hui le 
nom de « vignes », et que l'on a été obligé d'abandonner à cause des dom- 
mages considérables causés par les lapins dont ils ont peuplé cette garenne, 
(loniniage dont on se ressent encore tous les ans, même bien au-delà liu bas 



138 BAII.LIAGK DE SÉZANNK 

6. De plus, lesdils hahitnnts (oui plaiiilc el lemonlrance 
à Sa Majesté que, pour le Iransporl de uos graius à la ville de 
Sézanue, qui est la ville la plus proche pour uolre marché, il 
nous en coûte, pour mesurer 1(10 boisseaux de froment, 14tt 
pour le minage sur le prix du ^rain, aujourd'hui, et ([ue les 
ecclésiasti(jues ne paient (|ue un liard par boisseau, et tpie 
nous, nous payons le 28' boisseau ; ainsi des autres grains à 
proportion (1 ). 

7. - Sui)plient et remontrent, lesdits habitants, qu'il se 
commet un grand abus dans tout le royaume par des mar- 
chands qui sont sujets à faire des banqueroutes, et qui font un 
tort considéral)le à l'Ktat et aux particuliers. 

8. — Lesdits habitants demandent à Sa Majesté la suppres- 
sion des commis des aides, (jui sont abusifs à l'Ktat; on peut 
j)rocurer des moyens à Sa Majesté pour parvenir à lui payer 



(le la montaf^ne, clans les terres qui ont toujours été en culture et qui, lorsque 
les lapins ne les ravagent jjoiiit, sont d'un très bon rapport en seigle et en 
avoine. Le haut de la montagne qui forme la garenne est un moulin à vent 

qui est à l'extrémité qui regarde le couchant, a|)partenant au seigneur 

Mais comment lui appartient-il ? A quel titre en jouit-il ? Pourcpiol a-t-il 
converti cet excellent terrain en garenne'? ('/est sur quoi on ne i)eut donner 
de réponse certaine. Tout ce qui paraît clair et bien fondé, c'est que cette 
montagne autrefois ])lantéc en vignes, dont on voit encore aujourd'hui de 
vieux pieds, ai)|)artenait à jjlusieurs j)ai'ticuliers, qui les cultivaient et que les 
seigneurs avaient seulement le droit d'en percevoir la dime. Le fait est sufli- 
samment i)rou\é par les foi, aveux, hommages et dénombrement faits au Roi 
par le sieur de La ('roix, alors seigneur de Broussy-le-drand, Iccpicl est 
déposé à la (>hambredes Comptes, à Paris, il y a plus de 150 ans. . . » (Knquètc 
de 17Bi). - Anh. île la Marne, C, ).'}'/.) 

.A celte époque, le comte de Lantage et les religieuses d'Andecy étaient 
seigneurs de liroussy. 

— Les j)ropriétés du comte de Lantage, seigneur des marais de Saint-Ciond 
et du fief de Lhàtillon entre IJroussy et Couijeonnet, consistaient en H ou 400 
arpents de marais voisins de ceux de Saint-dond, sur l'emplacement d'un 
ancien château bâti en V112 par Kudes de Broyés, seigneur de Soisy, « infra 
maresium de Ib'oceio in loeo (|ui dicitur Mota de Chastellon » et détruit au 
XV siècle. (Ti:(i,KT : Trésor des chartes, t. Il, p. 4(>7. Le fief de ('.hasiillon 
an (jrand niareslz, en ma ferre et Jnstirc de lironssi/. HiOT, Areh. n<d., /', tlS, 
Kll^. - f.'ina.ressihie ])laie de (.tidslilltui sur le marais, KilO : C.h: stillon, 
to|)og. pi. .■).').) — 2" Les |)ropriétés des religieuses de l'abbaye royale d'.Andecy, 
dames et seigneurs du fief d'Anglure (entre liroussy et \'ert-la-(ira\elle), 
consistaient en ;iOO aipents environ de terres labourables, contigus au marais 
" (pii le borde au septeiitiion, <lu midi au couchant paile marais de Cbâtillon. 
et du levant par les terres de Hroussy-le-(irand ». 

(1) four le minage «le Sézanne. voir la préface el le cahier de .Sé/anne, 
p. '2.'). note 1 . 



broussy-le-pp:tit 139 

les droits (jiii sont tlùs, et moins coûteux à l'Etat, et le peuple 
en serait plus soulagé. 

9. — De plus, lesdits habitants demandent à Sa Majesté la 
diminution du prix du sel qui est trop cher ; que la livre de 
16 onces se vend 13^ 9 *> dans les campagnes, qui est un trop 
grand prix pour les pauvres gens ; pour donner l'éclaircisse- 
ment de la grande dépense d'un fermier de notre paroisse, qui 
est Simon-Charles Véron, laboureur de 100 arpents à la roit(l), 
qui fait en total 300 arpents, père de famille de dix enfants. La 
femme en a eu trois de la même couche, ([ui sont trois garçons 
âgés de huit mois, bien vivants et bien portants : il lui en coûte 
en sel, par an, deux minots un quart, qui font la somme de 
145tt 16 -, avec 216 tt de taille, avec le sixième pour la corvée de 
36 ^t ; ainsi les autres habitants à proportion (2). 

10. — Nous demandons qu'il plaise à Sa Majesté de per- 
mettre au bailliage où nous dépendons, de juger en dernier 
ressort les procès jusqu'à la concurrence de 10 à 12,000 livres, 
attendu que le riche de mauvaise foi mène le pauvre à Paris, 
au Parlement, où il ne peut parvenir à le suivre. 

11. Nous vous supplions d'avoir égard à l'exposé ci- 
dessus, qui est juste et véritable. Ce faisant, nous ne cesserons, 
tous ensemble, d'offrir au ciel nos vœux et prières pour le 
bienfaiteur de l'Etat. 

Au grand Brouss3% le 8 mars 17(S9, et ont signé : 

J. GuÉNAULT, P'^'-Appolinaire Laurent, Pierre Cohan, etc 

(16 signatures.) 

BROUSSY-LE-PETIT 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. -« A 14 lieues 
N. 1/4 N. (). de Troyes, à une demi-lieue O. de Broussy-le-Grand. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sczanne, coutume de Mcaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Pierre et 
Saint-Hubert, à la collation de l'cvèque de Troyes ; — poste ; grenier 
à sel; eaux et forêts de Sézanne. 



(1) lU)il, I oie ou raie, mesure de terre, entre-deux des sillons, terme usité 
eu (Ihampague, dans les Ardeunes, etc. ((Iouefroy : Dicl. ibid.) 

(2) Arch. départ, delà Marne, C,!):i,S : Dossier de S. -Ch. Véron, de Broussy- 
le-Grand, père de dix enfants, auquel fut accordé, en 1783, une réduction 
d'impositions. 



140 



BAILLIAGE DE SEZANNE 



Aiijourd'luii. canton de Sêzannc, arrondisscMucnt d'I-^pernay. 

— Dénombrement de 1773-1 /SS : 6(1 feux roturiers et 1 ecclésiastique. 
— Population : 108 hommes, 100 femmes, 2Ô «^ai'vons et lô filles, soit 
248 habitants. — Recrnsemenl en lUOli : liYA habitants. 

— Seigneur : Honoré Tirant, chanoine de ré}>lise-cathédrale de 
(Ihàlons (1). 

— (hiré : NMcolas Pinard. 

— Territoire : 2,178 arj)enls de terres labourables, 18 de jardins, 
48 de prés, 12 de bois (dont 1,775 de biens-fonds cpie font valoir les 
taillables). — liêeoltes (an. com.) : 2,100 boisseaux de froment (2 
pour 1); (),.'V24 de seii^le (2 pour 1); 2,182 dOr^e (2 pour 1); 7,500 
d'avoine (2 pour 1). — 20 laboureurs ayant ciiairue. — 50 chevaux ; 
150 bêtes à cornes ; 300 bètes à laine. 

— nni)osilions : Taux de la taille : 'A- O'i 1 2 ; de la cai)itation : 
'M< 7') ;î 4 pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : taille :8;{0 (en 1784) 
à 900 (en 1778). — Kn 1788 : 870 livres pour un revenu réduit de 
4,716 livres, diminution faite de 3221 10> de rentes passives (d'après le 
taux de l'élection, elle serait de 890 livres).— Kn 1789: taille : 820 livres; 
iiupositions accessoires : 6(>0 livres ; ca|)itation : 620 livres ; total : 
2,100 livres. 

— Dimes : 1 3 au curé et 2 .3 à labbesse dAndecy (2), au quator- 
zième compte. 

AXALVSI-: DU PMOCKS-VKHIUL. |La paroisse de Hroussy-le-Petit 
était composée de (50 feux. — L'avis pour la convocation des J-Mats 
f^énéraux fut lu et |)ublié le 1'' mars 1789. — Le luéme jour, les habi- 
tants se réunirent sous la ])résidence de Pierre Bk(;at, syndic. — 
Le procès-verbal constate la présence de François l'érat, Pierre 
iJillard, Charles- Simon Véron, Pierre Henry, Louis ("ohan, Simon 
Leloup, l'rançois Perriez, Louis Hénault, François Henry, Claude 
Hichard, Pierre Adnot, (Charles Moret, Pierre Héj^at le jeune, Pierre 



(1) La totalité de la terre et seigneurie de Hroussy-le-Petit était mouvante 
du Moi à cause de son eliàteau de .Sézainu-. situé jjiès les marais de Saint- 
(ioud. Cette teri'e avait été a(.'(|uise le '2H juillet 1777. en l'étude de Pendeler, 
nrttaire à Cliàlniis, par Haudouiu Tirant, éeu\ er. seerélaiic du Koi liouoiaire. 
de niessire Arniaud-Fraiu;i)is Mai/.iéres de .Maisoucelles, (|ui en a\ait rendu 
l'aveu et dénonibrement au Moi devant les trésoriers de i-iaiiee générau.x des 
finanees de (^liani|)a<;ue, le 10 juillet 1770. (Hait de cette terre et sei{{neurie 
consenti pai- Honoré Tirant, prêtre du diocèse de Cliàlous. héritier de sou père, 
Haudoin Tirant, flu '21 décembre 1770. Minutes de léludc Pelestrée, de 

Cliàlous. Hrniir ilr ('.hnmpiKjnc rt dr lirie. lS7(i, p. .'lOli 

(!e dernier dot'iimiiil détiil l'importance de la terie de liroussx-le l'ilil el 
les (hoits sei;;nenriaux y alTérents. 

Ci) L'alibé .Mn.i.AiU) : Histoire ilc l'iil>l><iiir ilAiiilcru (Mriiioires de la Socirir 
ucadciiiit/iie de la Marne, IHHK-ISH)). - Celle abbaye, située prés de Maye, 
avait été fondée en ini par llii>{ues de Mroycs ; elle lut :u(piise le Ifi ;Hn'it 17!»1 
pai le dépiilé Poulain de lioulaiicouit . 



BROUSSY-LE- PETIT 141 

Jarrv, François (^ollin, Pierre Verrou, grellier, l^ierre Maillet, Fran- 
çais Jarry, Jean (lonet , et encore, d'après les signatures, Jean 
Mathieu, Louis Courbet. — Les députés désignés furent François 
Jarry et Jean Goxet, tous deux laboureurs à I3roussy-le-Petit, « et 
y payant taille ».] 

Arch. révol. de Sczaniu', A.ÎS' : I*rocès-verbal. ~ A, 18*' : Cahier ; 3 pages 
non cotées ni pai'aphécs. 

SoiRCES »oc. Acc. — Arch. de la Manie, C, 54/ : Administration de la 
communauté — C, 1036 : Capitation. — C, 1817 : Église et presbytère. 
— E, 70.5 : Terrier de IJroussy-le-Fetit (1734). — C, 1693 : Hau.\ des 
terres au cliapitre de l'église collégiale de Saint-Blier de Broyés. — 
G, 171't : Biens de la fabrique. — Arch. de l'Aube, G, 78 et suiv. : Nomi- 
nation de curés (1575-1773). — G, 579 : Paroisse Saint-Pierre et Saint- 
Hubert ; biens de la cure ; dîmes ; — etc. 



CAHIER 

L'ax 1789. — Cahier de doléances, plaintes et remontrances fait 
par les habitants de la communauté de Broussy-le-Petit. 

Font plainte à Sa Majesté : 

Art. l^'". — Qu'ils sont trop chargés aux impôts royaux, tant 
en taille que vingtièmes, corvées, dont nous avons 2,13ôtt de 
taille (1), et 793^ de vingtièmes, et 355^ de corvées, formant en 
total la somme de 3,284* pour seize cents arpents ou environ 
de terres de Champagne, ne produisant en partie que du seigle 
et avoine, très peu de froment, dont il en appartient au moins 
un tiers du terroir aux seigneurs et gens de main-morte qui ne 
paient taille que pour l'exploitation; et, en outre, la quatorzième 
partie de notre récolte, que les décimateurs perçoivent pour la 
dîme (2) ; en outre, nous demandons à ce que les impositions 
soient réparties sur les trois ordres, à raison de leurs pro- 
priétés ; 

2. Que nous payons le sel extrêmement cher ; qu'il soit 
diminué de prix ; 



(1) 2,100 livres pour la taille, la capitation et les impositions accessoires, 
d'après l'état de 1789 (Arch. de la Marne, C, 2,732). — \'oir le détail ci-dessus. 

(2) On a vu que les taillablcs exploitaient 1,775 arpents de terre sur 2,178 
que comptait le terroir, et que les récoltes produisaient (),324 boisseaux de 
seigle, 7,500 d'avoine, pour 2,100 de froment et 2,182 d'orge (i4rc/j. de la Marne, 
C, i30 et 80i). Les grosses dîmes étaient perçues : 1/3 par le curé et 2/3 par 
l'abbaye d'Audecy au quatorzième compte (Arch. de l'Aube, G, 579). 



142 HAILI.IAGK I)K SKZANNK 

'A. — Four coiicliiirc nos grains au marché le plus jiroclie, 
(jui est Sézanne, éloigné de chez nous de (U'ux giandes Heues, 
que les chemins sont imj)ratical)les, (|ue l'on est au riscjue et 
péril de sa vie, ainsi (|ue celles des attelées (1); en outre, on est 
obligé de donner, i)our le mesurage, le vingt-huitième bois- 
seau (2). 

4. — De plus, nous nous plaignons que le seigneur nous 
empêche de mettre paitre nos bestiaux, a|)rès la lauchaison 
laite, dans les prés-marais (jui nous ont, autrefois, été donnés 
l)ar Sa Majesté, et cjui nous ont été en jiartie ôtés i)ai- les sei- 
gneurs, ce qui nous fait un tort considérable, attendu ciue nous 
ne pouvons faire aucun élève ni aucun engrais (jui nous serait 
d'une grande ressource pour l'amélioration de nos terres ; et que 
ledit seigneur de Bannes nous écrase (juand nous avons le 
malheur de laisser échapper quel(|ues bestiaux dans ses prés, 
rapport à ses grandes richesses et son crédit (3). 



(1) Le 11 juillet 1788, un orage avait ravagé les chemins et les champs de 
ce terroir, occasionnant pour ]'^,AM francs de dégâts : la municipalité évalua 
qu'elle avait perdu moitié sur les froments, un (juart sur les seigles, trois 
quarts sur les orges, moitié sur les avoines, les chanvres et les navettes, non 
compris la jjcrte des pailles, ni celle occasionnée |)ar les dégâts des jardins, 
enclos et chemins. (Procès-nerbal île iassciiibU'c de rélcclioii île Sézciniie du 
IH octobre 1788, p. 72 : Arch. de la Marne, C, 2.909.) 

(2) Pour le minage de Sézanne, voir la préface et le cahier de cette \ ille, 
page 25. 

Ci) Broussy-le-Fetit se trouvait sur l'impoi-taiit marais de Saiut-(iond. qui 
appartenait au comte de Lantage, seigneur de Bannes, lequel abusait de son 
droit de propriété en en interdisant l'accès aux di.x-sept communautés live- 
raines de ce marais dont elles iiossédaient autiefois la jouissance. ((If. Jiiiillidfic 
de Cbàlnns : cahiers de (>ourjeonnet et .loches, pages 2.T2 et .■}.')(). et dans le 
présent volume : cahier de Broussy-le-(irand, p. l.{().) 

Lors de l'enquête de 17(19 sur l'amélioiation des terres incultes, les habi- 
tants de Broussy-le-Petit signalaient le marais de .Saint-Clond, qui était impra- 
ticable toute l'année et dans lequel j)érissaient les bestiaux cjui s'y aventu- 
raient. Ils ajoutaient : « Le Conseil l'avait accordé, il y a beaucoup d'années, 
à MM. Pencher et Bomécourt, en 1728, 172") et '[l'M), |)ar arrêts, à condition 
qu'ils laisseraient à chaque communauté ce (ju'il leui- était nécessaire poui" le 
pâturage de leurs bestiaux, qu'ils le dessécheraient, qu'ils feraient plusieurs 
ponts sur une petite rivière qui passe au milieu (le Petit-.Morini, et des jjon- 
ceaux pour y arriver. Il n'y a point de pont, et le marais n'est point desséché. 
Les communautés n'oirt plus leyr pâturage et sont obligées d'en prendre à 
loyer une certaine quantité, ce qu'il leur fait un tort considérable, parce qu'il 
y avait autrefois plus d'une fois <le bestiaux, ce qui faisait l'engraissement 
des terres... » Ils faisaient remar(|uer que pendant vingt-cinq ans, l'entre- 
preneur de .M.M. Poncher et Bomécourt avait vainement tenté de dessécher 
ce marais qui n'avait pas d'écoulement. (Arch. de lu Marne, C, 'i3'i.) 



BROYES 143 

"). — Pour la juiispiudoncc, s'il était possil)le que les procès 
de peu de conséquence fussent terminés au premier bailliage, 
parce qu'il s'y commet des abus avec de certaines personnes 
qui, pour vous lasser, vous mènent à (|uinze et vingt lieues de 
votre bailliage, et même au Parlement. 

Nous soussignés, syndic municipal et députés de l'assemblée 
de la communauté de I5roussy-le-Petit, certifions que l'exposé 
ci-dessus est véritable ; en foi de quoi nous avons signé, et les 
autres ont déclaré ne savoir signer. 

Pierre Henry, Louis Cohan, Bégat, Jean Mathieu, 

Louis Courbet, etc 

Pierre Verron, greffier. 

(20 signatures.) 



BROYES 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE.— « A 14 lieues 
N. N. O. de Troyes, sur un coteau planté de vignes, à une lieue et 
demie de Sézanne. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de Meaux; 
— diocèse de Troyes, dojenné de Sézanne, paroisse Saint-Martin, à 
la collation du chapitre Saint- Blier de Broyés ; — poste ; grenier à 
sel de Sézanne. 

Aujourd'hui, commune du canton de Sézanne, arrondissement 
d'Épernay. 

— Dénombrement de 1773-1788 : 172 feux roturiers, 2 ecclésiastiques 
et 1 noble. — Population : 270 hommes, 241 fenmies, 95 garçons et 
70 fdles, soit : 676 habitants. — Recensement de 1906 : 633 habitants. 

— Seigneur : .lean-Népomucène Duvalk, baron de Dampierre, capi- 
taine au régiment d'Artois cavalerie, en garnison à Strasbourg (1). 

— C'/i/'é .- .loscph-Alexandre-Benjamin Hurault (2). 



(1) Oii il fut cité, ainsi qu'en son château de Broj'es. (Arch. révol. de 
Sézanne, C^). 

Le baron de Dampierre était le frère cadet d'Anne Elzéard, seigneur de 
Hans, comte de Dampierre, qui fut tué, par ses paysans, le 22 juin 1791, près 
de Sainte-Menehould, au retour de Varennes, sous les yeux de Louis XVI. 
(Voir BoiLARD : Notice généalogique de la famille Dampierre de Hans. — 
Annuaire de la Marne, 1871-1872, p. 214. - Arch. de la Marne, E,829.) 

(2) Le curé Hurault fut député du Clergé de Sézanne aux États généraux 
(voir préface : notice biographiquei. 

Son frère ahié, Louis Emmanuel Hurault, était, en 1789, le seul chanoine 
du chapitre de Saint-Blier de Broyés (voir les citations du Clergé : Arch. 



144 HAILLIAC.K I)K SKZANNK 

— Territoire : 2,1.')!) nipciils de tcircs labourables, 'Aï de jardins, 
101) de prés, 382 de \ij*nes, 1,210 de bois. — Récoltes (an. coin.) : 
4,989 boisseaux de froment (1 1/2 jjoiir 1); 1,391 de seigle (1 pour 1); 
5,957 d'avoine (1 pour 1); 842 muids de vin. — 19 laboureurs ayant 
charrue. — 50 chevaux ; 117 bètes à cornes; 'SMi bèlcs à hùne. 

— Imi)usitioiis : Taux de la taille : 3^ O'i 1/4 pour livre ; de la capi- 
tation : 31- 7'" pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : taille : 1,150 
(en 1780) à 1,400 (en 1785). ~ Hn 1788 : 1,310 livres (d'après le taux 
commun de l'élection : 1,440 livres), pour un revenu réduit de 
7,(i30 livres. — Kn 1789 : taille : 1,210 livres ; inii)osilions accessoires : 
970 livres ; capitation : 910 livres; total : 3,090 livres. 

— Dimes : \u curé et au prieur de Péas, au (|uator/iénic com|)te. 



ANALYSE DU PROCKS-VERHAL. |La paroisse de Hroyes était 
composée de 104 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié 
le l»"'" mars 1789. — Le mercredi suivant, 4 mars, les habitants se réu- 
nirent dans une chambre du château de Broyés, « choisie pour |)lus 
grande facilité de contenir tous lesdits habitants », sous la présidence 
de .loseph llrin, lieutenant au bailliage, baronnie et chàtellenie de 
Broyés, assisté de Edme-Pierre Huet, grellier ordinaire, et du procu- 
reur fiscal. — Le procès-verbal constate la présence de Louis-Claude 
Brulfert, Joseph Dartevelle, Martin Dufour, Pierre Guyot, Antoine 
Hatot, .lean Delaître, Alexis Brulfert, .lean-Baptiste .lompierre, Paul 
.Menéclier, Louis Brulfert le jeune, François Hatot, Pierre-Denis 
Péché, Nicolas Pottier, Simon Jollard, Pierre Maréchal, Pierre 
Dupont, .lacques Hémard , ('harles Robert, Pierre Tatin, Simon 
(^happc, Gérôme Prat, Jean Ponthieu, Jaccjues Lcfèvre, Jean Hémard, 
Jacques Honoré, Louis Petit, Eloy Bourot, I)omini(|iie Brulfert, 
Jean-Bai)tistc Pottier, Pierre Longeot, Pierre-Jcan-Bai)tiste Brulfert, 
Jean-Baptiste Papillon, Louis Giguet, Simon (ïodeinet, Jean Bourot, 
Pierrc-Cjuentin Garnesson, Edme Chappé, Josej)h Basson, Joseph 



révol. de Sézanne, doss. C) ; il était dècimateiir en partie de Vindey, son revenu 
était de I.<)19 livres. — En 171)0, il devint maire <le Broyés ; plus tard, il dut 
démissionner, en exécution d'un arrêté ûu rc|)réscntant du peuple Ho, en date 
23 brumaire an II. {liet/istre de dvlilx'rdlioiis de l'AsscintiIce inimicijxile, t. I, 
p. ]'.V,i. — Arch. de la comm. de liroi/ea.). 

L'éf^lise collégiale de Mroyes, fondée en 1081 dans le ciiâteau, était tout 
d'ahortl composée de douze chanoines qui, dans la suite, fuient léduits à 
cinq, à deux, et enfin, en 1781), il ne restait jilus (|ue Louis-Kmmanuel Hurault. 
Les prébendes étaient à la collation du seif^neur, et les chanoines |)résentaient 
à la cure. Le |)atron de cette colléfjiale était saint Hlier, prêtre natif d'Irlande 
qui, dans le vir siècle, mourut à \'erdey et fut inhumé à Sé/anne. (Arcli. de 
la Marne, ('., 1693.— Kd. ue Hahthki.kmy : Carliilnire de VAldnnje Saint-Pierre 
d'Oyes, suivi d'une .Vo/r sur les anciens seiyneurs de liraijes : Méin. de la 
Société acitdéniiyiie île la Marne, 1N80-1XX1, p. l!jl.) 

l'n autre frère de ces ecclésiastiques, .lean-Anne-Michel Hurault, fut curé 
de Hans, puis vicaire à Broyés et curé de Saint-Jean-sur- Tourbe (Marne). 



BROYES 145 

Jacopê, Sébastien Mcsnil, Pierre Hubert, François Voisembcrt, Edme 
(Uiappé, Nicolas-André Jacquesson, I)enis-(>harlcs Mayance, (".lande 
Basson, Gervais Charles, Georges Jaccpiesson, Glande Héniard, Vin- 
cent Batteur, Jean Lelarge, Nicolas l^ruHert, (iervais Henardj François 
Rover, Nicolas-Antoine Hacquin, Joseph Cousin, Mathias Jacopé, 
(^laude-Joachini Perrier, David Grosmort, Jacques Fagot, Claude 
Jacopé, Nicolas Jacopé, Laurent-Gond Recordeau, Pierre Jacopé, 
Dominique-Joseph Dulour, Etienne Barry, Edme Simon, Paul Cousin, 
Charles Dupont, Claude Maillet, Edme-Pierre Muet, Jean-François 
Morel, syndic, Louis-Ferdinand Harlet, notaire roj'al, Mathias Lcpage, 
Maître Joseph Huct, Antoine Diné, Jean Godemet, Alexandre Moniot, 
Antoine-Louis Vincent, Michel Meneclier, Jean-Antoine Blancheton, 
Nicolas Lepage, Remy Guyot, Jean Bourot l'aîné, Pierre Meneclier, 
Claude Garnesson, Nicolas Huet, Antoine Cailbourdin, Prudent 
Harnoult, Claude-Simon Menil, Joseph Renard, Edme Garnesson le 
jeune, Antoine Perrier, Jean Dartevclle, Denis Ferjet ; « les dix-sept 
derniers comparants, ajoute le procès-verbal, ont déclaré ne savoir 
signer », et encore, d'après les signatures, Nicolas Rabot, Alexandre 
Ferjet, N. Verrier, Martin, Laurent Jacopé, Nicolas Longeot, François 
Papillon, Nicolas Papillon, F. Dupont, L. Lepage, Nicolas Remillon, 
Nicolas Dîne, S. Pigot, N. Lepage, J. Mcsnil, Nicolas Dufour, J.-P. 
Huet, Edme-Louis Grosjean, Jompierre. — Les députés furent Louis- 
Ferdinand Harlet (1), notaire royal, et Claude Maillet, vigneron, 
tous deux demeurant à Brojes.] 



Arch. rcvol. de Sézanne, A, 19^^ : Procès-verbal; — ^1, /.9'' : Cahier : 6 pages 
(dont 2 de signatures) cotées et paraphées au bas par le président Huet. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, Cj'iI : Administration de la com- 
munauté. -- C, 'a72 : Industrie (2). — C, 95,9 : Impositions. — C, 1036 : 
Capitation. — C, lOW : \'ingtièmes. — C, UJiO : Corvées. — C, 1817 : 
Eglise et presb. — E, 829 : Famille Du Valk de Dampierre. — G, 1351 
et 1693 : Chapitre de l'église collégiale de Saint-Blier de Broyés : biens. 
— G, 1392 : Censives de la collégiale Saint-Nicolas de Sézanne, à 
BroA'es. — G, 171i : Biens de la fabrique. — Arch. de l'Aube, G, 22, 
232 et 981 : Chapitre de la collégiale de Broj^es ; biens; dîmes à 
Vindey. — G, 67 et suiv. : Nominations de curés (1555-1777). — G, 
300 et 580 : Paroisse Saint-Martin : biens de la cure et du chapitre ; 
dîmes ; procès ; — etc. 



(1) Le notaire Harlet, né à Barbonne le 17 avril 1746, joua un certain rôle 
pendant la Bévolution ; il fut membre du district (1790), juge de paix, com- 
missaire du gouvernement sous le Directoire : il était maire de Broyés quand 
il mourut dans cette commune le 29 janvier 1834. — Un de ses onze enfants, 
Louis Harlet, né à Broyés le 15 août 1772, mort à Sézanne le 1'='^ mars 1853, 
fit les guerres de la Révolution et de l'Empire, et devint maréchal de camp, 
baron de l'Empire. 

(2) Comme industrie. Broyés possédait une tuilerie appartenant au baron 
de Dampierre (État des usines de l'élection dressé le 10 mars 1789 par le sub- 
délégué Moutier. — Arc/i. de la Marne, C, 472). 

10 



146 UAILLIAGK DK SKZANNE 

HiHi.ioGHAi'HiK. — lioi uc.i IN (l'ubljé) : Xolice /i/s/orH/z/r sur Jiroyes {pavue 
t'ii 1S7.') (lims le Counier (h- Sczunne, — inachevée). 



CAHIER 

Cahier des plaiiilcs. ({olcanccs et reinonlrances que fonl ou 
Roi les siii}(lic\ membres el (tdjoinis de l'assemblée muni- 
cipale de la paroisse et communauté de Broyés, et tous les 
liabilants de ladite paroisse, en exécution des lettres de 
Sa Majesté du 2i janvier 17S9, du règlement y annexé, 
et de l'ordonnance de M. le Bailli de Sézanne en date du 
1i février dernier, lequel présent cahier sera porté à 
l'assemblée des députés le 9 du présent mois, par les 
sieurs Louis-Ferdinand Harlet et Claude Maillet, députés 
à cet effet par nous dits habitaids , par acte d'assemblée 
de jourd'hui. 

Les habitants, pénétrés de la plus vive reconnaissance de 
l'amour paternel de Sa Majesté qui désire avec ardeur de 
rendre son peuple heureux, le su[)plient de recevoir leurs très 
humble soumission et remerciements les plus respectueux, 
ainsi que leurs plaintes, doléances et remonces /sicj qui 
suivent : 

1. — De l'établissement des assemblées municipales, et 
supplient humblement Sa Majesté de les conserver. 

2. — Remontrent, lesdits habitants, qu'ils sont accablés 
d'impôts par l'augmentation d'iceux, et (jue certainement 
seraient déchargés de ce terrible fardeau s'il était supporté par 
tous les citoyens du royaume, sans distinction ; aussi supplient- 
ils Sa Ahijesté de les asseoir, non seulement sur les biens du 
Tiers état, mais encore sur ceux que possèdent les deux autres 
ordres, sans exception, qui sont peut-être les trois quarts et 
des plus beaux biens du royaume ; 

;i. — Demandent, lesdits habitants, la suppression des aides 
parce (pie. n'ayant aucune liberté de disposer du fruit de leurs 
travaux, ils sont exposés, |)()ur en tirer leurs aliments, à la cen- 
sure des commis, nom ellVoyable pour ce i)auvre vigneron qui, 
conduit par un esprit de cupidité ou par l'envie de monter en 
grade, forme un procès (jui, étant jmursuivi avec chaleur, ce 
pauvre malheureux est obligé de succomber, n'ayant j)as la 
force de se défendre et, pour éviter cette charge si onéreuse, 



BROYES 147 

lesdils habitants ollrent de payer ce droit d'aides à raison d une 
somme quelconque par arpent de vigne (1); 

4. — La diminution du sel, parce que cette denrée, si néces- 
saire à la vie de l'homme et taisant partie des aides, est 
semblablement soumise à l'examen des commis qui, étant 
supprimé, deviendrait à meilleur compte ; 

5. — La suppression du minage de la ville de Sézanne, ou 
du moins restreint comme à celui de la ville de Provins, parce 
que, le minage de Sézanne étant trop tort, il en résulte que les 
laboureurs des environs conduisent leurs grains ailleurs, et le 
peuple ne peut point être fourni, ce qui, en quelque façon, fait 
l'augmentation du grain (2) ; 

6. — La suppression des abbayes, prieurés et couvents des 
deux sexes, parce que, la plus grande et belle partie des biens 
du royaume possédés par les titulaires étant réunis au domaine 
de Sa Majesté, il en résulterait un revenu considérable qui, 
tenant lieu d'un subside établi sur le peuple, il en serait 
d'autant déchargé, en exceptant cependant les couvents dont 
les individus rendent des services à l'Etat, étant aumôniers 
dans les armées ; 

7. — Que tous les impôts soient réunis en un seul et même 
rôle, parce que la trop grande multitude de receveurs particu- 
liers étant une charge à l'Etat et, étant supprimés, il en résul- 
terait que les deniers seraient versés directement au trésor 
royal sans être altérés ; 

8. — Suppression des garnisons, parce que ces sortes de 
commissions sont extrêmement à la charge du peuple, et qui 
peuvent être remplacées par des huissiers qui peuvent con- 
traindre par toutes voies, et moins dispendieuses, étant faites 
militairement et sans frais de contrôle ; 

9. — La diminution des droits de contrôle, ou du moins 



(1) Voir cahier de Bergères-sous-Montmirail, page 97. 

En 1787, la récolte des vins qui, à Broj'es, produisait, année commune, 
842 muids pour 382 arpents, avait été très mauvaise; les vignerons avaient 
de ce fait, éprouvé des pertes assez sensibles. (Procès-verbal imp. de l'assem- 
blée d'élection de Sézanne du 22 octobre 1787, p. 18. — Arch. de la Marne, 
C, 2906.) 

En 1788, l'orage du 11 juillet détruisit « sur la moitié du terroir de Broj'es, 
moitié vignes de plusieurs contrées », perte évaluée à 4,9().'j livres. (Procès-verbal 
de l'ass. de l'élection de Sézanne du 13 octobre 1788, p. 72. — Ibid., C, 290,9.) 

^2) Voir le cahier de Sézanne, p. 25. 



148 BAILLIAGE DE SKZANNE 

raugmenlalion, parce (jue, dans le principe, l'établisseinenl du 
contrôle n'a été établi que pour empêcher toute surprise et 
fraude ; 

10. — La suppression des droits curiaux surtout vis-à-vis 
les bénéficiers , parce ([uo leur bénélice leur est attribué, 
non seulement i>our l'exercice de leurs fonctions, mais même 
pour l'administration des sacrements et les inhumations, et ces 
droits peuvent être conservés aux curés à portion congrue ; 
s'en rapportant au surplus, lesdils habitants, aux plaintes, 
doléances et remontrances portées au cahier d'icelles de la ville 
et faubourgs de Sézanne ; demandent en outre, lesdits habitants, 
à ce qu'il plaise à Sa Majesté de mettre la province de Cham- 
pagne en pays d'I'^lat et semblable à la province du Dauphiné. 

Tous lesdits articles de plaintes, doléances et remonlrances 
ont été dictés, nommés et arrêtés d'une commune et unanime 
voix, à l'assemblée de nous dits, officiers municipaux et habi- 
tants de la paroisse de Hroyes soussignés, en exécution desdites 
lettres du Roi, du règlement y annexé et de ladite ordonnance 
sus datée, tenue cejourd'hui, mercredi 4 mars 1789, lesquelles 
{plaintes seront portées aux hâtais généraux du royaume par les 
députés qui seront nommés à cet efïet , suppliant nous dits 
habitants, très humblement le Roi, notre souverain seigneur, de 
les accepter et avoir pour agréables. Fait et arrêté en ladite 
assemblée lesdits jour, mois et an que dessus. 

D.-.I. DUFOLH, .IOMI>IERRE, Paul (>OUSIN , C. DUPONT, 

Grosmort, Godemet, etc 

(82 signatures.) 

Paraphé ne varieiur par nous, Joseph Huet, lieutenant du 

bailliage de Hroyes, au désir de notre procès-verbal d'assemblée 

du 4 du présent mois. 

Fait ledit jour, 4 mars 1789. 

Huet. 



CHAMPFLEURY 



SITUATION ADMINISTMATIVK ET ECONOMIQUE. - 
- (iénéralité de Chiilons, élection de Troyes, rouluine de Meaux ; 
— (liocèse (le Troyes. doyenné d"Arcis-sur-Aut>e, paroisse Saint- 



CHAMPFLEURY 149 

Leu, succursale de celle de Salon (voir cette communauté pour les 
autres renseignements) (1). 

Aujourd'hui, commune du canton de Méry-sur-Seine, arrondisse- 
ment d'Arcis-sur-Aube. 

— Dénombrement de 1113-1781 : (avec Salon). — Recensement de 
1906 : 190 habitants. 

— Seii/neur : C.laude Godard d'Aucour, écuyer, conseiller secré- 
taire du Roi, maison couronne de France, et de ses finances hono- 
raire, seigneur baron de Plancy [de la seigneurie duquel Champtleury 
dépendait (2)]. 

— Curé : (voir Salon). 

— Territoire : (avec Salon). 

— Impositions : (avec Salon). 

— Dîmes : (voir Salon). 

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La paroisse de Champfleury, 
annexe de Salon, était composée de 80 feux. — L'avis pour la con- 
vocation des États généraux fut lu et publié le ler mars 1789. — Le 
même jour, les habitants se réunirent sous la présidence de Simon 
Ployé, syndic de la municij)alité, assisté de Martin, greffier. — Le 
procès-verbal constate la présence de Jean-Baptiste Villenet, Joseph 
Guillemot, Nicolas Godot, élu, Claude Sojer, élu, Vincent Corrard, 
Jean Lheureux, François Corrard, Louis Soccard, Simon Martin, 
et encore, d'après les signatures, Pierre Godot, Vincent Loiselet, 
Jacques Lheureux, N. Courjean, Danton, Guillemot et Corrard. — Les 
députés furent Pierre Godot et Vincent Corrard le jeune, labou- 
reurs.] 

Arcli. révol. de Sézanne, A, 30»: Procés-verbal, sur la formule imprimée ; 

— .4, 20'' : Cahier : 4 pages non cotées ni paraphées. 

Sources DOC. acc. — Arch. de l'Aube, C, 1290 : Administration de la com- 
munauté ; taille ; état des biens ; comptes des syndics, etc. — G, 23i 
et ^76 : Eglise Saint-Leu de Champtleury, annexe de Salon ; revenus 
de la fabrique ; — etc. 

CAHIER 

Cahier des plaintes, doléances et remontrances de la paroisse 
de Champ fteiiry, annexe de Salon, distance de la ville 
de Sézanne de six lieues, ladite paroisse composée de 
quatre-vingts feux. 

L'an 1789, le ô mars, au lieu accoutumé à tenir nos assem- 

(1) L'assemblée d'élection de Troyes proposa, eu 1788, de séparer Champ- 
fleury de Salon, et de lui donner un rôle d'impositions distinct. (.4rc7ï. de 
l'Aube, C, 1183.) 

(2) Baron G. de Plancy : Le marquisat de Plancy et ses seiY/;je»Js, page 229. 

— Voir notes biographiques, au cahier de Plancy ci-après. 



150 BAILLIAGE UE SÉZANNE 

blées municipales ordinaires, par l'ordre du syndic de la 
numicipalitc, au son de la cloche, où la plus saine partie des 
habitants y étant présente pour rédiger le i)résent cahier, 
conlbrinément à l'ordonnance du Roi et à celle de M. le mar- 
quis de Pleurre, gouverneur de la ville et bailliage de Sézanne, 
les articles ci-après détaillés, pour être, par nos députés ci- 
après nommés, présentés à l'assemblée j)réliminaire du ])ail- 
liage, qui se tiendra le 9 courant : 

CliampfJeuiy. situé en (.hampagne, dans le terrain le plus 
aride et le i)lus stérile, n'ayant ni biens communaux, ni 
prairie, ni bois, ni rivière, ni ruisseau, c'est ce qui met la 
])aroisse dans le cas d'être souvent submergée par les inon- 
dations d'orages (1). 

1. — Champileury est situé dans un fonds où il y a des hau- 
teurs distance du village une demi -lieue, et que les eaux 
viennent en abondance, entraînent une partie des terres, et une 
partie des maisons en sont endommagées, ce qui fait un tort 
considérable aux habitants, et au moment de leurs moissons, 
soit par la grêle, soit par inondations qui, par ses torrents, 
viennent combler de pierres et de sables les contours du vil- 
lage où le pauvre a mis tout son engrais ; ce sont ces plaintes 
et doléances (jui nous font former les représentations sui- 
vantes. 

2. — Le territoire de Champfleury est situé de hauteurs et 
divisé à peu près par portions égales ; une partie du territoire 
(jui peut consister à deux tiers, appartenant au seigneur de 
Plancy (2), aux MM. les chanoines de Plancy et à l'abbaye de 



(\) Cliampllcury se trouve sur k- plateau crayeux de la rive droite de 
l'Aube, daus uue légère dépression de terrain. Souvent le linaffc est ravagé 
par la grêle et les orages. (Hauiot : Hcchcnhcn sur le canton de Mcrij-siir- 
Scine, ihid., page .'»Î4.) 

(2) Baron uk Plancy : Le maniuisul de l'hinci/ cl ses sci(incnrs : descrip- 
tion de la seigneurie au xvir siècle, l)age Hll, et au xviir siècle, page 229 : 

« .l'ai, — dit le seigneur Henri de (luènegaud, dans son dénombrement, au 
(( xvir siècle, — la terre et paroisse de (]bam|)neurv avec tous droits de 
« souveraineté, preniièrement l'église, baute, moyenne et basse Justice que 
« je puis faire exercer par un maiie particulier, avec ressort devant mon 
« bailli de IMancy qui exerce acluellemcnt ladite justice, et au droit de greffe 
« et tous autres piofits de juridiction connus à IMancy, défauts et amendes. 

« .l'ai, audit lieu de (;iiami)lleury, droit de foire tous les ans, le jour de 
« Saint-Loup, |)remier se|)teml)rc. 

« .l'ai, audit lieu de Oliamijllcury, un gagnage contenant environ trois 



I 



CHAMPFLEURY 151 

Toussaint de Chàlons ; les terres du seigneur, chanoines et 
l'abbaye Toussaint, la plus grande partie sont situées au contour 
du village (1) ; l'autre tiers, appartenant aux pauvres labou- 
reurs, distance du village de trois quarts de lieue et même une 
lieue, où il y a une partie des pays voisins qui y viennent 
labourer. 

Ledit terrain fait peu de rapport, et une partie desdites 
terres sont en friche, c'est pourquoi une partie des habitants 
sont obligés de sortir du village par le peu de commerce (|u"ils 
peuvent faire pour eux vivre et élever leur famille. 

3. — Nous sommes imposés au pont du Bachot et à celui de 
Plancy, appartenant à noire seigneur (2), et nous sommes 



« cents arpents de terres labourables, dont la plupart est présentement en 
« friche par le malheur des guerres. 

<( J'ai une garenne jurée audit Champtleury, contenant environ 30 arpents. 

« Tous les habitants de Champfleur}' me doivent chacun an deux corvées 
« de bâts et de chevaux à Pâques et à la Saint-Remy, et en outre une poule 
« et douze deniers audit jour de Saint-Rem3% à peine de défaut et amende. 

« ,J'ai plusieurs autres redevances et censives audit lieu de Champfleur\% 
« à mo3' dues en argent, et aucune portant lods et ventes, défauts et amendes 
« de pareille nature qui est c\'-devaut déclaré, comme aussi tous les héritages 
« non censuels audit finage me doivent, à toute mutation hors de père à fils, 
« droit de vest et devest portant lods et ventes, défauts et amendes comme 
« dessus. 

« ,I'ai 46 sols tournois de rentes sur Guignot-Cognot et plusieurs autres 
« rentes seigneuriales sur différents particuliers et héritiers dudit Champ- 
« fieury. 

« Et est borné, le tinage dudit Champtleury, d'une part tenant au finage 
« de Saint-\'itre, ^'iâpres-le-(îrand et Bonne-Voisine, d'autre part au finage de 
« Salon, d'un bout au finage de Plancy et l'Abbaye-sous-Plancy, et d'autre 
« bout au finage dudit Salon. » 

(1) État statistique des biens de mainmortes existant sur le territoire de 
Champtleury eu 1788. (Arch. de l'Aube, C, 1290.) 

(2) Le pont de Plancy, sur l'Aube, était eu i)ois ; comme il tombait en 
ruine et devenait gênant pour la navigation, les seigneurs de I^lancy en cons- 
truisirent un autre au-dessus de leurs moulins ; il fut entièrement rétabli â 
neuf en 1755, et le baron Godard d'Aucour demanda et obtint le rétablissement 
d'un péage proportionnel aux dépenses de construction et d'entretien. 

Quant au pont du Uachot, il fut également reconstruit, sur devis dressé 
le 12 avril 1768 par Demontrocher, sous-inspecteur des ponts et chaussées â 
Troyes, nommé à cet effet par l'intendant Rouillé d'Orfeuil, moyennant la 
somme de 8,000 livres pour le pont du Bachot, et 2,800 livres pour celui de 
Boulages, les trois quarts de la dépense étant payes par les communautés de 
Charny-le-Bachot, Plancy et l'Abbaye, et l'autre quart par celles de Salon, 
C.bampfleiirij et Semoine ; et pour le pont de Boulages, les deux tiers par 
Faux-Fresuay, et l'autre tiers par Courcemain et Longueville. Le pont était 
prêt en 1770, et la reconstruction en avait été faite par Collot, charpentier à 



152 baili,ia(;k dk sezanne 

chargt's dimpùls, im-im' nous sommes atlaclu's au presbytère 
cl à la lu'l" de Salon, soi-disanl que Salon et que Champlleury 
ne lormenl (ju'une communauté, par rapport ([ue notre paroisse 
est annexe. 

4. — Noire paroisse, comme il est dit ci-dessus, n'ayant 
aucunes communes, ni bois, ni broussailles, on est éloigné 
des forêts de neuf à dix lieues, une partie des habitants sont 
obligés de se cbaufTer avec de la paille, n'ayant aucuns biens 
communaux, même n'ayant le pouvoir de faire aucun petit 
commerce pour gagner leur vie et celle de leurs familles (1). 

ô. — Dans ladite paroisse il n'y a aucune ressource, tant 
])our le corporel (jue le spirituel, ni ayant ni chirurgien, ni 
sage-femme, ni justice, ni maréchal, ni charron, ni boucher, 
ni moulins. La paroisse est obligée d'aller à une lieue pour 
les farines. 

6. — La paroisse est obligée de faire une réparation de la 
nef de notre église à neuf, où l'adjudication en est faite par- 
devant ^L Paillot, notre subdélégué (2), où il y a un rôle qui 
monte à 2,000 ^ (3). C'est pourquoi les forains sont obligés 
d'être imposés à notre rôle pour le soulagement des parois- 
siens comme n'}' ayant aucuns biens communaux. 

7. — Ladite paroisse a essuyé un incendie le 6 janvier der- 
nier, au rapport du chauffé de paille ; les habitants désirent 
avoir une justice dans leur paroisse, ou, si cela ne se peut, 
d'avoir un lieutenant, un substitut du procureur fiscal et un 
greffier, pour avoir égard à la paroisse ; le juge est distancé 
de notre paroisse de trois lieues ; procureur fiscal, greffier et 
sergent de police à une lieue et demie, ce qui rend ladite 
paroisse négligente pour toutes sortes de délits qui jjourraieut 
arriver. 

<S. Les habitants désireraient avoir dans leur paroisse un 
vicaire ou desservant, attendu que la paroisse est assez nom- 
l)rcuse pour avoir un desservant ou vicaire pour contenir la 



Mciy. cjui, rayiint rtiuiii en bon état, fut payé de sou travail par le i)roduit de 
l'imposition indiquée ei-dessus. (I'i.ancv : Le niarquisal de l'Iaiu-ti : ii)id., 
page 14:{.> 

(1) An e<)ni|)te des syndies, il n'y avait jamais de recettes : jx.int de i)iens 
communaux. (Ihiil., (., V2'M.) 

(2) Seigneur d'Allemant. (N'oir ce ealiier, paf,'e 'M.) 

Cl) l'roeés-ver))al de réparations de l'éf^Iisc. {Arrh. ilc lAiihc. C, V2'.Ht.) 



CHAMPGUYON 153 

paroisse de la religion catholique ; notre curé réside à Salon, 
distance de l'annexe de trois quarts de lieue. La paroisse de 
Salon est composée de quatre-vingts feux ; le vicaire ou des- 
servant à la charge du déciniateur (1), 

9. — Que si l'impôt territorial a lieu, il soit perçu en 
nature et non en valeur. 

Ces présentes plaintes, doléances et remontrances ont été 
formées et rédigées par nous soussignés, assemblés en corps 
de communauté par l'autorité du syndic, pour être remis aux 
sieur Vincent Corrard et sieur Pierre Godot, tous deux labou- 
reurs, nos députés, selon le procès-verbal que nous leur en 
avons remis, et auxquels nous donnons plein pouvoir d'agir en 
nos noms, promettons de tenir pour agréable tout ce qu'ils 
auront fait, et de le ratifier, et avons signé les an et jour que 
dessus. 

N. Godot, élu, Jean Lheureux, V. Corrard, Claude 

SOYER, élu, L. SOCCARD, ctc 

Simon Ployé, syndic, Martin, greffier. 
(17 signatures.) 



CHAMPGUYON 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. -^ « A 15 lieues 
N. O. de Troyes, sur une élévation à l'O. de la forêt du Gault, et à 
3 lieues O. N. O. de Sézanne. » 

— Généralité de Ctiàlons, élection de Sézanne, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Etienne, à 
la collation de l'évèque de Troyes ; — 

Aujourd'hui, commune du canton d'Esternay, arrondissement 
d'Epernay. 

— Dénombrement de 1113-1188 : 73 feux roturiers, 1 ecclésiastique 
et 3 notules. — Population : 143 liommes, 142 femmes, 38 garçons et 
29 llUes, soit 352 liabitants. — Recensement de 1906 : 365 liabitants. 

— Seigneur : Le Roi (2). 



(1) La fabrique de Champtleur}' rapportait, en 175G, au cure de Salon, 
56 livres 3 sous. (Arch. de rAube, G, 876.) 

(2) (Miainpguyon était réunie au domaine ro\'al. La mairie était volante 
entre les trois paroisses de Morains, Tréfols et Champguyon ; elle fut adjugée, 



154 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— Curé : C.laude-Nicolas Simonet. 

— Tcrriloirc : 3,121 arpents de terres labourables, 61 de jardins, 
142 de prés, 9 de bois, 00 de terres incultes (d'après l'état des tailles 
de 1788 : le total des biens fonds était de 3,738 arpents, dont 3,626 
exploités ])ar les taillablcs, et 112 (|ue font valoir les i)riviléf;iés, 
MM. de ("Jiani|)f^uyon et Le Cordelier). — Recolles : 9,().'i2 boisseaux de 
froment (2 pour 1); 11,40() d'avoine (2 pour 1); 30 niuids de pt)iré ou 
cidre. — 16 laboureurs ayant charrue. — 60 chevaux ; 120 l)éles à 
cornes ; 800 bètcs à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3'-9<i 3,8 ; de la caj)itation : 
31^ 8<i 1/4 pour livre de la taille. — De 1778 à 1787 : 1,020 (en 1778) 
à 870 (en 1787) : en diminution. — En 1788 : 890 livres ])our un 
revenu réduit de 4,719 livres (rentes |)assives déduites : 1,280 livres); 
même chilfre d'après le taux de l'élection. — En 1789 : taille : 
880 livres ; impositions accessoires : 710 livres; capitation : 670 livres; 
total : 2,260 livres. 

— Dinu's : Partagées entre le curé et le prieur de .Saint-.Iulien de 
Sézanne. 

ANALYSE DU PHOCÈS-VERBAL. [La communauté de Champ- 
guyon était com|)osée de 84 feux. — Le procè.s-vcrbal ne donne pas 
la date de la publication et de la lecture de l'avis pour la convocation 
des Etats généraux. — Les habitants se réunirent le 8 mars 1789 sous 
la présidence de Lk Cohdeliek, syndic municipal (1), assisté de Gri- 
mon, grellier. — La comparution des habitants n'est pas in(li(|uée, 
mais on relève les signatures de Louis-Antoine Hoberdel, I". llelol, 
Jules Carie, E. Pleur, Diot, (lollet, X. Thomas, Pierre (iuesdral, 
P. Hoberdel, \. Bourgeois. E. Thuvien, L. Thomas, L. Trijjié, 
E. Mercier, Erançois Biaise, Nicolas Hlai.se, Martin, Eloy Davesne, 
Louis (>o(inet, [>. Arluison, et encore, d'après celles du cahier, 
E. HIaise, .lean (iuay, P. (lérard, Nicolas Triplé, P. Vauthier, Denis 
(iuay, .!'• .\rluison, Jean-Haptisle Habot. — Les députés furent Louis- 
Antoine HoHiiKOEL (2), et Erançois Hklot, maire royal de ('ham|)- 
guyon.j 



en 1786, moyennant (> livres de revenu annuel, au sieur Ciuédiat (Arch. dvp. 
lie 1(1 Marne, (1, :iO()2.)— Sur les mairies, voir art. de (îarrau de Ooulon dans 
le Répertoire universel île Jurisprudence, i)ar (uiyot. (()u\. cit., t. XI, p. 1X1.) 

(1) Sur la famille Le Cordelier, ])ossesseur d"un lief à ('.lKmi|)},'uyon, eon- 
sulter : Areh. de la Marne, K, U90, — le procés-veil):il de l'ordre de la 
Noblesse ei-après, — et la notiee de l'abbé Htdtel sur le ('.union d'I-^slernnu 
(Annuaire de la Marne, IH.îO), qui donne des renseij{nements ;,'énéai()j,'ic|ues sui' 
cette famille, dont le représentant en 17.SÎ), Mieliel-Hruno l,e (loidelier, eheva- 
lier de .Saint-Louis, capitaine d'inlanterie des },'i-enadieis royaux, seigneur du 
fief des l-'ourneaux, était le syndie de la munieipalilé. Son fils, Aiuie-I'aul 
Le Cordelier des l-'ourneaux, fut maire de (;iiampj{iiyon pendant trenfe-ein(| 
ans, de 18i;j a 184H ; il mourut dans cette etnnminie le 17 noveml)re 18.")2. 

(2) Sur cette famille, consulte)- : .4/t/i. de la Marne, il, 7.'>(t : l'inventaire. 



CHAMPGUYON 155 

Arch. révol. de Sézanne, A, 2/-' : Procès-verbal sur la formule imprimée; 

— A, 2/'' : Cahier : 7 pages cotées et paraphées eu haut et en bas par le syudic 

Lecordelier, qui paraît avoir écrit le document. 

Soi RCKS DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C, 33'i : Administration de la 
communauté. — C, 33!) : Droits d'usage dans la forêt du Gault récla- 
més par la communauté. — C, 830 et 959 : Impositions. — C, 1036 : 
Capitation. — C, 1730 : Atelier de charité (1788). — C, 3002 : Domaine : 
mairie volante. — E, U90 : F"amille Le Cordelier, possesseur d'un fief à 
Champgu^on. — E, 750 : Famille Roberdel. — G, 1393 : Censives à 
l'église collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — Arch. de l'Aube, G, 68 et 
suiv. : Nomination de curés (1558-1750;. — G, 585 : Paroisse Saint- 
Ktienne; biens; dîmes, etc. — G, 8S'i : Vente des biens du chapitre 
Saint-Nicolas de Sézanne à Champgujon (1563); — etc. 



CAHIER 

Doléances et plaintes de la communauté de Champguyon, 
composée de 8't- feux, dont le Roi est seigneur. 

Celte communauté est malheureusement située, de notoriété 
publique, dans le plus modique terrain de toutes celles qui 
l'environnent ; il est appert qu'elle fait valoir 2,22U arpents de 
terres suivant sa déclaration au rôle tarif de la taille extraite 
dudit rôle avec la plus scrupuleuse exactitude, ainsi que les 
175 arpents de prés et d'enclos, dont elle jouit, portés au même 
rôle de 1788 (1), le syndic n'ayant point encore le tarif de 1789. 
Sur les 2,220 arpents il faut en ôter le tiers qui se repose (2) ; 
reste donc ensemencés : 1,480 arpents, dont 740 en blé frô- 



le procès-verbal de vente des meubles et papiers de feu Louis-Antoine 
Roberdel, décédé à Champguyon (1794). 

(1) Les chiffres portés au rôle de la taille de 1788 ne sont pas tout à fait 
ceux indiqués par le rédacteur du cahier : Les taillables faisaient valoir 
2,465 arpents de terres (dont 567 par les propriétaires, et 1,898 jiar les fermiers 
et autres payant l'exploitation), 161 arpents de prés et jardins (suivant le détail 
ci-aprés : propriétaires : 19 de jardins et 3 de prés ; fermiers : 30 de jardins et 
109 de prés), ce qui donnait un total de biens-fonds exploités de 2,626 arpents. 
(Voir ci-dessus les renseignements sur la situation économique de la commu- 
nauté. — Arch. de la Marne, C, 80h.) 

(2) Il \- avait, eu outre, 60 à 80 arpents de terres incultes entièrement en 
friche, lesquelles n'étaient propres « ni à la pâture, ni à planter du bois, ni à 
produire aucun grain, qui étaient situées sur les hauteurs et éloignées les 
unes dun quart, les autres d'une demi-lieue ». (Enquête de 1769 sur les défri- 
chements. — Arch. de la Marne, C, 'i3'i.) 



156 BAILLIAGE DK SÉZANNE 

ment, cl 740 en avoines et autres (1); il laul observer que, 
dans le courant des neuf années, il y en a, expérience généra- 
lenienl reconnue, deux absolument mau\ aises, (|ualre médiocres 
et trois bonnes. 

En mêlant ensemble les bonnes, médiocres et mauvaises 
desdites neuf années, les bal)itans de la communauté assem- 
blés ont estimé le produit net de cluujue arpent de froment, 
déduction faite des frais de quatre labours, de la conduite 
des fumiers, de la locature, de la semence, du liage (2), ainsi 
que celle des frais de cbarron, bourrelier et marécbal, à la 
somme de 4tt, et celui de larpent d'avoine à celle de .'M. il faut 
faire attention que Ton ne donne qu'un seul labour à l'avoine 
dont le prix ordinaire est des trois quarts au-dessous de celui 
du froment. 

Ensuite ils ont estimé les 175 arpents de prés et denclos 
de produit net annuel à la somme de 10 tt par cliaque arpent ; 
en consé(juence, les 740 arpents de froment à 4^ l'arpent, et 
les 740 arpents d'avoine à 3^ l'arpent, forment la somme de 
5,180 tt qui, jointe à celle de 1,750 ^^ que produisent les prés 
et enclos, forment net celle de 0,930 ^. 

Les impositions que paie la communauté consistent en 
2,351 tt de taille (3), 893 tt de vingtièmes, et 400 « de corvées ; 
ces trois sommes forment celle de 3,()44 tt; reste donc à la com- 
munauté, de net sur ses revenus, la somme de 3,28Btt. 

Revenu (i,930tt 

Inq)osilions 3,044 ^ 

Reste net 3,280 ^ (4) 



La communauté ne i)arle pas, dans le présent article de ses 
doléances, de ses 84 maisons (|ui sont |)t)rtées à une hop 



(1) Voir ci-dessus les récoltes. 

(2) Terme usité en (Il);mip;if,'iie pour indiquer un « lien m, „ ce (|ui sert à 
lier ». « On ne doit mener nus dr;is en l'oiie s'il ne ^ont liié :i droit liitf{e. » 
(ri43. lictjl- poiii /«'•'« drapiers de C.hàloiis-siir-Mdrnc. - Arcli. iiiiiiiir. de 
Châlons.) 

(3) 'i,2B0 livres d'a|)rés le rôle de ITXi». (N'oir ei-dessus, aux renseignements 
sur la situation, etc.) 

(4> (iette indication a été ajoutée dans la marj{e. 



CHAMPGUYON 157 

grande estimation sur le rôle tarif (1): elle prétend (|ue des 
habitations de campagne mal construites, exposées nuit et 
et jour aux rigueurs du temps, et battues de tous les vents, 
coûtent autant à leurs propriétaires par la dépense journalière 
qu'il y faut faire en entretien et réparations, qu'ils en reçoivent 
de commodités et d'agréments d'être à couvert des injures de 
l'air (2). 

La communauté ne parle pas non plus des pailles de ses 
récoltes que l'on pourrait lui objecter : elle répond que les 
pailles rentrent en fumier dans l'arpent de terre qui les pro- 
duit, dont l'estimation notoire est ci-dessus ; en outre, tous 
les ans, les habitants vont chercher, à prix d'argent, des pailles 
pour nourrir leurs bestiaux, chez les décimateurs ou dans les 
villages plus fertiles que le leur ; en conséquence, la commu- 
nauté de Champguyon croit être trop chargée d'impositions 
et réclame les bontés de son souverain pour être soulagée, et 
implore la justice et la bienfaisance des supérieurs qui verront 
cet article, s'en rapportant, avec la plus grande soumission, à 
leurs lumières pour juger si les plaintes de ladite communauté 
sont justes ou non. 

Sur les 2,220 arpents dont il est parlé d'autre part, il en 
appartient pour 2,400 tt de locature dans le meilleur terrain, 
comme c'est d'usage, au terroir de ladite communauté, à des 
maisons religieuses et à l'ordre de Malte, 1,200 tt (3) aux dames 



(1) Sur le rôle de 1788, les maisons de Champguyon étaient comptées : 
Celles des biens propres exploitées, pour un revenu de. 514 '10 

Celles des propriétés simples, pour un revenu de 45 » 

Celles des exploitations, pour un revenu de 900 » 

Soit I,459il0 

Les deux dernières catégories seules bénéficiaient de la réduction de 
moitié par cette estimation et la fixation définitive de la taille. (Ibid., C, 80U.) 

(2) En août 1787, un incendie éclata à Champguyon et détruisit trois de 
ces maisons mal construites. (Procès-verbal imp. de d'Assemblée d'élection de 
Sézanne, p. 18. — Arch. de la Marne, C, 2906.) 

(3) L'ordre de Malte possédait des biens et une maison d'hospitaliers à 
Champguyon, maison relevant de la commanderie de Chevru, paroisse à 
2 lieues S. E. de Coulommiers. (Boitel : Recherches snr le canton d'Esternay : 
Annuaire de la Marne, 1850, p. 91.) — « Cette commanderie de la langue et du 
grand prieuré de France, était affectée aux chapelains et servants d'aiinc, et 
valait 4,700 livres de rente au sujet qui en était pourvu. » (Expili.v : Dicl. 
des Gaules, ouv. cit.) 



158 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

religieuses de Nogent-l'Artaud. 1,000 "H (1) à la commanderie de 
Chevru,200tt, aux dames de labbaye de Fonlaine-en-France (2), 
qui n'entrent pour rien dans les charges de l'Etal, excepté la 
portion de taille et de corvée que leurs fermiers paient. 

La communauté regarde avec des yeux indignés (jue des 
propriétaires riches (jui sont Français, citoyens et sujets, ne 
participent en rien aux besoins du royaume, auxquels même 
ils sont insensibles pendant qu'elle, pauvre et malheureuse, 
au prix de son sang et de ses bras, en soutient, pour sa part, 
le l'ardeau sans rien dire ; elle se croirait soulagée si elle se 
voyait d'égalité avec de pareils propriétaires et, ayant toute 
confiance dans la sagacité de son souverain et dans celle de nos 
seigneurs les Etats généraux, elle espère cet heureux événement 
pour sa consolation. 

Puisque Sa Majesté, dans les lettres de père qu'elle a eu la 
bonté d'écrire à ses fidèles sujets, permet et ordonne même aux 
habitants de ses communautés de dire ce qu'ils pensent, la 
communauté expose qu'il y a des fabriques d'églises de cam- 
pagne, les unes riches, d'autres aisées, et d'autres dont il ne 
faut pas parler à cause de la médiocrité de leurs revenus. Dans 
les fabriques riches et aisées, les dépenses ordinaires pour le 
service divin étant payées, le surplus du revenu est souvent 
employé à magasiner (.szc) ornements sur ornements qui voient 
rarement le jour, n'y ayant point souvent de sujets aptes à les 
endosser ; par conséquent, ces ornements superflus deviennent 
inutiles, se fanent ou pourrissent dans les sacristies ; dans 
d'autres, les revenus sont amassés pendant plusieurs années 
pour avoir quelques ornements ou des vases plus magnili(|ues 
et, très souvent, le petit trésor devient la proie des voleurs ou d'un 
marguillier insolvable. Dans d'autres, les revenus des fabriques 



H) Le fief dit des Cordeliers appartenait au couvent des filles suivant 
l'ordre de Sainte-Claire de Nogent-l'Arlaud. (Hoitkl : ibid.) 

(2) La maison de Fonlaine-en-France, de l'ordre de Fontevrault, était 
située au diocèse de Meaux.à S kiloin.au nord de cette ville. (L'abbé Kdoiako : 
Fonlevraull et ses Monuments, t. Il, p. 348.) Les reli({icuscs soutinrent, à la tin 
du .xvir siècle, un procès contre les pères de l'Oratoire de Haroy, au sujet des 
dîmes de la paroisse d'Acy-en-Multien. (/ii7>//o/. nal., fonds Tboisy, 17, f" 364, 
373, 377 et 'iOfi f' 2'2'2. — (-ohoa : Cataloyite des Fuctums, t. Il, p. 2(i3.) — 
Aujourd'bui, les bâtiments de cel ancien prieuré, appelés Fanlainc-tcs-Non- 
nains, se trouvent sur le territoire de la commune de l)ouy-la-Hamée, canton 
de Lizy-sur-Oureq, arrondissement de .Meaux. (.Ioanm; : iJicl" yéoy. et adni. 
de la France.) 



CHAMPGUYON 159 

sont engloutis à ne jamais reparaître. Dans plusieurs arrêts du 
Conseil pour ordonner le rôle de la répartition des réparations 
publiques à la charge des habitants, comme nefs, tours ou 
clochers, il était dicté par la i)rudence et la sagesse que, s'il y 
avait des fonds de reste à la fabrique, ils seraient préalablement 
employés à payer les adjudicataires (1). Messieurs les curés, 
qui se disaient autorisés par Messieurs les évèques, étaient 
toujours opposants et disaient que c'était spolier Dieu et son 
ÉgUse que de soulager le peuple. 

Il faudrait donc une loi du souverain, constante et générale, 
qui établisse à toujours que les dépenses ordinaires et annuelles 
étant payées et les fabriques fournies décemment et proprement 
de plus que le nécessaire honnête pour le service divin, le 
surplus des revenus de ladite fabrique soit employé par les 
habitants, soit aux réparations de leurs nefs et de leurs vitrages, 
soit à rendre les rues praticables pendant l'hiver et les mauvais 
temps, soit à le verser dans le sein des malheureux, bonne 
œuvre plus précieuse et au-dessus de tous les ornements. 

Tout le monde sait que ce sont les propriétaires qui paient 
la dîme, la taille, les vingtièmes, les corvées, et généralement 
toutes les charges de l'Etat. La dîme, par son antique usage, 
est devenue une loi fondamentale de l'Eglise ; les autres impôts 
sont pour soutenir un grand Roi que nous chérissons, et pour 
rendre son royaume victorieux et florissant ; mais, de temps 
à autre, certains nombres de propriétaires se trouvent de force, 
et avec la plus grande répugnance, sujets à un impôt qui est le 
plus énorme, le plus criant et le plus absurbe des abus : c'est 
celui de la reconstruction des presbytères ; un curé reçoit 
pendant trente ans le suc de sa paroisse, montant plus ou 
moins à 30 à 36 mille écus, sans mettre un clou à son manoir 
qu'il peut avoir reçu en bon état. II meurt ! . . . ses héritiers 
s'arrangent avec le successeur pour les réparations par une 
décharge souvent inconnue et souvent sans que la somme y 
soit énoncée ; un an après, quelquefois plus tôt, ledit successeur 



(1) Voir les arrêts du Conseil cités dans la note ci-après. (Arch. de In 
Marne, C, 19W à 193'2.) — Un arrêt du Conseil du 12 décembre 1690 avait posé, 
en principe, que les marguilliers feraient toute diligence pour satisfaire les 
créanciers des fabriques, et que les fruits et revenus de ces fabriques pour- 
raient, à défaut de paiement, être saisis. (Isambert : Recueil des anc. Lois, 
t. XX, p. 115.) 



160 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

présente requête pour un presbytère neuf ; il l'obtient, et le 
malbeureux propriétaire est obligé de sacrifier une portion de 
son pain pour faire actuellement une jolie maison bourgeoise 
à son curé. Un autre résigne après vingt ans d'économies ; le 
résignataire prend le bénéfice, in stdln (iiio ; après six mois de 
possession, re(iuète en reconstruction et le propriétaire suc- 
combe. Un presbytère est brûlé par la négligence ou la fraude 
des domestiques pendant que le maître dort ; le propriétaire 
paie encore la faute et les défauts de ces gens-là. L'on répon- 
dra : Messieurs les curés sont sujets aux réparations des 
chœurs ; cela est vrai ; mais elles sont estimées si cher 
par les venants et faites après à des frais si légers, qu'il y a 
toujours un très gros bénéfice à mettre en bourse (1). L'on |ne| 



(1) Une ordonnance de 1729, de l'intendant de la généralité L'Escalopier, 
avait réglé les réparations et l'entretien des églises paroissiales, succursales, 
des cimetières et maisons curiales. 

Le 17 Janvier 1743, le contrôleur général (Jrry avait envoyé à l'intendant 
Le Peletier de Heaupré des instructions sur les nio3ens de diminuer les 
dépenses occasionnées par les réparations des presbytères : « Les impositions 
étant beaucoup augmentées par rapport aux conjectures dans lesquelles l'Ktat 
se trouve, écrivait-il, il est nécessaire de diminuer les dépenses particulières 
qui sont à la charge des pro|)riétaires des fonds et des habitants des paroisses 
de la campagne, et de leur procurer du soulagement dans tout ce qui pourra 
en être susceptible. Le rétablissement ou la construction des presbytères sont 
devenus très fréquents dans votre généralité, et comme on ne s'attache pas 
uniquement au pur nécessaire pour ces sortes de logements, les dépenses que 
l'on fait à cette occasion sont une surcharge qui devient très pesante pour les 
propriétaires et les habitants sur qui elles sont toujours rejettées en totalité, 
ce qui peut en même temps être très préjudiciable aux recouvrements des 
autres impositions dont l'accélération est devenue très importante dans les 
circonstances actuelles... » A la suite de ces instructions, l'intendant fit une 
enquête et demanda aux subdélégués d'examiner les moyens de diminuer les 
dépenses de réparations des preslntères. 

L'intendant disait encore en IHm : « .l'ai déjà eu occasion de m'aperccvoir 
plusieurs fois que les curés des paroisses de Champagne exigent de leurs 
habitants des logements dont la dépense devient trop à charge aux peuples : 
en conséquence je suis dans l'intention de n'accordera l'avenir aux curés que 
les logements indispensables. . . » 

En 1774, Rouillé d'Orfeuil ré|)ondit à Turgot qui lui demandait quelle était 
la jurisprudence établie en Champagne pour les réparations des jjrcsbN'tères : 
« L'usage établi dans cette province, par rapport aux ré|)arations des presby- 
tères, est conforme à ce qui est prescrit à cet égard par l'édil de Kii).'). Les 
curés ne sont assujettis qu'aux réparations menues et usufruitières, et, à 
l'égard des décimateurs, ils ne contribuent à aucune de ces réparations pour 
raison de leurs dîmes... » — \'oir encore la correspondance de Houille 
d'Orfeuil avec l'intendant de Hourgogne Feydeau, donnant des détails sur la 
procédure suivie dans sa généralité pour les réparations d'églises et autres 



CHAMPGUYON Kil 

tarirait jias d'exemples et de preuves sur ces abus qui deviennent 
acluellemcnt si communs, qu'il y a peut-être, dans notre bail- 
liage, dix demandes en reconstruction (|ui peuvent monter à 
sept mille livres chaque (1); dix feraient soixante et dix mille 
livres qui écraseraient dix communautés du bailliage, et par 
succession ainsi des autres. Les cures congruistes doivent être 
rebâties par ceux qui lèvent les dîmes dans leurs paroisses ; 
cette cause ne doit pas soufTrir la moindre répli([ue. 

Les rois, quelques impôts qu'ils soient obligés de mettre sur 
les peuples pour soutenir la majesté et la gloire du trône, 
n'égaleront jamais le produit de la dîme dans toutes les com- 
munautés qui sont à notre connaissance. Ah! Sire ! et vous nos 
seigneurs des États généraux ! ôtez donc, de grâce, aux pères et 
aux enfants, la triste expectative de rebâtir le presbytère de leur 
paroisse. Etablissez de vos autorités, une loi stable qui ordonne 
aux curés d'entretenir et de rebâtir leurs presbytères à leurs 
dépens ; il y a des moyens clairs et très peu dispendieux pour 
les y contraindre. Assimilez nos communautés à celles dont les 
chanoines réguliers sont curés. Leurs habitants sont déchargés 
des presbytères. L'on a reconnu l'abus pour eux ; pourquoi ne 
le reconnaîtrait-on pas pour nous ? Et mettre les curés d'égalité 
avec les chanoines réguliers, c'est une justice que nous deman- 
dons au meilleur des rois, auquel nous ne cacherons pas qu'il 



ouvrages publics, etc. (Arch. de la Marne, C, 1797.) — Les arrêts du Conseil, 
relatifs aux recoustructions et réparations d'églises et presbytères dans la 
généralité, sont classés par ordre chronologique, de 1732 à 1789, aux Archiues 
de la Marne, sous les numéros C, 1926 à 1932. 

(1) Notamment à Bagneux (dans le bailliage de Sens), près d'Anglure, où 
le devis de 1780 s'élevait à 6,089 livres. Pendant plus de vingt ans, les habitants 
de cette communauté furent en désaccord avec le curé : 1» Sur la quote-part 
que celui-ci devait pa^er pour les réparations faites à son presbytère; 2" Sur 
la question de savoir si les réparations faites en même temps à l'église, au 
clocher, au cimetière et aux écoles de cette paroisse devaient être payées sur 
les revenus de la fabrique ou sur les deniers de la communauté. (Arch. de la 
Marne, C, 1803.) 

D'autres contestations surgirent, au sujet de ces répai'ations, dans le bail- 
liage de Sézanne, à Ailemant (1783), Bannes (1773), Barbonne (1788), Baudement 
(1767), Bergères-sous-Montmirail (1783), Boissj'-le-Repos (1786), Broussy-le- 
Grand (1788), Chichey (1768), Courbetaux (1785), Courgivaux (1781), Hlsternay 
(1785-1791), Faux-Fresnay (1774), Fère-Champenoise après l'incendie de 1756 
et en 1786, Gave (1781), Granges-sur-Aube (1784), Linthes (1787), La Celle-sur- 
Montmirail (1787), Le Meix (1772), LeThoult (1775), Marsangis (1788), Mécriiiges 
(1787), Mondcment et Mongivroult (1777), Pleurs (1778), Queudes (1788), etc. 
(Ibid., C, 1798 et suiv.) 

11 



KVJ HAII.I.IAC.K I)K SKZAWE 

y a lies cuic'S adiiiirables. pleins de senlimenls lîobles et 
patriotes, qui nont jamais rien demandé à leurs peuples, et 
qui mettent d'eux-mêmes les choses en si bon état que leurs 
successeurs ne pouvaient rien exii^er sans rougir ; mais ils ne 
sont pas communs. 

La communaulé ne peut j)as se (lis|)enser de se joindre aux 
clameurs générales sur la cherté exorbitante du sel. Les gens 
de campagne ne vivent ordinairement ([iie de soupe dont le sel 
est la base principale. Les malheureux qui n'ont point l'argent 
suffisant pour en acheter journellement sont forcés, avec leurs 
familles, de manger leur pain d'amertume arrosé de leurs 
larmes. 

Les mêmes cris sur les aides, dont les vexations inouïes 
tourmentent impunément les citoyens îles trois ordres. 

La communauté n"a pas assez d'esprit pour proposer à son 
précieux Souverain des ressources équivalentes ou de bons 
moyens de dédommagement sur les deux grands articles de 
doléances; elle s'en rapporte à la sagesse infinie de Sa Majesté 
pour faire donner le sel à meilleur compte, et anéantir l'autre à 
jamais. 

La communauté jouit d'une prairie utile et agiéable dans 
le milieu tle son village (1); il arrive souvent (ju'au moment de 
la récolte, elle est inondée de l'eau du ciel qui, en en remplis- 
sant une i)arlie de ravines, perd le foin et le rouille; l'autre reste 
quelquefois couverte d'eau jusqu'au mois d'août, de sorte 
qu'en neuf années, il n'est pas ordinaire d'en récolter cinq en 
bon foin : c'est une perte réelle et irréparable pour la com- 
munauté. Il n'est pas difficile de parer cet accident ; mais 
(|uel(pies particuliers projniétaires s'y opposent par la crainte 
de jjcrdre un peu de teirain ; il laudrait (jue la communauté 
fût autorisée par des ordres majeurs, et c'est dans l'espérance 
que la bienfaisance de nos supérieurs voudra bien y faire 
attention qu'elle |)orte ici la présente plainte (2). 



(1) I.ii communauté ctait divisôc cii plusieurs |)arlii's : deux principales, 
une basse et une haute, formant le chef-lieu, et séparées par la prairie et des 
dépendances, le pré Janvier, les Hutots, les \'ieu.\-Kssarts, les (^ordeliércs. 

Cl) (les inondations étaient non seulement jjréjudiciahles jiour les prairies 
des cultivateurs, mais déj^radaient le chemin (|ui les traversait. La municipa- 
lité demandait, en 17KS, que ce chemin ■< servant de |)assage pour charrier ses 
« bois, rentrer ses récolles, de la plus ){rande utilité pour la paroisse et même 
« pour les voyageurs, fût raccommodé, attendu qu'il était impraticable et très 



CHAMPIGNY-SUR-AUBE 163 

Délibéré et arrêté par-devant nous, hal)itanls, tous assem- 
blés au lieu ordinaire, à Chanipguyon, le 8 mars 17cS9, et ont 
signé. 

ROBERDEL, L. TrIPIÉ, P. ROBERDEL, E. BlAISE, 

L. Thomas, etc 

(25 signatures.) 

Reçu par nous, soussigné, syndic municipal, lesdites 

doléances et plaintes des habitants assemblés lesdits jour et 

an ci-dessus, et remis entre les mains des députés de ladite 

communauté pour les présenter à l'assemblée de Sézanne. 

Lecordelier. syndic municipal. Grimox, greffier. 



CHAMPIGNY-SUR-AUBE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. — « Presqu'en- 
touré de bois, proche l'embouchure de IHerbisse dans l'Aube, à l'Est 
du Petit-Viàpres. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, do3'enné d'Arcis-sur-Autje, paroisse Notre- 
Dame, succursale de Viâpres-le-l^etit (1). 

Aujourd'hui, commune du canton et de l'arrondissement d'Arcis- 
sur-Aube. 

— Dénombrement de 1773-178/ : (avec Viàpres-le-Petit). — Recense- 
ment de 1906 : 126 habitants. 

— Seigneur : Dame Élisabetli de Beaurcpaire, douairière de feu 
Charles-François de Cuissotte, comte de Gizaucourt. 



« dangereux, cet endroit formant un précipice au milieu de la route, les eaux 
« ayant, depuis 18 mois, coupé en totalité le travers dudit chemin de 18 pieds 
« de large sur 12 de profondeur ». Le bureau de l'élection de Sézanne, saisi de 
la réclamation « observa que, vu le danger pressant et constaté par l'un des 
« messieurs qui a été en prendre connaissance par lui-même, on ne pouvait 
« trop tôt réparer ce passage à l'effet d'éviter de plus grandes dégradations 
« que pouvait occasionner le ravin formé en cet endroit ». Le devis, dressé 
par l'inspecteur, des ouvrages à faire, montait, en totalité, à une somme de 
179' 10*. La communauté de Champguyon offrit, non de l'argent, mais se soumit 
à conduire et fournir sur place tous les matériaux nécessaires, estimés par le 
devis à 80 livres. L'élection de Sézanne décida d'accorder le surplus consti- 
tuant la main-d'œuvre et se montant à 99' 10 ^ (Procés-verbal d'élection de 
Sézanne du 13 octobre 1788, p 40. - Arch. de la Marne, C, 2909.) 

(1) L'assemblée d'élection de Trojes proposa, en 1788, de séparer Cliam- 
pigny de \'iàpres-le- Petit et de lui donner un rôle d'imposition distinct. (Arcfx. 
de l'Aube, C, 1183.) 



164 BAILLIAGE DE SÉZANNK 

— (aiic : (Voir Viàpres-lc- Petit). 

— Territoire : (Avec Viàprcs-lc-Pctit). 

— Impositions : (Avec Viàpres-le-Petit). 

— Dimes : (Voir Viàpres-le-Pctit). 



ANAKYSK 1)1' PH()(:I':S-V1:HHAL. [La paroisse de Clianipigny était 
composée de .T) l'cux. L'avis pour la convocation des 1-Uats géné- 
raux fut lu et publié le l'' mars 1789. — Les noms des habitants 
qui se réunirent le même jour, « au grefle » de la municipalité, sous 
la présidence du syndic (jomballt, ne sont pas indiqués au procès- 
verbal. Mais on relève, au bas de ce document, les signatures de 
P. Arnout, P. Leautli, grellier, Thomassin, Marion, .1. Leauth, Aliaut, 
Jacques Gombault, Ardoise (?), R. Aubert. — Les députés furent 
Pierre Ahxolt et (Claude Thomassin. j 



Arch. révol. de Sézanne, A, 22» : Procès-verbal sur la formule inipriinée ; 
— i4, 22'' : Cahier : 4 pages non cotées ni paraphées. 

SoiRCES doc. acc. — Arcli. de l'Aube, C, 1291 : Administration de la com- 
munauté ; rôle des impositions ; chemins ; états des biens, des 
récoltes ; comptes des sj'ndics. -- G, 958 : Kglise \.-l)., annexe de 
\'iâpres-le-Petit ; biens de la fabrique; - etc. 



CAHIER 



|Le cahier de C.hampigny-sur-Aube est semblable à celui d'AHibau- 
dières, au(juel nous renvoyons (page 4(5) ; — mais avant le dernier 
paragraphe (|)age .")()) : « Quant aux ojjinions. . . etc. . . », les habitants 
insérèrent leurs doléances particulières suivantes contre le curé et le 
seigneur :j 

Il est à propos de faire observer à l'Etal ciiic, depuis plu- 
sieurs années et dilTérenles, nous avons essuyé les malheurs de 
la grêle et gelée sur nos enil)Iaves, ce (jui fait un tort considé- 
rable à tous les habilanls ; il a élé envoyé par Sa Majesté, dans 
toutes les paroisses voisines, des sommes d'argent pour être 
distribuées à tous les malheureux, et notre pauvre petite 
paroisse, (|ui était une des plus accablées, en a été privée ; 
et notamment en 17(Sr). il a été envoyé à M. le Curé du Pelil- 
Viàj)res, une somme de '2^0 livres pour être dislril)uée à tous 
les malheureux des deux paroisses dont ledit Cliaini)igny en 
est l'annexe ; ledit sieur curé l'a distribuée à tous les plus 
forts habitants dudit Petit -Viàpres sans en prévenir notre 
l)auvre petite annexe. 

Ledit sieur curé tient par bail du sieur Courtal, admodiateur 



CHANTEMERLE 165 

de M'î'" l'Kvcqiie de Troyes, les grosses dîmes que plusieurs 
laboureurs faisaient valoir el payaient 350 tt de taille ; aujour- 
d'hui, les deux pauvres petites paroisses sont chargées de payer 
cette somme, ce qui fait une augmentation considérable à tous 
les habitants (1). 

Le seigneur possède deux tiers du finage dans tous les 
meilleurs endroits, partie des maisons, qui lui paient rentes ; il 
tire, sur tous les habitants, des censives ; tous les prés et les 
bois lui appartiennent; comme le peu de biens communaux 
que nous possédons, il en tire un tiers qu'il possède depuis 
longtemps; quoicjue cela ses fermiers partagent également, dans 
le restant desdits biens communaux, comme tous les autres 
habitants, au marc la livre sur le rôle des tailles (2). 

Quant aux opinions, nous désirons que, quand il s'agira des 
impositions, l'on opine par tète, et lorsqu'il s'agira de toute 
autre chose, il est indifTérent que ce soit par ordre; au surplus, 
on s'en rapporte à ce que les Etats généraux jugeront plus 
utile aux biens communaux, et avons signé, à Champigny, 
annexe du Petit-Viàpres, proche Arcis-sur-Aube, ce 4 mars 1789. 
I^. Arnout, député, Thomassin, député, P. Leauth, gref- 
fier, Marion, Jacques Gombault, R. Aubert, Aliaut, 
GoMBAiLT, syndic. 

(8 signatures.) 



CHANTEMERLK 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ÉCONOMIQUE. — « A dix 
lieues N. O. de Troyes, sur une colline. » 

-- Généralité de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Pont-sur-Seine, paroisse Saint- 
Serein et Saint-Sébastien, à la collation de l'abbé de Chantenierle ; — 
grenier à sel, eaux et forêts de Sézanne. 

.\ujourd"hui, commune du canton d'Esternay, arrondissement 
d'Épernay. 



(1) État statistique des biens de main-morte (.irc/î. ilc l'Àubr, C, V291). — 
Biens de la cure et de la fabrique (ibid.. G, 9,ïS). 

(2) Les biens communaux avaient, eu 1775, rapporté à la co:nmun3uté 
138 livres. (Comptes des syndics. — Arch. de l'Aiibe, C. 1191.) 



166 BAILLIAGE DE SÉZANNK 

— Dciioiuhrcnunl de 1//3-1/S7 : 2ô feux roturiers et 1 eeelésias- 
ti(|ue. — Population : l<S hommes, 54 femmes, 10 garçons et 12 filles, 
soit : 124 habitants. — Recensement de 1906 : 89 habitants. 

— Seiyneur : (iaspard-Halta/.ar de La Croix de Castries, abbé coni- 
mandataire de rai)baye royale de Chantenierle. 

. — Curé : Ambroise Petit. 

— Territoire : 800 arpents de terres labourables [300 arpents de 
biens-fonds au seigneur, et 100 au marquis de Cialliiret, d'après la 
taille de 1787 (1)], 3 de jardins, 18 de prés, 30 de vignes, 502 de bois, 
200 de terres d'usage. — Récolles (an. com.) : 2,0ô2 boisseaux de fro- 
ment (4 pour 1) ; 4,771 de seigle (3 |)our 1) ; 1,(500 d'orge (4 pour 1) • 
6,000 d'avoine (3 j)our 1); 200 nuiids de vin (même chinVc en 1773). 
— 3 laboureurs ayant charrue. — 16 chevaux ; 56 bêtes à cornes ; 
304 bètes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 2^6'i3/4; de la capitaiion et 
impositions accessoires : 30* 4'' 1/2 pour livre de la taille.— De 1777 à 
1786 : taille. 260 livres (en 1777) à 330 (en 1786). — Hn 1787 : taille, 
340 livres (2) pour un revenu réduit au taux de 2,669 livres, déduction 
faite de 300 livres représentant la moitié des rentes passives (d'après 
le taux commun de l'élection : 392 livres).— En 1789 ."taille : 300 livres; 
impositions accessoires : 282 livres ; capitation : 264 livres ; total : 
896 livres. 

— Dimes : Labbé de (Jiantemerlc, qui donne une portion congrue 
de 30 I livres au curé. 



AXALYSK DU PROCÈS-VKHHAL. |La paroisse de Chantenierle était 
composée de 34 feux. — L'avis pour la convocation des l-^tats généraux 
fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les habitants se 
réunirent sous la présidence de Louis (Jlkkoi-Lkdlc, praticien en 
la chàtellenie et prévôté de Chantemerle, demeurant à Fontaine- 
Hethon (3), assisté de liarbier, greflier. — Le procés-verbal constate 
la présence de .\ntoine Leclair, syndic, Laurent Parisot, Quentin 
Hoyer, Jean Fayolle, Pierre-lfonoré Carie, Jean Joyeux, Jean-liaptiste 
Lasne, Nicolas Olive, .\nloinc (iueux, « et autres », dont, d'après 
les signatures, .Simon Cousin. .Ican N'incenl, et une dernière tout 



(1) Sur le marquis .Simoii-.\le.\aiulio-.Iean de (jallifVt. sei;,'iieur de Manilly, 
voir le ealiicr de cette communauté. 

(2) Les oflielers de l'élection avaient, en niar^e, proposé cette auj^'menta- 
tioii de 10 livres « pour se rapproclur (hi faux de l'éleclion (|ui était de 
:W2 livres ... 

(.'{) Inouïs (iuérou-l.,edue élail notaire et syndic inuni(i|ial à Mellion (voir 
procès-verbal de cette coninmnauté : paj»e l(i;)) ; il mourut dans cette com- 
mune le '20 prairial an I\', à soixante-neuf ans.— ("est vraisemblahlement lui 
qui a inspiré et rédif{é les cahiers de ces deux communautés de Betlion et de 
(;iiantenu'rle qui ont des passajjes communs, notamment Texposé somniaire 
des « v(L-ux généraux du Tiers état » qui ligure à la lin de ces deu^ caliiei's. 



CHANTEMERLE 167 

à fait illisible. — Les députés furent Antoine Lk (^laii'. et Picrre- 
Honoré (vARle.) 

Arch. rcool. de Scziinne, A, "23' : Procès-verbal; — A, i'i'': Cahier : (5 pages 
cotées ne varietur, et paraphées au bas par Guérou-Leduc. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 181 : Adjudication de bois. 
— C, 1825 : Église et presljytère. - C, 336 et 2980 : Police. — /?, 226 : 
Plan des étangs du marquis de Gallifet. — Arch. de l'Aube, C, 1292 : 
Administration de la communauté; rôles de la taille; impositions; 
comptes des s\ndics; états des habitants et des récoltes en 1788. — 
G, /4 : Biens de l'évcché de Troyes. - G, 16, 22, 101, 10i,229, 232 et 13U : 
Abbaje de (>hantemerle : archives, biens, vente de biens, etc. — 
G, 37 et suiv. : Nominations de curés et d'abbés (1587-1791). — G, 558, 
635, 721, 177 , 787, 895. 962 : Biens et privilèges de l'abbé de Chante- 
merle : dîmes de Bethon. Marciily, Périgny-la-Rose, Soyer, ^'illegruis, 
nomination au prieuré, cures de Potangis, Ktrelles, etc. — G, 586 : 
Paroisse Saint-Sébastien : biens de la cure, de la fabrique, de l'abbaje ; 
dîmes ; — etc. 



CAHIER 

Cahier de doléances, plaintes et remontrances de la paroisse 
de Chantemerle, bailliage de Sézanne. 

C'est avec la plus respectueuse soumission et avec la 
confiance la plus sincère, que nous osons mettre aux pieds 
du Roi et exposer aux yeux de la Nation assemblée, nos 
doléances, nos plaintes et nos misères, avec une ferme espé- 
rance de trouver, dans l'appui de Sa Majesté et dans les 
lumières de la Nation, des remèdes à nos maux, très empres- 
sés, cependant, de faire tous nos efforts pour le soulagement 
de rÉlat, suivant les intentions de Sa Majesté et ainsi qu'elle a 
droit d'attendre de ses fidèles sujets. 

Les habitants de Chantemerle sont tous vignerons et, par 
conséquent, pauvres ; ils jouissent à peine d'un tiers du bien 
du terroir de la paroisse, le plus grand nombre en rente, et 
ont à supporter toutes les charges, tandis que M. l'abbé de 
Chantemerle et M. le marquis de Galiifel, jouissant au moins 
des deux autres tiers, n'ont rien à supporter (1). 



(\) La taille de 1787 indique que l'abbé de (Chantemerle, seigneur, faisait 
valoir 300 arpents de biens-fonds, et le marquis de Gallifet, seigneur de Mar- 
ciily, KiU arpents. I^es cultivateurs et vignerons ne possédaient en propre que 
HKi arpents de terres, 5 de prés, 20 arp. ÎK5 de vignes, ."î arp. 50 de bois, soit 
'223 arp. 43, les étrangers ou forains, 175 arpents, et les fermiers exploitaient, 
pour des tiers ou pour les seigneurs, 102 arp. 25 de terres et 34 arp. 8 de 



IGiS HAILLIAGK DK SÉZANNK 

Les habitants sont si surchargés des tailles, capitalion, 
viiiglièincs et autres charges royales qui ont augmenté successi- 
vement jus(ju'à un point si extraordinaire qu'ils se voient obli- 
gés de forcer leurs travaux au détriment de leur santé, et 
man(iuent (luehjueiois du nécessaire pour leur nourriture et 
leurs vêlements (1 ). 

Les droits exorbitants des aides et la tyrannie des commis 
augmentent encore leurs ])eines et leurs misères. Dans une 
année abondante, à peine trouvent - ils, pour leurs travaux, 
trois livres de produit net sur chatiue muid de vin (2), et ils 
sont poursuivis avec rigueur pour payer, pour un trop-bu, 
comme s'ils n'étaient point maîtres de ce qui leur appartient, et 
de payer aussi pour un gros manquant, si malheureusement 
ils viennent à perdre une })artie de ce qu'ils auront récolté. N'est- 
ce pas des droits bien désastreux ? Les commis l'ont souvent 
des procès pour intimider et pour tirer de l'argent, quelquefois 
injustement, ou bien sous la plus petite apparence de malver- 
sation, et de là ils ont à payer des Irais, nouvelle charge pour 
eux. 

Ce'a ne sulfit pas encore à leurs malheurs; il est encore des 
seigneurs de nos environs, possédant fiels sur notre terrain, 
(|ui, sans être leurs vassaux, nous traitent comme tels et ne 
cherchent (ju'à nous piiver même de nos possessions, et si 
nous faisons quelque défrichement après toutes les peines et 
travaux que nous avons pris pour faire produire une terre 



vignes. (Arch. de ht Marne, C, HO,').). — Le marquis de Gallifet possédait, en 
outre, huit étangs sur les finales de Clunitcmerie et de Betiion (plan : ibid., 
K, 226". — Coi:rtai,()N : ibid., p, '2'i8) ; et les 502 arpents de bois (()()(» d'après 
Conrlalon), portés au dénombrement de 177;^, appartenaient à l'abbé de Clian- 
temerle. (IJaux des liiens de l'abbaye, par Louis Millet de Ciraiideomble. abbé 
commandataire. — Arch. de l'Aube, G, i)S6.) 

(1> La taille, qui n'était que de 2()0 livres en 1777, avait, en elTet, augmenté 
sueeessivement de 10 livres d'année en année jusqu'à atteindre 'iM livres en 
178!) (voir ei-dessus). D'autres eonnnunautés étaient relativement jjIus impo- 
sées (pic (>hantemerle ; les olïieiers de l'élection le font remarquer quand, en 
portant de 'SMi à 340 le ebilTre de la taille de 1787, ils établissent (pie, d'après 
le taux commun de l'élection de 'l'royes, cette communauté devrait payer 
:592 livres. Les autres impositions, eapitation, impositions accessoires et ving- 
tièmes, suivaient la même progression, alors que la population de cette 
paroisse, (pii était autreTois une petite ville rermée de murs, allait en dimi- 
nuant. 

(2) On a vu que les 'M\ arpents de signe port. s an dénombrenuiit de 177.1 
rapportaient, année commune, 'i(HI muids de vin. 



CHANTEMERLE 169 

inculte et abandonnée, aussitôt le seigneur voisin s'en empare : 
le malheureux qui n'a point de facultés suffisantes pour se 
faire maintenir dans cette jouissance à raison du défrichement 
qu'il a fait, se trouve forcé d'abandonner le morceau de terre 
qu'il a eu tant de peine à défricher, et ce seigneur s'en applique 
tout le profit et l'avantage sans indemnité (1). 

Chantemerle, chef-lieu d'une chàtellenie et prévôté royale, 
manque absolument d'un officier royal pour la police et pour 
l'apposition des scellés, inventaires et autres opérations de 
justice ; le recours au bailliage de Sézanne est trop dispen- 
dieux, son éloignement expose à la sjioliation des héritages ; 
quelle perte pour des mineurs et pour des héritiers étrangers ! 
La seule présence d'un substitut de procureur du Roy calmerait 
nos craintes et serait avantageuse à nos enfants et à nos 
parents absents et éloignés. 

Les assises qui s'y tenaient et qu'on a discontinué depuis 
quelques années, étaient avantageuses, la privation actuelle 
peut occasionner des procès longs et ruineux, tandis qu'aupa- 
ravant on avait des remèdes prompts et salutaires (2). 



(1) Procès entre Simon-Alexandre-Jean marquis de Gallifet et des habi- 
tants des villages où il possédait des biens. (Arch. de la Marne, E, ??7 et 228.) 

(2) Chantemerle avait, au moyen âge, porté le nom de ville : des fossés 
de vingt-cinq mètres de largeur l'enxironnaicnt sur une longueurde 830 mètres ; 
au-delà de ses murs existaient les faubourgs Sainte-Biaise et Buyeau, et trois 
petites forteresses protégeaient la cité contre les incursions des ennemis. 
ŒoiTEL : Recherches hist. et stalisliqiie sur le canton d'Eslernay, ibid.) — 
Cette cité fut, on l'a vu, érigée en commune en même temps que Barbonne 
(voir ce cahier, charte de 1318, page 82). Elle était le siège d'une chàtellenie 
où ressortissaient 32 villages. (V. Locale du bailliage de Sézanne et des chà- 
tellenies de Tréfols et Chantemerle, à la suite des Coutumes de Meaux, par 
M. I. Champj', avocat en parlement. Paris, li)82, in-12. — Bibliot. de Reims, 
X, 23.^2.) Mais la création du bailliage royal de Sézanne porta un coup à 
cette juridiction, et l'édit suivant, donné à Versailles au mois de juillet 17()7, 
la supprimait en fait : 

.. KDIT DU ROI 

« Concernant les officiers du bailliage de Sézanne 
« et ceux de la Prévôté de Chantemerle 

« Donne à Versailles au mois de juillet 1767. 
" Louis, par la grâce de Dieu, Boi de France et de Navarre : A tous présents 
" et à venir ; Salut. Sur le compte qui nous a été rendu des difficultés surve- 
« nues entre les officiers de notre bailliage de Sézanne, et ceux de notre 
« prévôté de Chantemerle, au sujet des droits de juridiction de ces deux 
(( sièges, nous avons cru convenable pour le bien de la justice, et même pour 
'< celui des officiers, de voir terminer toutes ces difficultés^ et déclarer à ce 



170 BAILLIAGE DE SKZANNE 

Les anciens comtes de ('lianipagne ont Ibiuié el doté Tabbaye 
de ChanlenuM'le. ordre de Saint- Augustin (1); nos ancêtres y 
ont laissé des Ibndalions el des biens en rentes ; en 1683, le 
22 avril, les moines ont été Iranslérés à l'abbaye de Saint-Loup 
de Troyes : M«' révè(|ue. dans le procès-verbal de translation, 
ordonne qu'il sera mis un vicaire perpétuel aucpiel il sera 
donné trois cents livres, j)orlion coni^rue d'alors, et un prêtre 



« sujet nos intentions. A ces causes, et autres à ce nous mouvant, de l'avis de 
« notre (^)nseil, et de notre certaine science, pleine puissance el autorité 
« royale, nous avons, par notre présent édil. perpétuel et irrévocable, dil, 
« déclaré et ordonné, disons, déclarons, ordonnons, et nous plait ce (|ul suit : 

« Amicr.K PHKMiKR. — .Avons maintenu et gardé, maintenons et gardons 
« les officiers de notre bailliage de Sézanne, dans le droit de connaître seuls, 
« et à l'exclusion de tous autres, des cas royaux, nés et à naître, dans l'éten- 
« due des châtellenies de Cliantemerle et de Tréfols, et généralement de tous 
« les cas, causes, instances et procès, dont la connaissance ai)i)artient, aux 
>> termes de nos ordonnances, à nos baillis et sénéchaux. 

« II. — Voulons et ordonnons que lesdits oiïiciers du bailliage de Sé/.amie 
« puissent connaître de tous lesdits cas dans l'auditoire et chambiedu Conseil 
« dudit bailliage, sans être obligés de se transporter, pour l'instruction et 
« jugement desdites all'aires, ésdites châtellenies de Cliantemerle et Tréfols : 
« n'entendons néanmoins que la disposition du présent article ait lieu pour 
« les affaires d'assises, à l'égard desquelles il en seia use comme j)ar le passé. 

'< 111. Les procureurs en notre châtellenie de Chantemerle, continueront 
« d'occuper seuls à Cliantemerle, dans toutes les causes, instances et procès 
« de la prévôté ; et à l'égard des alïaires, de la qualité de celles mentionnées 
« au premier article des présentes, les procureurs, tant de Sézanne que de 
« Cliantemerle, pourront y occuper concurremment, et au choix des parties, 
« sans néanmoins que les procureurs, autres que ceux de Sézanne, puis.sent 
« occuper h Sézanne sur l'appel des sentences de (Miantemeile rendues en 
« ladite prévôté. 

<■ I\'. — Les notaires créés pour notre dite chàlellcnie (!<■ Chanlcmerle, 
M continueront d'y exercer les fonctions de leurs ollices, exclusivement à tous 
•< autres notaires, sans jiouvoir se transporter ailleurs jiour y passer des 
<< actes ; jiourront néanmoins les paities s'adresser à eux pour toutes sortes 
« d'actes, encore (|u'elles soient domiciliées hors de l'étendue de ladite clià- 
" telleuie, et qu'il soit question des biens situés hors d'icelle, à la charge (|uc 
" lesdits actes seront passés dans lenis études ou dans l'étendue de ladite clià- 
•' telleuie. Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens 
" tenant notre cour de |)arlement à Paris, (|ue notre présent édit ils aient a 

" faire lire, publier et registrer, etc <> Knregislré au parlement de Paris, 

le 2J< juillet 17()7. (Imp. l'.-(î. Simon, inip. du parlement, rue de la Har|)e, à 
l'Hercule, Paris, 17()7. — Uihiiol. de lieinis, (uinls DeiiUiii, non classé.» 

L'année suivante, les assises furent même transférées ;i Haihonnc. (\'oii' 
ce cahiei-, pages H'2 et .SH. ) 

(1) L'abbaye fut fondée en ll.SU, pai' Henri, premier du nom, comte de 
Champagne, << ooui' obtenir le pardon de ses \exations, levées de taille el de 
subsides, etc.. ». C'est ainsi <|ue ce prince s'expli(|ne dans la iliaiie de fon- 
dation. <IUi(>lKi< : .l/c/JJo/'rrs dv /</ jtruninrc de (^iKimjKiiiitc, 1. Il, p. lil.'t.i 



CHANTEMERLE 



171 



à qui il sera (loiiné 200 tt pour acquitter les Fondations et faire 
le service divin comme du temps des moines ; en 1699, l'abbé 
et les moines ont passé une transaction par laquelle les moines 
transférés se chargent d'ac(|uitter les fondations faites dans 
l'église de Chantemerle, moyennant les 200 tt réservées pour le 
prêtre qui devait acquitter les fondations suivant l'ordonnance ; 
mais aucun abbé et aucuns moines ont-ils le droit de changer 
les intentions des fondateurs et de laisser un curé avec la seule 
portion congrue? Ils nous ont enlevé tous les titres, et nous 
sommes j)rivés de rac(|uit des fondations dans la paroisse où 
l'intention des fondateurs était qu'elles fussent acquittées ; il ne 
nous reste donc actuellement que les charges de payer et d'être 
frustrés des avantages que la bonne intention de nos ancêtres 
nous avait réservés et qu'ils s'étaient promis pour eux- 
mêmes (1). 

Nous nous voyons obligés, avec peine et douleur, de suppor- 
ter un casuel et ses abus que nos seigneurs évêques ont établi 



Mais, dès 1135, il y avait des chanoines de l'ordre de Saint-Augustin à Chante- 
merle. Au xiv» siècle, l'abbè et cinq chanoines résidaient « personnellement » 
dans cette paroisse (Arch. de l'Aube, G, 13'i4). — Plus tard, en 1683, dit le 
cahier ci-dessus, en 1090, dit Courtalon, la maison fut supprimée et réunie 
à l'abbaj'e de Saint-Loup de Troyes. Quelques années auparavant, vers 1(565, 
les biens de l'abbaye avaient été partagés entre l'abbé et les religieux. (Ibid., 
G, 101.) En 1772, on démolit ce qui restait de l'ancienne collégiale pour 
rebâtir l'église actuelle. 

Mais si, en 1789, il n'3' avait plus dabbayc à Chantemerle, il y avait tou- 
jours un abbé, Gaspard Baltazar de La Croix de Castries, qui continuait à 
toucher les revenus et bénéfices attachés à la maison disparue. Outre ses 
pri\ilèges à Chantemerle, l'abbé, à cette époque, présentait encore aux 
l)rieurés-cures de Potangis, Ktrciles, Marcilh-sur-Seine, au prieuré de LaCelle- 
sous-(Muuitemerle, et possédait les dîmes de liethon en partie, Marcilly, 
Périgny-la-Mose, Soyer, Villegruis pour les deux tiers ; — etc. 

(',e]HMidant, d'après Woitel (Rech. hist., ibid.), cette abbaye n'aurait \alu 
c|uc '2,(100 livres de rente a l'abbé. La liste des abbés qui ont gouverné cette 
maison se trouve dans le Gallia chrisliana. 

(1) La cure était, en effet, nous l'avons vu, à la collation de l'abbé de 
(Chantemerle, décimateur du lieu, et qui donnait une portion congrue de 
300 livres au curé dont le revenu total était estimé 300 livres 12 sous en 1728. 
A cette époque, les revenus de la fabrique étaient nuls. {Arch. de l'Aube, 
G, .')H6. — Nomination des curés de ('hantemerle, notamment en 1(599. — 
Ibid.. G, 109.) 

La communauté devait aussi supporter, avec l'abbé de Chantemerle, les 
réparations à l'église et au presbytère. En 1747, l'abbé et les habitants deman- 
dèrent à l'intendant l'autorisation de couper une partie des bois pour en 
employer le produit aux réparations de l'église. (Arch. de la Marne, C, /À'2.5.) 



172 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

comme droits, ce qui, dans le iirincipe. n'était quune oITrande 
volontaire; mais les dîmes ne sont-elles pas dues à nos curés? 
Pourcjuoi les en priver injustement et faire des obligations de 
nos oflVandes? Les dimes restituées à qui elles appartiennent 
et pour les(juelles nous les donnons, mettraient en état 
MM. les curés de vivre plus honnêtement, d'avoir plus de 
ressources dans leur maladie et |)Our leur vieillesse, et de four- 
nir aux besoins de l'Ktat. De plus, ils ne se contenteraient pas 
de consoler leurs pauvres dans leurs misères et leurs mala- 
dies, mais ils les soulageraient de leur bourse, ressource dont 
nous sommes privés dans nos plus {)ressants besoins par 
leurs impuissances certainement douloureuses |)our eux par 
raj)[)ort à nous. 

S'il est agréable à notre Roy bienfaisant d'appelei auprès de 
lui sa nation fidèle, il n'est i)as inoins llatteur à la partie du 
Tiers état de sa nation de se placer à l'ombre de Sa Majesté 
pour être garantie de la misère et de la persécution (jue lui 
font éprouver ceux de qui elle devrait être, en quclcjuc façon, 
adorée, puisqu'elle fournit à leurs besoins et à leur luxe ; ils 
sont hommes, ils ne devraient donc point se rendre étrangers 
à ce qui intéresse l'homme ; (pi'ils i)ensent du moins ([ue ce 
(jui sert à leurs plaisirs est mouillé de nos sueurs et de nos 
larmes. 

D'après toutes ces considérations nos vœux généraux sont : 

[Ici le cailler reproduit « les vœux du Tiers ctnt » ((ui figurent à hi 
suite du cailler de Bethon (page 107), avec les (|iie](|ucs jx'tltes modi- 
fications suivantes : 

— Page 108, les |)aragraphcs 1, ô et (i : '( l->eetloii des cours, etc. », 
sont remplacés par celui-ci : 

Création des cours supérieures au projet des grands bailliages 
exécutés (1); n'auront d'autres droits cpie robligalion de juger 
suivant la loi, sans contribuer à faire la loi (ju'clles lecevronl 
du Hoi et de la Nation assemblée. 

— Ia' paragraphe suivant : « .M)olitlon de tout trii>unal d'excep- 
tion '» est complété |)ar ces mois : << s'il se |)cut de justices seigneu- 
riales 1). 



(1) Sur l'ordonnance royale de mai 1788 restée ;i l'étal de projet et trans- 
form.iiit 47 l)aillia^cs cl séiiécliaussccs du rovaume en qniiuls baillinrjrs, et 
aussi Vrdil de juillet Î7H8 sur j'or^^anisation des j^raïuJs l)aillia(^<-s de (lliâlons- 
MU"-Mariie et Laiif^res, voir : Hnilliinjr de Chnloiis. ibid., raliit-i" dTlvrcs, 
page 279, note 1 . 



CHARLEVILLE 



173 



— Le 17« paragraphe de la même i)age : « Moyens pour abolir le 
casuel, etc. », est ainsi libellé : 

Les biens ecclésiastiques ramenés à leur première destina- 
tion ; dîmes aux curés et à tous i)rêtres desservants. Abolition 
du casuel. 

— Page 109 : dans le l'-'' paragraphe, après les mots : « les religieux 
et moines feront le service », on a ajouté ceux-ci : « et où ils élève- 
ront la jeunesse ». 

— Enfin, le cahier s'arrête après ce premier paragraplie, les trois 
autres étant supprimés. — Aussitôt après le mot « sexe » viennent les 
signatures des habitants de Cliantemerle :| 

Simon Cousin, Jean Vincent, Le Clair, etc 

Guérou-Leduc, Barbier, greffier. 
(13 signatures.) 



CHARLEVILLE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. — « A 15 lieues 
N. N. O. de Troyes, au N. E. de la forêt du Gault, et à deux lieues 
N. N. O. de Sézanne. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de 
Meaux ; — diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint- 
Pierre, Saint-Paul et Saint-Loup, à la collation de l'abbé de Chézy-sur- 
Marne. 

Aujourd'hui, canton de Montmirail, arrondissement d'Épernay. 

— Dénombremenl de 1773-1788 : 73 feux roturiers, 1 ecclésiastique 
et 1 noble. — Population : 111 hommes, 133 femmes, 33 garçons et 
31 filles, soit : 308 habitants. — Recensement de 1906 : 358 habitants. 

— Seigneurs : Jean-Antoine-François de Malvin de Montazet, aumô- 
nier du Roi, vicaire général de Metz, abbé commandataire de l'abbaye 
de Saint-Pierre de Chézy, et les religieux de cette abbaye (1). 



(1) Chézy-r.\bba3"e, ou Chézj'-sur-Marne, aujourd'hui canton de Charlj', 
arrondissement de Château-Thierry (Aisne), sur la rive gauche de la Marne. 
L'abbaye de Bénédictins de Chéz}' fut fondée au milieu du i.\« siècle. Au 
moment de la Révolution, ses revenus s'élevaient à 16,697 livres; on y comp- 
tait cinq religieux. (L'abbé A.-E. Poquet : yotice historique et arctiéoloçjique 
sur le bourg et l'abbaye de Chézy -sur-Marne, 1844, in-8° de 50 pages.) 

L'abbé de (>héz\' fut représenté à l'assemblée des trois ordres du bailliage 
de Sézanne (voir, ci -après, le procés-verbal de cette assemblée), par le procu- 
reur de l'abbaye, Dom Maximilien-Juseph Gouiiliai't. Ce personnage, natif de 



174 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— Curé : Claude Muiron. 

— Territoire : 3,630 arpents de terres labourables, 30 de jardins, 
127 de prés, 8 de bois, 10 de terres incultes (dont 2,864 arpents exploi- 
tés par les taillablcs). — Récoltes (an. com.) : 13,300 boisseaux de 
froment (2 pour 1) ; 562 de seigle (2 pour 1) ; 116 d'orge (2 pour 1) ; 
16,333 d'avoine (2 pour 1), cl 135 de sarrasin (2 12 pour 1); 10 nuiids 
de poiré ou cidre. — 16 laboureurs ayant charrue — 60 chevaux ; 
154 bètes à cornes ; 1,124 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 10'' ; de la capitation et 
impositions accessoires : 31 '^ 5J 7/8. — De 1778 à 1787 : taille : 1,100 (en 
1781) à 940 (en 1782). — Kn 1788 : 970 livres pour un revenu réduit de 
5,191 livres (rentes passives déduites : 314 livres); d'après le taux de 
l'élection, elle aurait été de 980 livres. — En 1789 : taille : 940 livres ; 
impositions accessoires : 760 livres ; capitation : 710 livres ; total : 
2,410 livres. 

— Dimes : La moitié au curé, et l'autre moitié aux abbé, prieur et 
religieux de Chézv, seigneurs de Charleville. 



ANALYSE 1)L' PROCÈS -VERBAL. [La paroisse de Charleville 
était composée de 70 léux. — L'avis pour la convocation des Etats 
généraux tut lu et publié le 8 mars 1789. — Les habitants se réunirent 
le même jour sous la présidence de Jean-Raptiste Rlfkkt, ancien pra- 
ticien, « exerçant la justice et mairie de Charleville pour la vacance 
de l'ofïice de mayeur ». — Le procès-verhal constate la présence 
d'Antoine Joneaux, Pierre Gillain, Pierre Martin, Nicolas Moineau le 
jeune, Pierre Tripier, tous laboureurs, Antoine Doltot, syndic, Jean- 
Erançois Poirrier, notaire royal, Sél)asticn Renault, Jcan-Raptiste 
Rouchy, Denis Ricard, Jaccjues .Iaci[uct, Louis Caillourdin, Jaccpics 
Jérôme, Erançois Moineau {}), Jacques Masset, manouvriers, « et 
autres ». — Les députés furent Jean-Erançois Poikrier, notaire royal, 
et Pierre Martin, laboureur, et tous deux membres de la municipa- 
lité.] 

Arch. révul. de Sczaiiiu-, A, '2'i •' : I^rocès-verhal ; - A, "J'i '■ : (^aliiL-i- : 7 jjages 
cotées et paraphées par BulTct. 

SoiHCKS DOC. Acc. - Arcli. de la Marne, C, '.i3ii : Drcjits d'usage dans la 



Saiut-PoI-en-Artois, érolâtre de l'abbaye de Saint - Reniy de Reims (1781), 
leiigicux l)énédictiii de la congrégation de Saiiit-Maur à l'abba3-e de (^hézy 
jusqu'en 1790, revint à Saint-Reiny en 1791 pour y continuer la vie commune 
des religieux, ce qu'il lit jusqu'à la sécularisation définitive, au mois de sep- 
tembre 179*2. — En l)rumairc an .\, il fut élu juge de i)aix du IV arrondissement 
de Reims, fonctions qu'il exerça Jusqu'en 182.") ; il mourut à Reims, le 
.') mai 18*28, léguant au musée sa su|)crl)e collection de tableaux, gravures, etc. 
— Son portrait en costume déjuge de paix, peint j)ar l.lc-Louis l'crin, peintre 
rémois, figure au .Musée de Reims. 

(D t'n prêtre de ce nom, .leaM-(jonii .Moineau, né à (;iiaile\ illc, xicaireà 
•Aix-en-Othe, fut guillotiné à Paris le 2(i juillet 1794. 



CHARLEVILLE 175 

forêt du Gault. — C, 9.)9 : Impositions (1). — C, 1610 : Corvées. — 
C, nW : Atelier de charité ; clieinin de Charléville à Sézanne. — 
(\ 1S25 et 2892 : Kglise et presijytère. — C, 2()()6 : Travail des men- 
diants. - (î. Ui'J'i : (k'nsives de la collégiale Saint-N'icolas de Sézanne. 
— G, 1826 : liiens de la cure. — Aich. de F Aube, G, 8!) et suiv. : Nomi- 
nations de curés (ir)94-177H) . — G, .'}88 : Paroisse Saint-Pierre de 
C,liarle\ille ; biens de la cure ; — etc. 



CAHIER 



Cahier de plaintes, doléances et remontrances qu'entend 
faire au Roi la paroisse et communauté de Charléville, 
bailliage de Sézanne-en-Brie, et des moyens que ladite 
paroisse pense présenter à l'effet de pourvoir et subvenir 
aux besoins de l'Etat, et à ce qui peut intéresser la prospé- 
rité du royaume et celle de tous les sujets de Sa Majesté. 

Art. P'. — Le délicit annoncé dans les finances demande 
des secours prompts ; mais malheureusement le peuple est 
déjà surchargé d'impôt; cependant, il est prêt de subvenir de 
tout son pouvoir pour régénérer les finances de l'Etat ; en 
conséquence, ladite communauté de Charléville proposera les 
moyens qui lui paraissent nécessaires, et elle a l'honneur de 
représenter à Sa Majesté : 

Que le vrai moyen de remplir le déficit serait de former une 
imposition réelle et permanente sur tous les fonds du royaume, 
sans distinction, prérogative ni privilège, soit qu'ils soient 
possédés par nobles, le clergé et par tous autres propriétaires. 
Cette imposition pourrait être représentative de la taille, capi- 



{]) Parmi les demandes de décharges d'impositions, se trouve celle l)ien 
curieuse, faite en 1786, en faveur d'un vieillard centenaire, Jean La Perche, né à 
Gérouville, diocèse de Trêves, duché de Luxembourg, le 23 avril 1676. Le subdé- 
légué de Sézanne écrit à l'intendant : « Le nommé La Perche, plus que centenaire, 
du Clos-le-Hoy, paroisse de Charléville, est encore existant. Par votre lettre du 
19 février dernier, vous me faites l'honneur de me marquer que vous auriez 
désiré accorder à cet homme la décharge de ses impositions aux rôles de 1786, 
mais que d'après les éclaircissements que vous vous êtes procuré, ce iiarticu- 
lier n'est imposé nj' au rôle des tailles, n\' à celui des vingtièmes. . . Vous me 
priez de vous procurer, autant qu'il sera en moy, les moyens de faire ressen- 
tir à ce vieillard extraordinaire des marques de la bienfaisance de S. M. .le 
n'en connais et ne puis vous en proposer d'autres que de solliciter auprès de 
M. le Contrôleur général une pension de deux cents livres, payable par quar- 
tiers à ce vieillard. » Mais Jean La Perche mourut le 10 août de cette même 
année 1786, à 110 ans. 



176 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

tation et vingtièmes, ce i\u\ aiigmeiilerait considérablement les 
finances ; qu'elle voit, ladite communauté, (juc les biens nobles 
ne sont pas portés au (juart de leurs revenus ; en conséquence, 
que les autres trois quarts sont exempts de tout subside ; il en 
est de même des biens ecclésiastiques. 

2. — Que, depuis un très long temps, il subsiste une impo- 
sition sur les plus malheureux citoyens, sous le nom d'indus- 
trie. Et en efTet, un |)auvre manouvrier ou artisan })aie une 
industrie sur des bras (jui, le quart de l'année, sont sans lien 
faire, soit faute d'ouvrage, soit [)ar maladie, (k'tte inij)osilion 
est portée de dix à onze livres par chaciue individu, de manière 
qu'un pauvre malheureux manouvrier, (jui ne tient à loyer 
qu'une petite maison de vingt livres, ne peut être imposé à 
moins de treize à quatorze livres de taille et capitation. Il 
arrive souvent que les collecteurs sont forcés à agir par voie de 
saisie pour se procurer le recouvrement, nouveau fardeau |)our 
le malheureux (1). 

8. — Que les droits de gabelle dans la province de Cham- 
pagne sont exorbitants ; le minôt de sel coûte de (iO^ à (il ^ 15 , 
tandis que dans les provinces qui l'environnent, il ne se paye 
(jue de douze à quinze livres le minot (2). Le moyen de déchar- 
ger la province de ce lourd fardeau serait de mettre le prix du 
sel à un prix égal par tout le royaume, eu égard aux frais de 
transjjort ; par ce moyen, on ferait cesser toute contrebande, 
on suj)primerait tous les enqiloyés et les barrières (jui desien- 
draient inutiles ; on verrait cesser tant de saisies, (renq)rison- 
nements, de j)unitions pécuniaires, et on ne verrait plus les 
chaines chargés de pères de familles ,.s/cj (ju'on enlève pour un 
malheureux gain ; et alors il se trouverait plus de cultivateurs. 

4. — Qu'il en est de même des droits d'aides, droits onéreux 
qui accablent le vigneron ainsi (jue le peuj)le ; il est vrai (jue 



(1) L'industrie à Cliarleville était estimée 1,438 livres (réduite au taux 
entier : 719). - Taille de 1788 : Arcb. de la Marne, C. SO'i. 

.Sur l'évaluation de la taille d'industrie dans la génénililé, voir : Arclt. de 
la Marne, C, 788. — Procès-verbal des séances de l'Àssenihlce prooinciale de 
Champagne de novenxhrc et décembre 1787, page 27. — Of. liailliagc de Chà- 
lons : calner d'Aulnay-aux-Planches, page 4(5. 

La municipalité de (cliarleville adre.ssa à l'assemblée d'élection de.Sezanne 
de 1788, un mémoire sur la taille, les surtaux, etc. (Procés-ncrlxtl, ibid., 
C, 2909.) 

(2) Sur l'impôt de la gabelle, voii- la préface. 



CHAULKVILLK 177 

CCS droits Ibiil une grande pcrccplion, mais les frais immenses 
([u'ellc cause em[)orlenl les deux tiers de la recelte. Joint à cela, 
combien de procès, de saisies, de confiscations, d'emprisonne- 
ments ne causent-elles pas ? On voit un malheureux vigneron 
privé de tout secours, sans pain, sans aliments, chargé de 
lamille et dans la plus grande misère, même ayant des vins à 
vendre, et jeûner faute de débit. Les droits immenses (|u'il paie 
emportent plus de la moitié de la valeur de son bien. Si le plus 
nécessaire lui manque et qu'il s'avise, pour se le procurer, 
d'exporter de chez lui (|uel([ues bouteilles de vin, les commis et 
employés dans les aides ont la barbarie de lui faire des procès 
(jui ne s'arrangent qu'à force d'argent, et souvent c'est ce que ce 
malheureux possède le moins ; on agit sur lui sans miséri- 
corde ; on le saisit, on l'exécute, et souvent on lui fait payer 
cent fois plus la valeur de ce peu de vin qu'il a voulu sous- 
traire aux droits. Que le moyen de supprimer ce droit d'aides 
serait un impôt territorial, soit sur chaque arpent de vigne, 
soit une portion prise dans la récolte ; alors la perception 
deviendrait facile et ferait une augmentation de finances et un 
grand soulagement pour le cultivateur ; il aurait la liberté du 
fruit de ses travaux, et qui, pas suite, rejaillirait sur le 
peuple (1). 

5. — Que la contribution représentative de la corvée paraît 
assez raisonnablement instituée, mais cependant il se commet 
encore plusieurs abus qu'il est bon de réformer. On lève sur le 
peuple le sixième et plus des impositions, et c'est ordinairement 
ceux qui ne fréquentent jamais les routes qui les paient. Ni les 
grands, ni le clergé, qui se servent de ces chemins, n'en paient 
rien, et tout se porte sur le cultivateur et sur le malheureux. 

On désire que tous les citoyens du royaume concourent 
également à la confection de ces routes, ce qui ne peut se faire 
qu'en imposant soit sur les fonds, soit sur toutes impositions. 
Un autre abus à réformer, c'est que les impositions qui se 
lèvent pour représenter la corvée, ne sont point appliquées 
dans l'élection qui les paie : souvent on établit des ateliers sur 



(1) Voir le cahier de Ber};cres-sous-Montniirail, page 97. 

Si le terroir de Charleville ne produisait pas de vignes, quelques paroisses 
environnantes étaient plantées en vignobles, que les orages des 22 mai et 
15 juin 1787 avaient ravagées. (Procvs-verbal de l'Asseinblcc de l'élvction de 
Sczanne de 1187. — Aich. de la Marne, C, 2906".) 

12 



]7tS HAII.LIAC.K DK SKZANNE 

une seule élection et on y porte in contribution des autres, de 
manière que, depuis plusieurs années, il y a des routes ouvertes 
et qui paraissent abandonnées. Les terrains sont restés vagues. 
Le propriétaire en est privé et les chemins ne se l'ont pas (1). 

(). — Qu'il est encore un autre abus à réformer ; c'est la 
mendicité. On voit par toute la France, (juantité de lainéants 
c[ui sont conçus et élevés dans l'art de mendier, (jui en pro- 
duisent des autres, et que, pour soutenir leur fainéantise, ils 
mendient avec insolence et avec menaces pour se procurer du 
pain et de l'argent (pi'ils sacrilient souvent dans des débauches. 
Que le moyen de réformer cet abus et doinier la tranciuiliilé aux 
citoyens, serait de forcer ces malheureux à choisir un domi- 
cile qui, de préférence, serait celui de leur famille ou de leur 



(1) Corvées de (^liarlcville : Arch. de la Marne, C, IGtO. 

La paroisse de Charlcvillc s'était plainte à l'.Assenihlée de réleetioii de 178.S 
que ses chemins, et notamment sa principale rue, devenaient très dan<«ereu.\ 
et presque impraticables pendant la majeure i)artie de l'année. Elle demandait 
qu'on « exhaussât la superticie de la rue et que, des deux côtés de cette rue, 
« qui avait i)rés de 100 pieds de largeur, on pratiquât des fossés de douze pieds 
« sur trois de profondeur, pour, de ces terres rapportées au milieu de la rue, 
(i y établirune chaussée de 24 pieds de largeur, avec un glacis au bout d'icelle. >> 
Elle demandait en outre « subsidiairement, qu'une partie des foiuis de charité 
« fût employée à finir le parc de Eaehy (voir ce cahier), et présentait une 
« simple estimation des ouvrages à faire, qu'elle portait à 400 livres, offrant 
« de contribuer jjour une somme de 48 livres. » 

Le bureau de l'Assemblée répondit « que c'était à cette paroisse à s'impu- 
tt ter le désordre affreux où elle prétendait que se trouvait aujour^l'luii l'inté- 
« rieur de sa principale rue, dont l'entretien est nalurellement à la charge de 
« ta communauté ; que ce motif qu'il était peut-être essentiel de ne pas perdre 
« de vue tout à fait, parce que, comptant sur des fonds assurés de charité, 
« bientôt toutes les paroisses négligeraient à l'envi de faire chez elles les 
« premières réparations et les entretiens nécessaii'es pour empêcher leurs rues 
« de se dégrader entièrement i — que ce motif, d'après le tableau du danger 
« que cette communauté i)résentait, n'empêcherait |)as le bureau de proposer 
a de lui accorder quelques secours s'il |)ouvait y apercevoir un but il'utilité 
« ])ublique, mais que, d'après les renseignements exacts pris à ce sujet, on 
'< l'avait assuré que ces réparations, qui ne laisseraient j)as que d'être consi- 
« dérables, ne profiteraient qu'à un ou deux villages et à cette paroisse qui 
« n'offre pas ce qu'on appelle un seul passage de communication, ni même 
" une offre annuelle de contribution, mais une simple somme de 4.S livres ; 
» (|u'ainsi la demande ne paraissait pas dans le cas d'être admise, du moins 
« pour le moment. •• ll'rocvs-i'crhal île IISS, ibid.. page 'A'2. Arch. de ht 
Marne, l'., '2'.H)U.) — 1/atelier de charité fut cependant établi quchpics mois 
après, et se mit à exécuter les travaux nécessaires ])our rendre praticable une 
partie du chemin allant des villages de Charleville, IJoissy et 'l'rosnay à 
Sézanne. (Ibid., C, 1130.) 



r.HAH\Y-LK-HACH()T 179 

naissance ; alors ils travailleraient malgré eux, et chaque 
paroisse n'aurait (jue ses [)auvres à nourrir (1). 

Qu'il y a encore, dans plusieurs villes du royaume, un droit 
considérable qui se ])erçoit sur les grains, dans les marchés, 
sous le nom de minage ; il est, dans certaines villes, du vingt- 
huitième, dans d'autres même, jusqu'au vingtième boisseau, ce 
qui lait un fardeau pesant pour le cultivateur ; seuls, les nobles 
et les ecclésiastiques en sont exempts, ce qui fait que les mar- 
chés de ces villes sont presque vides, et les grains y sont toujours 
très chers, i)arce que les cultivateurs exportent leurs grains 
dans les villes où on ne paie qu'un denier par l)oisseau, et le 
pauvre en est la victime. Il serait bon de modérer ce droit à un 
taux uniforme par tout le royaume (2). 

Fait et arrêté en l'assemblée tenue audit Charleville, cejour- 
d'hui 8 mars 1789. 

JoNEAUX, Pierre Gn.LAix, Jérôme, Moineau, Pierre 

Tripier, etc 

DoLTOT, syndic, Poirrier, Buffet. 
(15 signatures.) 

Paraphé ne varietiir, au désir de l'acte d'assemblée de 
cejourd'hui 8 mars 1789. Buffet. 



CHARNY-LE-BACHOT 



SITUATION ADMINISTRATIVK ET ECONOMIQUE. — « A sept 
lieues et demie N. 1 '4 N. O. de Troycs, au N. E. de Méry, sur la rive 
gauche de l'Aube qui y forme une grande île, à une demi-lieue S. S. O. 
de Plancy. n 

— Généralité de Chàlons. élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis, paroisse Saint-Etienne, à la 



(1) On avait, de 1778 à 1787, tenté d'établir des filatures à Sézanne et à 
Charleville pour le travail des mendiants. {Arch. de la Marne, G, '2006.) 

Sur les tentatives faites pour l'extinction de la mendicité, voir les cahiers 
d'Aulnay-aux-Planches, Matougues (cf. Bailliage de Chàlons, pages 45 et 44.')), 
et Hoissy-le-Repos (Bailliage de Sézanne, page 115). 

(2) Sur le droit de minage, voir la préface et le cahier de Sézanne, page 25. 



180 HAILLlACiE DE SK/.ANNK 

collation de Icvèciiic de Troycs ; — poste ; grenier à sel il'Arcisd). 
Aujourd'hui, commune du canton de Mérv-sur-Seine, arrondisse- 
ment d'Arcis-sur-Aubc. 

— Dt'iiombiTiui'iil de Ill'i-llSl : (il feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Po])ulation : 82 hommes, 97 Icmmes, 14 jfarçons et 17 lilles, 
soit 21(1 hal)ilants. — licccnscini'iil de 1906 : 197 habitants. 

— Seif/neur : (Claude (iodart d'Aucour, ccuycr, conseiller secrétaire 
du Hoi, maison couronne de France et de ses finances honoraire, sci- 
j^neur, baron de Plancy |de la seigneurie duquel (-harny-le-Hachot 
dépendait) (2). 

— Curé : Kdmc-lMerre Hochot. 

— Terriloire : 1.800 arpents de terres labourables, 10 de jardins, 
01 de prés, 80 de terres d'usage. — Récoltes (an. corn.) : 1,500 bois- 
seaux de froment (2 3/5 pour 1) ; 14,040 de seigle (2 3/5 pour 1) ; 
1,500 d'orge (2 3 5 pour 1) ; 14,040 d'avoine (2 .'15 i)our 1). — 23 labou- 
reurs ayant charrue. — 72 chevaux ; 101 bétes à cornes ; 500 bètes à 
laine. 

— Impositions .Taux de la taille : 2^0'' 2 8; de la capitation et inqxjsi- 
tions accessoires (non indiqué).— De 1777 à 1780 : taille: 720' (en 17K{| 
à 880 (en 1779). — Kn 1787 : 820 livres i)our un revenu réduit au taux 
de 5,()79 livres, déduction faite de 493 i 5-^ de rentes passives (d'après le 
taux commun de l'élection : 830 livres) {',]). — Kn 1789 : taille : 830 livres ; 
impositions accessoires : 009 livres ; Capitation : ()27 livres ; total : 
2,120 livres. 

— Dimes : A l'abbé de Vauval, prieur de Hhèges (4); — au curé^ 
les menues dîmes et les novales. 



(1) Courtalon, et après lui MM. Théopliile lioutiot et Hinilc SocanI (I)icl. 
iopog. (le l'Aiilfe), l'indiquent à tort comme faisant partie du l)aillia}^e de .Méry- 
sur-Seine. 

(2) Harou (1. de Pi.a\cv : Le M<ii(iuis<il de l'Iancij el ses Seifineuis, p. '2'M ; 
— voir le eaiiier de IMancy ci-après. 

(I Cette terre (de Plancy) — dit un acte de vente de 17(>4 — rè^'ie par la 
« coutume de Meaux. réunit les plus l)eaux droits. lOlle est située sur la rivière 
« d'Aube, qui traverse le bourg, à trois lieues de Saint .liist. Kile est compo- 
« séc du bourg de IMancy et des villages de (^lamplleur}-, Ciiarny et le 
« liachot... « IMus loin, le même acte stipule que le seigneur a notamment 
« droit de deux corvées à chevaux et à bras, par an, sur tous les liabitans tUi 
« marquisat, à l'exception de ceux du Hacliot... droit de sauvement ou ave- 
« nage sur tous les habitants du IJacliot, qui est de huit boisseaux d'avoine, 
« par an, par chaque habitant... », etc., outre les droits seigneuriaux ordi- 
naires de cens, chasse et pèelie, rouissage des chanvres, foires et marchés, 
houciierie, péage, banalité, etc.. 

Ci} Le calcul, d'après l'évaluation des revenus, déduction laite des rentes 
passives et des frais, aurait dû donner SOI) livres \umv la taille de 1787 ; mais 
les oflieiers de l'élection indiquent qu'ils « l'augmentent de 'JO livres pour la 
rapiuocher du taux ». 

(4) Le prieuré de Saint-.Sulpice de Hhèges, de l'oidre de CUiny. dépendait 
du doyenné de (jaye. Il se trouvait situé sur la rive gauche de la Marhuise, 
entre .Arcis et Charny-le-Hachot. 



CHAUNY-LE-BACHOT 



181 



AXAI.YSH DU PROCES-VERBAL. [Le village de Charny-lc-Racliot 
était composé de 53 feux. — L'avis pour la convocation des Etats 
généraux lut lu et publié le l^iniars 1789.— Les habitants se réunirent 
le (), sous la présidence de Denis-Nicolas Daxtox (1), syndic et pro- 
cureur en la justice de Plancy et de Charny-le-Bachot. — Le procès- 
verbal constate la présence de Jean Clivot, bourgeois, Pierre Millcz, 
bourgeois, François Chevallet, laboureur, Pierre Danton, laboureur, 
Etienne Fremont, laboureur, .lean Jollain, laboureur, Etienne Lenioine, 
laboureur, François (lourlangc, laboureur, (Charles Drouin, labou- 
reur, Jean-Baptiste Potiez, Etienne Millez, laboureur, Claude (élément, 
laboureur, Pierre (Clivot, laboureur, Jean Clivot, laboureur, Pierre 
Danton, laboureur, Claude Bourgoin, laboureur, Eloy Lorain, mar- 
chand, Joseph Bourquin, Claude Gravelle, Pantaléon Lachaux, 
marchand, Alexis Mugot, Pierre-Henry F"rémont, laboureur, François 
Combe, laboureur, Nicolas Renault, Jean Renault, laboureur, Jacques 
Danton, grelïier (2), Jacques Siniart, Philippe Nouvillier, et encore, 
d'après les signatures, Nicolas Arnoult, Ployé, Charles Jollain, Cossat. 
— Les députés furent Charles Duorix et Etienne LiiMoiXE.) 



Arch. rci'ol. de Sézannc, A, 'J.')' : proccs-vcr))al; — ,1, 2,3'' : caliicr : 8 pages 
non cotées ni paraphées. 

SoiRCES DOC. Acc. — Aich. de l'Anbc, ('., l'.ill et 1312 : Administration de 

la communauté ; rôles de la taille ; états des biens, des haliitants, des 

récoltes, etc. ; comptes des syndics ; pont du Bachot ; presbytère ; 

écoles; salpêtres. — G, 70 et suiv. : Nominations de curés (lôGU à 1773). 

— G, 2.99 et 391 : Paroisse Saint-Ktienne de Cliarny ; liiens de la 

cure ; dîmes ; — etc. 



C A H I E II 
Cahier de doléances des habitants de Charny-le-Bachot. 

Les habitants de Charny, assemblés le 6 mars 1789, ont 
chargé leurs députés à l'assemblée des Etals généraux du 
bailliage de Sézanne, qui doit se tenir audit Sézanne, de déchi- 
rer que, pénétrés de la plus vive reconnaissance envers Sa 
Majesté, qui veut bien donner, dans cette circonstance, une 
preuve manifeste de son tendre amour pour ses peuples, et 
du désir qui l'anime d'assurer leur bonheur, ils l'ont profes- 
sion d'une fidélité et d'un attachement inviolable à sa personne 
sacrée et à la forme actuelle du gouvernement et, qu'usant 



(1) Sur la famille Danton, voir Loiuiiirville et Plancij. 

(li) Hail d'une terre de Jacques Danton, Anne Danton et la \euve de (lilles 
Danton, tous laboureurs à Charny-le-lîachot en llSl.(Aich. de F Aube, E, 111.) 



182 BAILLIAGE DE SEZAXNE 

de la libellé (jii'elle veut bien leur donner, ils croient pouvoir 
faire plusieurs remontrances et doléances touchant l'admi- 
nistration des finances ou les impôts, l'administration de la 
justice, l'agriculture et l'ordre public ; ensuite, jjioposer des 
moyens de remédier aux abus : 

Adniiiiistralion des finances on iiupàls. — Le Iroj) grand 
nombre des charges île finances, de receveurs généraux et 
particuliers, de directeurs, contrôleurs, commis et employés, 
est infiniment onéreux à l'État, absorbe une partie considérable 
de ses revenus. Les privilèges accordés au Clergé, à la Noblesse, 
vu l'étendue de leurs possessions, font tomber, sur les habi- 
tants de la campagne, la majeure partie des charges publiques . 
la taille, qui i)èse uniquement sur eux, servant de base à la 
caiùlalion, aux impositions accessoires, à la contribution 
représentative de la corvée (1), leur en fait supporter le plr.s 
grand poids ; une infinité de contributions particulières et 
locales, souvent arbitrairement imposées et réparties, des 
charges que le crédit des seigneurs parvient à leur faire im[)o- 
ser, des droits seigneuriaux très onéreux, la dureté, les exactions 
des receveurs des deniers royaux, les vexations, les procé- 
dures iniques des commis aux aides et gabelles, leur enlèvent 
le fruit de leurs sueurs, de leurs travaux, la subsistance de 
leurs familles. 

Il est un genre d'impôt, sacré dans son origine et son 
objet, respectable par son antiquité, acquitté par les seuls 
habitants de la campagne, et (jui leur devient de plus en plus 
onéreux parce cpi'il ne remi)lit plus l'objet de son iustitulion. 
La (lime a été accordée aux [)asteurs comme une récom- 
pense de leurs tiavaux ; ils devraient y trouver de (juoi vivre 
d'une manière digne de leur état, des moyens de pourvoir 
au soulagement des malheureux (jui les environnent, et de rem- 
plir avec décence et majesté les sid)limes fondions de la religion. 

Les bénéliciers simples ont enlevé, dans la plus grande 
partie des paroisses, le |)alriin()ine des pasteurs. (>eu\-ci. 



(1> Voir ci-avant les rcnsei;,'nciiUMits sur la situation t'foiioniir|ue (if la 
communauté et aussi les rôles des tailles <le l()7(i à 17X8. Kn 17S(), le nombre 
(les conti'ihuahles participant à l'imposition de la taille s'c-levait à 110, dont 
()4 (itaient dornicilit-s sur le territoire de (".liarny. Le nondire d'Iiahitanls étail 
d'environ 'JlO. l'ius de moitié étaient dune indigents. (Anii. de l'Atihc, 
<:, t:ill.) 



CHARNY-LE-BACHOT 183 

vivant dans une espèce d'indigence, sont hors d'état de venir 
au secours de leurs semblables. Les temples sont dans un état 
de caducité eft'rayante et de nudité révoltante. 

Les paroisses sont souvent entraînées dans des procès rui- 
neux par des décimateurs qui refusent d'acquitter les charges 
de leurs bénéfices. Des villages considérables manquent de 
pasteurs résidants, parce que des gros décimateurs se sont 
réunis pour former la pension d'un seul pasteur pour deux 
troupeaux ; il s'ensuit que, quelque soit le zèle du curé, l'ins- 
truction est négligée, les saints offices sont célébrés avec 
moins de décence et de majesté, et souvent les malades, les 
moribonds sont privés des secours spirituels par l'éloignement 
des pasteurs (1). 

Administration de la justice. — L'administration de la jus- 
tice n'olTre pas de moindres abus, et il n'en est pas qui en 
ressentent plus les effets que les habitants de la campagne. 
Ces abus naissent, pour la plupart, de la vénalité des charges 
de judicature, des vices du code civil et criminel, de la trop 
grande étendue des ressorts. 

La vénalité des charges, souvent, établit dans des places 
qui requièrent des lumières, du zèle, de la probité, des per- 
sonnes dont le moindre défaut est celui des talents, et en écarte 
des hommes à qui il ne manque, pour les occuper digne- 
ment, que les moyens de les acquérir. La complication des 
formes judiciaires fournit à la fois aux suppôts de la chicane 
les moyens d'exercer leur rapacité, et à l'homme injuste, 
lorsqu'il est puissant, la facilité de dépouiller le faible qui 
manque de fortune et de courage pour s'engager dans les 
routes tortueuses et meurtrières de la procédure. Combien 
de fois n'a-t-on pas vu, par le vice du Code criminel, l'innocent 
confondu avec le coupable. 



(1) On a vu que la dîme était perçue parle prieur de Rlièges, qui ne laissait 
au euré que les menues dîmes et les novules, évaluées à 200 livres ])ar an, i)lus 
un gros estimé 370 livres 13 sols i deniers, soit au total : ,')70 livres 13 sols 
4 deniers. (Arvh. de l'Aube, ('., ll]l'2.) 

Les habitants dont les ressourecs étaient nulles (les eomptes des syudies 
ne eonstatent aueune recette), étaient obligés de réparer et d'entretenir le pont 
de charpente sur l'Aube, i)rés du hameau du Hachot, le presbytère, et aussi 
d'assurer au maître d'école un salaire annuel de l.")!) livres, y compris le 
casuel. (Arch. de l'Aube, ibid.) — Sur le j)ont du lîacbot, voir le cahier de 
Ohamptleury, page 151. 



184 haii.liaok dk sk/.annk 

La [vo[) i;r:uuk' ôlciidiu' des ressorts dos cours supérieures, 
la juridiction liop restreinte des justices de second ordre, 
ceitains j)ri\ilèges accordés par lettres de coniniittinuis, éloi- 
gnent trop les justiciables tle leurs juges, les constituent dans 
des Irais énormes (|ui ruinent souvent celui même (jui a 
triomphé des poursuites injustes. 

Les successions des personnes qui laissent des héritiers 
mineurs, souvent sont spoliées par les procédures que la loi 
prescrit pour assurer leur conservation. Les frais d'appositions 
de scellés, d'inventaires, de création de tutelles et curatelles, 
enlèvent aux mineurs souvent l'indispensable nécessaire à leur 
entretien, à leur subsistance. 

A(/ricnllure. — L'agriculture dépéril cluuiue jour par la 
multitude des charges que sont obligés de supporter les 
cultivateurs, et par une suite du système trop généialement 
adopté, de iavoriseï- le commerce, d'étendre les manufactures. 
Les jeunes gens désertent les campagnes dans l'espoir de 
trouver dans les villes, moins de charges et une subsistance 
plus aisée, ou, entraînés par ra[)pàt d'un gain plus considé- 
rable, en se livrant à un genre de travail moins pénible ; ils 
abandonnent l'honorable profession de leurs pères, renoncent 
à la culture des terres ; d'où il résulte que les terres moins 
cultivées sont moins fertiles, (|ue les moissons dépérissent 
faute de liras pour les recueillir aux tem[)s convenables. 

Les étalons distribués dans les camjjagnes sont très oné- 
reux aux cultivateurs, tant à cause des privilèges accordés 
aux gardes d'étalons, qui font rejaillir sur la communauté la 
part de leur im|)Osition, (jue par les contributions auxcjuelles 
sont assujettis les possesseurs de juments sujettes à l'étalon ; 
et les étalons, d'ailleurs loin de servir à l'amélioralion des 
r.ices, nuisent l)eaucon|) à la propagation (le l'espèce la plus 
l)ropre à la culture des terres (1). 

Ordre i>iihlic. La police est absolument négligée dans 

les camj)agnes. Les règlements établis pour le maintien de 
l'iirdre, pour la conservation des pr()j)riétés, pour le bien-être 
du général et des particuliers, sont al)S()lument méprisés. Les 
désordres se mulli|)lic'nl f;nite de frein (pii en arrête le cours. 



1 



(1) \'cjir li's i-iiliici's (il- Hiirboiinc {lUiillidijc ilr Svziiiiiic, |)a},'c iS7), cl de 
Coulmicr-la-l^liiiusscf (liaillidijc de C.liùlons, pa^c 'À\i\). 



CHAIINY-LK-BACHOT 185 

La inciulicilc', fruit de la paresse el de la débauche, s'aceroil 
à l'excès ; elle niel tout à contribulion daus les cauipagnes, 
el répand parloul la terreur. On est assailli, dans les cani- 
l)agnes, d'une niultilude de vagabontls, de gens sans aveu, et 
les personnes préposées pour les surveiller les laissent en paix 
exercer leurs ])rigandages (1). 

MOYENS UE REMÉDIER AUX ABUS CV-DESSUS, PROPOSÉS 
PAR LES HABITANTS DE CHARNY. 

Administration des Finances. — !« Consolider rétablissement 
des administrations jjrovinciales ; 

2" Charger les administrations provinciales de la répartition 
générale des impôts susceptibles de répartition, el du recou- 
vrement général de tous les impôts pour être versés directe- 
ment au trésor royal ; 

3^ Suppression des intendants, des charges de finances, de 
directeurs généraux et particuliers, contrôleurs, commis et 
employés ; 

4» Charger les municipalités du recouvrement sans irais 
des impositions de chaque communauté , pour être versées 
à la caisse de la province ; 

5" Etablissement d'un impôt unique et territorial perçu 
en nature sur toutes les productions, pour tenir lieu de la 
taille, capitation et vingtième, lequel serait payé par tous 
les ordres, sans exemption, privilège ou abonnement ; 

6° Contribution en argent sur les maisons, châteaux, jar- 
dins de plaisance, relative à l'étendue du terrain qu'ils 
occupent et à la valeur des productions qu'ils pourraient 
porter ; 

7" Taxe sur les artisans et commerçants proportionnée au 
profit qu'ils peuvent faille dans leur art et commerce, et au 
nombre de métiers et d'ouvriers qu'ils emploient ; 

(So Suppression des gabelles ; établissement de dépôts de 
sel dans cha(jue paroisse, sous la responsabilité de la muni- 



(1) Un des nomades connns sons le nom de salpètricrs, et que les habi- 
tants d'Allil)audiéres semblent assimiler aux vagabonds (voir ee cahier, p. 49), 
s'était établi, à cette époque, à (^harn\-le-Hachot. Les s\ndic et principaux 
habitants de ce villaf;e attestèrent qu'il avait séjourné deux mois parmi eux, 
avait consommé 9 cordes de bois et fal)ri(iué 'SM) livres de sal])étre. (Arch. de 
rAnbc, C, i:nt.) 



18(i BAILLIAGE DE SÉZANNE 

c'ipalilé chaif^ée dcii faire faire la vente à un prix lixé par 
l'adminislration provineiale, sans eoiilrainte envers les par- 
ticuliers ; 

\)" Sup])ressi()n de la contribution re|)résenlalive de la 
corvée ; établissement d'un droit de péage sur les voitures, 
chariots et chevaux de rouliers, et d'un droit par postes sur 
les chevaux, voitures de [)oste et équipages de grands sei- 
gneurs ; 

10" Suppression des aides ; établissement d'une taxe sur 
les vignes après des déclarations exactes ; 

11'^ Modération des droits seigneuriaux ; 

12" Rétablissement des curés dans le droit naturel et pri- 
mitif de percevoir la dîme sur le territoire de leur paroisse ; 

13" Suj^pression de tout casuel , et obligation aux curés, 
en vertu du droit de dîme, de faire faire toutes les réparations, 
grosses et menues, des églises et presbytères, excepté le cas 
de reconstruction ; 

14" Prélever chaque année, sur les dîmes, une somme 
(jui sera déposée dans le coffre de la municipalité pour ser- 
vir aux reconstructions d'églises et presbytères, lorsqu'elles 
seront nécessaires ; 

l.V Suppression du l)inage (1) et établissement de curés 
ou vicaires résidants dans les annexes ou succursales. 

Administration de hi Justice. — 1<^ Suppression de la véna- 
lité des charges de judîcature ; 

2" Réforme du Code civil et criminel ; 

3^ Abréger les formes de la procédure et déterminer un 
esjiace de tem[)s entre lequel les procès devront être jugés 
sans Irais ; 

4" Rapprocher les tribunaux des justiciables et, à cet elfet, 
restreindre la tiop grande étendue des ressorts des cours 
suj)éiieures, et donner une plus grande étendue de juridiction 
aux i)résidiaux et bailliages ; 

ô" Toute apposition de scellés et inventaires lors du décès 
de personnes (pii laissent des héritiers mineurs, faite gratui- 
tement, ainsi (pie les actes de tutelle et curatelle et émanci- 
pation ; 



(1) Actimi (lu pritif (|iii << bine ». riui dit di-iix iiu'ssi-s. rime (l:iiis la 
paroisse, l'autri- diins la succ-ursaU*. 



CHARNY-LE-BACHOT 187 

6" Suppression de privilège par lettres de coinmilliuuis ; 

7» Donner aux juges des justices seigneuriales deux con- 
seillers ; 

8" Une seule et même coutume, ainsi que les mêmes poids, 
les mêmes mesures dans toutes les provinces. 

Agriculture. — 1° Opposer une barrière aux établissements 
trop multipliés des manufactures dans les campagnes (1); 

2» Encourager l'agriculture par des récompenses et des 
distinctions accordées aux meilleurs cultivateurs de chaque 
communauté ; 

3» Assujettir rigoureusement au tirage de la milice tous 
entants de cultivateurs qui abanjdonneront la profession de 
leurs pères pour s'adonner aux manufactures ; 

4° Exemption du tirage de la milice accordée aux enfants 
des laboureurs et cultivateurs suivant la profession de leurs 
pères, et aux domestiques des cultivateurs qui n'auraient pas 
d'enfants pour les soulager ; 

;> Suppression des étalons ; récompenses accordées à ceux 
qui formeront de beaux élèves. 

Ordre public. — 1° Faire des règlements de police pour les 
campagnes, tant pour le maintien du bon ordre que pour la 
conservation des propriétés ; 

2" Etablir dans chaque paroisse un officier de police chargé, 
sous l'inspection de la municipalité, de veiller à leur exécution 
et de dénoncer, au siège le plus prochain, les désordres et 
infractions auxdits règlements ; 

3'^ Empêcher toute mendicité religieuse et autre en établis- 
sant des bureaux de charité ])our les infirmes, et en dotant, 
au moyen de bénéfices simples, les communautés religieuses 
mendiantes ; 



(1) \'oir le caliicr de Hannes, page 78. 

La bonneterie eomnieiiça, à Méry et aux en\iroiis, en ITôcS. Les premiers 
fabricants, nommés Antoine Parnot et Louis liazin, donnèrent les premiers 
éléments et, en 17fi(), cette industrie avait déjà de noml)reux travailleurs. N'ers 
1789, on constata un temps d'arrêt. Mais, dés 1791, le nombre de métiers 
aufîmenta considérablement dans cette région. Arcis, d'abord, avait donné 
l'élan, Mér}', puis Plancy achevèrent de multiplier les fabricants. A cette 
époque, les marchands en gros allaient à Paris une à deux fois l'année pour 
3' vendre leurs produits... (Hakiot : liecherchcs mir le cunlon de Ménj-siir- 
Scinc, page ôfiS.) 

A Charn\-le-Bacliot, sur 210 habitants, dix étaient occui)és à la tilaturc du 
coton. (Arch. de l'.iiibc, C, i'iri.) 



18iS HAILLIAf.K DE SKZANNK 

4'' Assiijellir la niaréchaiissét' à des rondes plus IVéciiienles 
el à des peniuisitioiis plus exactes des vagabonds. 

Tout ce que dessus a été délibéré et arrêté [)ar les babilnnts 
soussignés, en présence de nous, Denis-Nicolas Danton, i)ro- 
cureur au bailliage de Plancy el {>harny- le-Hacbot, i)our 
l'absence du juge ordinaire, ledit jour (i mars 17<S9. 

Danton, procureur, Kloy Lohain, V. (>livot. Jean 

JoLLAiN, V. Danton, etc 

Danton, greffier. 

(23 signatures.) 



CHATILLON-SUR-MORIN 



SITLATIOX A1)M!XIST11ATIVI:i:T 1:C()X()MIQUH. — « a 11 lieues 
N. (). (le Troycs, sur le penchant dune colline. » 

— Généralité de Cliàlons, élection de Troyes, coutinue de Meaux ; 
— (liocèse (le Troyes, doyenné de Pont-sur-Seine, paroisse Saint- 
Léger, à la collation de Tabbesse de Bricot ; — niesurc de Villenauxe. 

Aujourd'hui, canton d'I^stcrnay, arrondissement d'ivpernay. 

— l)i' nombre me ni de J/Ki-l/Sl : ')() feux roturiers tt 1 ecclésias- 
ticpie. — Population : 77 hommes, 98 femmes, 41 garçons et 36 tilles, 
soit 2r)2 habitants. — Recensement de l!f()(! : 2î)() habitants. 

— Sei(/neur : Pierre-François de San-Marsal, m;u-(piis de (".ouros 
et d'Ksternay, baron d'.VuriUac, ca|)itainc au réL(inienl des cuirassiers 
du Roi (1). 

— (Allé : Piei re-l-]lie (Miabeuil. 

— Territoire : 1,500 arj)ents de terres labourables, 16 de jardins, 
210 de prés, 56 de bois (1,674 arpents de biens- fonds exploités ]);u- 
les taillablcs). — Récoltes (an. com.) : i),."{(î() boisseaux de froment 
(.'} 15 i)our 1); 518 de seigle (.'i 15 i)our 1); 600 d'orge (.'} pour 1) ; 
11,250 d'avoine ('.> pour 1 ). — 6 laboureurs ayant charrue.— 26 che- 
vaux ; 80 bêles à cornes ; 600 bêles à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 2~7'i; des impositions acces- 
s(nres et de la capitation : .'{1^ ."{'i pour livre de la taille. — De 1777 à 
1786 : taille : (ilO (en 1778) à ()()0 (en 178()).— V.n 1787 : ()()0 livres pour 
un rcvrnu réduit de 5,252' 10% avec déduction de 171 livres de rentes 



ri) \'oir bio^ropliie au caliior d'IIslcniay. ~ La terre de ("liàlillon-sur- 
.Ntoriii avait, par contrat du '2',i janvier l.Vil, été jointe à celle d'KsIernay. — 
Le eointe de (laylus, indiriué eiieore comme seij^neur par (lourtaion et sur le 
registre de lu taille de 1787, venait de vendre cette terre au baron d'Aurillac. 



CHATILLON-SUU-MOKIN 189 

passives (siuvant le taux coinimiti de rélcction : 77.'{ livres). — 
En 1789, taille : 700 livres; impositions accessoires : 564 livres; capi- 
tation : 529 livres ; total : l,79.'i livres. 

— Dîmes : Au prieur de Saint-Julien de Sézanne, à l'abbessc de 
Bricot (transférée à l'abbaye de X.-l). de Sézanne), et au sei^^ncur, 
altcrnalivenienl. 

ANWLYSE DU PHOCHS-VEHBAL. |La paroisse de Chàtillon-sur- 
Morin était composée de 6U feux. — L'avis j)our la convocation des 
États généraux l'ut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, 
les habitants se réunirent sous la présidence d'Antoine-Robert-Jean- 
Baptiste Bi:.\UFOUT (1), notaire royal au bailliage de Sézanne, pro- 
cureur fiscal du bailliage et marquisat dEsternay, « dont (>hàtillon 
faisait ])artie ». — Le ])rocès-verbal constate la présence de Louis 
Brouard de Désiré, Louis-Jean-Baptiste Fricault, Louis Lecocq, Jean- 
Remy Jamin, Louis Leclerc, Eloy Doublet, Louis Cocu, François 
Lecocq, François Desroises, Laurent Faystre, Nicolas Desplancbes, 
Nicolas Foulanier, Fierre Poilvert, Claude Laronde, Victor Fagot, 
('laude l'agot, et encore, d'après les signatures, Nicolas Desroises, 
Romain Picard. — Les députés furent Louis Brolahd de Dksikk (2) 
et Jean-Remy Jamix.] 

Aich. réuol. de Sézanne, A, 26": procès-verljal ; — /t,26i': cahier: 3 pages 
cotées et paraphées au bas par Beaufort ; fausse couverture avec mention du 
titre : « Cahier, etc. . . ». 

SoLRCES DOC. Acc. — Aich. (le la Marne, C, ôJ9 : Administration de la 
communauté. — C, 2S13 : Atelier de charité. — E, 7/2 à 776 : Terre de 
Chàtillon-sur-Morin ; familles de Ca^lus et de San Marsal. — Arch. de 
l'Aube, C, 1317 : Administration de la communauté; rôles des tailles ; 
état des récoltes ; comptes des syndics, etc. — G, 77 et suiv. : Nomi- 
nations de curés (lô73 à 1770). — G, 593 : Paroisse Saint-Léger de Chû- 
tillon-sur-Morin : dîmes; revenus de la cure; — etc. 



CAHIER 



Cahier des doléances, plaintes et remontrances de la paroisse 
et communauté de Chàtillon-sur-Morin. 

Les députés du Tiers état seront du Tiers ; 
Les trois ordres travailleront enseml)le ; 
Les suffrages se compteront par tète ; 



(1) Voir ci-après le cahier d'Esternaj-. 

(2) Louis Brouard, né à Vindey en 1727, décédé à Chàtillon-sur-Morin le 
f) novembre 1792, possédait, sur le territoire de cette dernière communauté, le 
fief de Désiré, qui relevait de la seigneurie d'Kstcrnay et lui payait des rede- 



UK) HAII,1,1AC.K Dli SKZANNK 

Tous fitoycMis soumis à la niènie iuiposilion ; 

Le Clergé payera eonime les autres au niènic collecteur (1); 

Le retour périodique des Etats géuéraux, ou plutôt Ktats 
généraux annuels, où les députés conserveront leurs pouvoirs 
pendant six ans ou plus, afin d'éviter l'embarras et les déjîenses 
des élections ; ils fixeront la (juantité et la durée des impôts, 
jugeront de l'emploi des impositions ; 

lù'eclion de cours supérieures ou projet de grands bailliages 
exécuté (2); 

Les cours supérieures n'auront d'autres droits que de juger 
les peuples suivant la loi. sans contribuer à la l'aire, mais elles 
la recevront du Roi et de la Nation assemblée; 

Abolition de tout tribunal d'exception ; 

Etats provinciaux dans lesquels le Clergé sera pris au moins 
pour tiers dans l'ordre des curés ; 

Ouvrages jinblics, manufactures, etc., soumis à leur admi- 
nistration, de même (jue la i)erception des impôts, la légie 
des biens domaniaux et communaux des paroisses ; 

Abolition des aides ; 

Les barrières aux frontières ; 

Les charges publiques supportées par tous les citoyens de 
tous les rangs : logement des gens de guerre, chemins, etc.; 

Abolition des lettres de cachet ; 

Liberté de la presse ; 

Les biens ecclésiastiques ramenés à leurs premières desti- 
nations ; 

Dîmes aux curés et à tous prêtres desservants ; 

Abolition du casuel ; 

Les biens de l'ordre de Malte i)aieront le tiers de leurs 
revenus pour être cuiployé, sous l'aduiiiiislration générale des 
Etats, cl particulièrement des curés, au soulagement des 
pauvres et malades ; 



vanccs. Il était réputé noble et fut cité comme tel à rasseml)lée des trois 
oidrc's du hailiiafjf de Sé/amie, mais il ne fut i)as admis (voir la préface). — Il 
était, du reste, considéré dans le villafje comme un simple cnllivaleur, et c'est 
ainsi (|u'il est souvent désif,'né dans les rej^istres de l'état civil de la paroisse 
avant 17KÎ). (Arrh. du (ireffc d'F.pcrnati.) 

(1) Ici, une phrase a été }{raltée. 

('/) N'oir les cahiers de Ohantemeile (i)af{e 172), et d'Kvres (l{iiilli<i<ir de 
C.hûlàiis, paj{e '27*.)), mentionnant l'ordonnance royale de mai 17.S.S sur les 
farauds baillia{{es. 



CHICHEY 191 

Les ordres religieux et monasti(|iies réunis ; leurs hieus- 
Ibnds appliqués aux hôpitaux et collèges dont les religieux et 
moines feront le service, et où ils élèveront la jeunesse ; 

De même pour les couvents de filles ; 

Les annates accordées au Pape, contre lesquelles le peuple 
a toujours réclamé, abolies : le Roi ne tient que de lui et du 
peuple le droit de nommer aux évèchés et bénéfices consisto- 
riaux ; 

Le sel à un prix commun. 

Fait et arrêté par nous, procureur fiscal de Chàlillon, en 
l'assemblée des habitants dudit lieu, tenue devant nous ce 
jourd'huy 8 mars 1789, et ont, ceux desdits habitants qui 
savent signer, signé avec nous. 

Doublet, Louis Cocu, François Lecoq, Claude Fagot, 

Jean-R. .Iamain, etc 

Beaufort. 
(13 signatures.) 



CHICHEY 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. — « A 12 lieues 
N. N. O. de Troyes, à une lieue S. S. E. de Sézanne, dans une contrée 
marécageuse, près de la rivière d'Auge » (1). 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de Meaux; 
— diocèse de Troyes. doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Etienne, à 
la collation de l'évêque de Troyes. 

Aujourd'hui, commune du canton de Sézanne, arrondissement 
d"l-^pernay. 

— Dénombrement de V 73-1788 : 27 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 50 hommes, 53 femmes, 21 garçons et \'A filles, 
soit 137 habitants. — Recensement de 1906 : 106 habitants. 

— Seigneur : Alexandre-Jean-Josepli Besse, doyen commandataire 
de l'abbaye de N.-D. de Gaye, seigneur ecclésiastique de Gaye et de 
Ghichey, demeurant à Paris, Hôtel de Conti, rue de Grenelle, fau- 



(1) Primitivement, le nom de cette paroisse était La Marche, aujourd'hui 
celui d'un lieudit du fina},'c. Cette circonstance permet de croire qu'à l'origine, 
Chichey était un écart de la paroisse de La Marche. {Lin. des vassaux de 
Champ., \erfi 1220.— FéodaCampanie, w^ 441, l'234-1243. — Poiiillé de Troyes, 
n' 166, note (;, 1597. — M. Lononox : Dict. top. de ta Marne, ouv. cit.) 



192 HAII.I.IAGK I)K SKZANNK 

l)()urji Siiiiil-dermain, paroisse Sainl-Sulpicc ; cl les religieux de 
lalihav e. 

— (hiré : Jean-Hapliste-Xicolas Berlaiul. 

— Terriloiri' : 1,31N arpents de terres labourables, 12 de jardins, 
()0 de i)rés.— /?<''eo//<',s- (an.coni.): 1,2()0 boisseaux de Ironient (2 pour 1); 
:{,75)4 de seigle (2 ])our li; (504 d'orge Ci pour 1) ; à,'à)() d'avoine 
(2 pour 1) ; 101 de sarrasin (2 pour 1).— 1<S laboureurs ayant charrue. 
— 24 chevaux; 70 bêtes à cornes ; lôO bètes à laine. 

— Impusilion.s : Taux de la taille : 4-^ 1/4''; de la eapitalion et des 
impositions accessoires : .'{2 sols pour livre de la taille. — De 1778 à 
17.S7 : 120 len 177.S) à 480 (en 1787). — Hn 1788 : taille : 470 livres pour 
un revenu réduit de 2,450 livres ((rai)rès le taux de l'élection : 
4(iO livres'. — lùi 1789 : taille : 400 livres ; impositions accessoires : 
.'{70 livres; capitation : 'àM livres; total : 1,180 livres. 

— Dinu's : Au curé i)our une moitié, et au chapitre de Saint- 
Martin de Tours et au prévôt de (Lhalautre (1) pour l'autre moitié. 



ANALYSH DU PHOCHS-VKHHAL. |La paroisse de Chichey était 
composée de 150 leux. — L'avis pour la convocation des l^tats géné- 
raux fut lu et publié le l'i mars 1789. — Les habitants se réunirent le 
même jour sous la présidence de Louis Paillahd, syndic, assisté de 
.lacopin, grellier. — Le procès-verbal constate la présence de lUienne 
Lhermé, Louis Grassant, Nicolas Denis, Hernard-Siniéon .lacopin, 
grellier, Hemy IU)bin, Louis Marmet, Sébastien Courjan, et encore, 
d'après les signatures, (Charles Denis, Ayoul Poncclet, .Jean Honnard, 
(Charles Véry, Augustin Merlin, Mégard.— Les députés furent l-ltienne 
Lhehmk et Louis Paii.lahd, le président de l'Assemblée.) 



/1;t/i. rêvul. de Sézanne, .4. 27'' : procès-verbal; — .4, 2/1: cahier : 4 pages 
cotées et paraphées par le syndic Paillard. 

SoiHCKs i)OC. ACC. — Aicli. ilc la M<inu\ C, .¥>'/ : Administration de la 
coinnumauté ; impositions. — (l, UKM : (Capitation. — <l, IGIO : C.or- 
vccs.— C, Um : Pont de Chichey.- C, 1/30 : Atelier de charité(178«). 
— (1, IHW : Église et j)reshytère. — (i, i:i!)'i : Censés à la collégiale de 
Sézanne. — Arch. ilc l'Aiihc. C. //2.j : Pont de Chichey. — G, 11 et 
sniv. : Nominations de curés (l.")(}()-1770). - (1. (UIO : Paroisse Saint- 
Ktienne de Chichey : dîmes, levciuis de la cure ; — etc. 



C A 1 1 II-: u 

La communauté, assemblée pour l'ormer son cahier et rem- 
plir les vues de son |)iiiu-e, s'est premièrement occupée, dans 



(1) CiKilaulre-la-(jrandc, dans le l)ailliage de l'rovins, diocèse de Troyes, 
doyenné de Pont-sur-Seine ; aujourd'hui, canton de \'illicis-Saint-('ieorges, 
arrondissement de Provins (,Seine-et-.Marnej. 



CIlICllEY 193 

ses plaintes et doléances, des inipùls qui regardent la Nation, 
et a remarqué : 

1" Que, dans les impôts de la Nation, le malheureux qui 
supporte le poids du jour et de la chaleur, toujours prêt à 
sacrifier ies fruits de ses travaux pour son prince et pour 
le l)ien du royaume, voyait avec peine que ceux (jui possé- 
daient les plus grands biens ne contribuaient presque en 
rien ; que le moyen le plus juste, le plus équitable, dicté 
par la raison et l'humanité, était que, dans chaque pays, 
tous ceux qui possédaient des ])iens, de quelque nature qu'ils 
soient, soient soumis aux mêmes impositions que le Tiers 
état. 

De là, les privilèges des charges et exemptions, qui ne 
font que tourner au désavantage du royaume et de la Nation, 
en retombant sur le malheureux, ne peuvent qu'exciter la 
réclamation publique et le sentiment d'humanité de tous ceux 
qui en jouissent, puisqu'ils sont comme le malheureux, sujets 
du même prince et membres du même royaume ; et que, 
dans un royaume monarchique, le salut du peuple en est 
la loi suprême. 

De là, les frais des travaux publics ou corvée, qui tombent 
à la charge seule du Tiers état, étant un bien auquel toute 
la Nation participe , la Noblesse doit absolument y partici- 
per sur le même pied que le Tiers état, comme aux tailles 
et autres impôts dont le Tiers état est chargé. 

2o L'assemblée a remarqué avec raison que le laboureur 
est trop chargé en taille et autres impôts, si on considère de 
vue combien il est exposé aux pertes, comme de chevaux, 
vaches, moutons et autres bestiaux ; quelquefois, ses mois- 
sons perdues par la grêle et autres fléaux ; il faut cependant 
que le pauvre propriétaire paie aussi bien que le pauvre 
fermier, et remplisse le trésor royal pendant que les nobles 
en sont exempts et foulent aux pieds le pauvre cultivateur 
qui leur donne la vie. 

3° L'assemblée a remarqué que les pigeons font un tort 
considérable dans les campagnes et qu'il n'y a que les nobles 
et les particuliers les plus riches qui en aient; que l'on con- 
sulte tous les laboureurs de toute la province et on verra qu'ils 
diront qu'il est très à propos de les tenir fermés pendant le 
temps des semences et le précieux temps des moissons, parce 

13 



194 HAILLIAGl-: DK SKZANNK 

c|ue, clans les semences , ils prennent le grain dei-rière le 
semeur, et dans les moissons enlèvent une j)artie dn grain 
et font tondjer l'antre partie à terre; et le fourrage est totale- 
ment perdu par leurs patloties (1). 

(.et abus est très considérable, et on doit, de toute néces- 
sité, y reniéilier pour les tenir fermés pendant (juatre mois (2). 

4" L'impôt (jue l'on nomme minage dans la ville de Sézanne, 
est la ruine des lal)oureurs des environs ; c'est une chose ter- 
ril)le ; cet impôt va prescju'à (juatre boisseaux pour cent ; 
les ecclésiaslicpies et les nol)les en sont exempts. 

Il faut remarquer que cet impôt ne remj)lil pas le trésor 
royal, puiscjue c'est [)our certains ecclésiasti(|ues (jui sont assez 
riches; fardeau terrible qui doit être supprimé ou très modéré 
si l'on veut que les marchés de la ville de Sézanne soient 
suffisamment remplis de grains (3). 

5° Dans la justice, le malheureux (jui est ()l)ligé de reven- 
diquer ce à (juoi il a droit, se trouve prescjue toujours écrasé 
en frais qui absorbent bien souvent le princijjal et au-delà ; 
que, bien souvent même, le client se trouve ruiné avant la 
décision ; en sorte que, l'argent man(|uant, la justice en reste 
là, ce {jui réduit à la mendicité les familles, et laisse aux 
enfants des procès qui ne sont i)as même terminés de leur 
temps, parce ([ue le nombre des années a rendu les choses 
obscures ainsi (jue rcs[)rit de chicane (jui ne règne cjue trop 
dans toutes les justices. 

De là, on demande (jue les frais soient fixés, ainsi cjue le 
nombre des audiences, pour qu'il n'excède i)as le principal 
ou qu'il ne l'égale pas ; et par là, les frais étant fixés ainsi 
(jue le nombre des audiences, la justice se trouve reiulue 
plus promptement. Et les biens de la veuve et de l'orphelin 
ne seront i)lus la proie de ceux (jui en sont établis les défen- 
seurs. 

6'^ La comnumauté fait une représentation à l'égard du 



(1) Ti-nnc local pour iiuliqiiir It-s tract-s, les empi tiiiUs ([ul' laisst'iil les 
patU's (les pigeons dans k-s champs. 

Cl) \'«)ir les arrêts et rigicintiits cii cette maliére, cités aux cahiers 
d'.\iiliiizeii.\ et de F-a (>aure. ((.'A'. lUiilliiujc de C.hùloiiH, pa{,'e 00 et :J()7.i 

Ci) \'()ir la préface et le cahier de .Sé/aime, page 'i.'). 

(le dioil de minage était ])errii, on le sait, par le cha|)itre Saint-Nicolas de 
Sézanne. 



CHICHEY 195 

Irî's mauvais chemin qui est entre le village de Chiehev et 
Sézanne : ce chemin est écrasé et inhabitable par les voitures 
(le Troyes et celle de Sézanne, (jui vont au port d'Anglure, 
Saron et Marcilly (1) ; pour y remédier, la communauté 
demande que l'argent qu'on lève dans ladite communauté pour 
les corvées, reste pour achever ladite route jusqu'au village; 
tous ceux qui connaissent ce chemin rendront justice à la 
demande de cette paroisse et diront combien il est utile que 
la continuation de cette route ne soit retardée davantage (2). 
On considérera aussi (jue cette paroisse n'a aucuns revenus 
communaux ainsi que bien d'autres ; il serait juste d'y avoir 
égard en modérant les impôts de ces communautés. 

Ledit cahier a été arrêté en six articles, en l'assemblée de 
la communauté de Chichej% et signé par ceux qui ont déclaré 
savoir signer, ce 8 mars 1789. 

Charles Denis, Ayoul Poxcelet, Louis ^L\nMET, Jean 

BoNNARi) , etc 

Jacopin, greffier. 

(12 signatures.) 

Après avoir signé, le présent cahier a été relu à toute 
l'assemblée ; il a été remarqué par tous ceux composant ladite 
assemblée, que nous avions omis de parler contre l'impôt 
insupportable nommé lods et ventes, perçu par les seigneurs : 
lorsque quelque particulier achète du bien, on lui prend 
dix sols par écu. Ceci doit être, de toute nécessité, supprimé, 
puisque cet impôt ne remplit pas le trésor royal ; et même. 



(1) La route de Troyes à Sézanne par Anglure et Grauges-sur-Aube où 
elle traversait la rivière, fut commencée à partir de 1752 ; un pont, long de 
18 toises 5 pieds, fut construit sur l'Aube, à Granges, et une arche en pierre 
fut édifiée sur les marais de Chichey ; les paroisses que cette route traversait 
furent appelées à participer aux dépenses qu'elle occasionna. Des réparations 
furent jugées nécessaires en 1788; malgré un avis défavorable du bureau de 
Sézanne, faute d'olTre de contributions de la part des habitants de Chichey, 
l'étaljlissement d'un atelier de charité en ce lieu fut pourtant décidé. (Arch. 
de ht Mdine. C, IGD'i, 1730. — Arch. de l'Aube, C, 11"}'). — Procès-verbal de 
l'Ass. d'élection de Sézanne de 1788, page 38.) 

{'2) Les corvées sur les routes étaient très dures et très onéreuses ; des 
décharges d'impositions furent accordées à plusieurs familles d'habitants de 
Chichey écrasés dans des éboulements de terre en travaillant à ces corvées. 
{Arch. de la Marne. C, 5G'i et IGW.) 



196 HAILLIAGE DE SKZANNE 

le seigneur de Chichey el (layc perçoit cet iini)ùl sans avoir 
de titre (1). 

Le présent article, signé et reconnu essentiel par nous tous, 
coinposanl ladite assemblée, el joint avec les six articles du 
présent cahier, les jour el an susdits, et ont signé. 

(Suivent les 12 mêmes sij^iiatures t|uc dessus.] 



GON FLANS-SUR-SEINE 



SITUATION ADMINISTRATIVE 1:T IXONOMIQUH. - « A 9 lieues 
N. O. de Troyes, un peu au-dessous du coniluent de l'Aube et de la 
Seine d'où il a tiré son nom (2) ». 

— Généralité de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Mcaux ; 
diocèse de Troyes. doyenné de Pont-sur-Scinc, paroisse Saiut-I^ticnne, 
à la collation de l'évèque de Troyes; — poste, grenier à sel, mesure 
de Nogcnt-sur-Seinc. 

Aujourd'hui, couuiuine du canton d'Anglure, arrondissement 
d'Epcrnay. 

— Dénombrement de 1/73-1 /S7 : 96 feux roturiers et 1 ecclésiasticpie. 
— Population : 17(5 hounnes, 190 femmes, 2i) garçons et ÔÎJ llllcs, soit 
448 habitants. — Reecnsement de U)OG : 724 habitants. 

— Seiçjneiir : (>laude-Marie de Saullc, chevalier, seigneur engagiste 
du domaine et châtellenie de Conflans-sur-Seinc, conseiller du Hoi en 
sa cour des monnaies, demcur;nit à Paris, rue de Thorigny (3). 



(1) Les religieux de l'abbaye de (ïîiye, comme beaucoup de seigneurs de 
cette région, prétendaient exercer, souvent sims titre, le droit de lods et 
ventes sur les lial)itants des villages, ce qui donnait lieu a d'intcrminal)les 
démêlés. (Voir la iiréface ; le caiiier de Sé/annc, i)age 'l'I ; celui de (iaye, ci- 
après. — L'aljbé Mu-i.AKU : Ilisloirc de Sczdiinc. t. M, ihid.. — etc.) 

Cl) La prononciation vulgaii'e du nom de ce village est encore (loujlftnl, 
comme au moyen âge. (Arch. u(il.,.J, 106, '>(). — M. Lononon : liicl. topoij. de 
la Munie, ouv. cit.) 

(;{) (>omme nous l'avons dit à la préface, le domaine royal de Sézanne et 
Conflans, après avoir été engagé en 1722 à Jacques-bonis d'Ancezune, duc de 
(2aderousse, puis à son fils André Joseph, décédé en 17()7, fut cédé par celui-ci 
à son cousin, Marie-Philippe de (îramont, duc de (laderonsse. .Mais ces terres 
n'étant pas bien de famille, iclournèrent à llitat, qui les engagea d'aliord 
à Jean-Jacques de I.isie, marquis de .Marivaux (17(hS), puis à (llaude-Nhirie 
de Saulle 17 août 1774). 

dépendant le duc de (îramont cl de Oadcrousse engagea un procès pour 
conserver le comté de Sé/anne el la seigneurie de (ionllans. Son nom ligure 
encore et dans l'enqucte sur les terres incultes de 17()î) (Aieh. de la Marne, 
('., 'i3'i), et dans l'èlat des tailles de 1787 (ibid., ('., SO.'t), cl dans la TojiiKjraphie 
hislorique de C.ourtalon en 17S4 Ci" vol., page 230). 



CON'rLANS-SLR-SEINE 197 

— (hirê : C.Iaude-Nicolas Michel. 

— Territoire : 402 arpents de terres labourables, 10 de jardins, 
206 de prés, 261 de bois, 80 de terres d'usage (630 de biens-fonds 
exploités par les taillables). — Recolles (an. corn.) : 1,200 boisseaux 
de froment (3 pour 1) ; 2,451 de seigle (3 pour 1) ; 1,230 d'orge 
(3 |)our 1); 3,130 d'avoine (3 pour 1). — 2 laboureurs ayant charrue. 
— 12 chevaux; 115 bêtes à cornes; 160 bêtes à laine. 

— Inrjwsilions .-Taux de la taille : 3^ 8^ 3/4 ; des impositions acces- 
soires et de la capitation : 30*9J pour livre de la taille.— De 1777 à 
1786 : taille : 1,130 (en 1784) à 1,400 (en 1779). — En 1787 : 1,140 livres 
j)our un revenu réduit de 6,300 livres, déduction faite de 639' 10^ de 
rentes passives (d'après le taux de l'élection : 927 livres;. — En 1789 : 
taille : 1,160 livres; impositions accessoires : 934 livres; capitation : 
877 livres ; total : 2,971 livres. 

— Dîmes : 1/2 au prieur de La CelIe-sous-Chantemcrlc (1), 16 à 
l'abbé de Scellières (2), et 1/3 au curé. 



PROCES -VERBAL. [Les habitants de Conflans- sur- Seine ne 
semblent pas avoir rédigé de procès- verbal. — Le cahier, comme 
on le voit ci -après, con.state, en effet, qu'ils se réunirent le 
4 mars 1789, sous la présidence de Claude-Nicolas Soc.xrd, mayeur 
de la mairie royale de Conflans, et nommèrent comme députés 
Claude-Pierre-Edme Del.\porïe d'Argentolles (.3), avocat en parle- 
ment, qui n'assistait pas à la réunion, et François RozÉ, receveur de 
la terre et seigneurie de Conflans. — Ce passage tint lieu de procès- 
verbal. 

Arch. rcvol. de Sczannc, A, 28 : Cahier de 3 feuillets cotes et paraphés par 
le mayeur Socard. 

SoiRCES DOC. Acc. — Aich. de la Manie, C, 377 : Administration de la 
communauté ; procès pour les droits de lods et ventes. — C, 960 : 



(1) Voir le caliier de La Celle-sous-Cliantemerle ci-après. 

(2) I^'abbaje de Scellières, de l'ordre des Citeaux, située à une demi-lieue 
au sud de Conflans, « sur un tertre, dit Courtalon (Topogr. histor., ibid., 
page '212), environné de prairies et des eaux de la Seine qui s'y répandent par 
plusieurs canaux », fut fondée par Hugues de Romilh' en 1167. — Le 
2 juin 177iS, elle avait reçu les dépouilles mortelles de \'oltaire, dont le neveu, 
l'historien .Mignot, était encore, en 1789, abbé comniendataire de cette maison 
religieuse; elle les a conservées jusqu'à leur dépôt au l'anthéon, lequel eut 
lieu le 10 mai 1701. 

L'abbé de Scellières, Alexandre-Jean Mignot, conseiller au grand conseil, 
né le ;?() juillet 1720, mort en 1790, était issu du mariage contracté le 20 jan- 
vier 1709 entre Pierre-François Mignot, correcteur à la Chambre des Comptes 
de Paris, et Marie Arouet, sœur de Voltaire. (Inlcnuédiairc des Chercheurs cl 
Curieux du 10 janvier 1908, LVIl, 24.) 

(.3) L'avocat Delaporte était seigneur en partie d'Argentolles-les-(Mievaliers, 
dans le bailliage de Chaumont-en-Bassign^' ; il demeurait ordinairement à 
Troyes. Il fut le premier maire de Conflans en 1790. 



1U8 llAII-LIACiK DK SÉZANNE 

Impositions. — C. Ui'W) : Capilatioii. — C, IIOG et oOOt : Domaine 
cnj^agé : \'entc de la seigneurie (17()<S). — C, WM) : Pont. — C, 1S:i'2 : 
Kglise et ])resbytère. ~ Arcli. ilc l'Atibc, ('., î:i'J(i : Administration de 
la eommunauté ; n"»l«-'s des tailles ; comptes des syndics; biens commu- 
naux. — (i, 7,'J et suiv. : Nominations de curés (l.')()2-177.'i). — (ï, (HKi : 
Paroisse Saint-Ktiennc de (".ontlans ; biens de la cure ; dimes ; — etc. 



C A II I K K 

(jthier de j)Iaiiites, doléances et renionlrnnces. 

Les députés pour rassemblée piéliuiinaire (pii se tieudra à 
Sézanne le 9 mars 1789, présenté par les sieurs Pierre-Edme 
Delaporte et le sieur François Rozé, députes en l'assemblée, et 
en présence du sieur Claude-Nicolas Socard, mayeur de la 
mairie royale de Conflans, et paraphé par première et dernière 
page ne narietiir au ])as d'icelles, qui a été présenté par les 
sus -nommés, par acte fait devant nous le 4 mars 1789, en 
l'assemblée cpii se tiendra le 9 dudit mois, par-devant M. le 
lieutenant général (1). 

Aux. \"'. — Il serait utile et nécessaire, pour économiser les 
frais et perceptions tle diflerenls impôts (pii sont imi)osés 
actuellement en France, (jui coûtent des sommes immenses 
à ri'^tat et (jue nous sommes obligés nous-mêmes de payer par 
des impositions accessoires, de supporter radicalement toutes 
ces sortes d'imp<Ms qu'il serait nécessaire de supprimer, tels 
que vingtièmes, tailles, droits d'aides, de gabelle, droit sur le 
tabac, droits sur les domaines, insinuations, contrôles et autres 
droits sur les cuirs, amidons, cartes, entrées de villes, papiers 
timbrés et autres droits généralement quelconfjues, sans excep- 
ter aucun, soicMit à jamais détruits en laissant néanmoins 
substituer (2) le contrôle et l'insinuation pour les actes (jui sont 
assujettis ; de ne laisser susblituer (.'}) (ju'un seul et uni(jue aux 
lieu et place de ceux dont il est parlé ci-dessus, sur les l)iens 
généralement quelconcpies et de (luehjue natiue et espèce (ju'ils 
soient, situés dans tous les pays et j)rovinces (pii sont sous 
l'obéissance de notre auguste monaniue régnant, (pii serait 



(1) (^elte phrase incorrecte est tc.\tiicllc. î.es mots « présenté, paraphé », 
qui ne sont précédés d'aucun siibstautif, se rap|)()rtenl au <• cahier ». 
Ci) .S(V, pour « subsister >•. 
l'.\) .Même observation. 



c:OM-LANS-SLH-SElNE 199 

paye lanL par le Clergé que les moines, abbés el comiiiaiideurs 
qui possèdent tous les plus beaux biens du royaume, ainsi que 
les nobles et grands seigneurs qui tirent toutes les sueurs de 
leurs vassaux, qui sont assujettis à eux en leur faisant payer 
des redevances, cens et olevente (1), quelquefois injustes, et 
ce sont ceux-là qui devraient supporter les plus grands impôts; 
les artisans et manouvriers n'ayant aucun bien, ni propriétés, 
j)ourraitMit être imposés : pour la première classe, à trois livres, 
et la seconde à trente sols ; ceux qui possèdent des biens com- 
posant le Tiers état, ainsi que ces deux premières classes ci- 
dessus, possédant des biens plus ou moins, seront imposés à 
raison de leurs propriétés , priant et suppliant l'auguste 
monarque et l'assemblée des États généraux, une fois l'impôt 
consenti, de ne point adbérer à d'autres impositions nouvelles, 
qu'elle n'ait une pesée et mûrement délibéré, qui soit "abso- 
lument nécessaire d'y accéder, nous rapportant entièrement à 
leurs lumières et équité. 

2. — Qu'il serait convenable, pour l'utilité publique, de faire 
ordonner par Sa Majesté et avec le concours des Etals géné- 
raux, la destruction de toutes les garennes (jui se trouvent dans 
toute l'étendue du royaume, qui se trouvent enclavées dans 
les terres qui sont en culture, qui produisent une quantité 
innombrable de lapins et autres gibiers qui ravagent la majeure 
partie des emblaves et font un tort considérable au cultiva- 
teur (2). 

3. — Il est aussi intéressant pour le public de détruire les 
pigeons, ou du moins de les tenir enfermés, sous peine de 
grosse amende, dans le temps de la semaille des grains, parce 
que, souvent, ils enlèvent et mangent les grains semés pendant 
que les cultivateurs prennent leurs repas et font dîner leurs 
cbevaux, ce qui occasionne une perte considérable, et qu'au 
moment de la récolte il se trouve de grands vides dans les 
champs ensemencés (3). 

Il se rencontre encore un autre inconvénient très pré- 
judiciable, qui est qu'au moment de la fauchaison des 
mêmes grains, on n'a pas la faculté de les laisser javeler ; 



(1) Sic : pour « lods et ventes ». 

(2) Voir le cahier de Cernon (Bailliayc de Cliàloits, page 12.')). 
;i) Voirie cahier d'Aulnizeux (Bailliage de Chàlons, page 60). 



200 BAII-MAOK DE SKZANNE 

on est oblige'' de les enlever presque aussilùt (jii'ils sont cou- 
pes, pour empêcher de les laisser manger une bonne partie 
par les j)igeons, ce qui occasionne une |)erte pour les cultiva- 
teurs, faute d'être javelés, au moins d'un sixième. Il en résulte 
le même inconvénient pour les canards sauvages cjui se 
trouvent en grand nombre dans un étang considérable (jui 
avoisinc le terroir et pays de Conflans (1). 

4. — Il serait aussi du plus grand avantage pour les labou- 
reurs et cullivaleurs, de détruire entièrement les haras qui se 
trouvent dans le royaume, de distance en distance, et ((ui sont 
très coûteux à l'État, relativement d'abord aux exemptions qui 
sont attachées à la place des gardes-étalons de chaque haras, 
et en même temps très préjudiciables à des productions audit 
cultivateur; ce (jue la multiplicité des chevaux produits par les 
étalons au haras est peu abondant : un cheval saillira trente 
juments et il n'y produira, dans son année, que trois ou quatre 
poulains, indépendamment d'un droit d'un boisseau d'avoine 
et trois livres cinq sols que donne le cultivateur par chaque 
jument (ju'il l'ait saillir, au lieu (ju'un cultivateur (lui aura 
chez lui un bon cheval entier avec trois ou quatre juments lui 
produiront deux ou trois poulains bien conditionnés et bien 
constitués. 11 en résulte encore un inconvénient qui est (jue le 
garde-étalons se permet, contre tous les règlements, d'avoir 
cin([ à six belles juments (ju'il fait saillir dans le moment 
qu'elles sont en chaleur ; et après, celles des particuliers ne 
sont saillies (jue de force, et ôte la vertu à l'étalon ; ceci durant 
depuis longtemps, n'a pas pu (2) contribuer à rendre les che- 
vaux à juste i)rix, au contraire très rares dans le canton (3). 

ô. — Il serait aussi convenable de supprimer les corvées 



(i) « Dans les fîrandcs crues d'eaux qui sont occasionnées parles pluies 
ahondantes et de longue durée, — dit l'enquête de ITOÎ) sur les terres incultes, 
— la rivière de Seine débordant, ])eut inonder une contrée située sur le bord 
d'icelle rivière d'environ IJOarpcn'.s, ce qui n'empêche jjoint la culture desdiles 
terres et la maturité des semences qu'on y met en gros et en menus },'rains, 
lorsqu'un débordement de la rivière n'arrive que dans Mil ver. » (.4/t/i. de ht 
Marne, C, 'l'.l'i.) 

Kn 177."), une inondation extraordinaire, «lit (liialette (l'n'eis de ht slalis- 
lifjiip de 1(1 Munie, t. II. l)a/,'e 144), aurait ruiné en iiarlie (",onl1ans-sur-Seine; 
des fossés et des élanf,'s fuient :,Iors creusés ]u)\u- faciliter récouicment des 
eaux. 

('2) Sie : pour « peu ». 

(.'1) ^'oir le cahier de Harbonne (pa^je iS7), et cf. lidilliayc de (lliàluns, 



CONFLANS-SUR-SEINE 201 

(lui ont clé converties en une imposition en argent depuis 
quelques années pour l'entretien des grandes roules et chemins 
royaux, attendu que les fonds qui en sont confiés aux maîtres 
des ateliers et entrepreneurs des routes, les donnent à des 
sous-cnfreprencurs à vil prix, qui, par conséquent, font les 
ouvrages à moilié, de sorte (jue, par expérience connue à 
l'époque de cet établissement, les routes sont presque imprati- 
cables, et ces fonds sont mal employés, et on désirerait pour le 
peuple, si les États généraux assemblés décident la continua- 
tion de ce règlement, ils sont suppliés très humblement 
d'observer que les grands seigneurs, qui sont continuellement 
sur les routes avec des l)erlines très pesantes, à six chevaux, les 
endommagent considérablement, tandis que celui qui emploie 
ses sueurs et y va travailler, n'a quelquefois point de pain ni 
argent, et les plus gros négociants de ce royaume, ainsi que les 
nobles et les grands seigneurs qui font transporter leurs mar- 
chandises et autres denrées par des rouliers, d'une extrémité 
du royaume jusqu'à l'autre, par des grosses et immenses voi- 
tures, attelées jusqu'à dix chevaux, écrasent et détruisent les 
grandes routes sans contribuer en aucune manière au rétablis- 
sement desdites routes. 

En conséquence, il est utile et de toute justice que les 
grands seigneurs qui pratiquent souvent ces routes, soit en 
poste ou en voiture, par lesquelles ils font conduire leurs effets 
et autres denrées dans les châteaux qu'ils habitent dans la 
belle saison, soient imposés à raison des revenus qu'ils tirent 
de leurs possessions, et que les gros négociants, ainsi que les 
gens des villes, qui font voiturcr leurs marchandises et qui en 
tirent les bénéfices, soient imposés au prorata du profit qu'ils 
font de leur état de commerce (1). 



cahier de Coulmier-la-Cliaiissce, page 21(). — Arch. de la Marne, C, 'i3H 
à M. 

Dans notre préface, nous avons donné une note sur les haras et les garde- 
étalons des élections de Sézanne et Tro\es. 

(1) Cf. Bailliage de Chàlons : cahier d'Aulnaj-l'Aître, page ô3 ; de Fro- 
mentiéres, page 'M9, etc. — Sur les régies suivies pour la construction et les 
réparations des routes de l'éleclion de Sézanne, voir la préface et le procês- 
verbal de l'Assemblée intermédiaire des 18 octobre 1788 et jours suivants. 
(Arch. de la Marne. C, W09.) 

La vallée de la Seine était très fréquentée par les commerçants qui se 
rendaient de Troyes et des ports d'Anglure et de Marcilly à Paris. — Cette 



1202 HAILLIAGE DK SKZANNE 

{). — Il serait bien intéressant pour les ciillivaleius et pro- 
priétaires des biens-fonds de faire un règlement général pour la 
perception de la dîme, afin d'éviter les dillicultés et procès qui 
s'élèvent continuellement entre les décimaleurs et ceux i\m la 
doivent, et ce serait si important d'établir une manière uni- 
forme et convenable et durable. Cette perce[)tion, i\u\ serait de 
la payer par tout le royaume, sans cboix sur la quantité de gerbes 
(jue les cultivateurs prendraient avant (pie de payer la dime (1). 

7. — Il serait intéressant pour tout le public que les manu- 
factures fussent interdites durant le temps de la moisson et des 
\endanges, à compter du 10 juillet jus([u'au 20 octobre pour les 
l)ays où il y a des vignes, et que les juges soient tenus d'y 
veiller et d'agir contre les délin([uants, attendu que tous ces 
gens qui y travaillent ne portent aucun soulagement pour 
ramasser les grains qui sont de plus de conséquence. 

8. — Comme aussi qu'il serait bien important pour tout le 
public ({u'il y soit fait une diminution sur le sel (jui est une 
des denrées les plus utiles à tous les peuples. 

Chargeons ceux (|ue nous avons nommé nos dé[)utés pour 
aller en l'assemblée du bailliage de Sézanne, de faire insérer la 
déclaration de notre volonté, énoncée en huit articles ci-dessus 
et des autres parts dans le cahier des arrêts dudit bailliage, 
comme aussi chargeons ceux qui seront élus par l'assemblée 
dudit bailliage de Sézanne, de la faire valoir aux Etats généraux 
et de proposer et consentir toutes et telles choses non con- 
traires à notre dite volonté (|u'ils aviseront bonne être. 

Fait sous le seing de nous, juge, greffier, syndic et autres 
lial)ilants, les jours et ans que dessus. 

PiLAVOiNE, PiŒVOTAT, Demel'fve, syudic, KozK, Laihot, 
Pierre Lapatte, Seuaine, Reuouhe. Socahu. 

(9 signatures.) 



région, nou.s l'avons tléj;i dit, alimentait la cajjitalc do denrées, fjrains et bois. 
(N'oir ealiiers d'An{^lnie et de Marcilly.) 

(1) On a vu que la dîme, qui donnait lieu à tant de eonlestalions, était 
pereue par deux abbayes voisines de (À>nnans : eelle de La (A-lle-sons-dhantc- 
merle, au nord, pour la moitié, et eelle de Scellières, au sud, pour un sixième. 
Le tiers restant revenait au euré. (Arch. de l'Aube, (i, (i():i.) 

(Juelques-uns de ees i)roeés relatifs a la dime des vins sont rapportés et 
étudiés dans les licchcrchcs sitr Ut perception des diiucs en C.luimpdijne, par 
I'rr)sper .Mieliel (Paris el (iiiâions-snr-Marne, liS7.'i,in-S' de (il paj{es. liibliul. 
de Reims, N. '2'if<:i.) 



CONNAXTRE 203 



CONNANTRE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE.- « A 7 lieues 1/2 
S. O. de Chàlons et 4 S. S. O. de Vertus (1). » 

— Généralité de Chàlons, élection de Chàlons-sur-Marne, coutume 
de Meaux ; — diocèse de Chàlons, doyenné de Vertus, paroisse Saint- 
Sulpice et Saint-Caprais, à la collation de l'évéque de Chàlons. 

Aujourd'hui, commune du canton de Fère-Champenoise, arrondis- 
sement d'Epernay. 

— Dénombrement de 17/3-1188 : 91 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 176 hommes, 174 femmes, 57 garçons et 52 
niles, soit 459 habitants. — Recensement de 1906 : 485 habitants. 

— Seignenr : La dame Louise-Elisabeth Maly, veuve de Charles 
Bajot de Connantre, en son vivant président trésorier de France (2). 

— Cnré : Charles-Antoine Peudefer. 

— Territoire : 2,000 arpents de terres labourables, 31 de jardins, 
74 de prés, 1 de bois, 25 de terres d'usage, 1,484 de terres incultes (3). 
— Récoltes (an, com.) : 229 boisseaux de froment (1 1/2 pour 1) ; 
5,410 de seigle (1 1/2 pour 1) ; 51 d'orge (1 1/2 pour 1) ; 4,431 d'avoine 
(1 1/2 pour 1) ; 1,494 de sarrasin (3 pour 1). -— 45 laboureurs ayant 
charrue, — 62 chevaux ; 137 bêtes à cornes ; 516 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : S'* 3d 1/30; de la capitation et 
impositions accessoires : 31^ l''3/4 pour livre de la taille.— De 1778 à 
1787 : 1,120 livres (en 1779) à 1,300 (en 1787). — En 1788 : taille : 
1,320 livres pour un revenu de 8,200 livres, déduction faite de 623 livres 
de rentes passives (suivant le taux commun de l'élection de 1,361 à 
1,363 livres).— En 1789 : taille : 1,320 livres ; impositions accessoires : 
1,064 livres ; capitation : 997 livres ; total : .3,381 livres, 

— Dimes : Au doyen de Gaye et au chapitre de Pleurs, 



ANALYSE DU PROCÈS -VERBAL. |La paroisse de Connantre 
était composée de 112 feux, — L'avis pour la convocation des Etals 



(1) ExpiLLV : Dict. des Gaules, ouv. cit. 

Ci) Connantre fut érigé en baronnie à la fin du xviu"' siècle, en faveur de la 
famille Bajot, laquelle y fit construire le château qui devint plus tard la pro- 
priété du conventionnel Thuriot, de Sczanne. 

(3) La plus grande partie de ces terres incultes appartenait aux moines de 
l'abbaye de Reclus (paroisse de Saint-Prix. — Voir ce cahier). — Les pâturages 
communs n'étaient propres qu'à la pâture des vaches, « au nombre de (iO, pour 
les aider à vivre depuis le 1.") mai jusqu'au l.i septembre ». Les terres incultes 
situées sur des hauteurs, éloignées d'une lieue du village, avaient été l'objet 
d'un essai de cultuiy pendant trois années ; mais on avait été obligé d'y renon- 
cer à cause de leur peu de rapport. (Enquête de 176!) sur les défrichements. 
— Arcli. de lu Marne, C, 'i33.) 



204 BAILLIAGE DE SKZANNE 

f^cncraiix lui lu cl publié le l''' mars 1789. — Le ô du uiômc mois, les 
habitnnts se réunirent sous la présidence de C.laudc-C.liarlcs dk Lkimni;, 
notaire, lieutenant en la prévôté de Connantre. — Le procès-verbal, 
transcrit avant le cahier, constate la présence de Nicolas Choquart, 
("Iiarlcs Martel, Pierre-Antoine Férat, ('laude-Joseph Martel, Jaccpies 
(îarnesson, Etienne Noblot, syndic, (laprais (",ho([uart, Pierre Siniarl, 
N'ic(das-Sinion Pajeot, l-'rançois Soulainc. (îréj^oire Dclestrée, Joseph 
de Lépine, Joachini Noblot, Meniniie Le Page, (Claude François, tous 
laboureurs et nianouvriers en ce lieu, et encore, d'après les signa- 
tures, (]. C-assebois. — Les députés furent Pierre-Antoine Fkuat, 
laboureur, et Charles Mautel, chirurgien.] 



Arch. rcvol. de Sczaiine, A, 2.9 ; Proccs-vcrl)al et cahier; ce dernier ré(li{,'é 
à la suite (lu procès-verbal clos et signé : les deux documents de (i i)af,'es cotées 
et paraphées par de Lépine, avec fausse couverture. 

Sornchs uoc. acc. — Arch. de la Marne, C, ôll : Administration de la 
communauté; usages ; droit de cens; comptes des syndics. — C, 8'i'h 
et 9fi3 : Imj)ositions. — ('., t')89 : Corvées. — C, ill'i : Atelier de ch.i- 
rité. — C", Î8:i2 : l-^glise et iiresbytère. — G, îVi et 3'.)1 : Cure; visite ; 
biens. — G, IWl : Haux des dîmes de la collégiale Saint-Hemy de 
Pleurs ; etc. — .4;t/i. coinnutn. de Goniuiiilre : 1" registre de l'assem- 
})lée communale du 7 septembre 1788 au 'J.') juillet 17".)U (72 feuillets). 



CAHIER 
Cahier de la paroisse de Coiinanlre. 

L'nn 17iS9, lo ô'" Jour de mars, par devant nous, Clnude- 
Charles de Lépine, lieutenant en la prévôté de Connanlre, 
comparurent en leurs personnes les habitants dudit lieu ; 
Icsciuels, suivant le mandement à eux envoyé* par le Roi, 
j)ublié en l'auditoire dudit lieu, comnlc aussi au prône le 
1" (ludit mois, en l'église dudit lieu, suivant la commission à 
eux adressée par M. le Bailli de Sc/.anne, ont élu, pour y 
satisfaire, les personnes des sieurs Pierre-Antoine Ferai, labou- 
leur, Charles Martel, chirurgien, auxciuels ils donnent pouvoir 
et puissance de comparaître en l'assemblée (jui se l'eia au 
bailliage de Sézanne, le ÎK jour du mois de mars, et dy déclarer 
conformément aux instructions et pouvoir ci-après : 

Que lesdils habitants ne sont accablés d'impôts i[uv parce 
(pic les ministres et leurs agents, tant (hiiis l'adminislralion 
(|ue dans la finance, sans égard aux lois du royaume (pii 
veulent (jue les l'^ançais ne puissent être taxés (jue de leur 
consenleinenl, ont insensiblement écarté ou renversé tous les 



CONNANTRE 205 

obstacles et augmenté jusqu'à l'excès, par l'effet de leur seule 
volonté, la charge du peuple dont ils ont dissipé le produit ; 

Que, pour s'assurer à l'avenir la jouissance de leurs biens, 
ils veulent et entendent : 

1^ Qu'aucune partie de leurs propriétés ne puisse leur être 
enlevée par des impôts, s'ils n'ont été préalablement consentis 
par les Iitats généraux du royaume composés, ainsi que le 
veulent la raison et la loi, des députés librement élus par tout 
le royaume et cantons sans aucune exception, et chargés de 
leurs pouvoirs ; 

Que, suivant les intentions du Roi manifestées dans le résul- 
tat de son Conseil du 27 décembre 1788, les ministres soient, à 
l'avenir, responsables de l'emploi de toutes les sommes levées 
sur le peuple (1). 

Qu'attendu que les impôts non consentis n'ont été payés 
que par la crainte des emprisonnements arbitraires (|ui a 
arrêté toutes les réclamations, lesdits veulent et entendent que 
personne ne puisse être emprisonné et détenu par aucun motif 
qu'en vertu des lois du royaume. 

Seront tenus, lesdits députés, de faire insérer ladite décla- 
ration des volontés desdits habitants dans le cahier du bail- 
liage de Sézanne, et chargent spécialement, lesdits habitants, 
ceux qui seront élus par l'assemblée dudit bailliage, de la faire 
valoir aux Elats généraux et de ne consentir à la levée ou 
prorogation d'aucun subside avant que ladite déclaration ait 
été adoptée par eux et solennellement proclamée ; leur donnent 
néanmoins pouvoir, sous la condition ci-dessus et non autre- 
ment, de consentira l'établissement ou prorogation des subsides 
que les Etats généraux jugeront indispensables, nécessaires aux 
besoins de l'Etat ; toutes dépenses inutiles préalablement 
retranchées, pourvu toutefois que les impôts qui distinguent 
les ordres soient supprimés et remplacés par des subsides 
également répartis entre tous les citoyens, sans distinction ni 
privilèges, à raison seulement de leurs propriétés; chargent en 



(1) Rapport fait au Roi dans son Conseil par le ministre des Finances, et 
résultat du Conseil d'État du Roi tenu à Versailles le 27 décembre 17SH. {Arch. 
nat., E, 26'i6 et AD, lî, in-4'>. — Riblioth. nat., 1^39/6752.— Duvurgikk : Col- 
lection des lois, t. I, page 5. — Arch. parlem., t. I, page 789. — M. Buktte : 
Recueil de documents relatifs ù la Convocation des États généraux, t. I,p. 38.) 



2(M) HAIl.r.lAGE I)K SK/.ANNK 

outio, lesdils hal)ilanls, k'sdils députés de rcpréscnlor à l'nssoni- 
l)lee du bailliage de Sézauue : 

Taille. — Que les tailles de la coniniunauté de C.onnantre, 
dei)uis le coniniencenieut du siècle, sont auguieutées au moins 
des deux tiers, sans (|ue les charges de l'Ktat aient accru en 
proportion ( 1). 

Celle augmentation, venant sans doute des privilèges mul- 
tipliés tous les jours par la Noblesse, ou de ceux (jui les 
ac(juièrent. ils demandent la supi)ression de cet imi)ôl et 
l'établissement d'un autre à répartir sur toutes les propriétés 
(|uelconques. La raison particulière de cette demande est 
l'impossibilité de satislaire aux charges publi(]ues, une partie 
d'entre eux, i)ar l'ingralilude de leur terroir particulier, étant 
I)rivés des premières nécessités de la vie. 

Corvée. — L'intention du Souverain, en changeant la corvée 
en une prestation d'argent, était de soulager son peuple, de 
délivrer ceux qui y étaient assujettis de la tyrannie des emi)loyés 
subalternes chargés de veiller à la construction et entretien des 
grandes routes, et de leur laciliter le moyen de suivre, sans 
interruption, la culture de leurs biens ; mais, par la mauvaise 
administration de celte nouvelle méthode, jiar les injustices (jui 
se commettent dans les adjudications, les roules sont négligées, 
et par les exemptions de la Noblesse et du Clergé, le peuple ne 
prolite aucunement des vues bienfaisantes de son Roi. Les 
habitants demandent (jue les Liais généraux s'occupent et 
prennent un moyen d'entretenir les routes, et que toutes les 
classes du loyaume, sans aucune exception, contribuent à cet 
entretien à proportion de l'utilité ([u'elles en retirent (2). 

Justice. — L'administration de la justice est un objet des 
plus importants })0ur l'Etal ; ce devrait être à elle à assurer à 
chacun la jouissance de ses propriétés, à soutenir l'innocent 
contre les atlaciues de l'homme injuste et avare ; mais, par les 



(1) Voir les rensei{{iiements ci-dessus : la taille avait, de 1778 à 1789, aug- 
menté (le 1,1*2(1 à l,:ri() livres. (Arch. de la Marne, C, 7H9 et H'i'i.) 

(2) iJécliiralioii ilii Roi du "27 jitin /7.S'7 jxnir la contyersion de la c(>ri>ée en 
une jjreslution en anjenl, etc. (daliier ci"Aiiln;i\-rAitre : UailUitije de C.hàlons. 
|)a(^e .kI.) — (lorvêes de (lonnaiitre ; ateliei' lie chaiité (Areh. de la Marne, 
('.. l.'iH'J et /7/2). Knlrelieii et eonstriKtictii de la roule de l'aris en Alle- 
Miaj,'iie par Sézanne, (>(>nnantre, Fère-Clianipenoise, Soniniesous et \'itry-le- 
l-raniois. (Arch. de lu Marne, (l, l'yll. — Cf. liaiUiaije de ('.hàloim.: (laliiers 
d'Maussimont et de Sommcsous, pages :i'J9 et (il.').) 



CONNANTHE 207 

lenteurs de la procédure dans lesquelles la chicane trouve son 
comi)te, par la niultii)licilé des formalités, il en résulte une 
infinité de frais qui causent la ruine des familles. Les habi- 
tants demandent un nouveau code qui remédie aux abus et 
arrête les injustices. 

Fermes générales. — Les fermes générales, par l'insatiabilité 
des chefs, peuvent être regardées comme une des principales 
causes de la ruine de l'Etat ; riches des trésors immenses qu'ils 
ont envahi, les fermiers généraux en profiteront pour s'emparer 
du reste. Les habitants demandent la suppression de cette 
administration, et en particulier des aides, des gabelles et des 
traites qui, par les entraves de leurs ordonnances et encore 
plus par les injustices de leurs employés, sont des sources 
continuelles de procès et de chagrin pour les familles. A cette 
suppression on substituera les Etats provinciaux, comme plus 
simples, plus analogues à chaque province, plus avantageux à 
l'État et moins onéreux aux citoyens. 

Droits des seigneuriaux. — Les droits des seigneurs s'étendent 
sur les personnes et sur les biens de leurs vassaux; ils rap- 
pellent les premiers siècles de la monarchie où la barbarie et 
la force faisaient autant de serfs que de sujets. Les habitants 
demandent que les Etats généraux s'occupent d'un objet aussi 
essentiel ; les droits seigneuriaux, tels que les corvées particu- 
lières et les cens, sont, la plupart, autant d'usurpations (1); les 
garennes surtout, qui, en se multipliant contre les lois du 
royaume et en particulier contre l'esprit des coutumes, devien- 
nent préjudiciables à la culture et aux propriétés sur lesquelles 
elles s'étendent. Les ordonnances des eaux et forêts sur la 
chasse, sous prétexte de droit de chasse, sont mal observées, 
et, par cette infraction, nuisibles aux productions et ressources 
du pays (2). 

Il est donc à propos que tous ces droits soient pesés dans la 
balance de la justice et réduits ; qu'ils prouvent que le temps 



(1) La communauté de Connantre avait soutenu contre le seigneur du lieu 
un long procès au sujet du droit de cens levé sur les biens communaux. 
(Arch. de la Marne, C, 577.) 

V2) Voir le caiiier de Cernoii (cf. Btiilliaye de CluUons, page 125;, et l'Édil 
du mois d'août 1669 portant règlement ijénéral pour les eaux et forets (Isam- 
BERT : liecueil des une. Lois, t. XVIII, page 219. — Cf. Bailliage de Chàlons : 
cahier de Toulon, page 721). 



208 HAILLIAGE DE SKZANNIÎ 

de la seiviludc est passé et (juc nous soinmos un peuple libre 
et alYranchi. 

Auxquels Pierre-Antoine Ferai et Charles Martel, députés, 
Icsdils habitants ont donné pouvoir et puissance de j^résenter 
el faire valoir les articles ci-dessus et autres (ju'ils jugeront bon 
être par raison, el même d'élire lelle personne suffisante et 
capable, avec les autres paroisses el juridictions dépendantes 
du bailliage de Sézanne el autres, pour assister auxdils l'étais 
généraux du royaume de France cjui se tiendront en la ville de 
Versailles. 

Fait sous les seings de nous, juge el greffier, les jours el an 
que dessus. 

Mautel, p. -A. Féuat, CnogiAiiT, CnogiART, C. Cassebois, 
P. Simaut, elc 

DE L ÉPI NE. 

(17 signatures.) 

\Xole en in(ir<jc\ : Nous, Jac(jues-Alexis Houllier, conseiller 
du Roi, lieutenant particulier au bailliage de Sézanne ; pour 
l'absence du lieutenant général, commissaire en cette partie, 
avons taxé à chacun des députés du ressort de ce bailliage à 
l'Assemblée générale pour la nomination des députés aux 
Ktats généraux, la somme de trois lirres par jour (1). 

Ce 2() octobre 1789. Holi.eieh. 



CORFKLIX 



SITL'ATION AI)M1XISTH.\ÏIVK KT KCONOMIQUi:. - « A !ô lieues 
N. N. (). (le Troycs, dans un vallon agréable sur le l^etit-Morin. » 

— (iénéralité de CJiàlons, élection de Sézanne, coiiUuiie de Paris (2) ; 
— (lioeése de Troyes, doyenné de .Sé/.anne, |)ar()isse Saint-.Meniniie, à 
la collation de l'évèciue de Troycs; — poste, grenier à sel, eaux et 
iorèts de .Sézanne. 



<1) Sur la taxe ik-s (iéi)ulcs, voir la pri-facc. 

(2) Pour les niûncs motifs qu'à H(jissy-lf-Hc|)os, avec la(|U(.lle coinuni- 
nautc elle formait une justice seif^ueuriale ressortissant ihi CliàleUt de l'aris 
(voir page 109;. 



COKFÉLIX 209 

Aujourd'hui, commune du canton de Monlmirail, arrondissement 
d'Kpernay. 

— Dénombrement de 177,%l/88 : À?) feux roturiers et 1 ecclésias- 
ti(iue. — Population : 83 hommes, 74 femmes, 16 garçons et 11 filles, 
soit : 184 habitants. — Recensement de 1906 : 147 habitants. 

- Seifjnehr : Les dames abbcsse, prieure et religieuses de Fare- 
moutiers (1). 

— Curé : Edme-François Marcherai. 

— Territoire : 842 arpents de terres labourables, 11) de jardins, 
77 de prés, 93 de bois, 12 de terres d'usage, 42 de terres incultes. — 
Récoltes (i\n. com.) : 2,800 boisseaux de froment (2 pour 1); 337 de 
seigle (2 pour 1) ; 87 d'orge (3 pour 1) ; 3,832 d'avoine (2 pour 1). — 
3 laboureurs ayant charrue. — 12 chevaux; 80 bctes à cornes; 400 
bêtes à laine. 

— Imj)ositions : Taux de la taille : 3^ 7J 5/8; de la capitation et des 
impositions accessoires : 31^ 2J 1/3 pour livre de la taille. — De 1778 
à 1787 : taille : 390 livres (en 1784) à 450 (en 1781). — En 1788 : taille : 
420 livres pour un revenu réduit de 2,382 1 5* (305 livres de rentes 
passives déduites), d'après létaux commun de l'élection : 450 livres. — 
En 1789 : taille : 4.30 livres ; impositions accessoires : 350 livres ; capi- 
tation : 320 livres ; total : 1,100 livres. 

— Dimes : Au curé au ([uatorzième compte. 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL. [La paroisse de Corfélix était 
composée de 42 feux. — L'avis pour la convocation des Etats généraux 
fut lu et publié le 1'' mars 1789, — Les habitants se réunirent le même 
jour, vraisemblablement sous la présidence du syndic B.\rriku, 
quoique le procès-verbal ne le constate pas et se contente de donner 
les noms de quelques habitants : Pierre Oudin, Léger Lefèvre, 
Mcmmie (Couteau, Pierre Baron, Pierre ('oppy, Pierre Truffant ; au 
bas on trouve encore les signatures de ,Iacques Hagnicr, L. Adam, 
Louis Lagiierite, Tanazacq, greilier, Louis Paris, François Lefèvre, 
Pierre Hénault, Nicolas Rofort (?), Barrier, syndic. Les députés furent 
Pierre Hénailt et Louis Paris, tous deux laboureurs.] 



Aich. ri-vol. de Sézanne, A, 30^ : Procès-verl)al sur la fornuile imprimée; — 
A, 'W' : (Cahier : 2 pages avec mention en marge, cotées et paraphées par le 
syndic Barrier. 

SoLiicKS DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C, 578 : Administration de la com- 
munauté. — C, 1610 : Corvées. — C, 1765 : Meulière de Corfélix. — 
G, 139'f : Censives à la collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — Arch. de 
l'Aube, G, 36, 69 et suiv. : Nominations de curés. — G, 607 : Paroisse 
Saint-Memmie de Corfélix ; biens de la cure ; — etc. 



(1) Voir le cahier de Boissy-Ie-Uepos, page 110. 

14 



210 BAILLIAGE DE SKZANNE 

CAHIER (1) 

Cahier des représentations qne nous, syndic, tes lud)itants de la 
paroisse et comninnoulé de Corfélix, ont à faire tant pour 
la })rcsentc anncc 17iS9 (pie pour les (uinêes prcccdcnlcs. 

1° L'influence du temps a causé, j)ar de grandes crues d'eau, 
une infinité de ravins et a entraîné une partie des terres, ce (jui 
a causé une perte et cause aunuelleinent, dans notre paroisse 
et communauté de Corfélix, au moins un tiers de i)erte sur les 
récoltes, tant des grains que des foins (2). 

(2'est pourquoi toute la paroisse et communauté dudit Corfé- 
lix supplient instamment le Roi et tous les Etals généraux de 
vouloir bien y avoir égard en diminuant les impôts (pii écrasent 
les habitants de toute notre dite communauté ; nous osons 
encore sup[)lier Sa Majesté et tout l'I^lat à ce (ju'il lui plaise 
remédier aux frais qui écrasent toute notre communauté, tou- 
chant des petits usages qu'il lui a plu nous accorder, les(|uels 



(1) Fa\ marge do ce caliicr on lit la note suivante : « \'ii sans nouveauté ». 

(2) A rassemblée de l'élection de Sézanne du 22 octobre 17S7, on reçut les 
doléances des paroisses de Charleville, ('oifélix, Le (jault, Le 'l'iioult, Méerinj^es, 
Hoissy, etc., qui avaient souffert des orages des 22 mai et L') juin de cette 
même année, et avaient vu leurs prairies inondées. (Arrh. de la Marne, 
C, -2<.mG.) 

Le finage de Corféli.v avait deux sortes de terres, un limon sur les hau- 
teurs et dans la plupart.des fonds, et mie terre grise et pierreuse, toutes deux 
projjres à jwrter du froment. 

Les 42 arpents de terres incultes appartenant à la communauté, étaient 
(!es pâturages communs, dont environ 80 arpents ne convenaient qu'aux bêtes 
à cornes, au nombre de (iU à 80; elles n'y pouvaient paître que pendant i.\{:u\ 
mois de l'année, les aj)rés-midi seulement; le matin « la trop grande froidure 
des rosées était très préjudiciable au bétail ». (les 'M) arpents étaient une terre 
marécageuse située sur les rives de la petite rivière. Les 12 arpents restant 
étaient situés sur le sommet d'une « haute montagne » : c'était une terre 
pierreuse où il y avait quantité de rochers; elle ne pouvait servir (|ue jjour le 
bétail blanc et n'en pouvait nourrir (|u'une centaine pendant un mois. — (les 
di:u\ |)arties étaient éloignées l'une et laulre de deux à trois cents perches du 
\ illage ; elles n'a\aient jamais été cultivées ni desséchées et ne pouvaient i)as 
l'être. 

La ])osilion de ces sortes de marécages était l)asse ; il n'y avait point ou 
très peu de pente. Lv temjjs des inondations était dés les premières pluies 
d'hiver et durant l'été lorsqu'il survenait quelques pluies « soit par nuées ou 
autrement ». On ne pouvait, dans ces conditions, recueillir de foin, et les 
troupeaux ne jjouvaient pâturer que |)endant les mois de juin et juillet, 
lors(|u'il n'y avait pas trop d'eau. (Lnciuêle de 17()!) sur les terres. — Aich. 
de ht Marne. C, W^.) 



CORFKLIX 211 

usages, lorsque nous en avons besoin, Messieurs les officiers 
des eaux et forêts multiplient leurs frais de manière que la 
partie majeure desdits usages est pour lesdits officiers desdites 
eaux et forêts. 

En outre, comme nous ne savons pas pourquoi nous payons 
des droits aux dames de Faremoutiers, seigneurs de notre 
paroisse, nous espérons que Sa Majesté voudra bien nous 
faire la grâce d'obliger nos dites dames de nous notifier leurs 
titres (1). 

E[ comme il y a un corps de métier de meuliers dans notre 
paroisse et communauté, qui fabrique des meules de moulins, 
quoiqu'ils tirent ces meules dans les terres d'aucuns proprié- 
taires et qu'ils paient les droits de meule auxdits propriétaires 
sur les terroirs de Corfélix et de la Villeneuve-les-Charlevillc, 
les seigneurs exigent encore les droits de meule desdits meu- 
liers. C'est pourquoi nous osons en demander justice à Sa 
Majesté et à tout l'I'^lat, à ce qu'il plaise à Sa Majesté et à l'Ktat 
ordonner et permettre auxdits meuliers de fouiller la terre et 
de tirer des meules partout où ils voudront, en payant les 
droits aux propriétaires desdiles terres et non point auxdits 
seigneurs (2). 



(1) « En la châtellenie et temporel des seigneurs de Faremoutiers, pour 

droit de lods et ventes, on paie 3 sols 4 deniers tournois » (Locale de 

Faremoutiers à la suite de la Coutume de Meaiix, par Champ}', onv. cit., 
page 391.) 

(2) Arcb. de la Marne, C, 1163 : Requête des sieurs Gripon et Oudelin, 
meuliers à Villeneuve-lès-Charleville (V. ce cahier) et à Corfélix (1771-1774). 

Ces carrières de meules de moulin qui occupaient une grande partie des 
habitants de ces deux villages, étaient situées dans un lieu appelé L'Homme 
Blanc. Ces meuliers formaient entre eux une sorte de confrérie qui avait ses 
statuts, ses usages, ses cérémonies. 

Courtalon ia])porte, d'ajircs le curé de Corfélix, la façon bizarre dont on 
recevait un menlier : « 11 n'y a pas d'autre maîtrise pour les meuliers, dit-il, 
« que d'assujettir le récipiendaire à une espèce de noces à discrétion, pendant 
« un jour s'il est fils de maître, et pendant deux s'il ne l'est pas. Le dernier 
« reçu conduit le récipiendaire au grenier, tandis que les autres s'amusent à 
« boire. Le conducteur est muni d'nn balai tout neuf garni de son bâton et 
« mis à son côté en forme d'épée. Un instant après on entend les cris du pro- 
« sélite qui demande grâce comme si on le fustigea^. Mais tout cela n'est 
« qu'un jeu pour observer entr'eux une espèce de secret qui consiste à ne rien 
« révéler de la meulière, à s'entr'aider, à n'avoir point d'envie l'un contre 
« l'autre, à montrer aux marchands toutes les meulières sans dire à qui elles 
« appartiennent, à ne point les frapper pour n'en pas découvrir les défauts. 
« Kn frappant sur une meule sans défaut, elle doit rendre le son comme une 



212 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Fait et arrêté en notre assenil)lée par nous, syndic et lial)i- 

lants de la paroisse et coninuinauté de (^orlélix, ce 1*'' mars 1789. 

Léger Lefkvhk, .Jacciues Hagniku, L. Aoam, P. Oidin, 

Louis LAC.ri'iRiTK, etc 

(14 signatures.) 



CORROY 



SITUATION ADMINISTRATIVE LT ÉCONOMIQUE.- « A S lieues 
S. O. (le Chàlons (1). » 

— (iéiiéralité de Chàlons, éleelion de Chàlons-sur-Marne, coutimie 
(le Mcaux; — diocèse de (Chàlons, doyenné de Verliis, i)ar()issc Noti-c- 
Danic, à la collation du chapitre cathédrale de Troyes. 

Aujourd'hui, commune du canton de Fére-Champenoisc, arron- 
dissement d'I-lpernay. 

— Dénoiuhiciucnl de 1713-1/88 : 00 feux roturiers et 1 ccclésias- 
litpic. — Population : 09 liommes, 104 femmes, 19 tçarcons et 27 liiles, 
soit : 219 habitants. — Rccciiscmeiil de 1906 : 2'}() iialiitanls. 

— Seiyiieiir : Claude-Charles de Pleurrc, chevalier, marquis de 
Pleurrc, maréchal des camps et armées du Roi, grand bailli d'épée du 
bailliage, capitaine et gouverneur de la ville de Sé/.anne (2). 

— Curé : Daniel Colin. 

— Territoire : 1,800 ari)enls de terres labourables, ;5;) de jardins, 
J7 de prés, 10 de vignes, 7 de bois, 10 de terres d'usage, l,4r)t de 
terres incultes. — Récolles (an. com.) : 340 boisseaux de froment 
(2 ])our 1); 3,570 de seigle (1 pourl); 102 d'orge (2 pour 1); 3,570 
d'avoine (1 pour 1); 012 de sarrasin (2 pour 1) ; 14 nuuds de vin (7 en 



<< cloclu', ce qui doit apprciuirc :i ceux qui en font empiète de les frapper eux- 
« mêmes iivaiit que de les acheter. » (Topcxj. hisl. du diocèse de Troyes, 1784, 
t. 111, page 281.) 

11 existait aussi autrefois à (lorfélix des forj^'es ; un hameau porte toujours 
ce uoui ; ou y voyait encore, en 178i). beaucoup de màcliefer, et le terraiu 
paraissait ime terre à mine. 

Outre les dûmes de Faremoutiers, (jui préteudaieut prélever des drt)its 
sur les meulières de Corféli.x, le sei{{ueur de Soizy-aux-Hois (voir ce cahier). 
Jacques- Fidel-Amand de vSirmont de Saint - Hrisson , chevalier de Saint- 
Louis, colonel de cavalerie, aiicicu ollicier des mousquetaires noirs, gou- 
verneur de la ville de \'ertus, lieutenant pour le Moi de la ville de Sézauue. 
possédait, à (lorfèlix, le fief tie Saint-lirisscn, et prétendait également exercer 
des droits sur l'industrie du i)ays. 

(1; Kxi'U.i.v : Dirl. des (idides, ilnd. 

Cl) Le marquis de IMeurre fut député de la .Nohiesse des bailliages de 
Sé/.anne et (Ihâtiilon-sur-Marne aux i-'tats généraux. (\'. préface : notice bio- 
graphique.) 



CORUOY 213 

1773). — 34 laboureurs ayant charrue. — 52 chevaux ; 120 bètcs à 
cornes ; 390 bètes à laine. 

— Jinposilions : Taux de la taille : 3^ G*' 2/8 ; de la capilation et 
des impositions accessoires (non indiqué). — De 1778 à 1787 : taille : 
840 livres (en 1780) à 890 (en 1783). — En 1788 : taille : 870 livres pour 
un revenu réduit de ô,0G6' 14, déduction faite de 4051 6 de rentes pas- 
sives (suivant le taux commun de l'élection, de 841 à 84() i) — En 1789: 
taille : 870 livres; impositions accessoires : 701 livres ; capitation : 
607 livres ; total : 2,228 livres. 

— Dilues : Le chapitre de Pleurs levait la dîme et en cédait un 
tiers aux Missions étrangères de Paris (1). 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL. [La communauté de Corroy 
ctait composée de 60 feux. — L'avis pour la convocation des Etats 
généraux fut lu et publié le 1er mars 1789 (2). — Le 5 du même mois, 
à deux heures après midi, les habitants se réunirent sous la })résidencc 
de Laurent Bkrtox, ancien praticien de la justice et mairie de Corroy 
et la Colombière (3) pour l'absence de juge ordinaire, assisté de 
Deforge, gretlicr. — Le procès-verbal, dont certaines parties ont été 
reproduites en tète du cahier, n'indique pas les noms des habitants 
qui prirent part aux opérations. Mais au bas du document on lit les 
signatures de A. Brissot, Charles Oudin, F. Laurain, .Jean Laurain, 
(Uaude Férat, syndic, Louis Martel, X. Oudin, Jacques Oudin, Nicolas 
Boulard, (-laude Oudin, J. -H. -Charles Martel, .lean Jolly, P. Deforge, 
Antoine Boulard, Nicolas Oudin, Louis Oudin, Claude Phélizon, J,-B. 



(1) Kdouard dk Barthklk.mv : Diocèse ancien de Châlons-sur-Mdine {t. II, 
page 359). 

('2i \'oici la déliljération prise à cette date par rasseml)lée iiiuiiicipale de 
Corroy : 

« Ccjoiud'luiy ])rcniicr, et premier dimanche de mars 1789, à l'issue de la 
« messe paroissialle, nous, syndic, municipaux et adjoints assemblés au lieu 
« ordinaire, M- (>laude Kcnat, syndic, nous a dit avoir reçu la lettre du Roy et 
« règlement des Étals généraux à \'ersailles, le vingt-sept avril 1789, de 
« laquelle nous a fait lectuie, et lecture a aussi été faite jiar M. le (^uré, au 
« prune de la messe paroissialle de ce jourdlnn-. La matière mise en délibé- 
« ration pour prendre jour pour faire le caliyer des remontrances, plaintes et 
« doléances, et de nommer deux représentants pour l'assemblée des trois 
« Ktats qui se tiendra le neuf du présent mois en la ville de Sézanne, nous 
« syndic, municipaux et adjoints, avons délibéré que, jcud\' pi'ochain cinq du 
« présent mois, tous les babitans de celte communauté seraient sommés et 
« convoqués au son de la cloche jiour se trouver à l'assemblée dudit jour 
« cinq mars, potn* faire le calncr de remontrances, plaintes et doléances, ainsy 
« qu'il nous est enjoint par Sa Majesté. Délibéré entre nous les jours, mois et 
« an susdits. « Sii/né : Di':foiu;h. » 

(Extrait du 1" registre des délibérations de l'administration municipale 
de Corroy du 28 août 1788 au '2(i février 179:). — .1/t/i. de ht conun. de Corroy.) 

(3] I^'extrémité X. E. du village, sur la rive droite de la Semoine qui 
baigne Corroy, s'appelle encore La Colombière. 



214 «AILLIAGK DE SÉZANNH 

Jîoulard, .Icaii Fcrat, .Ican Martel. — Les dépulos (lcsij,'nês furent 
Laurent liicinoN, le président de rassemblée, et ("Jiarles Oldin.) 



Arch. rcoul. de Sézanne, A, 31' : procès-vcrlial sur la formule' iinprinico ; 
— .4, 3/1' : fi |);iges cotées et paraphées au bas par Bertoii. 

SorncKS uoc. Acc. — .4;c/i.c/c' la Marne, C,5S0: Administration de la com- 
munauté ; écoles ; usages ; comptes des syndics. — C, S'fS et 9)3 : 
Impositions. — C, 1589 : Corvées. — C, 1833 : Église et presbytère. — 
G, /2'/, 397 et Î8'29 : Cure ; visite ; déclaration des biens ; fabrique. — 
G, l'293 et IWi : Baux des dîmes du chapitre de la collégiale de Saint- 
Hcmy de Pleurs. — G, i30'i : Ceusives de la collégiale Saint-Xicolas de 
Sézanne; — etc. — Arcli. de la connu, de Corroij : !•■' registre de déli- 
bérations du 28 août ITcS.S au 26 février 175)0 (72 feuillets). 



CAHIER 

Cejoui-d'hui .") mars 1789, deux heures après midi, nous, 
procureur syndic et membres munici[)aux el autres hal)ilants 
âgés de vingt-ciiui ans, compris dans le rôle des impositions de 
la communauté de Corroy, nous nous sommes assemblés 
extraordinairement lesdits jour, lieu et heure, au son de la 
cloche, à la manière accoutumée. 

Kt qu'en conséquence, pour obéir aux ordres de Sa Majesté 
j)ortés par ses lettres données à \'ersailles le 24 janvier 1781), 
pour la convocation des ICtals généraux de ce royaume, el 
satisfaire aux dispositions du règlement y annexé, comme aussi 
en vertu de l'ordonnance de M. le grand Bailli d'épée du bail- 
liage de Sézanne, à nous signiliée [)ar exploit de Vanet, huissier 
royal audit l)ailliage, le 2.') février dernier, par la lecture et 
j)ul)lication ci-devant faite au prône de la messe paroissiale i)ar 
M. le Curé, le l'*" du présent mois, et j)ar la lecture et i)ublica- 
tion, affiche pareillement faite le nu'Mne jour à l'issue de la 
messe de paroisse, au devant de la piincipale i)orle de l'église, 
|)ar nous, syndic, à l'ellel de nous assembler et exposer nos 
jusli's nu)yens de plaintes et dolétuices, sur la délibération, 
Mominalion de deux [)ersonnes notables poui- dépulés par nous 
faites, ce jourd'hui nommé et choisi d'une voix unanime, les 
personnes de Laurent Herton et (vharles Oudin, tous deux 
habitants notables de celle communauté, suivant le procès- 
verbal de (•(■jourdliui fait |)ar i'oKicier public rcprésenlanl le 
juge ordinaire, (pii ont accepté, ((ue nous avons chargés de 
nous représenter à rassend)lée générale des trois ordres du 



CORHOY 215 

Ixiilllage de Sézanne, qui se liendni le 9 du pi-és(nit mois, ainsi 
que du cahier conforménieul au désir de ladite ordonnance. - 
Nous nous sommes tout présentement occupés à la rédaction 
dudit cahier de doléances, i)laintes et remontrances : 

1° Disons que notre dite communauté de Corroy est compo- 
sée de soixante feux, payant suivant les rôles de la taille prin- 
cipale et capitation, la somme de deux mille deux cent 
soixante-quatorae livres sept sols huit deniers (1) ; suivant les 
rôles des vingtièmes de la présente année, la somme de huit 
cent soixante livres neuf sols six deniers. 

Les deux sommes jointes ensemhle forment celle de trois 
mille cent trente-quatre livres dix-sept sols deux deniers. 

Ci : 3,134tt 17- 2 ^> 

Remontrons que la mine et épaisseur de terre crayonneuse 
qui couvre en partie le tuf de l'étendue de notre finage, est si 
peu fertile que deux tiers ne produisent que très peu de seigle, 
avoine et sarrasin, et que l'autre tiers est en partie stérile et ne 
produit rien (2) ; c'est ce qui nous met hors d'état de pouvoir 
supporter, à l'avenir, le poids de nouveaux impôts sans risquer 
de plus grandes misères. 

Cependant, pour l'amour que nous avons pour notre Souve- 
rain, nous supporterions encore avec moins de peine ces 
impositions de la taille, capitation et vingtième, si on adoptait 
un moyen qui nous assure que cette somme ne fût pas à moitié 
réduite avant d'arriver au trésor royal, et que l'autre moitié, 
versée audit trésor, fût employée au seul hesoin de l'Etal, 

Nous payons, en outre, trois cent quatre-vingt-neuf livres 
huit sols sur le rôle de la corvée (3). 



(1) On a vu que la taille de 1789 ne portait que 2,228 livres par suite des 
quelques réductions et décharges. 

Au rôle des impositions de 17!)(), rinii)ositi(jii principale, les frais de col- 
lecte, les accessoires et la capitation s'élevaient à 2,269' 18 s. (Arch. de ht Marne, 
C, 8i8.) 

(2) Voir ci-avant l'état des terres et des récoltes. — Il y avait, en etTel, 
1,800 arpents de terres labourables contre 1,454 de terres incultes. 

Le sol de Corro}-, disait Clialettc en 184.') (Précis de la statistique générale 
du département de la Marne, ouv. cit., t. II>, est ainsi distribué : uu tiers de 
terres blanches, ayant pour sous-sol du crayon, et dcu.\ tiers d'une terre appe- 
lée morte. Il y a, sur le territoire, une carrière de moellons, une de grjve,une 
de terre grasse pour torchis et une de sable grévcu.x. 

(3) Arcli. de la Marne, C, 138'J. — Au rôle de 1790, la prestation des che- 
mins pour la paroisse de Corroy, était portée pour 387' 9'. (Ibid., C, H'i8.) 



210 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Nous rcnioiilroiis nussi avec douleur (|u"il est injuste et 
révoltanl de faire supporter aux comnuinautés seules le j)oiils 
(le rinip(M pour la corvée, attendu (pie nous sommes occupés 
annuellement aux travaux de la campai^ne et (jue nous ne 
mettons presque point ou peu le pied sur les grandes routes : 
elles ne sont donc rompues et écrasées (juc par le poids du 
transj)ort des denrées et productions tirées des riches i)osses- 
sions des privilégiés par les commerçants. Il serait donc juste 
([ue les privilégiés et commerçants contribuassent en propor- 
tion à la contribution, entrelien et réparation des grands 
chemins royaux, et d'em])êcher{jue les deux tiers de cette impo- 
sition se tourne i)lus au profit des intéressés et des adjudica- 
taires protégés au préjudice et à l'exclusion des contribuables. 

Disons (jue pour subvenir aux besoins de l'Ktat, il est facile 
d'y ai)[)orter un prompt remède : c'est d'imposer également à 
la taille et capitalion, sans exception, tous les biens des privi- 
légiés (}ui ont joui mal à propos de cette exemption jusqu'à 
ce jour, et au détriment de la partie la plus indigente (1). 

Représentons aussi que, pour le bien général des sujets du 
royaume, il conviendrait (jue les l'^tats généraux apportassent 
un changement dans l'administration des fermes générales, 
aides et gabelles, en établissant une nouvelle forme plus claire, 
moins coûteuse et moins tyrannique que celle pratiquée dans 
la j)erception des droits d'imj)()ts, si multipliés et masqués du 
voile d'inifjuité, de façon qu'il est pres(jue inij^ossible d'y 
connaître, sinon aux préposés qui en ont étudié toutes les 
rubri(|ues mystérieuses. 

Les intéressés (jui sont à la tète, sont si avides du gain 
([u'ils établiraient, s'ils pouvaient, des impôts sur l'air (pie nous 
respirons ; (jui ne se distinguent dans le monde tpie par la 
dureté d'inhumanité, le brillant, le faste et l'opulence ; les 
richesses immenses (ju'ils accumulent ne j)roviennenl cej)en- 
dant (pie de la ruine et des dépouilles des citoyens de l'Ktat. 

Il conviendrait enfin, pour le bien général de l'ICtat, (pie la 
justice lïit rendue plus promplenunt et a\ec moins de frais ; 
la prolong'.dion dexient très coûteuse et ruineuse. 



(1) Parmi les privilc-fîic-s on (istingunit, à (^orroy, le curé, les cliniioincs 
(le Sîiiiif-Ktieniie de CliAIcms, les i liaiioines de IMeurs, les missions éfiaii>,'ères 
de l'.iris, le marquis de l'Ieurre, seij,'neur. (Arch. de Ui Marne, C, S'iH.) 



COURHETAUX 217 

Telles sont les remonlrances el délibérations du présent 
cahier ([ue nous, syndic, municipaux et habitants de la com- 
munauté de Corroy soussignés, avons l'honneur d'exposer par 
nosdits rei)résenlanls ([ui se sont chargés du cahier de doléances 
de ladite paroisse et communauté de Corroy; le double fait et 
déposé au grede de ladite communauté de O)rroy, et lesdits 
députés par nous, syndic, municipaux, ont promis de porter 
l'autre double dudit cahier à ladite assemblée, et de se confor- 
mer à tout ce qui est prescrit et ordonné par lesdites lettres du 
Roi, règlement y annexé et ordonnances susdatées, pour être 
présenté à Messieurs de l'assemblée générale du bailliage et à 
Messieurs les députés des États généraux, les. prions de nous 
donner satisfaction, d'y avoir égard. 

Fait et délibéré à l'assemblée générale les an, mois et jour 
susdits. 

Claude Fkrat, syndic, A. Bhissot, Claude Oudin, 

N. OuDix, etc 

(20 signatures.) 



COURBETAUX 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ÉCONOMIQUE. — «A 18 lieues 
N. N, 0. de Troyes, dans une vallée sur le Petit-Morin, à une dcmi- 
lieue S. S. E. de Montmirail. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézannc, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Georges, 
à la collation de l'évèquc de Troyes ; — poste de Montmirail. 

Aujourd'hui, commune du canton de Montmirail, arrondissement 
d'Épcrnay. 

— Dénombrement de 1//3-1/SS : 57 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 84 hommes, 86 femmes, 26 garçons et 16 fdles, 
soit : 212 habitants. — Recensement de 1906 : 233 habitants. 

— Seigneur : Ambroisc-Polycarpe de La Rochefoucauld, duc de 
Doudeauville (1). 



(1) Le duc de La Rocliefoucauld-Doudcauville était alors grand d'Espagne 
de l^- classe, grand bailli d'épéc du bailliage de Chartres, seigneur d'.Ai.K- 
rKvcque, pair de smguet, premier baron du Boulonois, seigneur baron de 
Montmirail-en-15rie, major en second du régiment de chasseurs des Trois- 
Evêehés, bailli, capitaine et gouverneur de la ville de Nantes. — Né à Paris 



218 HAII, LIAGE Di: SIÏZANNE 

— (Àirc : Louis Simon (1). 

— Territoire : 1,452 arpents de terres labournbles, dont 88 1 4 (iiic 
faisaient valoir les privilé^Més, le curé et M. de Housscl (2), 29 de jar- 
dins, 90 de i)rés, 12 de vii^nes, 970 de bois, (î de terres incultes (.'{). — 
Recolles (an. coni.) : ô, ()()() boisseaux de froment (2 jjour 1) ; 2<S1 de 
seigle (2 i)Our 1); 14.") d'orge (2 i)Our 1); (5, 01(0 d'avoine (2 jîour 1); 
112 de sarrasin (2 i)our 1) ; 08 muids de vin (24 en 177,')). — 10 labou- 



(paroisse Saiiit-Sulpicc) le 2 avril 17().">, il acquit la terre de Moiitmirail 
en épousant, au mois d'avril 1779, Henignc-Françoise-Augustinc Le Teliier 
de Louvois de Moiitmirail, arrlèrc-petite-tille du célèbre ministre de Louis XI\' 
qui avait fait bâtir le château de Moiitmirail. Le duc de Doudeauville émigra 
en 179*2 et rentra sous le Consulat; il devint conseiller général de la Marne, 
pair de France (1814), directeur général des postes (182'2), ministre de la maison 
du Hoi (l.S24-1827>, et mourut à Montmiraii le 2 juin 1841. 

(1) Claude Simon, d'après .M. l'abbé Millard, qui nous ai)j)rciul que ce 
curé, dont le revenu net était de 1,747 livres, avait 7M) livres sur l'abbaye de 
Saint-.Jean de la (^astelle, ordre des l'rémontrés (Aire), et la chapelle de 
(^ourgeraines, succursale de Saint-Léger jirès de Troyes, dont le revenu net 
était de (i(l livres. (Le Cierge du (Uoccsc ilc C.hàlons peiuUud la licrohition, ouv. 
cit., t. L jînge l.')().) 

(2) Nicolas de Roussel, chevalier, ollicicr au régiment provincial d'Orléans, 
habitait la paroisse voisine de Maclaunay (voir ce cahier). 

ÇA) L'enquête de 17C9 sur les terres incultes donne quelques détails sur la 
situation économique de cette paroisse et ses rapports avec ses seigneurs.il y 
avait encore à cette époque, à (>ourbetaux, (50 à 80 arpents de terres incultes 
qu'on cherchait à cultiver et à défricher depuis quelques années. 

« Parmi ces terres incultes, lit-on, il y en a ',\ â 4 arpents en une pièce 
« séparée des autres et que l'on appelle le « Savart-de-la-('roix », (jui paraissent 
« n'avoir jamais été cultivés et qui ont toujours passé pour une pâture 
« commune, (^onime ce savart est proche des deux plus foits hameaux de la 
« jiaroisse ((^ourbetaux avait plusieurs liameaux imj)()rtants. Mondant, Fon- 
« tainc-Kssart, Houssat et Maclaunay), c'est là (jue s'assemblent les troupeaux 
« quand on les mène aux champs et quand ils reviennent le soir; c'est là aussi 
« qu'on mène, en hiver, le troupeau de moutons et de brebis, lorsque le temps 
« et les mauvais chemins ne permettent jias de les mener plus loin ; car c'est 
<■ â cette espèce de troupeau que cet endroit est bon parce qu'il est i)laeé sur 
« une hauteur et que le fond de terre est pierreux et, par conséquent, sec. 
« Cependant les habitants ont appris que M. le Prieur de .Montlèan, sur la 
« seigneurie duquel est situé le savart suivant les nouvelles liornes plantées 
« entre lui et le seigneur de Montmiraii (alors le maréchal d'Kstrées), avait 
« dessein de défricher cet endroit, ce qui leur ferait un tort très considérable 
« pour les raisons cjue nous venons de niarc|uer. Si cela arrive, ils piendroiit 
<< la liberté (l'implorer la protection de M"' llntendant. 

« La qu.dilè de ces terres incultes est médiocre. La superficie, jiis(|u'â .'< à 
« 4 pouces, est un peu bonne, mais le fond est une terre dure, rouge, glai- 
« seusc et pleine de pierres, grosses et petites, {|ui en rendent la culture très 
« difTicile et coûteuse. Il jiaraît rpie c'esl poui" cela (ju'on les a abandonnées. - 
" (les terres sont situées sur ilvux collines, dont l'une est au nord et l'autre au 
« midi. Il semble cpi'il y ait eu des vignes sur l'un et l'autre. — Les terres de 
« la colline qui est au nord et qui peut être de 20 à 'M arpents, est meilleure 



COURBETAUX 219 

rcurs nyant charrue. — 22 chevaux ; 60 l)èles à cornes ; 600 bêles à 
laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3" 10 J ; de la capitation et 
impositions accessoires : :51^ 10<i 1/2 pour livre de la taille. — De 1778 
à 1787 : taille : de 700 (en 1781) à 850 (en 1786). — En 1788 : taille : 
850 livres (était au taux commun de l'élection), pour un revenu 
réduit de 4,5061 15^ (reutes passives déduites : 3901 5»), — En 1789 : 
taille : 820 livres ; impositions accessoires : 660 livres; capitation : 
620 livres; total : 2,100 livres. 

— Dîmes : 1/3 au curé et 2/3 au prieur de Montléan prés Montmi- 
rail (1). 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL. [Le village de Courbetaux était 
composé de 62 feux. — L'avis pour la convocation des Etats généraux 
fut lu et publié le l'^'"' mars 1789. — Le dimanche suivant, 8 mars, les 
habitants se réunirent « en une maison qui a été indiquée », sous la 
présidence d'Etienne-Louis Jeanxel, lieutenant général au bailliage 



« que celle de l'autre, et si la pente n'en était pas si raide, on pourrait la cul- 
« tiver. Pour celle qui est au midi, ce ne sont, dans une grande partie, que 
« des amas et monceaux de pierre, et des trous d'où on a tiré des meules. Le 
« peu d'herbe qui y vient est excellent pour les moutons, et c'est là où on les 
« mène paître la plus grande partie de l'année. 

« Il serait donc bien difficile et presque impossible de cultiver ces collines 
« pour y mettre du grain ; d'ailleurs, les habitants voient qu'ils ont plus de 
« profit à 3' mener leur troupeau de moutons pour la nourriture salutaire qu'il 
« y trouve. lies personnes qui connaissent les simples, viennent aussi y en 
« chercher. Pour remeltre en valeur les terres qu'on a défriché jusqu'à pré- 
« sent, on s'est servi de la charrue armée de bons ferments, et de la her^e. . . 
« On pourrait peut-être mettre quelque peu de ces terres en luzerne et sain- 
ce foin ; mais il faudrait faire bien des dépenses et les renouveler souvent 
« parce qu'il n'y a pas assez de fond de terre. On fait des luzernes dans de 
« meilleurs endroits ; pour les bois, il y en a bien 1,000 à 1,200 arpents sur le 
« territoire, tant anciens que nouveaux, plantés par le seigneur de Montmirail 
« et le prieur de la Grâce, ce qui diminue considérablement les pâturages. En 
« un mot, les habitants voient par expérience que les terres leur sont plus 
« avantageuses en les laissant telles qu'elles sont qu'en les cultivant, de 
« quelque manière que ce soit, parce que, sans ces pâturages, ils seraient 
« obligés de se défaire de la moitié de leurs brebis et moutons; cela n'empêche 
« pas que les propriétaires ne puissent faire défricher ce qui leur appartient. » 
(i4rc/j. (le ht Marne, G. HO'i.) 

(1) Le i)rieuré de N.-D. de Montléan, dans un faubourg de Montmirail, de 
l'ordre de Cluny, était à la nomination du prieur de Coincy, abbé commanda- 
taire. Ce pricin-c possédait, dans le diocèse de Troyes, les dîmes de Mècringes, 
Courbetaux, Maclaunay, Ricux, Montolivct, La Saussotte et \'illeneuve-la- 
Lionne. 11 était seigneur censuel d'une partie du territoire île Courbetaux. 
Son revenu était de 3,050 livres, déduction faite des charges qui s'élevaient à 
2,218 livres. (Arvh. de VAiibc, G, l'iô. — Coi;htalon : Topoc)., ouv. cit., p. 279.) 



220 HAIIJ.IAC.K I)K SKZANNE 

(le Montmirail, juge de la i)ar(Mssc de ('.ourbclaux (1), assisté de 
Snrazin, j^rcllier. — Le |)roeès-verbal constate la ])résence de Jean 
Renard, Nicolas Lcbœuf, Jacques Alix, Jean (iuiart, Pierre Senez, 
Jaccjues (iaudé, Jean Renard, Nicolas-François Mirai, Louis Hiciuel, 
Jac(|ues Alix l'aîné, l''rançois Boucher, Jean-liai)listc Boucher, Claude 
Sarazin, Nicolas Sarazin, Nicolas Bénard, Jean-François Voyer, Simon 
Bullet, Nicolas Brochot, Pierre C.haumont, Jean Lehœuf, Louis Lour- 
din, Louis Bi((uet, Jean-Nicolas Marion, Louis Mouillé, Jean (k)lin, 
Jean Iloukiuin, Jaccjues (A)lin, Louis Frérebeau et Nicolas Aubin, 
Pcrin.— Les députés désignés furent Nicolas Pkhin et Louis Molillk.] 



,4rc-/j. rcvol. de Sczannc, A,:î'2^ : Proccs-vcr))nl ; — A, T2^' : Cahier : 2 pngcs 
cotées et paraphées par le juge .Icaunel. 

SomcKS uoc. ACC. — Arch. de l<i Marne, ('., !>'>:> : Impositions. — C. Uilit : 
Corvées. — C, lS3'i : KgHse, presbytère et cimetière. - C, IHM : Iheiis 
(le ri-igMsc. — Areh. de VAiibe, (i. Il et siiiv. : Xomiiiatioiis de cm es 
(1Ô60-1791). — li, 605 : Paroisse Saiiit-Cieorges de Coiirhetaux ; biens de 
la cure ; dîmes; prieuré de la (iràce-X.-l). (2). — G, l'i'y : Prieuré de 
Moutlèan près Montmirail, dècimateur de (>ourbetaux ; etc. — .4/t/i. 
conini. de Coiirhetiiiix : 1 " rcg. de déHl)érations du ô septembre 1788 
au 18 pluviôse an I\'. 

C A HIER 

Cahier de pldinles, clolcanccs, rcinonlianccs cl dcinandes 
de la paroisse de Corbetot (3) aux Etats (/énéraiix. 

La taille, les iinpositions accessoires et la corvée sont sup- 
portées par le Tiers élat ; seuls, les vingliènies sont répartis de 
manière qu'il est surchargé. Le produit de toutes ces impositions 
sert à acquitter les dettes et charges de l'Etat ; le peuple est 



(1) L'avocat Jcannel était, depuis 1772, lieutenanl-génèral du hailhage sei- 
gneurial de Montmirail, dont le bailli d'épèe était le mar(|uis Pierre de Pompery, 
seigneur des Marais (paroisse Saint-Martin de .\h)ntmirail). ~ Il représenta la 
ville de Montmirail à l'assemljlèe du Tiers état du bailliage de Cliâteau-Thicrry 
et devint, en mai 17ÎK), administrateur du déparlement de la .Nhu-ne et membre 
du Directoire. 

(2) La (Jrâce-Notre-I)ame, sur la jjaroissc de Oouibetaux, était un ancien 
cousent de religieuses de l'ordre de Citcaux, l'onde au xni' siècle et converti 
])lus tard en prieuré. Le prieur, seigneur du lief des Uresseaux, jiaroisse de 
.Mècringes, était seigneur censuel et |)ropriétaire d'un droit de terrage et d'un 
«Iroil de pèclie à Coinbetan.x, et dècimateur à .Saint-(Jucnlin-le-\'crger cl à 
l-ontaine-I)enis. Ses revenus, en 17.')(>, étaient évalués à ],'.\'iU livres. (Arrli. de 

rAiihr. a, r^).'),) 

(3» Oetle ortbograpbe se retrouve dans les titres de l'abbaye d'Andccy, 
ancien seigneur de Courbetaux (1.")2()-1.')'.I7). (Inventaire des titres : (^ 1, C -i, 
f .'51 r". — Arch. de lu Marne.) 



COUHBETAUX 221 

donc surchargé dans la conliibulion ; le Clergé et la Noblesse 
ont beaucoup plus de propriétés que le Tiers étal. 

Les aides sont un fardeau bien lourd pour le Tiers état, et la 
dureté avec laquelle ces droits sont perçus, les amendes que les 
moindres contravenlions produisent, les rendent ruineux pour 
le peuple. 

Les droits de conlrôle et domaniaux sont si multipliés qu'ils 
aflligent les campagnes ; ils sont ruineux lorsqu'il est question 
de vendre ou d'acquérir des propriétés. 

De nombreux et de vigoureux troupeaux enrichiraient les 
campagnes si le sel était à bas prix ; l'homme de la campagne 
peut à peine parvenir à avoir ce cpii est nécessaire pour lui. 

Les procès écrasent les particuliers de la campagne, parce 
que l'atlminislration de la justice est trop dispendieuse ; en cas 
de vente de meubles, un juré priseur enlève le prix d'un mince 
mobilier. 

Le nombre infini de gibier que les seigneurs font conserver 
avec soin, est un fiéau pour les campagnes ; les renîises plan- 
tées au milieu des plaines pour le conserver, ne nuisent pas 
moins aux récoltes par l'ombre et les racines (1), 

Les corvées seigneuriales, les banalités et les halages des 
villes sont encore bien ruineux pour les gens de la campagne. 

Lorsque les dîmes ont été accordées aux curés, la production 
était modique; elle est aujourd'hui bien onéreuse au cultivateur 
qui est malheureux et l'être le plus utile de la société. 

Un impôt unique qui, avec le produit des droits de contrôle 
modéré et le prix du sel réduit au tiers, suffirait pour subvenir 
à tous les besoins de l'Etat, justement réparti entre les trois 
ordres, allégerait le fardeau qui écrase le peujîle, 

La suppression d'une infinité de droits, qui exigent des frais 
immenses de perception ainsi que des droits seigneuriaux qui 
gênent le cultivateur, ferait naître le bonheur du peuple. 

L'administration de la justice faite sans frais, toute espèce 
de gibier détruite, feraient bien disparaître des contraventions, 
et l'aisance habiterait les tristes campagnes. 

Ne serait-il pas possible d'asseoir un revenu honnête à 
MM, les Curés, de manière que le cultivateur n'y contribue pas 
seul par le treizième du produit de ses j)eines et de ses travaux? 



(1; Cf. Bailliage de Chùlons : cahier de Ceruon, page 125. 



222 15A1LLIAC.E DE SKZANNK 

Combien les privilèges Irop niullipliés et les pensions non 
méritées n'aggravent-clles pas les charges de TKtat? 

Coté et paraphe par premier et dernier par nous, président 
soussigné, et ont la plupart des habitants, signé avec nous et 
notre grellier commis, les autres ont déclaré ne savoir signer, ce 
8 mars 1789. 

CiAinK. Pkiun, Mirât, Marion, Mouillé, Bknard, Jacques 
Alix. Jeannel, lieutenant général, président. 

Sarazin, greffier. 
(9 signatures.) 



COURCHMAIN 



SITUATION ADMINTSTRATIVK KT KCOXOMIQUK. - « A 8 lieues 
et demie X. de Troycs, dans une plaine, proche la rivière d'Auge, 
au N. (). de IMancy. » 

— (iènèralitè de ("hàlons, élection de Troyes, coulunie de Meaux ; 
diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-Aubc, paroisse Saint-Martin, 
à la collation de révé(|uc de 'lYoyes ; — poste, grenier à sel d'Arcis, 

Aujourd'hui, connnune du canton de l-'ère-Chanipenoise, arrondis- 
sement d'Kpernay. 

— Dénunibreiuent de V//3-1/S/ : 45 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 63 honunes, (5.') fennucs, 18 garçons, 2û lilles, 
soit 172 habitants. — Rcccnscnicnl ilc P.HXi : 20.') habitants. 

— .S'c/Vy/x;//; l-"rançois-lùumanuel de (lapcndu, comte de boursonnc, 
chevalier de Saint-Louis, colonel (rinfaiiteiie, demeui-ant à (]iép\ -en- 
Valois (1). 

— (ai ré : Louis Hourcpiin. 

— Tcrriloiri' : 1, .")()() arpents de terres labourables, 10 de jardins, 
.'{6 de bois, .")0 de terres d'usage, .")() de terres incultes. — Recolles 
(an. coni.) : 480 boisseaux de froment (3 pour 1); .'),400 de seigle 
(1 1,2 pour 1) ; 400 d'orge (2 1/2 pour 1) ; 9,000 d'avoine (2 1/2 pour 1); 
500 de sarrasin (.") pour 1). — 23 laboureurs ayant charrue. — .35 che- 
vaux ; i).") bêles à cornes. 

— Imposilions .■ Taux de la taille : S'' 4''; des impositions acces- 
soires et de la capilation : 5- j)ar livre du revenu. — De 1777 à 178(5 : 
taille : 480 livres (en 1777), à .')10 (en 178(i). — V.n 1787 : .')00 livres pour 
un revenu réduit au taux de ;{,1.")1 livres, déduction laite de 'M livres 



(1) N'oir lii iiriticf siu" Hoiihigcs duiit le coiiilo di' iJoiiisoiiiu' it;iit i"f{alc'- 
ment sci;{iicur (|)ii({e l'Jl). 



COURCEMAIN 223 

de rentes passives (d'après le taux de l'élection : 463 livres) (1). — Kn 
1789 : taille : 500 livres; impositions accessoires : 403 livres; capita- 
tion : 378 livres ; total : 1,281 livres. 

— Dîmes : Entre le curé et les seigneurs de Linage et de La 
Coudre (2). 

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [Le village de Courceniain était 
composé de 42 feux. — L'avis pour la convocation des États généraux 
fut lu et publié le dimanche U' mars 1789 ; l'ordonnance du grand 
bailli de Sézanne avait été signifiée au syndic de la municipalité le 
28 février. — Le 7 mars suivant, les habitants se réunirent sous la 
présidence de Denis-Edme-Zorobabel Bekthaxd, « juge mayeur de la 
justice et mayries de Courceniain » (3). — Le procès-verbal, qui est 
transcrit en tête du cahier ci-après, constate la présence de Nicolas 
Charpanticr, syndic municipal et procureur sjndic de la commu- 
nauté, Pierre-Denis Drouin père, procureur fiscal, Charles Martel, 
Nicolas Lebrun, Pierre-Claude Gay, Jean-Baptiste Martel, Jacques 
Charpantier, Joseph Diot, Nicolas Parré, Pierre Michon, Pierre- 
Jacques-Mathias Gay, Luc -Antoine Gay, Nicolas Martin, Prudent 
Denis, Sébastien Coffier, François Drouin, Pierre Le Blanc, Jacques 
Le Blanc, Pierre Talion, François Coyard, Nicolas Masclin, tous 
laboureurs, Christophe Michon, Jacques Masclin, André Dutripon, 
Pierre Payen, Antoine Masclin, Jacques Masclin le jeune, et encore 
la signature de François Jérôme. — Les députés désignés furent 
Nicolas Lkbrl'x et Jacques Chakpaxtier, laboureurs.] 



Arch. révol. de Sézanne, A, 33 : Procès-verbal et cahier : ce dernier inséré 
dans le corps du procès-verbal : 7 pages cotées et paraphées au bas par le 
juge Bertrand. 

SoiRCES DOC. Acc. — Aiclt. (le la Marne, C, 58 1 : Administration de la 
communauté ; réparations de chemins. — G, 1835 : Eglise et presby- 
tère. — C, 3021 : Corvées. — E, 61 : Famille de (]apendu, seigneur de 
Courcemain. — .4rc/i. de l'Aube, C, 1339 : Administration de la com- 
munauté ; taille ; états des habitants, des récoltes ; comptes des syn- 
dics ; usages. — G, 75 et suiv. : nominations de curés (lô7.')-1773). — 
G, 606 : l^aroisse Saint-Martin de Courcemain ; biens de la cure ; 
— etc. 



(1) La taille pour 1787 est « diminuée de 10 livres, ajoutent les officiers 
de l'élection, pour la rapprocher du taux » de l'élection qui, on le voit, 
n'aurait donné que 463 livres. 

(2) La famille de Linage était, au xvii*' siècle, seigneur de Nozay, près 
d'Arcis-sur-Aube, élection de Tro\es, et de Loisy et Couvrot, élection de 
Vitry. ((îénéalogie, — dans le Nobiliaire de Champagne, par Caumartin, 167'2 ; 
in-folio, f" 293. — Bibliot. de Reims.) 

La Coudre est un hameau de la commune d'Auxon, canton d'Krvy, arron- 
dissement de Trojes (Aube). 

<3) Voir le procès-verbal de Roulages, page 122. 



224 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

C A H I E R 

Pldiiiles. 

AiiTu.LE P"". - La c'oniiiiuiiaulé icspccto les considérations 
(le Sa Majesté, se sonniel aux dispositions de sa bienveillance, 
espérant (|ue la justice (|ui anime Sa Majesté leur procurera les 
avantages ({u'elle se propose. 

2. — La communauté demande (piil ne soit i)lus dimposi- 
tion sur le Tiers état, de taille, de capitation, accessoires, de 
corvée en nature ou en argent, mais sur les trois états répartis 
également. 

'^. — Que le Tiers état ne soit tenu (jue comme celui de la 
Noblesse, même du Clergé, an prorata sur les entretiens même 
de constructions neuves de presbytères, de nefs d'églises, 
entretiens de rues et cbaussées, de pension de mailre d'école et 
autres charges (1). 

4. — Ladite communauté demande la réforme des fermiers 
généraux (jui amassent des millions au dépens du Tiers état. 
De (juelle utilité sont-ils au (louvernement ? Les receveurs ne 
peuvent-ils pas verser leurs recettes au trésor royal? 

5. — Ne peut-on pas reiulre la circulation du sel libre dans 
tout le royaume, ainsi (|u'il se prati(jue en certaines provinces 
par le commerce, et supprimer les gabelles. 

6. — Supprimer la Cour des aides en imposant à prix réglés 
année commune, sur chaque arpent de vigne, une somme pro- 
portionnée à son produit, qui serait payée comme d'autres 
impositions et remise aux receveurs du département (2). 

7. — Supprimer les iiaras de cette province qui ne servent 



(1) H^lise et prcslix tcrc ilc Coiirccinaiii (.4;(7i. </<- /</ Marne, ('., IH'JJ). 
Héparations dos rues, clicmins et eliaussées (iliid., C, 381). 

Au compte du syndic de 1780 fi{,'urc, pour une recelte de ;5.S(j livres prove- 
nant d'un reliquat de compte et de la location de la rivière et autres l)icns 
communaux, une dépense de .'{ilX livres 11 sols .'{ deniers, dont 7 livres pour 
la location de la maison d'école, et '2'.iîi livres pour les entrepreneurs charges 
des travaux aux rues et chemins du villaf{e. (Arch. de VAnhc, ('., IXVJ.) 

l'our faire face aux dé|)enses énormes occasionnées par ces divers tra- 
vaux, la communauté dut louer une j»artie des marais. (Acte d'assemblée des 
tles habitants. - Arch. de l'Aube, ibid.). 

(■_'> \'oir le cahier de Hergères-sous-.Montmirail. page !)7. 



COURCEMAIN 225 

qu'à nuire aux cultivateurs et à la progéniture des chevaux, 
attendu les rigueurs de l'ordonnance (1). 

8. — La communauté demande que les seigneurs soient 
retranchés sur des droits qu'ils ont injustement usurpés par 
certaines erreurs de la coutume de Meaux, comme droits de 
lods et ventes à chaque mutation le sixième (2), ce qui tombe 
sur la partie la plus indigente et dont le Roi est privé des droits 
sur cette partie ; les amendes réglées suivant leurs propres 
idées ; les corvées, les usurpations sur les biens communaux, 
outre tous les susdits droits, ils détruisent les moissons par 
l'usage barbare de la chasse et par la conservation du gibier, 
tuant les animaux domestiques aux cultivateurs, qui leur sont 
si nécessaires à cause de la vermine. 

9. — Les anciens ont cependant dit qu'ils étaient bourgeois 
du Roi, et que la locale de Sézanne était franche de tous droits 
seigneuriaux (3). 

10. — La communauté désirerait que les juges des justices 
de seigneurs ne dépendent pas d'eux, mais de Sa Majesté, 
attendu que la justice, à leur égard, serait rendue avec plus 
d'intégrité. 

IL — La multiplicité des pigeons ravage les campagnes, fait 
un tort considérable aux cultivateurs dans le temps des récoltes 
et semences, attendu qu'ils ne sont jamais renfermés (4). 

12. — Le temps est venu enfin qu'il est facile de faire con- 
naître dans le gouvernement tous les abus tels qu'ils sont 
détaillés ci-dessus ; pour donner une idée des intentions de 



(1) Voir les cahiers de Barbonne, page 87, et de Coulmier-la-Chaussée. 
(Bailliage de Chàlons, page 216. — Arcb. de la Marne, C, 'i38 à Hl.) 

(2) Voir le cahier de Sézanne, page 22 (note 1), et la préface. 

(3) Locale du builliuge de Sézanne et des cbàtellenies de Tréfols et Chante- 
merle, à la suite des Continues de Meanx, par M. I. Chanipy, avocat en parle- 
ment, Paris, 1682, in-12. — Bibliot. de Reims. N. 2352. 

« Par la coutume gardée esdites châtellenies de Sézanne, ïréfols et 
« Chantemerle, — disait cette locale, — mesmement ce qui est assis au pays 
« et comté de Champagne, tous héritages sont francs de censive, s'il n'appert 
« au contraire, supposé qu'ils soient assis eu la haute justice d'aucun haut- 
« justicier ; et ainsi en use-t-on. » Mais on a vu que le parlement de Paris 
avait jugé que « cette coutume locale de Sézanne était sans autorité, que tout 
u le territoire qui se trouvait compris dans l'enclave de ladite coutume locale 
« était régi par la coutume générale de Meaux où le franc-alleu n'avait pas 
« lieu sans titre. » (.irch. de la Marne, C, 337.) 

(4) Cf. Bailliage de Châlons, cahier d'Auluizeux, page 60, 

15 



226 BAILLIAGE UE SÊZAN'NE 

ladite coinimmauté sur les voies d'imposition (juil plaira à 
Sa Majesté d'imposer, elle se pro[)ose de les tracer en peu de 
mots. 

13. — La communauté demande ([uil lui soit donné une 
seule et unique imposition fixée et rédigée à larpenl de terre, 
prés, bois, maisons et autres, en argent et non autrement, sur 
tous les biens nobles ou non nobles, jjrivilégiés de cpielque 
nation (1) qu'ils soient, sans aucune exception; cela donnera plus 
de facilité à la province, occupera moins de personnes ; il y 
aura moins de privilégiés et l'on verra bientôt régénérer les 
finances de l'Ktat. 

14. — La communauté recommande aux députés pour les 
Klats généraux d'écarter tous les impôts en nature, de telle 
manière cju'ils soient, dautanl plus (ju'ils deviendraient le 
lléau des cultivateurs, leur coûteraient beaucouj) et les acca- 
bleraient de servitude et de dommage, rendraient peu à l'Htat 
par les Irais immenses de perception et d'exploitation qu'ils 
exigeraient, diminueraient les droits royaux et seigneuriaux 
en plusieurs occasions. 

15. — Sa Majesté imposera chatjue année les totaux d'impo- 
sitions aux assemblées provinciales ; les assemblées provin- 
ciales répartiront sur les départements, et les départements sur 
les municipalités ; chacjue municipalité sera tenue de compter 
le montant de son imposition au bureau du département, et le 
déj)artement au trésor royal. 

10. — Chaque municipalité fera, chaque année, une déclara- 
tion des maisons de cluujue ville ou village au grelTe du bureau 
du déparlement, et une seule pour le tout à l'égard de la (pian- 
tité du territoire. 

17. — Chacjue municipalité ferait, chaque année, répartir le 
total d'impositions utiles ; ce serait simple, une maison |)aierait 
tant, un arpent de terre tant, et ainsi d'autre chose. 

1(S. — Cha(}ue municipalité demande qu'elle ne soit plus 
troublée par difîérentes ordonnances de Monseigneur l'Inten- 
dant, appuyées sur d'anciens arièts qui se tiouvent anéantis 
|)ar les nouveaux règlements. 

19. — Et que la communauté dudit Courcemain est sujette 
seule à l'entretien des ponts et très mauvaise chaussée passant à 

(1) 6'ic : pour « nature ». 



COURGIVAUX 227 

travers les marais dudil lieu, (jui est journellement abîmée par 
des voituriers de la haute Champagne qui conduisent des grains 
et autres marchandises au port d'Anglure, pour la provision de 
Paris (1). 

[Suite du procès-vertjal : Nomination des députés et remise 
des pouvoirs.) 

P. Drouin, Nicolas Charpantier, Lerrun, J. Charpan- 

TiER, Pierre Michon, etc 

(13 signatures.) 

Le présent cahier, rédigé en l'assemblée tenante, contenant 
sept pages cotées et paraphées par première et dernière, par 
devant nous, juge susdit, à l'issue de la messe paroissiale, le 
8 mars 1789. Bertrand. 

COURGIVAUX 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE.— « A 15 lieues 
N. O. de Troyes, dans une vallée à 3 lieues de Sézanne. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de Mcaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint-Maurice, à 
la collation de l'évêque de Troyes ; — poste, grenier à sel de Provins. 

— Aujourd'hui, commune du canton d'Esternay, arrondissement 
d'Epernay. 

— Dénombrement de 1173-1788 : 60 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 104 hommes, 106 femmes, 17 garçons et 12 tilles, 
soit : 239 habitants. — Recensement de 1906 : 463 habitants. 

— Seigneur : La comtesse de Marbeuf, dame de Courgivaux, 
Nogentel (2) et autres lieux. 



(1) Arch. de la Marne. C, 381 : Réparations des chemins et chaussées de 
Courcemain. — I^our le commerce du port d'Anglure, voir ce cahier, page 60. 

Le marais de Courcemain était liien communal; il servait, en été, de pâtu- 
rage au bétail. 

« Ce marais, dit l'enquête de 1769, est ordinairement inondé au commen- 
cement, au pointement de l'été ; cette inondation est occasionnée par les 
sources qui donnent beaucoup dans ce temps ; mais, sans inondation, il y a 
de l'eau toute l'année qui le rend impraticable dans la plus grande partie. » 
{Arch. de la Marne, C, 434.) 

(2) Il existait, non loin de Courgivaux, un moulin et un château de ce 
nom. Le château aurait été autrefois, dit Courtalon, la résidence du seigneur 
de Sézanne. La dame de Courgivaux possédait aussi le fief du château du Pré, 
paroisse de Neuvy. 

Le registre de la taille de 1788 et Courtalon indiquent comme seigneur 
de Courgivaux, la marquise de La Coudrelle. 



228 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— Curé : Nicolas Rousselct. 

— Tcrriluire : 2.178 arpents de terres labourables, 24 de jardins, 
187 de prés, 96 de bois (100 arpents de biens à la dame du lieu). — 
Recolles : 10,ô(lO boisseaux de froment (2 12 pour 1) ; 12,000 d'avoine 
(2 1 2 pour 1). — 10 laboureurs ayant charrue.— â.'i ciievaux; 96 bètes 
à cornes; (RIO bètes à laine. 

— Marché tous les mardis ; 2 foires par an. 

— Im{)()silioiis : Taux de la taille : 'À> lO'i ; de la capitation et 
des impositions accessoires : 31 > 4'' pour livre de la taille. — De 1778 
à 1787 : taille : 1,110 (en 1784) à 1,240 (en 1787). — Kn 1788 : taille : 
l,2r)0 livres (au taux commun de l'élection) pour un revenu réduit de 
6.(');j2i lô^rcnlcs passives déduites : 1,359 i 1.')-). — Hn 1789 : taille : 
1,200 livres; impositions accessoires : 970 livres; capitation : 900 livres; 
total : 3,070 livres. 

— Dîmes.] 3 au curé et 2 3 à l'abbesse du Paraclet (1) au trei- 
zième compte. 

ANALYSE DU PROCHS-VERBAL. [Le village de Courgivaux était 
composé de 63 feux. — L'avis pour la convocation des Etats généraux 
fut lu et publié le 6 mars. — Le même jour, les habitants se réunirent 
« au grelfe à défaut d'auditoire », sous la |)résidence d'Antoinc-Robert- 
.lean-Baptisle Rk.mfoht (2), prévôt juge civil de C.ourgivaux, assisté 
de Rouvet, grellier. — Le procès-verbal constate la présence de 
(Claude Verrier, François Barbier, Jacques Pinguet, Jean Chabrier, 
Jean-Baptiste Mangeard, Pierre Michon, Remy François, Remy (^)ui- 
gnot, Pierre-Joseph Fagot, (lilles Brézillon, Jean-Charles Martin, 
Jean-Baptiste Leconte, ("Jiai'les Due/., Pierre-Romain Iloudot, Louis- 
Isidore Brouard, Nicolas Bulfct, et encore, d'après les signatures, 
Blanchot et Auvray. Les (lé|)ulès désignés furent Claude Vkiuukh et 
Jean ("habhii:k.| 

Arch. rnujl. de Sczanite. A, 34" : l'rocès-vtMl);il ; — .4, 3V' : Cahier : 
7 |jaf{es cotées et |)uruphées au bas par le juge Ikaufort. 

SorucKS DOC. Acc. — Arch, de Ut Munie, (l, IVMi, ITM, V2fiî} : Ktapes et 
convois militaires ; j^'îte. - ('., KSIO : (Corvées. — C, ll'.lO : Atelier de 
cluiiité et). - ''-', i^'H» : i^-«lise et piesh\ ièie. — E, 'i : Ktal des telles 



(1) L'abbaye du Paraclet, de l'ordre de Saint-Benoît, fut fondée par 
Abélai'd qui, en ll'itJ, en fit une maison de religieuses, laquelle fut dirigée 
pendant tieiite-trois ans pai" Héloïse ; — elle était située sur la paroisse de 
(Juincey. bailliage de Troyes, élection de Nogent-sur-Seine. (Aujourd'hui 
canton de Homilly-sui-Seine, arrondissement de Nogent-sur-Seine.) 

Les corps d'Abélard et d'Héloïse reposèrent à l'abbaye du Paraclet, dans 
le même tombeau, jus((u'à la Hévolution. Kn 1792, ils furent transférés dans 
l'église de Nogent-sur-Seine. et aujourd'hui ils re|)osent au eimetièie du Pére- 
Lachaise, à Paris. 

(2} Notaire à Esternay (voir ci-après le cahier de ce bourg). 

(A) (a'I atelier fut établi en ITS.S par l'assemblée de l'élection de Sé/anne. 

La communauté de Courgivau.v avait demandé « la réparation urgente et 



COURGIVAUX 229 

et seigneuries de Courgivaux, Nogentel, etc., en 1743. — Arch. de 
l'Aube, G, 67 et suiv. : Nomination de curés (155Ô-1777). — G, 60H : 
Paroisse Saint-Maurice de Courgivaux ; l)iens de la cure ; dîmes ; 
— etc. 

CAHIER 

Doléances de la paroisse de Courgivaux. 

Les habitaiitscle Courgivaux n'ayant jamais cessé de donner 
à leur monarque des preuves de leur dévouement, et à la 
Nation des marques de bons compatriotes, se soumettront 
avec plaisir à tout ce qui sera arrêté par les États généraux. 
En conséquence, se permettent les observations suivantes : 

Article l"^"". — Les députés de leur ordre ne pourront être 
pris que dans le Tiers état, sans qu'il en puisse être élu d'un 
autre ordre ; que, même autant qu'il se pourra, ils seront 
choisis parmi les non-privilégiés. 

2. — Ces députés aux Etats généraux s'occuperont des 
recettes et dépenses actuelles du gouvernement, afin de pou- 
voir connaître leur étendue et les modérations qui peuvent 
y être apportées pour le soulagement des peuples, et ils ne 
consentiront à de nouveaux impôts qu'autant qu'ils verront 
qu'il n'est pas possible d'égaler la recette à la dépense. 

3. — Toutes exemptions personnelles d'impôts, ils seront sup 
primées, et tous les ordres contribueront aux besoins de l'État, 
également et en proportion de leurs biens. 

4. — Les nouveaux impôts seront fixés et limités d'après 

indispensable d'un terrain de 87 toises de longueur, donnant entrée et sortie 
pour le transport des troupes (Courgivaux était gîte d'étape), grains et vins 
qui y passaient journellement, et cela sur un chemin de communication de 
cette paroisse à Villenauxe, Boucln-, Escardes, Saint-Bon, Villevotte, pour 
éviter le danger aux voyageurs et le dégât que font dans les terres ense- 
mencées les voitures en se détournant de ce mauvais pas ;>. Le bureau 
intermédiaire de l'élection représenta « que cette réparation demandée sur un 
chemin de communication très fréquenté, paraissait instante et indispen- 
sable ; que le devis total dressé par l'inspecteur montait à une somme de 
6311 3^6' et que encore bien que la communauté n'eût offert par sa soumis- 
sion qu'une somme de 236 livres par forme de contribution en argent ou en 
fourniture et transport de matériaux, cependant elle se proposait, attendu 
que ces réparations étaient aux abords de son village, de fournir et rendre 
sur place tous les matériaux nécessaires à la réparation de ce chemin, lesquels 

matériaux, suixant le devis, montaient à une somme de 392 livres » Le 

bureau intermédiaire consacrait en conséquence 240 livres à l'établissement 
de l'atelier de cliarité de Courgivaux, qui devait durer deux ans. (Procès- 
ncrbal, ibid., Arch. de la Marne, C, 2909.) 



280 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

les besoins du gouvernement pour chaque dépailenient, et 
ils ne pourront être excédés ni continués sans le consente- 
ment de la Nation assemblée. 

ô. — La province de Champagne sera mise en pays d'État, 
et aux assemblées d'iceux, le Tiers état aura autant de voix 
que la Noblesse et le Clergé réunis. 

6. Pour parvenir à une juste répartition des impôts, il 
sera l'ail un tableau cadastré de toutes les propriétés de chaque 
paroisse el de leurs dilTérentes natures, avec l'évaluation du 
produit ou de ce (jue pourrait produire chatiue objet, les objets 
de luxe compris, tels (pie châteaux, parterres et promenades. 

7. A lelTet de pouvoir l'aire ledit tableau juste et égal 
dans toutes ses répartitions, il sera lait une déclaration exacte 
l)ar tous les |)i()|)riélaires des dinVrenls héritages par eux pos- 
sédés, et pour é\iler à cet égard toutes l'rai'.des, seront tenus 
de rapporter leurs titres, et même, s'il en est besoin, sera fait 
un arpentage ainsi (piil a déjà été |)rati(pu'' dans j)lusieurs 
provinces. 

<S. Pour fixer l'évaluation desdiles dilTérentes propriétés, 
il sera nommé, |)ar les l'étais de ladite province, des commis- 
saires pour évaluer le |)roduil annuel desdiles dilTérentes j)ro- 
priétés, distraction l'aile des impenses (pi'ils sont dans le cas 
d'occasionner, soil |)our leur culture, soil poni- leur améliora- 
tion, ou enfin pour leui* entretien, eu égard au sol et à la nature 
de chacune des propriétés, à l'efTet de (pu>i lesdits commissaires 
diviseront en trois classes chacpie espèce de pro|)riélé, en bonne, 
moyenne el mauvaise, pour (pie rim|>ôl |)uissi' èlre assis avec 
é(|uité. 

\). Lesdils commissaires seront |iiis dans les paroisses 

les unes les ;iulics, comme (''lanl a |(()rl(''e (li- mieux conuaîlre 
les |)rodiicli()ns du périe { 1 ) ; elles |)ourr()nl èlre du u()ud)ie de 
commissaires d'une paroisse ceux (pii y auront des propriétés 
el les |)ar()isses ne pourront se l'ournir des commissaires les 
unes aux aulies. 

10. — Tous impôts en nature seront rejelés comme appor- 
tant du découiagemeul dans ragricullure. (pii n'est déjà (pie 
trop \(\('' parles dîmes, droits de clKimiiarl et «le terrage, (pii 



(1) IVric nu piiirii', sorti- de ti-mirc. posscssidii. (I';i|)rcs (locjefidv (l)irl. 
ouv. cit.); fc tcrim- est rniployi- ici pour « |>;".vs >., ■> Icrriloirc ». 



COURGIVAUX 231 

se perçoivent en nature, d'où il résulterait qu'il ne resterait 
presque plus rien aux cultivateurs, soit pour leur nourriture, 
soit pour celle de leurs bestiaux et l'engrais de leurs terres ; 
d'ailleurs, ces sortes de droits occasionnent journellement des 
procès que Ton doit s'occuper à éteindre et à éviter toutes les 
occasions. Et que s'en suivrait-il encore ? Que ce serait celui 
qui mériterait récompense et être même indemnisé, s'il était 
possible, qui paierait le plus parce qu'il aurait mieux cultivé 
et amendé son héritage, taudis que le négligeant ne paierait 
pour ainsi dire rien parce qu'il ne ferait aucune dépense à 
son héritage et le laisserait dépérir faute de soin. 

11. — Pour empêcher qu'aucuns se soustraient aux paie- 
ments de l'impôt en argent, les Etats généraux arrêteront 
exjHessément qu'ils ne pourraient accorder par le gouvernement 
aucun abonnement, privilège ni exemption, sous tel prétexte 
que ce soit, à moins que la Nation assemblée n'y ait consenti. 

12. — - Les dîmes, champarts et terrages et autres droits qui 
se perçoivent en nature, seront convertis en une redevance en 
argent, comme étant absolument contraires aux biens de l'agri- 
cullnre par les raisons ci-devant dites article 10. Et ladite 
redevance sera fixée comme ledit impôt en argent. 

13. — Les douanes et barrières seront rejelées aux confins 
du royaume et il ne sera mis aucun impôt sur les marchandises 
des fabriques et manufactures du royaume , lesdits impôts 
devant être mis seulement sur celles qui nous viennent de 
l'étranger, et tous traités faits avec l'étranger pour l'entrée de 
leurs marchandises en France, seront abrogés comme étant 
contraires au commerce du royaume. 

14. — Si les Etats généraux jugent qu'il n'est pas possible, 
vu l'état actuel de nos finances, d'abolir les gabelles et rendre 
ses denrées commerçables, au moins que le prix du sel et du 
tabac, dont le })euple le plus indigent ne peut se passer, soit con- 
sidérablement diminué et que toutes les provinces du royaume 
le supportent également : étant tous la même famille et n'ayant 
qu'un seul chef et même père, le sort d'un chacun doit être égal. 

15. — Que pareillement les aides soient supprimées comme 
étant très onéreuses au peuple et la perception ruineuse, et (jue, 
pour tenir lieu du produit net ([ui en rentre au trésor royal, 
il soit mis un impôt sur la vigne suivant les différentes natures 
et valeurs d'icelle. 



232 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Ifi. — Si lesdits droits d'aides ne peuvent être absolument 
supprimés, qu'au moins tous privilèges soient abolis, ne devant 
y avoir ni exception dans les impôts, et d'ailleurs ces exceptions 
occasionnent la fraude, et ce surcroît de revenu opérerait une 
décharge sur ceux (jui paient actuellement. 

17. — Pareille suppression des milices, comme désolantes 
pour les campagnes et enlevant des bras à l'agriculture ; et si 
elle n'était point supprimée, (fu'au moins tout privilège soit 
aboli, tant personnel que de ville entière. 

18. — Que toutes servitudes soient éteintes, telles que cor- 
vées, banalités de moulins, pressoirs, boucheries, boulangeries, 
ours et autres, comme tenant de l'ancienne barbarie. 

19. — Qu'il n'y ait plus que deux degrés de juridiction : le 
bailliage royal, autjuel il sera donné pouvoir de juger souve- 
rainement jusqu'à une somme iixc qui ne pourra être moindre 
que de 1, ()()() tt, et au-dessus de cette somme une cour souve- 
raine. Toute autre juridiction abrogée comme mettant les 
parties dans l'inceililude à ({uel tribunal elles doivent s'adres- 
ser et, de là, des jjrocès d"iiicoinj)étence ruineux sans ajjporter 
l'éclaircissement du i)()u tlroil ; et d'ailleurs, les dilïérents 
degrés de juridiction |nej servent aux plaideurs de mauvaise loi 
que pour s'em|)ècher ou de payer ce (|u'ils doivent, ou de 
remettre le bien (|u"ils retiennent injustement. 

20. Qu'il soit lait un nouveau code, de manière que les 
lois soient claires et |)récises, alin de pouvoir distinguer le bon 
droit d'avec le mauvais, incertitude dans Uuiuelle on est jeté 
par les dillérentes variations de la juris|)iudence. 

21 et dernier. - Qu'enliu les l^lats généraux s'occupent 
principalement à lemetlre une lelle égalité dans la répartition 
des impôts, de (acon (|ue le |)euj)le ((ui en est écrasé reçoive 
du soulagement. 

l'^iil et airèlé en l'assemblée des liabilanls de la paroisse de 
Courgivaux. tenue devani nous. Anloinc-Hoberl-.Iean-Haptisle 
Beanlorl. prt'-vosl, juge c'wW (IikIiI ('-()urgi\aux, cejouicriuii 
6 mars 17.S'.), cl oui. ceux <|ui savent signer, signé avec nous. 

Heniy 1"ua\u)is, Pi.nciLkt, Mmoi aiu), Haiuukh, Hmkzillon, 
Mahtin, elc 

l'our (liiplicalii : 

Beau FORT. 
(19 signatures.) 



DOSNON 233 



DOSNON 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. — « A 9 lieues 
N. N, O. de Troyes, sur la l'Huistrelle, dans une contrée assez fertile, 
sur le chemin de Troyes et d'Arcis à Vitry-le-F"rançois. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-Aube, paroisse Saint- 
Pierre à la collation de l'évêque de Troyes ; — poste, grenier à sel 
d'Arcis ; — mesure de Troyes. 

Aujourd'hui, commune du canton de Ramerupt, arrondissement 
d'Arcis-sur-Aube (Aube). 

— Dénombrement de 1773-1787 : 72 feux roturiers (1) et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 108 hommes, 120 femmes, 18 garçons et 21 filles, 
soit : 267 habitants. — Recensement de 1906 : 161 habitants. 

— Seigneur : Simon-Joseph Songis, de Troyes (2). 

— Curé : Joseph-Pierre de Conti. 

— Territoire : 2,940 arpents de terres labourables, 16 de jardins, 
3 de vignes, 16 de prés, 60U de terres incultes. — Récoltes (an. com.) : 
140 boisseaux de froment (2 1/3 pour 1) ; 11,200 de seigle (2 1/2 pour 1) ; 
6,480 d'avoine (1 1/2 pour 1) ; 2,600 de sarrasin (2 1/2 pour 1) ; 10 muids 
de vin (5 en 1773). — 35 laboureurs ayant charrue. — 40 chevaux ; 
70 bétes à cornes ; 300 bétes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 1 (" ; de la capitation et des 
impositions accessoires : 34^ 2d 2/8 pour livre de la taille. — De 1777 



(1) Un état de 1787, aux Archives de l'Aube, indique 82 feux et «341 habi- 
tants, dont (j filles occupées à la filature du coton, et 4 particuliers fabriquant 
des bas ». — En 1788, un autre état note 66 maisons à Dosnon, 8 au hameau 
des Fermes, y compris un corps de ferme appartenant à l'abbaye de Clair- 
vaux, lue ferme, dite du Cros-Barré, située sur le territoire du fief de Saint- 
Didier (v. plus loin), était la possession de Simon Songis, seigneur de Dosnon, 
et formait un finagc distinct de celui de Dosnon. (Arch. de l'Aube. (1, 1368.) 

(2) Ce seigneur ne figure pas dans l'état des nobles comparant à l'assemblée 
des trois ordres du bailliage ou contre lesquels défaut fut donné ; il était 
cependant assigné comme tel, en son château de Dosnon (voir la préface). Il 
mourut le 24 brumaire an X, à 86 ans. 

La seigneurie de Dosnon appartenait depuis le commencement du 
xvir siècle à une branche de la maison de Coudé. Le descendant de cette 
famille, Gabriel de Coudé, vendit le 21 février 1720, au sieur Grassin, baron 
d'Arcis, ce domaine qui passa ensuite à Barthélémy Thoinard, ancien procu- 
reur général. — Le 19 août 1766, après la mort de celui-ci, sa veuve dressa 
l'aveu et dénombrement de cette terre que sa petite-fille, la marquise de 
Xicolaï vendit à Simon Songis. Mrcft. na/., série Q,n'>52,Aube.— A. Thév.'-:not : 
Statisticjiie générale du canton de Ranierupt : Notice sur Dosnon, p. 2.51 à 
260.) 



234 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

à 1786 : taille : 800 (en 1777) à 860 (en 1786). — En 1787 : 860 livres 
pour un revenu réduit de 5,733 livres (d'après le taux de l'élection : 
844 livres). — En 1780 : taille : 860 livres ; impositions accessoires : 
693 livres ; capitation : 650 livres ; total : 2,203 livres. 

— Dîmes : Celles de Dosnon au prieur de Perthe de Mailly (1) ; — 
celles de Saint-Didier au curé. Ce dernier avait « un gros fourni par 
le prieur de La Perte, plus à Dosnon 1/3 des menues dîmes et de la 
dîme des agneaux, et la totalité de la dîme des vendanges (2) ». 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communauté de Dosnon 
et Saint-Didier était composée de 82 iéux. — L'avis pour la convo- 
cation des ïilals généraux fut lu et publié le 1" mars 1789. — Le 4 du 
même mois les habitants se réunirent sous la présidence de Jean- 
Baptiste TiussoN, lieutenant en la justice et mairie de Dosnon et 
Saint Didier (3). — Le procès-verbal constate la présence de Bené- 
Victor Aviat. Pierre Droùot, .loachim l-'èvre, Philbert (iombault, .Ican 
Gouverne, Louis Drouin, Louis Girardin, Barnabe Milliat le jeune, 
Alexis Dit, Antoine Camus, Georges Seurat, Claude Robin, Symplio- 
rien-Alexis Plez, Louis Gombault, Sébastien-Henry Droiiot, Barnabe 
Milliat l'aîné, et encore, d'après les signatures, L. Torrillon, Nicolas 
Droûot, Quentin Droùot, Etienne Frissard, M Arnould, Nicolas Thi- 
bault, J. Robin, .1. Ferré. — Les députés désignés furent René-Victor 
AviAT, laboureur et syndic municipal, et Sébastien-Henry Dhoùot, 
laboureur et procureur fiscal. | 



Arch. rcvol. de Sézonne, A. 35'' : Procès-verbal. A, 3,ï*': Caliior : 7 paj^es 
cotées et paraphées par Tnissoii. 

Soi RCES DOC. Acc. - .4/t/j. cle l'Aubr. C, lO.hi : Tirage de la milice (178.T). — 
a, lUiO : Maladies éiîidémiques. (1, 1367 et 13iiS : Admiiiistiatioii de 
la communauté ; taille ; incendies de M'Mi et 17(S1 : états des lêcoltes ; 
comptes des syndics ; ponts, etc. — G, 6H et siiiv. : Nominations des 
curés et des chapelains de Saint-Didier (lô.')(i-1777). G,6'23 : Paroisse 
Saint-Pierre de Dosnon; biens ; dîmes; chapelle Saint-Didier; — etc. 



<]) Le prieure de Pertiie ou de la Perte, près Mailiy-KomaincourKaujour- 
d'hui canton de Hamerupt, arrondissement d".\rcis-snr-.\ul)e), sous le vocable 
de l'Assomption, ordre de Saint-Benoît, dépendait de l'abbaye d'.Uichy-les- 
.Moines ou Auchy lès liesdin, en Picardie. 

(2) Arch. de l'Aube. (i,623. - (À'pendant l'état de 1787, mentionné dans la 
note (1 ) delà page précédente, indique comme ('écimateurs. le curé du lieu, les 
chapelains de la chapelle de Saint-Didier et. en outre, le doyen du cha- 
pitre de Châlons. (Ihid., C. t:{6H.) 

Ci) Les fermes de Saint-Didier, hameau avec cluipellc a la collation de 
l'èvèque de Troyes, furent détruites à la tin du .wnr siècle. Ou trouvera la 
description de ces fermes de Saint-Didier dans l'aveu et dénombrement de 
17HH. document cité plus haut cl re|)n)(luit par M. riicNcnol. (Sldlisliiiiie. 
ibid., p. 25it.) 



DOSNON 



235 



CAHIER 

Cahier des doléances de la paroisse de Dosnon au bailliage 
de Sézanne. 

La communauté de Dosnon, assemblée et convoquée sui- 
vant les ordres et au désir à elle signifiés par l'assignation de 
M. le Bailli de Sézanne en date du 27 février dernier, 

Pénétrée de la vénération la plus profonde pour la personne 
sacrée d'un Roi plein de bonté qui, ne voulant régner sur 
ses sujets que par la loi, daigne donner, dans ce moment, à 
la Nation assemblée, le droit dont elle jouissait à l'époque des 
premiers temps de la monarchie où les sujets du royaume de 
France siégeaient avec le prince et faisaient, de concert avec 
lui, les lois et règlements qui pouvaient contribuer au bonheur 
public, ne croit pouvoir répondre à la confiance dont l'honore 
le seigneur Roy d'une manière de son cœur paternel, (ju'en 
chargeant ses députés de concourir, non seulement avec les 
membres du Tiers état, mais encore avec ceux des deux -autres 
ordres, et à tout ce qui peut rendre la situation d'un prince 
plein de vertus, plus douce et plus tranquille ; 

Estime en conséquence, qu'occupé jusqu'à présent de se 
procurer le plus étroit nécessaire par les pénibles travaux de 
l'agriculture et le peu de commerce de denrées qu'un sol ingrat 
et stérile peut produire, elle ne peut connaître que très impar- 
faitement et les causes du malheur de l'Etat et les moyens d'y 
remédier. 

Son premier vœu est, pour suppléer à ce défaut de connais- 
sance, que les trois ordres convoqués au bailliage de Sézanne 
se réunissent ensemble pour se communiquer leurs lumières 
réciproques, qu'on opine, non par ordre mais par tète ; qu'il 
ne soit fait qu'un seul cahier pour les trois ordres, et qu'ils 
élisent ensemble leurs députés aux États généraux. 

La réunion des trois ordres, si elle peut avoir lieu, donnera 
plus de poids et de force aux délibérations et aux résolutions 
qui auront été prises. 

Le second vœu est que les députés aux États généraux por- 
teront serment de suivre exactement ce qu'il leur sera prescrit 
dans le cahier rédigé par leurs commettants et, dans le cas où 
ils outrepasseraient leur pouvoir, (jue les commettants puissent 
les désavouer, même les citer devant les tribunaux de justice 



236 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

et leur faire l'aire leur procès, comme coupables de haute 
trahison, s'ils consentaient à une loi contraire à la liberté géné- 
rale ou au bien général. D'après ce principe, tout citoyen de 
l'Ktat ayant droit, à raison de sa contribution à l'impôt, au 
bien-être individuel qui doit en résulter; 

Que la construction de l'empire soit fermement assurée par 
l'établissement d'un ordre fixe et invariable dans toutes les 
parties du gouvernement ; 

Que l'impôt soit également supporté par les trois ordres de 
l'Ktat sans aucune distinction ; 

Qu'il soit supporté par chacun, à raison de ses facultés, 
soit qu'il soit propriétaire de fonds, capitaliste ou rentier; que, 
comme dans l'impôt en argent sur les terres, il est moralement 
imjHissible de ne j)oinl donner atteinte aux lois de la justice 
dislributive, l'imiJÔl soit perçu en nature sur tous les objets 
qui en seront suscej)tibles, et en argent sur les autres fonds, 
en raison proi)ortionnelle de l'impôt sur les terres. 

Au reste, nous nous en raj)portons sur l'impôt, la forme, sa 
perception et sa quantité (1) à la sagesse des Etats généraux; que 
cet impôt soit perçu avant la dîme ecclésiasticpie ou seigneu- 
riale, laquelle se trouvera libre alors. 

Ladite comnuinauté demande à être inahilenue ilans ses 
droits de ses biens francs et mouvants cl de franc alleu, et 
n'a jamais payé par ménage (|ue deux sols pour <lroils de Roy, 
et un sol par demi-ménage par chacun an, et (jue, depuis envi- 
ron trois ans, les fermiers du domaine de Sézanne ont fait 
payer quatorze sols six deniers sans montrer aucun titre (pii 
les y autorisât ; demande, ladite communauté, à être maintenue 
dans ses anciennes possessions (2). 

La communauté remontre (pie les tailles, (k'puis plusieurs 
années, ou les impositions accessoires, ont été augnuMitées d'un 
tiers dans l'élection de Troyes (,'}); (pie les terres de leurs 



(1) Mis pour « quotitt- ». 

(2) Voir la préface et les caiiitrs de .Sézanne et (lonreeniain, p. 22 et 22.». 
CA) Kn ](j79, le montant du rôle des taille, impositions aeeessoircs et eajii- 

tation sélevait à 1,291 livres poui" 84 contribuables (Mcssirc Gabriel-Henri 
de (2ondé , chevalier, était alors seif^neur i\u lieu); — en 177(i, il fut de 
l,f).")7 livres 10 sols pour 117 contribuables, dont 12 foiains; on a vu quen 
17H9 il s'éleva à 2.20:< livres. 

La communauté avait lu a subir-, en IT.ili et 17X1 (le 14 juin), des incendies 
qui avaient détruit (ilusieurs maisons du village, (.l/r/j. itc l'Aube, (1, Ui67.) 



DOSNON 2.37 

linages ont été entraînées par les eaux sauvages ; cependant, 
l'ingratitude du terroir dégradé demande que l'on soulage ceux 
qui ont la peine de les cultiver ; 

Que les impôts ne paraissent pas répartis assez également, 
et que les habitants des campagnes qui portent le poids du jour 
et de la chaleur, sont surchargés, tandis que tant de privilégiés 
plus à leur aise, qui profitent des sueurs du cultivateur, sont 
très ménagés ; 

Que l'habitant do la campagne est imposé beaucoup au- 
dessus du bourgeois et des rentiers qui vivent en repos dans 
les villes ; que ceux-ci se plaignent souvent, quoique pour des 
rentes de 1,000^ il paie moins de taille qu'un habitant de cam- 
pagne qui travaille beaucoup ; 

Que cette surcharge dans l'imposition de la taille attire 
nécessairement la surcharge dans l'imposition de la corvée : 
cependant, sans les campagnes, comment subsisteraient les 
villes qui leur (1) procurent les ressources nécessaires ? Les 
habitants de la campagne sont -ils moins hommes, moins 
citoyens que ceux des villes ? 

Les cultivateurs des campagnes sont privés des secours 
nécessaires pour la culture de leurs terres, les domestiques 
sont rares ; ils demandent des gages excessifs et servent mal 
les maîtres qui les nourrissent et qui les paient; cette rareté 
et cette indocilité des domestiques est occasionnée par l'amour 
que les jeunes gens des campagnes ont pour les villes ; les uns 
aiment mieux être laquais d'un riche habitant des villes, parce 
qu'ils y vivent plus dans l'oisiveté et dans le luxe, que de s'occu- 
per à des travaux honnêtes et utiles. 

Les portes des campagnes sont tous les jours assiégées de 
pauvres valides et efTrontés, qui sont la source des vols et des 
assassinats qui se commettent trop souvent dans les campagnes, 
et la communauté demande à ce que chacun nourrisse le pauvre 
de sa paroisse et que la mendicité soit défendue (2). 

Remontre et se plaint, la communauté, que les gibiers sont 
en si grand nombre dans notre finage qu'ils rongent les 
emblaves en herbe et qu'ils mangent le grain quand il est en 



(1) Mis pour « à qui elles procurent ...» 

(2) Voir les cahiers d'Aulnay-aux-Plauches et Matougiies (Bailliage de 
Châlons, pages 45 et 445), et de Boissy-le-Repos ci-avant, page 115. 



238 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

maturité ot coiij)t'nt le bois de la vigne, ce qui la lait presque 
mourir ; de plus, le seigneur ayant plusieurs remises ou 
garennes, ce qui retire le gibier, dans lesquelles garennes il y 
a une si grande quantité de lapins qu'ils dévastent toutes les 
emblaves des environs desdites garennes, ce qui prive le culti- 
vateur de la récolte desdites terres ; comme y ayant plusieurs 
volières ou colombiers dont il y a une grande (juanlité de 
pigeons qui font un tort très considérable ; comme n'ayant 
point de prés dans le pays, nous sommes obligés de semer 
lentilles(l) et vesces et auties poui* suppléer à la nourriture des 
cbevaux, comme sarasins aussi que l'on sème, que les pigeons 
si gourmands mangent le grain et ne laissent que la paille ; 
c'est pourquoi la communauté demande que l'on ne laisse pas 
des gibiers et des pigeons en si grand nombre (2). 

Il existe deux ponts dans la communauté, l'un des deux a 
coûté 1,0(10^1 il y a dix-buil ans; ce pont, ipii servant poin- j)as- 
ser des tiès considérables (3) par rapport qu'il est sur une route 
traversière tle Paris à Strasbourg, et ce pont, par rapport à la 
fatigue qu'il a à supporter, il est dégradé ; c'est pour(|uoi la 
communauté représente que ce pont devrait être à la cliarge de 
la province (4), ou si mieux n'aime, faire à ladite communauté 
une petite diminution sur les impcMs royaux ; que la petite 
rivière qui fait la séparation du bailliage de Sézanne et de celui 
de Cbaumont, hupielle rivière, de temps immémorial, ap[)arte- 
nait à la communauté, et que le seigneur en a privé la com- 
munauté de ses droits par une procédure mal enmention- 
née (sic) (ô). 



(1) On a écrit : « Ncntils ». 

(2) ('f. HailUaye de Chàlnns, cahiers clAulnizeiix, i)a}{e GU, et de La Caurc, 
page 'Mu. 

Ci) lu mot est passé : « ciiaiiiots » ou « convois ». 

(4) Arcb. de l'Atd)e, ('., 136S : Pi'ocès-\erl)al d'adjudication de la construc- 
tion d'un pont en charpente sur le ruisseau de Sainte-Suzanne, par-devant le 
subdélégué de Troyes. 

('») a Mémoire relatif à un procès entre la dame veuve ihoinard, propriétaire 
du fief de Dosnon, et les habitants du lieu. » (Brochure citée par A. Théveuot : 
Statistique (jénérule du cdiituu de Hamerupt . ouv. cit., p. 134.) 

Farnu les nombreux droits que la dame Tlioinard énumérait dans l'acte 
d'aveu et dénombrement de sa terre de 17()6, figure : « le moulin banal et loisc 
« située sur la rivière ; droit d'a\oir carcan, fourches patibulaires à trois 
« piliers, |)risons et droit tlege<»lage; le droit d'avoir pressoii- banal, place et 
a four banal ; la possession de toute la rivière dudit Uosnon et Saint-Didier à 



p:scardes 239 

Le village est construit et bâti du coté du bailliage de 
Sézanne, à l'exception de deux maisons qui sont du côté du 
bailliage de Chaumont, et un hameau distance d'une lieue, vil- 
lage contenant huit maisons, lesquelles font partie de la 
communauté (1). 

En un mot : sûreté, lil^erté, propriété, égalité proportionnelle 
dans la répartition des impôts, soulagement des pauvres, éta- 
blissement d'une constitution tixe et invariable par rapport au 
gouvernement et à l'administration, voilà ce que demande la 
fidèle communauté de Dosnon et ce qui lui donne droit d'espé- 
rer et d'obtenir de la sagesse et de la. . . (2) d'un Roi qui aime 
son peuple et qui mérite, à tous égards, le titre le plus flatteur 
et le plus sacré, celui de restaurateur de la liberté et de père 
de la Patrie. 

Nous chargeons expressément nos députés de ne point 
s'écarter des instructions ci-dessus, de demander lecture de leur 
cahier et acte du dépôt qu'ils en auront fait à l'assemblée du 
Tiers état. 

Droûot, L. Gombault, B. Milliat, P. Dkoûot, Etienne 

Frissard, Syniphorien-Alexis Plez, elc 

(16 signatures.) 



ESCARDES 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. — « A 14 lieues 
X. (). de Troyes, en pays peu fertile, à l'ouest de la Traconne, à 
3 lieues de Sézanne. » 

— Généralité de Châlons, élection de Sézanne, coutume de 



« commencer au tertre de la fin d'entre le terroir de Dosnon et celui de Trouan- 
« le-Grand, et finissant à l'endroit du tertre de la fin d'entre le terroir de 
« Saint-Didier et celui de Graudville ; le droit de banvin... etc. » (Thévenot : 
Statistique, ibid., p. 258.) 

(1) Voir les notes ci-avant (page 234), au sujet du village de Dosnon et son 
hameau, dit des Fermes de Saint-Didier. 

Le cahier de Dosnon, comme celui de Lhuître ci-après, établit donc 
nettement ce fait, que la rivière La Lhuistrelle était la limite des deux bail- 
liages de Sézanne et de Chaumont-en-Bassigny (voir la préface et le cahier de 
Lhuître ci -après). 

(2) Un mot est passé en cet endroit. 



240 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Meaux ; — diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse Saint- 
Antoine et Saint-Sulpice, à la collation de révèc|iio de Troyes ; — 
poste, grenier à sel, eaux et forêts de Provins. 

Aujourd'hui, commune du canton (rHstcrnay, arrondissement 
d'Épernay. 

— Dcuoiulucmcnt de /77.V-/7.S'<S' : 2i) feux roturiers et 1 ecclésias- 
ti(|ue. — P()|)uIation : 56 hommes, 6-1 femmes, 12 garçons et IN lllles, 
soit : 130 habitants. — Reci-iist'ini'nt de 1906 : 153 habitants. 

— Seifjncnrs : Les religieux (ki couvent et de riiôpital de la Charité 
de Paris, ordre de Saint-.lean-de-l)ieu. sis à Paris, rue des Saints- 
Pères, faubourg Sainl-dermain, seigneur des Kssarts-le-Viconite, le 
Pré-du-Hut. Kscardes. Villouette, Saint-Hon, BoucliN-le-Hepos, Les 
Salles et Hieux (1). 



(l)Les religieux de la Charité de Paris furent représentés à l'AssemJjlée 
des trois ordres du baillinge de Sézanne (voir ci-après), par leur protuirur, le 
R. P. Kusébe Boyer. 

Le cliàloau d'Escardes, en aval du village, s'appelait le « Pré-du-Hut » ; il 
était fort important et très ancien : il pouvait remonter au x- siècle, et était le 
siège d'une barounie et d'une prévôté qui jouissait de la haute, moyenne et 
basse Justice sur plusieurs seigneuries et villages cnvirounants. 

L'abbé Hoitel donne une singulière origine au nom de cette seigneurie : 
M Quand, dit-il, il y avait dans la prison d'Escardes plusieurs criminels, le 
« seigneur, qui avait droit de justice, leur accordait une faveur : il les ame- 
« uait dans son pré ; là, il leur iixait un but et leur déclarait que celui qui y 
« arriverait le premier recevrait sa grâce. Il tenait religieusement sa parole. 
« Plus tard, quand il fit construire son château dans cet endroit, il lui donna 
« le nom de « Pré-du-But ». {Recherches hisl. et stalist. sur h- canton d'Ester- 
nay, il>id., p. 113.) 

Le même auteur, qui écrit d'aju-ès les litres des biens tic l'iiôpital de la 
Charité de Paris, rapporte cucoie qu'en 1()40, la seigneurie api)artenait à Ignace 
de Braux, marquis d'Anglure, baron tlu Pré-du-But, dont il raconte les aven- 
tures et la captivité chez les Barbares, ainsi que l'anecdote suivante qui aurait 
fait passer la seigneurie du Pré-du-But entre les mains des religieux de la Cha- 
rité : « Étant un jour à Paris, dit-il en parlant du marquis d'.Auglure, il 
« alla dîner chez un de ses anus. Il sortit de chez lui fort tard. Tout à 
« coup des voleurs se Jettent sur lui, le frappent avec fureur, le 
«( dépouillent de tout ce qu'il possède et le laissent étendu mort dans le ruis- 
u seau. Bientôt le guet passe, le ramasse et le transporte rue des Saints- 
« Pères, chez les frères de la Charité. Ils lui prodiguent tant de soins qu'ils le 
M rappellent à la vie. Ce seigneur resta dans leur maison jusqu'à ce qu'il fût 
« entièrement rétabli. Il fut fort touché de leurs bons services, et voulut leur 
« laisser un monument de sa reconnaissance. Comme il n'avait point d'héri- 
u tiers directs, il leur légua, pour subvenir à la subsistance des jjauvres, ses 
« seigneuries des Essarts-le-\'icomfe, du Pré-du-But, d'Escardes et de Houchy 
« en partie. Ce bienfaiteur de l'iiunianité soulbante décéda le '2(1 mais 1()():<.» 
(Ibid., p. 139-14(J.) — Les religieux convertirent le château du Pré-du-But en 
ferme. 

Quant aux seigneuries de Sainte-Croix, des Salles et Bieux, de Sainl-B<ui. 
de Villouette et autres, tlont l'hôpital de la (Charité était également i)ossesscur, 
elles provenaient d'acquisitions postérieuies à ce legs, et leurs justices furent. 



ESCARDES 241 

— Curé : Jean-Gabriel Mahon (1). 

— Territoire : 3,3ô9 arpents de terres lal)ourables. 18 de jardins, 
242 de prés, 008 de bois (dont 2,380 arpents exploités par les tail- 
lables). — Recolles (an. com.) : 12,285 boisseaux de froment (3 pour 
1); 9,7n0 d'avoine (2 pour 1). — 8 laboureurs ayant charrue. — 45 che- 
vaux ; 132 bètes à cornes ; 1,200 bètes à laine. 

— Jniposilioiis : Taux de la taille : 3- lO^' 5/8; de la capitation et 
impositions accessoires : 31 '^ 3<' 12 pour livre de la taille. — De 1778 à 
1787 : taille : 940 (en 1782) à 1,020 (en 1787). — Hn 1788 : 1,040 livres 
])our un revenu réduit de 5,390i 5>, déduction faite de 135' 10^ de 
rentes passives (d'après le taux commun de l'élection ; 1,020 livres).— 
En 1789: taille : 1,010 livres; impositions accessoires : 820 livres; capi- 
tation : 760 livres ; total : 2,590 livres. 

— Dilues : Au curé au treizième compte. 



ANALYSE DU PROCES -VERBAL. [Le village d'Escardes était 
composé de 27 feux. — L'avis pour la convocation des États géné- 
raux fut lu et publié le 27 février 1789. — Le même jour, les habi- 
tants se réunirent sous la présidence de Pierre Pixaru, syndic de la 
municipalité. — Le procès-verbal constate la présence de Pierre 
l'agot le jeune, Pierre Fagot « le plus jeune », Nicolas Petiglou, 
Antoine Chaloin, Nicolas Vernier, Michel Marnot, Etienne Tissier. — 
Les députés désignés furent Nicolas Verxier et Nicolas Petiglou, 
fermiers.] 

Arcli. révol. de Sézanne, A, 36^: procès-verlial; — .-1,36'' : cahier : 6 pages 
non cotées ni paraphées. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Morne, C, 1130 : Atelier de charité. — 
C, Wi3 et 2892 : Église et presbytère. - C, ^M'i : Justice du I^ré-du- 
But. — G, 1393 : Censives de la collégiale Saint-Nicolas de Sézanne. — 
Arch. de l'Aube, G. 16 : Chapelle de Sainte-Madeleine du château du 
Pré-du-But. — G. 38, 73 et suiv. : Nominations de curés (1570-1791). -- 
G, 631 : Paroisse Saint-Antoine et Saint-Sulpice d'Escardes ; biens de 
la cure ; dîmes ; — etc. 

C A H I E II 

Cahier de remonlrances, plaintes et doléances des habitants 
de la paroisse d'Escardes. 

Les habitants d'Escardes, assemblés selon les intentions de 
Sa Majesté par sa lettre de convocation des États généraux en 

par lettres de mars 1718, réunies à celle du Prc-du-But. (Arch. de la Marne, 
C, 2.)0'/.) 

Courtalon et Boitel notent encore que Louis XIV, allant au siège de Cam- 
hray, dîna au presbytère d'Escardes, et que Louis XV s'arrêta au Pré-du-But 
quand il se rendit au-devant de son épouse, Marie Lezinska. 

(1) 11 refusa le serment, fut « déporté » et émigra pendant la Bévolution. 
11 mourut à Provins en 1835. 

16 



242 HAII.I.IAGK niî SKZANNE 

(laïc (lu 27 avril 17.SU, du ir-^lciiUMil y joint cl de rordoiinaiicc 
de M. le Bailli de Stv.anne. le 14 lévrier 17.SU, pour loruier leur 
cahier de remontrances, plaintes et dol(fances, ont l'ail les 
remarques suivantes : 

1" Que, la Xaliou (''tant appek'e auprès du Unnic pour Icclai- 
ler sur ses véritables intérêts et pour donner la lornie d'aduii- 
nistration relative aux dilTérents dcparlenients. el pour remédier 
aux abus, pour consentir aux impositions nécessaires à ri-^lat, 
il conviendrait que, préalablement à toute autre question, il lïd 
décidé que, la Nation aj'ant toujours les mêmes intérêts à sou- 
tenir, elle i)ùl, dans la suite des temps, s'assembler d'ime 
manière périodique à répo({ue qui serait déterminée par elle- 
même, par exemple tous les cinq ans ; 

2' Que la Nation seule ait le droit de s'imposer eu j)ropor- 
tionnant la recette à la dépense ; qu'elle seule. ;q)rès une con- 
naissance exacte de l'étendue de clia(|ue province, de ses 
ressources, de l'industrie qui y règne, de la leitilité de ses 
camjiagnes, assigne à chacune sa part des contributions; cjue 
la province, tlans une assemblée (qui se tiendrait toujours 
après l'assemblée générale) des dilTérents coips dont elle est 
composée, distribue à cha(jue district sa cote-part des imjjosi- 
tions ; que chaque district en lasse la répartition sur chaque 
paroisse ; enfin, que chaque paroisse, plus capable que personne 
de les répartir également sur chaque propriété ou industrie, 
aidée d'un commissaire nommé par le district ou même par la 
province, ait droit de fixer les impositions ; que la collection jSic' 
s'en fasse dans chaque paroisse par deux personnes solidaires 
l'une pour l'autre, choisies par la paroisse ad tiirium}, comme 
il a été réglé l'année dernière, sans aucune rétribution ; (jue 
toute contestation relative aux impôts soit décidée par l'Assem- 
blée provinciale ; que toutes les sommes provenant des dilîé- 
rentes contributions soient versées dans les coirres de la pro- 
vince, et de là dans le trésor royal ; 

3" Demandent (|ue toutes impositions, charges (pie la 
Nation n'aura pas consenties, soient réputées nulles, illé- 
gales ; 

4o Que l'Assemblée générale vérifie l'état actuel des finances 
avant de consentir à aucun impcJt ; 

.")" Que, dans les Ktats généraux ass(Mnblés périodi(juement, 
la Nation exige de chaque ministre un compte exact des deniers 



ÈSCARDES 243 

pris dans le trésor royal pour roiiruir aux frais des différents 
départements ; 

6" Que chaque ministre soit comptable à la Nation de ses 
opérations, des sommes à lui confiées ; qu'elle soit juge des 
tlélits qui pourraient se commettre dans l'administration des 
finances, alin qu'un ministre prévaricateur ne puisse jamais se 
soustraire à la peine qu'il mérite ; 

7^ Demandent qu'il soit pris les moyens les plus convenables 
pour que la justice soit rendue à tout ciloj'en le plus prompte- 
ment qu'il sera possible ; 

8^' 01)servent que les justices seigneuriales, étant générale- 
ment très mal composées, trop dépendantes de ceux au nom de 
(jui elle est rendue, n'atteignent presque jamais le but qu'on 
s'est proposé en les établissant ; qu'il n'y a pas, (luelquefois, 
dans ces justices subalternes, un seul homme qui ait le courage 
tl'entamer une atlaire contre le seigneur du lieu, par conséquent 
que le pauvre opprimé ne peut jamais, dans cette circonstance, 
faire valoir son droit, quelque incontestable qu'on le suppose; 

9° Observent qu'il règne un abus étrange dans la perception 
des droits seigneuriaux ; que les seigneurs ou leurs commet- 
tants laissent écouler plusieurs années d'abondantes récoltes 
où le grain est à un prix moyen sans rien demander à leurs 
redevables, qu'ils attendent une année de cherté pour exiger 
toutes les redevances des années antérieures : on cite une 
paroisse voisine où les commettants des seigneurs se sont 
transportés, ont procédé au recouvrement des droits seigneu- 
riaux échus depuis plusieurs années, ont fixé eux-mêmes à 
quatre livres, une des plus petites mesures qu'il y ait en 
France, pour ceux qui n'ont pu payer en nature, d'où il s'ensuit 
qu'un homme qui devait deux boisseaux par an et qui n'a pas 
satisfait, par négligence ou autrement, depuis quatre ans, a payé 
huit livres au lieu de quatre par chaque année, le prix du blé 
ayant couramment été vendu quarante sols ; ainsi, pour quatre 
ans, il a payé trente-deux livres au lieu de seize, ce qui a causé 
la désolation dans les familles, causé la disette dans quelques 
petits ménages déjà très à plaindre dans une saison si rigou- 
reuse (1) ; 

Demandent qu'il soit fait un règlement tendant à ce que les 

(1) \'oir la préface. 



244 HAILLIACiE DE SÉZANNi: 

seigneurs ou aciniodialeuis ne puissent pioliler de k> cherlé des 
grains pour exiger avec une rigueur inhumaine des droits déjà 
si odieux en eux-niènies, soit en les obligeant à répéter cluKjue 
année leurs redevances, soit niénie en les excliiaiil de loult's 
perceptions pour des années antérieures : 

10^ Observent {|ue la mendicité devient Unis h's jours plus 
générale dans le j)ays et aux environs ; qu'il serait de la sagesse 
de l'Assemblée de pourvoir aux l)esoins de tant de jjauvres 
répandus dans les campagnes, soit en les réunissant sous une 
administration particulière pour leur |)rocurer (pielqu'emploi ; 
attestent que plusieurs mendiants, après avoir i)arcouru diffé- 
rents pays, paraissent se plaire dans cet état; (|ue (jueUjues-uns 
tl'enlre eux n'ont point voulu accepter un travail proportionné 
à leur condition, quoique l)ien constitués et j)leins de santé, 
alléguant |)Our raison qu'ils gagnaient davantage en mentliant 
qu'en travaillant ; que plusieurs paroisses trouveraient lacile- 
ment des ressources pour subvenir aux besoins de leurs pauvres 
si elles étaient autorisées à Ibrmei- des établissements utiles, 
comme il s'est jjralicpié ailleurs (1); 

11° Demandent qu'il soient pris ties moyens pour pourvoir 
à l'instruction des pauvres de la campagne ; ciu'ils soient 
admis gratis dans les écoles publiques établies dans chaque 
paroisse ; 

120 Demandent que la largeur des chemins soit déterminée, 
bornée ; que le cultivateur soit obligé de lever le soc de sa 
charrue, et qu'il soit ilélendu, comme [)ar le passé, d'en labourer 
aucun ; 

Ki'J Que les paroisses qui contribuent par forme d'imposi- 
tions à la conlection des routes qu'on établit en tant d'endroits, 
ne soient pas privées pour toujours de quelques secours ten- 
dant à leur utilité; en conséquence, demandent (piil soil con- 
senti par l'Assemblée que, tous les ans, il sera pris une somme 
déterminée sur le produit des corvées pour taire une chaussée 
il'un village près de la roule à la route même, afin cjue, de 
proche en proche alternativement, chacpie village, même les 
plus éloignés, aient la lacilité du transport de leurs denrées ; 

14" Demandent que tous péages soient abolis dans toute 



(1; \'oir cahiers (l'Aulniiy-:iii.\-IM;iiKlifs tt dv Matougucs (Cf. liailliuge de 
Cliùloiis, pages 45 et 443>, et de lioissy-le-l{epos, page 113 (note;. 



ESCARDES 245 

rétendue du roynume, lien n'étanl plus contraire à la liberté 
(juc ces droits incommodes qu'on perçoit à l'entrée d'une ville, 
au passage d'un pont, à telle barrière i)lacée au milieu d'une 
route ; 

lô" La somme des impositions principales et accessoires 
jiesant j)articulièrement sur la classe la moins aisée des 
citoyens, demandent qu'il soit fait une égale répartition des 
impôts sur les [jropriétés foncières, sans aucun égard aux privi- 
lèges cédés, accordés ou usurpés par le passé ; que, pour y 
parAenir, il soit fait dans toutes les communautés et paroisses, 
bourgs ou villages, un rôle d'imposition divisé en trois classes : 
l'une des cultivateurs, la seconde des propriétaires, la troisième 
des artisans ; (pie les propriétaires paient tous également à 
raison de leurs propriétés, nonobstant toute convention con- 
traire antérieure, les artisans à raison de leur industrie, les 
cultivateurs à raison de leurs entreprises ; que le pauvre qui 
n'a que sa chaumière pour se mettre a l'abri, soit qu'il l'ait en 
propriété ou par location, ne paye rien ; qu'il n'ait jamais à 
regretter, en voyant les collecteurs, d'avoir hérité quelc|ues 
pellées de terre dont sa chaumière est bâtie, et quelques bottes 
de paille dont elle est couverte ; 

]()" Que les objets de première nécessité, tels que le grain, 
soient exempts de toute imposition, même d'entrée dans les 
villes ; que le sel, surtout, dont l'impôt est appelé destructeur, 
soit, s'il est possible, notamment diminué; 

17" Que les impôts nécessaires pour payer les dettes de 
l'Ktat alfectent particulièrement les objets de luxe, et qu'on 
diminue en j)roportion ceux qui sont perçus sur les denrées 
nécessaiies ; 

IS" Demandent qu'il soient pris les moyens les plus propres 
|)our empêcher les vexations qui s'exercent continuellement 
contre les pauvres vignerons, pour ce qu'on appelle le trop-hii ; 

19" Que les impôts soient diminués sur les agriculteurs, 
comme le seul moyen d'encourager un état si nécessaire. 

Lecture faite en [)résence des habitants assemblés pour la 
présente rédaction, ont dit avoir pour agréables les propositions 
y renfermées et ont signé : 

N. Vermer, N. Petiglou, Fagot, Pinard, Chaloin, 
P. Fagot le jeune, Marxot. 
(7 signatures.) 



246 BAILLIAGE DE SÉZAXNE 



ESCLAVOLLES 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « A neuf 
lieues 1/2 N. O. de Troyes, dans une contrée fertile en j^rains et en 
pâturages, à une lieue 1/2 N. E. de Pont. » 

— (iénéralitc de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Pont-sur-Seine, paroisse Saint- 
Martin, à la collation du seigneur du lieu ; — poste, grenier à sel de 
Nogent-sur-Seine ; — mesure de Villenauxe. 

Aujourd'hui, commune du canton d'Anglure, arrondissement 
(l'Epernay. 

— Dénombirmcnl de 1// 3-1/ SI : 36 feux roturiers et 1 ccclésias- 
ti(|ue. — Population : 62 hommes, 61 femmes, 23 garçons et 10 lilles, 
soil : 16S habitants.— licccnscincnl de 1!)()() : 321 habitants (avec 
Lurey). 

— Seiiincur : Simon-Alexandre .lean, martpiis de Ciallifet (1). 

— Ciirc : Claude-Martin Marelle (2). 

— Tcrriloirc : 7((() arpents de terres lal)()urables, 7 de Jardins, 
272 de |)rcs, 10 de vignes, 106 de terres d'usage. - Recolles (an. com.) : 
2,181 boisseaux de froment (3 pour 1); 4,161 de seigle (3 pour 1) ; 
1,680 d'orge (3 jiour 1); (),0.")l d'avoine (3 pour 1); .")0 muids de vin 
(même quantité en 1773). —7 laboureurs ayant (•haniic. 17 chevaux; 
100 bêles à cornes ; .'ÎOO bètes à laine. 

— fniposilions : Taux de la taille : 2- l 'i 3 1 ; de la ca|)ilation et 
imi)ositions accessoires : 30-^ 10'' pour livre de la taille. - De 1777 à 
1786 : taille : .")00 livres (en 1777) à .i(îO (en 1786).— l'.n 1787 : .■)60 livres 
pour un revenu réduit de 3,682' 10~, clédnclion faite de 310 livres de 
renies passives (d'après le taux coniimm de léicction : .')11 livres).— 
]'.n 1780: laille : .")6(( livres; impositions accessoires : i')\ livres; capi- 
lalion : 423 livres ; total : 1,434 livres. 

— Dilues : 2 .3 au curé, 1 3 au |)rieuré de Saint-.lulicn de Sé/.anne. 



ANALYSE DU PP.OCE.S-VEHHAL. |Ea paroisse d'Esclavolles était 
composée de 40 feux » envi ion ». — L'avis pour la convocation des 
illats généraux fut lu et publié le b' mars 1780. — Le 4 du même 
mois, les habitants se réunirent " à l'école d'I*'sclavolles a défaut 
d'aiirliloiic » et sous la jjrésidencc de Nicolas-Claude Socaud, avocat 



(1» Vf)ir le cîiliicr de MiiiTiily-siir-Seiiu'. 

(2) FijjiMT iiiiisi ;iu |)ri)cis-veil);il des tniis (iictres du l);iilli;i;;e. 1) iiprés 
la citntirin, les préiioins de ee prêtre sniil : << l'ierre-.Iosepli ». — l/ahbé Millard 
(!a' C.lcrifV (lu l)ii>vvsc de ('.bidons. \Wu\.. p. 1 l'.t), iiidifjiie : « l'ierre-.Iiiecpies ». 



ESCLAVOLLES 247 

Cil parlcnuMil, niayeur de la mairie diidit lieu et de ses dépendances, 
assiste d'Henry Séverin, « commis pour greflier en cette partie pour 
l'absence du gredier ordinaire ». — Le procès-verbal, sans donner les 
noms, constate « que la majeure et la plus jurande partie des habi- 
tants » assistèrent à la réunion. Au bas de ce document on relève les 
signatures de F. Mouchy, Nicolas Larpanteur, Claude Thierry, Pierre 
Quin, Thomas, F. Thierry, Edme Mascadet. Georges Quin,E;t. Mouchy, 
.1. Briard, Jacques Beaujean, syndic, André Briard, Etienne Contât, 
Louis Derozier, lùlme Boy, Ktienne Thierry, .lean Mugot. — La 
paroisse ne nomma ([u'mi député qui fut Jean Mugot l'aîné.] 



Arch. Tcvol. de Sézanne, A, 37^ : Procès-verbal; — A, 37'' : Cahier de 
« 6 feuillets cotes et parapliés par Socard ; couverture portant l'indication : 
« Paroisse d'Ksclavolles : Cahier de doléances, plaintes et remontrances pré- 
senté ])ar le sieur Jean Mugot, habitant dudit KsclavoUes, (lé|iuté pour 
l'assemblée préliminaire de Sézanne Je neuf mars 178!) ». 

SoiHCES DOC. ACC. — Arcli. de la Marne, C, YJl : Administration de la 
communauté ; procès avec le marquis et le comte de (îallifet. — C,06l) : 
Impositions. — E, ^^ô à 2'28 : Famille de Gallifet ; procès. — E, 1003 : 
Usages. — (i, 183'i : Biens de la cure. — Arch. de l'Aube, C, 1377-137H : 
Administration de la communauté; rôles des tailles; états d'habitants; 
récoltes ; comptes des syndics ; l)iens communaux. — G, 37, 80 et 
sui\. : Nominations de curés. — G, 632 : Paroisse Saint-Martin 
d'Kschnolles ; biens de la cure et de la fabrique ; dîmes ; — etc. 
Buu.ioGHAi'HiK. — Une Statistique agrieole des communes d'Esclavolles c/ 
Lurcji, par M. (lérardot, restée inédite, est signalée par la Société 
d'Agriculture de la Marne. (Séance du 30 août 1839. — Bulletin de la 
Socictc, page 43.) 

CAHIER 

Cahier de doléances, plaintes et remontrances (1) paraphé par 
nous, (Glande-Nicolas Socard, avocat en parlement, mayenr 
de la mairie d'Esclavolles, par première et dernière page ne 
va rie t 11 r, an bas d'icelles, (/ni sera présenté par le sienr Jean 
Mn(/()t, hal)itant de la p(troisse diidit Esclavolles, député par 
acte d'assemblée fait deimnt nous le i mars 1789, en l'assem- 
blée qui se tiendra le 9 dudit mois par-dcimnt M. le Bailli 
de Sézanne ou, en son absence, deimnt M. le Lieutenant- 
général. 

h^n exécution des ordres de Sa Majesté, considérant que tant 
de grandes villes vont travailler à seconder les desseins du Roi 



(1) L'avocat Socard, de Conflans-sur-Seine, p>résident des assemblées 
d'habitants de Conflans et d'Esclavolles, a participé à la rédaction des cahiers 
de ces deu\ communautés .v. Conflans, p. 198), dont certains articles snnb 
identiques, comme on le verra ci-après. 



248 BAILLIAGE DE SEZANNE 

par l'exposition la plus éminenle el la plus détaillée des rai- 
sons des peuples et des moyens à prendre j)our leur soulage- 
ment, aurait pu s'en tenir à attendre les changements qui vont 
opérer le bonheur du royaume et rendre la France plus floris- 
sante que jamais, et se contenter de former des vœux pour que 
rien ne s'oppose aux vœux bienfaisants du Roi, si digne de 
l'amour (ie ses sujets ; mais, invitée comme toutes les autres 
paroisses, communautés du royaume, à rédiger ses observations 
el à les faire présenter par le député à l'assemblée convoquée 
par M. le bailli dudil Sé/,anne ou M. le Lieuteiianl, U' U dndit 
mois, elle veut que le député témoigne son entière el i)arlaite 
soumission aux volontés du Roi ; 

1 ' Qu'il adhère et souscrive pour elle à tout ce ([iii jieut 
maintenir el afïermir son autorité monarchitpie ; 

2" Qu'il témoigne aussi son adhésion aux réclamations du 
bien des grandes villes pour les droits du Tiers état, en res|HH'- 
lant toutefois les privilèges du (>lergé et de la Noblesse pour les 
dignités et les honneurs, mais en demandant que les biens de 
ces deux ordres soient imposés, en proportion, comme ceux du 
Tiers état, pour fournir aux charges de l'I^lat ; 

.'V Qu'il ex|)rime avec ardeur la su|q)ression des aides, 
attendu (jue les règlements (|ui concernent cette partie forment 
une forte cbarge, la iierceplion de celle régie est Iroj» dispi-n- 
dieuse ; i\uv la gène causée par ses oidonnances et règlements 
met les particuliers dans le cas de faire des bandes, sources d(> 
procès ruineux ; i-nlin, (pi'il esl possible de créer sur les vignes 
un impôt (jui rapporterait beaucouj) d'avantages à l'Klal ; la 
perception serait bien moins dis|)endieuse el moins gênante 
pour les sujets de Sa Majesté (1 ). 

4" Qu'il lasse connallrc combien il y aurait d'axanlages |)oui- 
l'Hlat dans la création de l'impôt lerritorial ou dixième royal, 
(pii se percevrait sur tous les biens el toutes les |)ro(biclions de 
la terre, el combien le produit immense diin le! imjx'it facilile- 
rait le rétablissement des linances, rétablissant avec écpiité, et 
(pie la |)erce|)tion en lût l'aile en argent pour être moins préju- 
diciable à l'agriculture ; 

ô" lArlicle 12 ilii rallier de (lonllans-sur-Selne, dont la lin est ainsi 
mtidilié. Apies les mots : <> (jui piodiiiseiil ujie (|iiaiitité iiHionitjratîlc 

(1) Vi)ii- le culiic-r de HiTf{èiTs-s«)iis-Moiitmirail, p. 97. 



ESCLAVOLLES 249 

(le lapins et autres gibiers », on lit : « qui causent un dégât considé- 
rable dans les grains et les vignes, enlèvent aux cultivateurs et vigne- 
rons la sueur de leurs travaux par le manque de récolte, les mettent 
hors d'état de payer facilement leurs impôts )).| 

6" [Premier paragraphe de l'article 3 du cahier de Contlans.] 
7<' (Second paragraphe de l'article 3 du cahier de (-onflans, avec 
cette petite modification : après ces mots : « ce qui occasionne une 
perte pour les cultivateurs, faute d'être javelles, du sixième », on 
ajoute : « et le fourrage aurait plus de qualité » (l).) 

8» (2). — Qu'il serait aussi du plus grand avantage pour les 
propritHaires qui ont des juments ainsi que les cultivateurs, de 
faire supprimer entièrement les haras qui se trouvent établis 
dans le royaume, de distance en distance, en ce qu'ils sont très 
coùtenx à l'tLtal, relativement aux exemptions qui sont attachées 
à la place du garde haras, par le défaut de la multiplicité des 
poulains qu'il produit : de trente juments (pi'il saillira, il se 
trouvera environ trois à quatre poulains par an ; indépendam- 
ment du droit de saut d'un boisseau d'avoine et trois livres 
cinq sols en argent par chaque jument et non compris celles 
qu'il lait saillir par contravention ; au lieu qu'un cultivateur 
aura chez lui un bon cheval entier avec quatre à cin(| juments, 
lui produira, par an, deux, trois à quatre bons poulains bien 
constitués. L'expérience prouve ((ue la rareté et cherté des 
chevaux ne vient que parce que les cultivateurs sont privés 
d'avoir un cheval entier dans leurs écuries; 

9" (ô) Que ledit député représente combien l'imposition pour 



(!) Il est également question, dans cet article, de " l'étang considérable qui 
avoisine et aboutit au terroir d'Esclavolles ». Cet étang était du aux déborde- 
ments de la Seine entre Contlans et Esclavolles. « Il y avait, dit l'enquête de 
17li9 sur les terres incultes, 40 arpents de pâturages près de la rivière, et qu'on 
ne pouvait labourer à cause des débordements ». (Arch. de la Marne, C, 'iS'i . 
— V. le câbler de Conflans, p. 200, note 1). 

« Cette commune en terrain plat et frais, sans être marécageux, dit 
Ciialette, est protégée par une cbaussée avec écluse contre les débordements du 
rù de Hecherct. Les terres basses sont quelquefois inondées par la Seine, 
rivière éloignée d'un kilomètre d'Esclavolles. v, 

(2) Nous reproduisons in e.vlenso cet article qui a pourtant été copié sur 
l'article 4 du cahier de Conflans, mais dont la rédaction est quelque peu ditTé- 
rcnte et qui renferme divers renseignements que ne contient pas le premier ; 
il nous apprend notamment qu'on appelait « droit de saut », le droit d'un 
botstieaii- d-'avoiue-et -3 Hvr-es 5^ sols prélevé au profit dit garde pour chaque 
jument qui était saillie par l'étalon. 

(.■?) Résume de l'article 5 du cahier de Conflans, mais d'une rédaction toute 
différente. 



250 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

rcMilrelien des ^raiulcs routes su|)|)oiiéi's j)ar les seuls lail- 
labies, et accablantes pour les jiauvies (jui piofiteut le moins de 
leurs avantages; qu'il est une inlinité de malheureux (jui n'ont 
aucune possession et qui. pour la seule industrie et la location 
dune chaumière, paient pour les routes, tandis que les grands 
seigneurs et gros négociants profitent de ces routes et n'en sont 
nullement imposés ; 

l()o (1) Que ledit (léj)uté représente combien d'abus s'intro- 
duisent dans la perception de la dime des grains, soit par les 
décimateurs, leurs fermiers ou piétons; l'usage d'P^sclavoUes est 
à la treizième gerbe (2); il y a des paroisses voisines, c'est à la 
quatorze, d'autres à la quinze ; il serait juste, après avoir chargé 
au propriétaire quatorze gerbes, de |)rendre la (piinze (jui est 
due. 

Ces villages voisins veulent introduire un autre usage (jU(\ 
quand ils en ont chargé sept gerbes, ils en prennent une à leur 
choiN. souvent en prennent encore une ((uand elles sont comp- 
tées. jus(|u"à (juatorze ; c'est souvent deux gerbes prises dans 
la (|uinzaiue; cette variatiou di' iH'rceplion engeudre beaucoup 
de piocès avec les décimateurs et les cultivateurs; Sa Majesté 
est suppliée de remédier à cet abus ; 

11° Pour rendre encore la sûreté publique et éviter des dilfi- 
cultés, il serait important (pi'il n'existât en France (ju'une seule 
et une mesure pour l'achat et la vente de toute espèce de grains; 
il en serait de même pour les pintes, chopines et demi-septiers 
pour la vente et débil de \ ins et autres licpieurs ; 

Î2" l'inalemeiil, la paroisse dudil Ksclaxolles a l'honneur de 
rcpréseutei- (|ue le seigneur actuel a des allées |)lantées eu 
noyers et ormes sur tous les chemins, lescpu'lles plantatious 
anticipent sur les terres des particuliers cpii paient rentes en 
grains sur leurs dites terres. Le seigneur, malgré les représen- 
tations par eux laites, s'empare, depuis (juehpies années, des 
Iruits. 

Il y a en\iron trois ans, le seigneur s'est aussi euiparé de 
plusieurs ormes plantés sur les pâtures communes ; malgré 
l'opposition faite pai- les habitants ; en la place ou étaient 



(1) Différent également de l'article (i du cahier de Conflans qui traite do la 
dîme. 

('2) y. \ii (lime dKsilavolles (•i-(ies^Ui. (.\i(h. dr l'Aiihc. (,. GH'].) 



ESCLAVOLLES 251 

lesdils ormes, le seigneur a, cette année, fait planter des peu- 
j)liers et a prétendu qu'en taisant ac(|uisilion de la terre, lesdits 
ormes lui avaient été appréciés. ^ 

Les habitants paient audit seigneur de Gallifet, puissamment 
riche, un droit de feu qui est de deux poules, un boisseau 
d'avoine, mesure de Villenauxe comble, par chacun ménage 
tous les ans, pour qu'il leur soit permis, par transaction 
ancienne, sans d'autres titres, d'envoyer pâturer leurs bestiaux 
tlans lesdites pâtures ; leur a tenté {sic) un procès pendant à la 
maîtrise de Sézanne depuis peu d'années, tendant à lui don- 
ner un triage, quoique ses ancêtres l'aient perçu, dont la 
dernière transaction fait mention et quoiqu'ils n'en doivent 
point, tenant ces pâtures à charge de redevance ; il serait 
hès important pour la trancjuillité de la paroisse qu'il fût 
permis à chacjue particulier de rembourser ce droit de feu qui 
est exigé avec inconvénient (1). 

Lesdits habitants désireraient qu'il fût libre aux propriétaires 
de remi)ourser les rentes qu'ils doivent au seigneur à raison 
des terres et des prés, soit en argent, volailles, grains ; de plus, 
par |r|apport aux grains, le boisseau est dit boisseau d'Escla- 
voUes, qui est ignoré, on se sert du boisseau de Villenauxe, 
boisseau dont le comble a été réduit dans le racle (2) ; le sei- 
gneur ne devrait pas actuellement faire livrer ses redevances au 
boisseau comble, excepté l'avoine (fui se mesure toujours 
comble à Villenauxe ; ce serait donc au seigneur à exhiber son 
litre, pour savoir ce que son boisseau doit contenir et l'établis- 
sement des droits de cens et censives qui, au terme de 
l'article 189 de la coutume de Meaux , admet le franc-alleu 
lorsqu'il y a titre de franchise (3). Or, comme il y a une 
charte du mois d'avril 1318, concernant la franchise des villes 
de Chantemerle et Barbonne et les paroisses qui en relèvent et 



(1) Les pièces des procès des liahitants il'Eselavolles contre les marquis 
et comte de ("lallifet, leurs seigneurs, se trouvent aux Arch. de la Marne 
(C, 591 et E, 22J-22S). 

(2) La mesure de Villenauxe usitée à Esclavolles, était le boisseau, dont le 
poids était, pour le froment, de 2fi, le seigle 24, l'orge 22, et l'avoine 20. (État 
(les tailles de l'élection de Troyes pour 1787. — Arch. de la Marne, C, 805.) 

(3) Voir la préface et les cahiers de Sézanne, p. 22, et Courcemain, p. 225. 
L'article 189 de la coutume de Meaux disait : « Par ladite coutume, franc- 

aloy (ou alleu) par tout ledit bailliage et anciens ressorts d'iccluy ne peut être 
tenu et possédé sans titre particulier. (Champv : fhid., p. iUO.) 



252 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

dépendent; comme Esclavolles relève de Cliantemerle, il devrait 
être IVanc de cens et censives cl lods et ventes (1). 

Et ^iprès tons les articles cy-dessus dénommés an présent 
cahier qn'ont Thonncnr d'exposer, lesdits habitants se sou- 
mettent à la décision entière de l'assemblée qui se tiendra ledit 
jour, 9 du présent mois, en ladite ville de Sézanne ; ils donnent 
d'abondant audit député ({u'ils ont nommé à la |)luralilé des 
suflrages j)ar le procès-verbal dudit jour, 4 du i)résent mois, 
pouvoir et puissance de laire valoir tout le contenu au présent 
cahier et autant qu'ils jugeront bon être par raison et même 
d'élire telles personnes sui'fisantes et capables avec les autres 
paroisses, communautés et juridictions dépendantes du bailliage 
dudit Sézanne et autres, pour assister aux ICtals généraux du 
royaume de France (pii se tiendra en la ville de Versailles le 
29 avril prochain. 

Fait sous les seings de nous, jugeet greffier, et les habitants, 
cejourd'hui «S mars 17(S9. 

.1. BuiARD, F. MoucHY, Etienne Contât, Thikhhv, Louis 
Derozier, etc. .... Socamo. 

(14 signatures.) 



ESTER NAY 



SITUATION AI)MIX1ST11\TIVK KT KCONOMIOUE.- <« A 14 lieues 
N. (). de 'l^rnyes, sur une colline où pnsse l;i route de Sé/.nnne :'i Rric- 
(^omle-l^ot)erl. » 

— (iénéralilé de (",li;ilons, élection de Se/.iinnc, coutume ^Ic 
Meaux ; — diocèse de Troyes, doyenne de Sè/.anne, i)aroisse Sainl- 
Remy, à la collation de révè(|ue de Tioyes ; — poste, f^rcnier à sol, 
eaux et lorèts de Sè/anne. 

Aujourd'luii, clier-licu de canton de rarrondisscnienl d'Kpernny. 

— Déiiombrcinciil de HyA-lliSS : 140 Icux roturiers cl 1 ccclcsias- 
ti(|ue.— Population : 2SI honnnes, 271 Icnniies, .m garçons et 54 Hllcs, 
soit 6G4 liabitanls. liccrnsnnrnl de IDOC : l,(iSl hnbilanls. 

— .SV/v/jc»/- : l'icrre-l'iancois de Sainl-Marlial, niar(|uis de(;onros(2) 



(1> Vfiir les tahiers de Harboniif et (2haiitemerle, pages 8'J et 169. La 
ctiarle (\c l'hilippe le F.on^; «l'avril Ltl.S est (Iminée en note du caliier de Bar- 
hoinie (paj^e 8*2, note 1). 

(2) A été oitiiof^rapliié a tort « .San .Marsal, marquis de(ioMros n au rallier 



ESTE RN A Y 253 

et (ri'lsternay, baron (rAiiiillac, capitaine au régiment des cuirassiers 
du Hoi (1). 

— Curé : Bernard Canebier (2). 

— Territoire : 3,657 arpents de terres labourables. 23 de jardins, 
229 de prés, 1,(»4<S de bois, 260 tle terres d'usage, 36 de terres incultes. 
— Récolles : 13,790 boisseaux de froment (2 pour 1) ; 224 de seigle 
(2 pour 1); 174 d'orge (3 pour 1); 12,162 d'avoine (1 1/2 pour 1). — 
14 laboureurs ayant charrue. — 02 chevaux ; 20cS bêtes à cornes ; 
1,200 bêtes à laine (3). 

— Iinj)usilioiis : Taux de la taille : 4> IJ; de la capitation et des 
impositions accessoires : 33> pour livre de la taille.— De 1778 à 1787 : 
taille : 1,600 livres (en 1777) à 1,820 (en 1781), avec des variations 
brusques dans les intervalles. — En 1788 : 1,650 livres (au taux com- 
mun de l'élection) pour un revenu réduit de 8,730' 15% déduction 



(le Chàtilloii-sur-Morin (p. 188).— V^oir le procès-verbal de la noblesse au 
sujet des diverses orthograpiies du nom de cette famille. 

(1) Né au château de (^onros ((Santal), le ;{1 janvier 17Ô3, le baron 
tl'Aurillac, seigneur d'Esternaj'. de Chàtillon-sur-.Morin et du tief de Beauvais, 
près d'Esternay, tut nommé, le 28 mars 1789, député de la Noblesse de Saint- 
Flour aux Ktats généraux. Attaché au duc de Noailles, son parent, ambassa- 
ileur à Londres, il épousa en 1791, à l^aris, la fille du marquis de Dreux-Brézé, 
grand maître des cérémonies sous Louis XV ; il émigra en 1792 et revint en 
l'an Yl ; il se retira dans son château d'Esternay, fit, en l'an IX, partie 
du collège électoral de la Marne, et mourut au cours d'un voyage à Paris, le 
27 novembre 1803. 

La seigneurie d'Esternay, érigée en marquisat en 1653, avait appartenu au 
maréchal de France Abraham Fabert (né à Metz le 11 octobre 1599, moit à 
Sedan le 17 mai 1662), qui l'avait acquis par contrat du 16 octobre 1655. — Le 
père du baron d'Aurillac, parent de la famille du maréchal qui s'était éteinte 
en 1765, raclieta ces terres en 1774, par retrait lignager sur le marquis de 
Lambert, auquel le dernier descendant de Fabert, le comte de Caylus, avait 
vendu ses biens avant de mourir. 

Le baron d'Aurillac fit, en 1786, démolir l'ancien château datant de 
François l"" et qui était considéré comme un chef-d'œuvre d'architecture. 11 
eut quelques démêlés avec les habitants. — Fin 1785 il avait adressé une 
requête afin de décharge de ses impositions, fondée sur ce que les neiges et 
les glaces du mois de février 1784 avaient causé dans ses étangs une perte de 
plus de 10, 000 livres. — Ces faits et gestes l'avaient rendu quelque peu impo- 
pulaire. (Arch. de la Marne, C, lO'iS, i>J0'2, E, 169-776. — L'abbé Boitel : 
Recherches histor., ibid.) 

(2) Nommé à la cure d'Esternay le 6 octobre 1783, il émigra en 1792 et 
revint le 10 décembre 1802. En 1807 il fut nommé chanoine de Meaux et mou- 
rut eu 1815. 

(3) « Une maladie connue dans les campagnes sous le nom de clavelée, a 
régné une partie de l'année (1788). La paroisse d'Esternaj- a vu périr un tiers 
de ses bêtes blanches ; le surplus a souffert considérablement et est diminué 
(le valeur ; 195 ont succombé et la municipalité évalue cette perte à la somme 
de 1,170 livres. » (Procès-verbal de l'Assemblée de l'élection de Sézanne dellUS, 
page 74.) Le nombre de laboureurs porté à l'état des tailles de 1788 était de 33. 



254 HAILLIAGK l)i: SKZANNK 

laite (k' l,l.").')i ."> - i\v renies passives (1). — Hii ITNi) : laille : I.CmII livres; 
impositions accessoires : l,;i2(l livres; capilation : 1,'2.")U Hmcs; lulal : 
-J,220 livres. 

— Dîmes : Au curé et au seigneur, chacun pour moitié (2). 



ANALYSK DU PP.OCHS-VHHIUL. |La paroisse (inslernay était 
composée de 1<S2 l'eux. — Lavis pour la convocation des Ktats géné- 
raux lut lu et publié [date oubliée). — Les habitants se réunirent le 
t) mars 1789 sous la présidence de ,Iac(pies-Antoine Novion. « ancien 
praticien en ce siège, faisant pour l'absence de MM. les bailly et lieu- 
tenant du bailliage et marquisat d'Esternay ». — Le procès-verbal 
constate la présence tle Antoine-Hobert-Jean-Baptiste Heaufort, 
notaire, .Toseph-Amable Lebœuf, bourgeois, Pierre Hessa([ue, nianou- 
vrier, Ksprit-Gabriel Lebduif. laboureur (."i). .laccpies Prieur, couvreur, 
Josej)!! Rivière, marchand, Barthélémy Poilvert, syndic, Nicolas 
Thuillot, laboureur, Jean Herbctte, marchand, .lean-Baptiste Devil- 
1ers, Pierre Dezère, marchand, .lean-Remy Thuvien, .lean Thuvien. 
marchands, Nicolas Miche, manouvrier, Jean-Lspril (iuay d'Amour, 
manouvrier. Adrien (iaillard, laboureur, Ltienne Marmot, Pierre 
Legras, François Norois, Pierre-Tranquil Sellot, Sulpice Marmot, 
C.laude-Kdme U.arré, Ktienne Miche, Claude Langlois, André Hugay, 
Savinien-Laurent C.raparl, Hemy Dubuisson, Paul Renard, Aubry. 
grellier. — Les déjjutés lurent Antoine-Robert-.Iean-Baptiste Beai'Koih , 
notaire (4), et .Ioseph-.\mable LKBuai-, i)ourgeois.] 



An-]}. rcL^ol. de SézanncA, 38-' : Procès-verbal ; — /t,.'W' : Cahier : 7 pages 
cotées et paraphées au bas par Novion (ce document est écrit entièrement de 
la main du notaire Beaufort). 

Soi HCKS DOC. ACC. — Aicli. (/('/(/ Miiiitc, (', S.'}.') : Impositions; jjlaintes 
contre le curé et le répartiteur des tailles (1784). — C, tU'iH : \\\\^- 
tièmes. - C, WIO : Corvées. — C, ÎVM : Atelier de charité. — C. IS'i3 : 
Kfjlise et presbytère. C, 2.J0:? : Désunion du marquisat d'Ksternay 
mouvant du comté de Sézanne (1683). — K, 769 à 776' : Seigneurie 
d'Esternav : familles Fabert et de « San Marsal ».— G, IKi'i : biens de 



(1) Cette diminution sur la taille, qui devait être d'après le calcul de 
1,710 livres, était due, disent les officiers de l'clection «eu égard au garde éta- 
lon, aux dîmes inféodées et au moulin dont le seigneur a repris l'exjjloita- 
tion. » 

(2) « Le seigneur, dit Tabbé Hoitel, avait la rive gauche du drand-Morin 
et dimait sur les Foulons et lU-tourneloup ; le curé avait la rive droite et 
dimait sur la meilleure paitie du territoire ». (Annuaire de /if^/7, page Ittt.) 

('.)) Ksprit-(ial)riel Lehcruf était alors garde-étalons. Il avait été en 1777 
fermier de d'Alembeit, qui possédait alors des terres à Esternay. (Arch. de lit 
Marne, C, 'i39.) 

(4) Le notaire Heaufort devint |)endant la Hèvolutioii juge tic paix du 
canton d'Esternay, où il mourut le 18 janvier 1811. 



ESTERNAY 255 

la cure.— Arch. ilc l'Aubv, (i, (i/ et siiiv. : Nomiiialioii de ciiiés (155J- 
1769). — G, -2'Ji) et TM : Biens de la cure. G, 633 : Paroisse Saint- 
Remy d'Esternay : biens, dîmes, chapelles, etc. 
BiBi-iOGHAPHiE. - L'abbé Boitel : Recherches historiques, archéologiques 
et statistiques sur Esteruai/ et son château {Annuaire de la Marne, 
1847, p. 81 à 127; 18-18-184», p. 77 à 12'2). — Reclterches historiques, 
arcliéologiques et statistiques sur les communes ilu canton d'Esternay 
(Annuaire de la Marne, ISôU, p. 73 à 172). 



CAHIER 

Plaintes, doléances el remontrances île la paroisse liEsternaij (1). 

Les habitants d'Esternay, souverainement reconnaissants du 
l)ien unique que leur auguste monarque veut bien accorder à 
tous ses peuples en les appelant auprès de lui par leurs repré- 
sentants alin de l'aider à remédier aux maux publics et à 
former le bien de tous et un chacun de ses sujets, bien après 
lequel son cœur ne cesse de soupirer, estiment : 

Article P'. — Que, pour entrer dans les vues magnanimes 
du Roi bienfaisant et porter aux pieds de son trône l'union et la 
concorde qu'il désire [voirj régner entre tous ses sujets comme 
étant, suivant ses expressions, les enfants d'un même père, les 
trois ordres doivent délibérer ensemble ; 

2. — Que les députés du Tiers état doivent être pris dans 
son ordre, et même autant qu'il serait possible, dans le nombre 
des non privilégiés (2) ; 

3. — Que les Etats généraux doivent d'abord s'occuper à fixer 
un ordre stable et invariable, de manière que les droits et du 
souverain et des peuples ne puissent plus être violés ; 

4. — Que les États généraux doivent ensuite vérifier tous les 
comptes des différents départements, faire rapporter les dépenses 
qui ne seront point par eux approuvées ou les sommes dont on 
ne leur justifierait point de l'emploi utile et nécessaire; fixer et 



(1) Le cahier d'Esternay, rédigé par le notaire Beaufort, a servi de modèle 
aux communautés voisines de Courgivau.x et de Neuvy dont ce magistrat, juge 
seigneurial, présida les réunions. — Mais si toutes deux adoptent les idées de 
Beaufort, elles se contentent, dans leur cahier respectif, de résumer les vœux 
et doléances présentés par Esternay, et les rédigent presque toujours diffé- 
remment. Nous indiquerons ci-après, en note, les articles qui ressemblent à 
ceux du cahier de Courgivaux (p. 229 et suiv.). 

(2) Voir article l*-!^ du cahier de Courgivaux. 



25fi iLviLLiAc.K m: skzanne 

arrêter les dépenses de chacun desdits départements, destjuelles 
les administrateurs seront tenus de répondre : 

5. — Que pareillement toutes les recettes soient vérifiées et 
que les frais d'icelles soient modérés ; 

6. — Que dorénavant tous les impôts soient supportés é<^ale- 
ment et en j)ioporlion des j)rc)priélés par tous i-t un chacun les 
sujets du royaume sans dislinclion d'ordres ni de piovinces, 
comme étant les enfants du même père et ne devant y avoir 
d'autre distinction que celle accordée au mérite el aux dignités 
j>our l'honneur seulement ; 

7. Que la province soit mise en pays d'Htats pour être 
administrée par ses représentants, du nomhre desquels sera 

moitié i)rise dans le Tiers étal (1 ) ; 

iS. - Que tous impôts en nature soient rejetés comme con- 
traires à l'agriculture déjà troj) découragée par les dîmes, droits 
de champarls et de terrage qui se perçoivent en nature el cjui 
enlèvent aux cultivateurs leurs engrais ; d'ailleurs si les dîmes, 
droits de clunnparts et de terrage sont une source de scission et 
de procès entre les peuples, combien plus l'inqiôt territorial en 
nature en occasionnerait, devant se percevoir sur toutes espèces 
de proj)riétés, dont nul ne pouirait alors disposer de ses fruits 
sans être exposé aux vexations des fermiers des droits. Aurait-il 
besoin de couper dans son pré un paquet d'herbes pour donner 
à ses bestiaux '? Aurait-il besoin d'aller couper dans son bois, 
avant le temps de la coupe ordinaire, un morceau de bois? Il 
ne le |)Ourrait, sans être exposé à des procès dont on doit, au 
contraire, cherchei- les moyens tle tarir la souice (2) ; 

9. " Que, pour asseoir l'impôt d'une manièie juste el équi- 
table pour tous, il soit fait un tableau cadastré des ditférenles 
propriétés de chaque paroisse et de leur produit annuel, déduc- 
tion faite des frais de culture, réparations, entretiens, etc. 

10. - Que. pour parvenir à ce tableau, il soit fait i)ar un 
chacun une déclaration exacte et sincère de ses projiriélés ; 
iju'on soit tenu de représenter ses titres, et même (|u'il soit fait 
un arpentage de la paroisse pour éviter les fausses déclarations; 
que, dans ce tableau, les châteaux, parcs, avenues et autres 



(1) \oii- l'aiticlc .') i\u c-;iliior de (^oiirt{i\ aux. 

Ci) Comparer avec les articles 10 et 12 du cahier de Courgivaux. 



ESTERNAY 2Ô7 

objets de pur agrément, soient compris et taxés suivant les 
ditrérentes natures de productions dont ils seraient suscep- 
tibles (1) ; 

11. — Que, pour fixer au juste le revenu annuel, déduction 
faite des impenses de l'article 9, il soit nommé, par les Etats de 
la {)rovince ou par les commissions intermédiaires, des com- 
missaires pour faire lesdites évaluations ; que nul ne puisse être 
commissaire dans la paroisse où il aurait des propriétés, et que 
les paroisses ne se fournissent pas mutuellement des commis- 
saires, mais qu'ils soient pris d'une paroisse à autre (2) ; 

12. — Que tous impôts soient fixés et limités suivant que les 
États généraux l'auront jugé nécessaire, d'après les connais- 
sances qu'ils auront pris des besoins de l'Etat, et que, le temps 
expiré, ils ne puissent plus être perçus sans le consentement de 
la Nation assemblée ; 

13. — Que tous abonnements, privilèges et exemptions 
soient abolis et ne puissent être, à l'avenir, accordés sous tel 
prétexte que ce soit, et que les Etats provinciaux soient autori- 
sés à forcer au paiement tous ceux qui, contre cet arrêté qui 
tiendrait à la constitution de l'État, auraient surpris la religion 
du Souverain en obtenant de lui de pareils abonnements (8) ; 

14. — Que tous droits d'aides soient abrogés et que, pour 
tenir lieu de cet impôt, le produit net qui en rentre au trésor 
royal soit mis sur la vigne et perçu en argent (4) ; 

15. — Que les gabelles soient pareillement abolies ; que le 
sel soit rendu commerçable, ou qu'au moins le prix en soit 
considérablement diminué et payé également dans toutes les 
provinces du royaume, sauf les frais de transport vu l'éloigne- 
ment des salines, le sel étant une denrée de première nécessité 
et de laquelle la partie la plus indigente ne peut se passer, et 
d'ailleurs utile pour les engrais, et dont on est privé vu son 
prix énorme (5) ; 

16. — Que les barrières et douanes soient rejetées aux 



(1) Comparer ces deux derniers articles 9 et 10 aux articles G et 7 du cahier 
de Courgivaux. 

(2) Hésumé des articles 7 et 8 du cahier de Courgivaux. 

(3) Ces deux articles sont résumés dans l'article 11 du cahier de Courgi- 
vaux. 

(4) Comparer avec l'article 15 du cahier de Courgivaux. 
(ô) Comparer avec l'article 14 du cahier de Courgivaux. 

17 



^.I.S HAILI.IAC.K 1)1-: SKZANM. 

c'onlins ^\u loyauiiu' c'oiniiu' contraires au coinim'ici' de la 
Nation et à la liberté des eitoyens (jui ne peuvent lrans[)orter 
leurs propres etlets d'une province à l'autre sans être exposés 
ou à se voir faire des procès ou, souvent, à en j)er(lre une par- 
lie, étant forcés de conlier les cUM's des malles où ils sont 
enfermés, lors{|u'ils ne peuvent les accompagner (1) ; 

17. - Que si ces impôts cruels, articles 14, 1;") et IG, ne 
peu\enl être abolis, il n'y ait aucuns privilèges ni exemptions 
de [)rovi:u'es, villes on de })articuliers, comme favorisant la 
fraude, et c|ue le !)roduil de ces fiancbises abolies serve de 
diminution sur ceux qui j)aienl (2) ; 

18. — Qu'il soit redonné aux fabriques et manufactures du 
royaume cette énergie qui les a si longtemps fait Ileurir, en 
abolissant tous traités contraires à notre commerce faits avec 
l'étranger, traités qui ont ruiné nos fabriques et manufactures 
et forcé les ouvriers à s'expatrier (3) ; 

19. — Que les milices soient également abolies comme 
désolantes pour les campagnes et pères de famille, enlevantes 
des bras à l'agriculture, et contraires à la liberté de cliacun ; 
qu'au moins il n'y ait plus, à cet égard, aucuns privilèges ni 
exemptions de domestiques de privilégiés, et encore moins de 
villes entières (4) ; 

2(1. — Que tous droits de corvées, banalités de moulins, 
pressoirs, boucberies, boulangeries, fours et autres soient abo- 
lies comme tenantes de l'ancienne servitude sous laquelle ont 
gémi nos ancêtres, et contraires à la liberté publique (5) ; 

21. — Qu'il soit pris des moyens les plus eflicaces j)our 
empêcber la mendicité, révoltante pour la nature bumaine, 
particulièrement onéreuse aux campagnes, favorisant la paresse, 
et la source de tous brigandages et malheurs de toute espèce 
qui en lésultent (0) ; 



(1) Voir l'article 13 du caiiier de Courgivaux. 

(2) Voir article Ki du cahier de (^ourgivaux. 

Ci) Le caiiier vise les traités et coiiveiitioiis de navigation et de commerce 
passés avec la (Jrandc-Hretaf,'ne aux dates des 26 septembre 178G et 15 janvier 
17S7, et que nous avons déjà cités et examinés en notes des cahiers d'Isse et 
de Suipi)es. (lidiUiatjv de ('.huions, ]>. :i'i') et (iill.) 

(4) \'oir l'article 17 du cahier de (lourgivau.x. 

(3) \'oir l'article IH du cahier de (lourgivaux. 

((j) \'<)ir cahiers d'Aulnay-aux-l'lanchcs et .Mal()U},'ues (Cf. H<iilli(i(jv de Clià- 
luiis, p. 45 cl 445;, et de iioissy-le-Hepos, p. 115 du présent volume. 



ESTEKNAY 259 

22. — Qu'à cel elï'el les biens donnés par nos ancêtres aux 
maisons hospitalières et religieuses, soient ra[)pelés à leur pre- 
mière origine, à fournir tles aliments aux pauvres ijui ne pour- 
raient travailler ; qu'il en soit fait des fonds de charité admi- 
nistrés par les Ktals provinciaux ou bureaux intermédiaires ; 
(ju'il soit établi, sous leur inspection, des travaux de ditîérents 
genres où les pauvres puissent et même soient contraints d'y 
gagner leur subsistance ; que pareillement il y ait des fonds 
pour ceux hors d'état de travailler, soit par leur âge, soit par 
leurs infirmités (1) ; 

23. — Que les dîmes, droits de champarls et de terrage et 
autres qui se perçoivent en nature soient convertis en une 
prestation annuelle en argent, comme étant la source de divi- 
sions et de procès qui ruinent et désunissent les citoyens ainsi 
qu'il en résulterait des impôts en nature, et d'ailleurs, quel est 
celui qui est écrasé par ces droits et qui le serait encore 
davantage par un impôt en nature ? Celui qui, précisément, 
mériterait l'encouragement et même une récompense, celui qui 
donne tous ses soins à faire produire le plus qu'il peut son 
héritage, tandis que le négligent ne paie et ne paierait pour ainsi 
dire rien. L'héritage de ce dernier étant fixé tel que celui du 
premier parce qu'il se trouverait de la même nature, il serait 
forcé de le cultiver et à le bonifier pour se mettre à même de 
payer. 

Cette prestation serait facile à fixer d'après le tableau cadas- 
tré et l'évaluation qui serait faite dans chaque paroisse. Par ce 
moyen, les ministres de notre religion auraient un revenu fixe 
et sur qui leur ôterait toutes sollicitudes temporelles pour 
s'adonner tout entier aux soins de leur paroisse (2). 



(1) En marge de cet article ou lit la mention : « Bon ». 

La paroisse d'Esternay se trouvait eu état, par de modiques fondations, 
de venir momentanément au secours de ses plus pauvres habitants v. (Procès- 
verbal de l'Assemblée de l'élection de Sézanne du 13 octobre 1788, p. 65-66. — 
Cahier de Boissy-le-Repos, note 1, p. 115.) 

(2) En 1780, le curé d'Esterna}' fut inquiété ainsi que le commissaire pour 
la répartition des tailles, Husson ; on les accusait d'une mauvaise répartition 
des impositions, et le curé, en outre, de faire le commerce « d'a%èue, de vans, 
de volettes et d'osières ». {Arch. de la Marne, C, SJo.) 

La vente de l'osier et de différents articles de vannerie constituait la 
branche principale du commerce d'Esternay et des produits des fabriques. 
(BoiTEL : Ibid., Annuaire de 1S47, p. 91.) 



12()(l HAII.I.IAGH I)K SH/.A.\NK 

D'ailleurs l'expéricnfc journalière ne nous prouve cjue liop 
que ce sont ces droits qui divisent le pasteur el le lrouj)eau ipii 
devraient être inséparal)lement unis ; 

24. Que celte prestation annuelle en ari:;t'nl soil applicpiée 
aux desservants des paroisses au\(|uels elle apparlit'iil seide ; 

25. — Que, par cette prestation annuelle, les ministres de 
notre religion aient un revenu fixe, sûr el convenable à la 
dignité de leur état, soient tenus iVvn remplir toutes les fonc- 
tions graluitemenl, tous autres droits étant aussi humiliants 
pour eux el contraires à la religion, qu'ils sont onéreux poiw les 
peuples ; 

2(). — Que tous droits d'annate el de prélalion accordés au 
Pape soient abolis comme contraires à la liberté de ri'^glise fran- 
çaise et comme enlevant du royaume des richesses immenses ; 
qu'il soil établi une commission en France à huiuelle les dilî'é- 
rents droits payés au Pape le soient pareillement, et (jue ces 
droits soient employés au soulagement de l'Etat. Par ce moyen 
ainsi que par bien d'autres, que les lumières et le zèle des 
députés aux l'^lats généraux leur suggéreront, on viendrait au 
secours des peuples ; 

27. — Qu'il soil fait un nouveau code tant civil (|ue criminel; 
de manière que les lois soient claires et précises afin de pou- 
voir distinguer le bon droit d'avec le mauvais, incertitude dans 
laquelle on est jeté par les difYérenles variations de la juris- 
prudence (1) ; 

28. — Que le monstre /s/cj de la procédure soit réformé et qu'il 
soit établi à cet égard des règles de manière que le citoyen 
puisse demander son dû ou réclamer son bien sans être exposé 
à entrainei- sa ruine el celle de sa partie adverse ; 

29. — Qu'il n'y ait plus que deux degrés tle juridictions en 
France : le bailliage royal auquel il sera donné pouvoir de 
juger souverainement jusqu'à une somme fixe, telle que 
4,000 livres, el ensuite une cour souveraine qui sera rapprochée 
des peuples le plus qu'il sera possible ; 

.'30. Que toutes autres juridictions soient abrogées comme 
onéreuses à l'État et aux citoyens qui, souvent, par les procès 
d'incompétence sont luinés avant de savoir à cjuel tribunal ils 



(\) Voir l';irticle 20 du caiiier de (lourgivaux. 



ESTERNAY 261 

doivent se pourvoir, et d'ailleurs les différents degrés de juri- 
dictions ne servant aux plaideurs de mauvaise foi que pour 
s'empêcher ou de payer ce qu'ils doivent légitimement, ou de 
remettre le bien qu'ils retiennent induement (1); 

'M. — Que la vénalité des charges de magistrature soit 
abolie ainsi que tous droits d'épices et vacations, comme 
déshonorants pour le magistrat auquel la malignité humaine 
impose souvent des vues qui sont bien éloignées de son cœur, 
et que, pour soutenir dignement le rang respectable de magis- 
trat, il soit attribué à chacun et suivant l'étendue de ses devoirs, 
des honoraires fixes ; 

32. — Que, pour remplir dignement les places de magistrat, 
les corps puissent se choisir eux-mêmes leurs sujets, c'est-à- 
dire que les cours souveraines les prennent parmi les magis- 
trats des bailliages qui se seront le plus distingués par leur zèle 
à rendre une prompte et bonne justice aux citoyens, et les bail- 
liages dans l'ordre des avocats qui se seront pareillement appli- 
qués à ne soutenir que de bonnes causes et à refuser leur 
ministère à ces plaideurs de mauvaise foi, le fléau de la société; 

33. — Que tous les tribunaux soient remplis moitié par les 
deux premiers ordres, et l'autre moitié par le Tiers état ; 

34. — Que pareillement, le Tiers état puisse aspirer et soit 
admis aux différents grades militaires et ecclésiasticjues ; le zèle 
des i)asteurs à remplir leurs fonctions, à enseigner et faire pra- 
ticpier la religion par les peuples confiés à leurs soins, ne doit 
point les exclure des dignités de leur ordre; et l'amour que le 
Tiers état a toujours montré pour ses rois, son zèle pour leur 
service et celui de la Nation, le sang qu'il a en tout temps versé 
j)Our la patrie, lui mérite bien l'honneur de pouvoir parvenir 
aux grades militaires ; 

35. — Que les grands chemins soient continués et que les 
fonds à ce destinés soient employés dans chaque élection pour 
ce qui s'y perçoit, sans (ju'ils puissent être reportés aux travaux 
d'une autre élection (2) ; 



(1) Ces deux articles 29 et 30 sont résumés dans l'article 19 du cahier de 
Courgivaux. 

(2) Un atelier de charité était installé entre Esternay et Réveillon, passant 
par le hameau de Nogentelle. (Arch. de la Marne, C, 1730. — Procès-verbal de 
l'Assemblée de l'élection de Sézanne d'aoùt-oclobre 1781, p. Ki. - Ibid.,C,W(l6.) 

A rassemblée de l'élection de 1788, il fut arrêté de réparer la grande route 



262 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

3(î. — Qu il soil fait des routes de communication des villes 
et villages pour rejoindre les grandes roules afin qu'elles puissent 
èlre utiles à chacun ])our son commerce; 

37. — Que ces routes de communication soient même pous- 
sées d'une ville à l'autre comme par exemple celle de Sézanne à 
Provins, en la continuant de Courgivaux (1). 

.La situation de Provins ((ui est près de la Seine, attire à elle 
les denrées de tout genre pour l'approvisionnement île Paris. 
Les chemins pour y parvenir étant impralicahles, il en coûte 
extrêmement aux cultivateurs pour y transporter leurs den- 
rées. 

Fait et arrêté par nous, ancien praticien au bailliage d'Ester- 
nay, en l'assemblée de la paroisse tenue devant nous cejour- 



à Esternay, d'abord depuis le moulin de la Harre jusqu'à la sortie de Retour- 
nelou]) sur .'î'iO toises de longueur, ensuite de la sortie de Retourncioup 
Jusqu'à l'Arbrc-Haut, sur une même longueur de [VU) toises.— «Les ouvrages 
à faire sur ees dilTérentes parties eonsistaient à refaire les fossés, rctal)lir les 
bornes, remplir les ornières et réparer en empiei'rement les j^arties totalement 
défaites. » tl'roccs-vcrbal de 17H<S, ibid., p. 21.) 

Plus loin, on discuta les vœux particuliers de la communauté d'Ksternay 
qui « demandait des passages sur le ruisseau venant de La Noue et des chaus- 
« sces aux abords pour l'empierrement de deux rues, et ensemble trois ponts, 
« et cela pour éviter les inondations fréquentes qui menacent les habitants. 

« Le bureau a observé que la demande formée par cette communauté ilont 
« les ouvrages à faire montent, dapiés le de\is, à une somme de ;{,i)4r)i .'i* .5'', 
« lavait effrayé au premier aspect ; que le défaut de grande utilité ]>nblique 
" l'avait lon^temjjs tenu incertain sur le parti qu'il devait proposer, regrettant, 
« vu surtout le peu de fonds qu'il avait à répartir, d'enticprendre un atelier 
« considérable qui ollVait beaucoup d'ouvrages d'art au.\f|uels les fonds de cba- 
« rite n'ont jamais été destinés ; — mais que, d'ajjrès les renseignements cer- 
« tains qu'il s'était procuré et qui constatent le danger où est cette paroisse et 
« le village de \'ivier en dépendant, d'être inondés par les eaux qui y rctliient 
" en abondance des villages voisins; — muni de la soumission des habitants 
« qui, tant en argent qu'en tirage de jjierre, charois, déblais, remblais, 
« pavés, etc., olïraient de contribuer pour une somme de 1,272 livres, il esti- 
« mait que c'était le cas de leur accorder quelques fonds, en retranchant 
« toutefois les nombreux ouvrages d'art que cette communauté |)roposait, et 
'< de leur passer pour cette année une somme de IdO livres en contribuant par 
« eux pour moitié, c'est-à-dire pour celle de 2(10 livres ». d'iocrs-ifcihal, ihid., 
p. 41.; 

Sur la proposition rlu bureau. rass;.'mliiée de l'élection accorde même 
4tlO livres à Ksternay. la dispensant de contribuer pour cette aimée ■< attendu 
« la dépense qu'elle était f)bligée de faire à ses ponts et le devis de ;{,94.'i' Ti' (i' 
<( ayant été réduit par la commission à 2,(i7:< livres ». (Ihid., p. 4'.).) 

(1) .Sur la question des voies de communication entre Provins et la Géné- 
ralité de Chàlons. voir Anh. S,tl.. /•''' '20H et suiv. . 



EUVY 263 

d'hui fi mars 1789, et ont, ceux des liat)itaiits qui savent si<<ner, 
signé avec nous. 

Lebœuf, Prieur, Rivière, Bessaque, Thuillot, Dézère, 

Thuvien, Herbette, etc 

Beaufort, Aubry. 
(16 signatures.) 



EUVY 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE (1). - « En pays 
de plaines, à quelque distance de la rivière de Pleurs, à trois '^quarts 
de lieue S. S. E. de Fère-(;hanipenoise, et à 7 lieues S. O. de Chà- 
lons (2). » 

— Généralité de Châlons, élection de Chàlons, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Cliàlons, doyenné de Vertus, paroisse Saint-Sét)astien , 
à la collation de l'abbé de Molesmes (H) ; mesure de Sézanne. 

— Aujourd'hui, commune du canton de Fère-Champenoise, arron- 
dissement d'Epernay. 

— Dénombrement de 1/73-1788 : 58 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 90 hommes, 84 femmes, 21 garçons et 23 filles, 
soit : 218 habitants. — Recensement de 1906 : \5li hahitani^. 

— Seigneur : André Du Val d'Ognes, seigneur d'Ognes, d'Euvy 
et antres lieux, cajutaine au régiment dAuxerrois (4). 

— (hiré : Jean-(J»uentin Louis (5). 



(1)M. I.ongnon, ainsi que tous les géographes avant lui, Chalette, Gué- 
lard, etc., orthographient le nom vie cette commune : Œuvy ; mais aujourd'hui, 
dans les rerensements officiels, dont nous avons adopté l'orthographe, on est 
revenu à l'ancienne dénomination des xvr- (1508. — Arch. iiat., P. 207 12) et 
xvni'^ siècles (carte de Cassini), « Euvy », qui est celle du cahier de doléances 
ci-après. 

(2) E.xpiLi.v : Dicl. des Gaules, ouv. cit. 

(3) Ahhaje de Molesmes, de l'ordre de Saint-Benoist, diocèse de Langres, 
élection de Tonnerre. Aujourd'hui arrondissement de Chàtillon (Côte-d'Or). 

(4) Edouard-I'^rançois Mony, receveur chi grenier à sel de Sézanne, sei- 
gneur (le Mceurs et de Connantray, indiqué encore dans l'état des tailles 
de 1788 comme seigneur d'Euvy, avait en réalité cédé cette terre à Du \'al 
d'Ognes, qui avait épousé sa fille Marie-I.ouise-Thérèse en 1785. (Voir cahier 
de Mœurs ci-après.) — Une partie du territoire d'Euvy appartenait à laharon- 
nie de Pleurs. — « Deux maisons seulement du village, dit Guérard, étaient 
comprises dans la haronnie ; les autres se trouvaient dans la seigneurie et 
étaient séparées des premières par un chemin qui existe encore. » {Stat. hiat. 
du dép. de la Marne, p. 2*26.) 

(5) Emigra pendant la Révolution et mourut curé de Notre-Dame de Ghà- 
lons-sur- Marne, le 3 février 18.'i3. 



264 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— Territoire : 900 arpents de terres labourables, 22 de jardins, 
() de vignes, 1,478 de terres incultes. — Récoltes (an. coni.) : 102 bois- 
seaux de froment (2 pour 1) ; 4,904 de seigle (1 1/2 pour 1) ; 5,049 
d'avoine (1 1,2 pour 1); S.'SO de sarrazin (2 pour 1); 10 muids de vin 
(5 en 1773). — 34 laboureurs ayant charrue. — 39 chevaux; 00 bêtes 
à cornes; 190 bètcs à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3sols; de la capitation et impo- 
sitions accessoires : 7'i 1/2. — De 1778 -^ 1787 : taille : 460' (en 1787) à 
560 (en 1778) (1). — En 1788 : 480 livres pour un revenu de 3,147' 15, 
déduction laite de 408 livres de renies passives (suivant le taux de 
l'élection : 501 à 523 livres). — Kn 1789 : taille : 480 livres ; 
impositions accessoires : 387 livres; capitation : 363 livres ; total : 
1,230 livres (2). 

— Dimes : Les dîmes appartenaient au curé (3). 



AXAI.YSK DU PROCKS-VKRBAL. |Le village d'Euvy était com- 
posé de 53 feux. — L'avis pour la convocation des Etats généraux fut 
lu et public le 8 mars 1789. — Les habitants se réunirent le même jour 
« à l'issue de la messe paroissiale », sous la présidence de Pierre- 
Charles-Henry Lfxlkrcq, notaire royal du bailliage de Sézanne, 
résidant à Fére - Champenoise, juge mayeur de la mairie d'Euvy, 
assisté du grellier ordinaire de la municipalité. — Le procés-vcrbal 
constate la présence de Jean Chariot, syndic de la municipalité, .lean 
Chariot, .loscph Lepage, Henry Chariot, Joseph Ferai, Sébastien 
Chariot, grellier, Quentin Chailot, Jean-Bapliste-Louis Pageot, Jean- 
Nicolas-Timothéc Mailliard, ollicicrs municipaux et adjoints, Louis 
Lepage, laboureur, la veuve de Jean Pagcol, manouvricre, la veuve 
de (Claude Dardoise, manouvricre, Edme Dardoise, manouvrier, la 
veuve de Nicolas (Chariot, manouvricre, Sébastien Pa{|uet, garçon, 
manouvrier, Sébastien Petipas, manouvrier, Barnabe Pageof, manou- 
vrier, .Ican-Maplistc (Chariot, manouvrier, Jean Pageot, manouvrier, 
la veuve Antoine (îobin, manouvricre, François Chariot, garçon, 
manouvrier, Nicolas (ïailliard, laboureur, la veuve Jose|)h Pageot, 
laboureur, la veuve l-'rançois Pageot, manouvricre, la veuve Edme 
Chariot, laboureur, la veuve de François Pageot, laboureur, François 
Champy, laboureur, la veuve de Jean (iailliard, laboureur, la veuve 
de Jcan-Ha])tislc Blanchard, laboureur, Antoine Bull'et, manouvrier, 
ImIuic Petipas, recteur d'école, Antoine Pageot, garçon, manouviicr, 



(1) Les impositions, tlaiis cette paroisse, ont (■{(■ vu (iimimiaiit iraiinéc en 
année. 

(2} Kn IT'.tM : U>.\ li\ies (l'iinposilions piiiH'i|)ales et Irais de rolleete ; 
S72' Hî» S' (t'aecessoiies, eapilation el rejets, et 'IW 4^ île prestation îles elie- 
mins, soit l,.')t9' .') X' p'uir 174 contriliualjles. y eoni|)ris les anciens privilé- 
giés. (Arcli. (le 1(1 Mai ne, C, SS'J.) 

Ci) E. n;; IJAiiTm'j.KMV : Diorrsc (inr. <lf Chàhjits-stii -Mdinc, l. Il, p. -itil 



EUVY 265 

Anna et Thérèse « les » Chanipy, filles, manouvrières, Henry Gail- 
liard, laboureur, Quentin et Henry « les » Chariot, tous deux garçons, 
Michel Gailliard, garçon, manouvrier, Quentin Gailliard, manouvrier, 
la veuve de Michel Gailliard, laboureur, Jean-Baptiste Gobin, manou- 
vrier, la veuve d'Edme Lejiage. laboureur, Henry Chariot, laboureur, 
la veuve Sébastien Chariot, laboureur, la veuve Nicolas Mailliard, 
laboureur, Edme Lepage, garçon, laboureur, la veuve Pierre Gailliard, 
manouvrière, Memmie Mérat, manouvrier, François Lepage, labou- 
reur, .Jean Paquet, laboureur, la veuve F'rançois Lepage, laboureur, 
Barthélémy Lepage, manouvrier, Jean-Baptiste Lepage, garçon, labou- 
reur, Timothée Champy. manouvrier, François Gobin, labo'.ireur, 
la veuve Louis Lheureux, manouvrière, Pierre-Antoine Lepage, labou- 
reur, Vincent Lepage, laboureur, Jean-Baptiste Férat, garçon, Antoine 
Chariot, laboureur, la veuve Joseph Lepage, manouvrière. — Les 
députés furent Jean Charlot, syndic, et Sébastien Charlot, gref- 
fier. (1)1 _J 

Arch. rcvol. de Sézanne, A, 39^ : Procès-verbal; — A, .5.9 1' : Cahier de 
2 pages cotées et paraphées par Leclercq. 

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 6'/2, "2919 et 2993 : Admi- 
nistration de la communauté; comptes des s\'ndics; procès avec le 
seigneur. — C, 889 et 9'i6 : Impositions. - C, 102^ : Capitation. — 
C, IJ92 : Corvées. — C, 1883 : Église et presb^^tère. — G, 397 : Biens de 
la cure ; — etc. 



C A H 1 1: R 

Observations, plaintes et doléances et remontrances de la 
comnuinanté d'Enuy à soumettre à l'Assemblée des Etats 
généraux. 

Messieurs, 

Notre village est dans un canton le plus sec de la Champagne 
pouilleuse ; nous n'avons ni ruisseau, ni fontaine (2), ni prai- 
rie, ni pâturage, point de bois, et distance des bois de six à 



(1) Le curé d'Euvy, Louis, assista à cette réunion et signa le procès-ver- 
baL Mais ultérieurement son nom et sa signature furent raj^és. A Euv\', les 
femmes veuves ou non mariées prirent part à la délibération et signèrent le 
procès-verbal comme on peut le constater ci-dessus ; elles paraissent même 
avoir été aussi nombreuses que les hommes. 

(2) « La commune, disait Chalette, en 1845, n'a pas un filet d'eau... « 
Mais, fait météorologique assez remarquable, lorsqu'il pleut longtemps et 
abondamment, les puits, qui ont 15 et 18 mètres de profondeur, débordent, 
inondent une partie de la commune et forment une sorte de petite rivière qui 
pénètre dans les maisons, dans les granges et surtout dans les caves, au fond 
desquelles on voit en même temps Jaillir des sources particulières. « Dans 



266 BAILLIAGE DE SÉZANXE 

sejit lieues, point de biens coinnumaux, |)oinl de ressources 
([ue celles que nous lail espérer la bienlaisance de noire l)on 
Roi. 

Nous ne pouvons guère engraisser nos terres, point de four- 
rage, point de fumier, point de récolte à attendre ; la semence 
prise sur la récolte, il ne nous reste que pour vivre la moitié de 
l'année (1) ; nous cherchons de l'ouvrage où nous pouvons et, 
malgré nos travaux, nos fatigues et nos veilles, nous sommes 
toujours dans la gène et nous vivons fort pauvrement et nous 
jeûnons souvent ; malgré notre misère qui n'a jamais été si 
grande, nous pa^'ons pourtant au Roi, tant taille que capitation 
et vingtième, la somme de dix-sept cent cintiuante livres (2) et 
plus, et pour les corvées, dont nous ne profitons pas parce que 
nous n'avons pas de route, encore la somme de deux cent 
dix-sept livres (3) ; au seigneur, vingt-quatre sols par maison, 
quatre deniers par chaciue arpent de terre. Les droits de lods 
et ventes sur le pied de dix sols j)ar écu à (juoi nous avons été 
condamnés, ainsi qu'à faire un papier terrier. Cela nous a 
coulé, tant les frais du prooès que les déclarations avec l'expé- 
dition du terrier, tout nous a coûté sept à huit mille livres dont 
nous venons finir de payer celle année, dont plusieurs ont été 
obligés de vendre leurs biens ou d'emprunter pour payer, et le 
nombre de> lal)Oureurs en est bien diminué (4). Nous avions 
auparavant payé six cents livres jiour réparer noire nef ; 



le siècle dernier, ajoute CJialette, un fontainier proposa aux habitants de leur 
créer une rivière dont la source eût été dans une colline sur Vaurefroy. On 
trouva ses prétentions un peu exafjérées et l'essai ne fut pas tenté. » (l'rrcis 
(le Statistique {jèncrulc du Dëparlement de la Marne, 2'' vol., p. 22.'».) 

(1) Voir ci-dessus l'-.tat des récoltes qui produisaient à peine la moitié en 
plus de la semence. 

(2) Kt pourtant le taux de taille était iiilérieur au tnux de l'élection. — Le 
total des faille, capitation et impositions accessoires était de 1,2;{0 livres ; il 
restait donc .")0(l livres enviion ))oui' les viuf^tiémes. (\'oir note paj^e précé- 
dente. .»r<7i. (/(• /(( Marne. C. 7H9 et 'i;.'<L>.) 

(3) Arch. de la Marne, d, /.').92. — La prestation des chemins, (|iii remplaça 
les corvées en 171H), était de 2V.V \\ ilbid., C. SHU.i 

(4> L'ne contestation s'éleva, en 1778, entre les hahilants d'Kuvy et leur 
seigneur au sujet des déclarations demandées par celui-ci à son papier ter- 
rier. Le seigneur assigna un grand nombre de particuliers du lieu « aux fins 
d'être condamnés à faire leur déclaration et à reconnaître que tous les héri- 
tages doivent des droits seigneuriaux, savoir : les maisons, fi deniers de cens, 
et les terres, prés, bois et autres, 4 deniers, emportant lods et ventes de 3 sols 
et l deniers pour livre du prix de racf(iiisition, conformément au texte de la 



EUVY 267 

ensuite, deux cent quatre-vingts livres pour le presbytère (1) ; 
quantité d'entre nous payent collectivement la somme de douze 
cents livres de rente annuelle par chaque année ; pour comble 
de malheur, tout notre terroir a été ravagé par la grêle en 1786, 
le 9 mai (2), et nous n'avons presque point fait de récolte ; 
depuis ce temps, nos terres n'ont plus porté; enfin, pour tout 
dire en un mot, Euvy est réduit dans la plus grande misère ; on 
y meurt sans soulagement de chirurgien parce (ju'on n'a pas 
lie ({uoi payer. Notre curé, malgré sa bonne volonté, ne peut 
nous soulager; à peine a-t-il pour vivre tant sa cure est mince, 
et notre seigneur n'est pas au pays ; on ne se marie plus, les 
garçons et filles vont en condition dehors, et s'ils se trouvent 
bien, ils ne reviennent plus au pays ; il y a quantité de veufs 
et veuves que la misère empêche de se remarier, et ainsi dimi- 
nue de jour en jour la population et le nombre des habitants 
d'Euvy ('S). Voilà, Messieurs, notre triste situation. Nous vous 
prions d'être bien persuadés que nous ne mentons pas, et 
d'user de tout votre crédit pour alléger le fardeau des impôts 
et redevances qui nous écrase. Et encore la cherté du sel, ce 
qui fait qu'il y a beaucoup de monde qui ne mange point de 
soupe ; faute d'avoir sept sols pour lui avoir une demi-livre (ie 
sel au regrat (4), Comme ne trouvant aucun secours dans le 
pays et n'ayant personne de fortuné, comme le vrai bon ama- 
lant (sic) il n'y a pas six à sept laboureurs qui récoltent pour 
vivre, comme aujourd'hui il se trouve quantité d'habitants (jui 
n'ont point d'avoine pour empouiller leur terre. Ce que nous 
certifions véritable à Euvy, dans l'assemblée tenue le dimanche 



coutume de Meaux, portant que franc alleu ne peut être tenu et possédé sans 
titre particulier ». (Arch. de la Marne, C, 642.) 

En 1784, la communauté dut, en raison de ce procès, s'imposer extraordi- 
nairenicnt de 1,248 i 3 * 9>J à pa3'er en trois ans. (Ibid., C, 2993.) 

Sur cette question de lods et vente, voir la préface et les cahiers de 
Sézanne, p. 92, Courcemain, p. 225, Escla voiles, p. 251. 

(1) Arch. de la Marne, C, 1883 : Réparations au presbytère de 1763 à 1787. 
— En 17(54, les premières réparations avaient déjà été adjugées moyennant 
2,080 livres. 

(2) Arch. de la Marne, C, 1968. 

(?>) La population d'Euvy tend, en efîet, à diminuer encore de nos jours. 
On a vu qu'en 1788 elle était de 218 habitants et qu'au dernier recensement 
de 1906, on n'en compte plus que 153. 

(4) Sur l'impôt de la gabelle, voir la préface. 



268 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

8 mars, conformément aux ordres du Roi du 24 janvier 1789. 
et avons, les habitants dénommés au procès-verbal, signé : 

J. Lepage, François Gobin, L. Lepagk, J.-B.-L. Pagkot. 
B. Pageot, etc. (1) (30 signatures.) 



FAUX-FRESNAY 



SITUATION ADMINISTHATIVK KT ECONOMIQUE.- « A lieues 
N. de Troyes, sur le chemin de Mcry à Fèrc-Champenoise. » 

— Généralité de (^hàlons, élection de Troyes, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-Aube. paroisse Saint- 
Pierre, à la collation de l'abbé de Monliéramey (2) ; — poste. j»renicr 
à sel, eaux et forêts de Sézanne. 

Aujourd'hui, commune du canton de Férc-CJiampenoise, arron- 
dissement d'Ei)ernay. 

— Dénombrement de lu^i-l/S/ : 120 feux roturiers, 1 ecclésias- 
ti(jueet 2 not)les. — Population : 217 honnnes, 210 femmes, 'VI f»arçons 
et 03 tilles, soit WM habitants (\\). — Recensement de 1906 : .îOO habi- 
tants. 

— Seigneur : Nicolas-Antoine (^hambault de Fresnay, écuyer, sei- 
gneur de Tortépée, Faux-Fresnay. Courcelles et autres lieux, demeu- 
rant en son château de Tortépée (4). 

— Curé : .Ican-Haptiste Maigrot (5). 



(1) La signature de Louis, curé (i'I-luvy, qui avait été ajjpnséc la |)rcmièrc, 
a été rayée. 

(2) Abbaye de l'ordre de Saint-Ucuoist fondée en 8.37 par Adrcmare ou 
.Arrémare, prêtre de Troyes. Aujourd'iiui la commune appartient au canton 
de Lnsigny, arrondissement de Troyes (Aube). 

(;{> Un état statistique des lial)itants de la même époque, conservé au.\ 
Archives de l'Aube <C. t3M), constate 11") feux et 4.î9 liabitants. Il ajoute qu'il 
existait a Faux-Fresnay IS métiers à bas de coton et .S(l personnes occupées 
à la filature des laines. 

« En 1787, dit M. (luillemot, 10(1 habitants de I*aux-Fresnay, dont .")() labou- 
reurs et 44 nianouvriers ou artisans, étaient propriétaires » (p. '247). L'auteur 
donne des détails fort curieux sur les biens, le prix de la terre, sa valeur loca- 
tive, le prix des forains, de la main-d'œuvre, les paturaf,'es, la culture des 
céréales, le jjiix du bétail et la situation pécuniaire du paysan en 17H'.(, etc. 
fChap. VI). 

(4) (^e seigneui" habita constamnienl son domaine et mourut en 179'J. 
L'ancien château seigneurial de Tortépée, démoli en 18.'J(I. se trouvait sur 
remplacement de la ferme de ce nom. (Gi ii.lkmot : p. Kiî) et 207.) 

(.')) Maigrot fut curé de Faux-Fresnay du (» novembre 178;} au 14 frimaire 
an II (20 décembre 171).'b, date de sa ficmission et de sa renotuiation à ses 
fonctif)ns au district de Sézanne. ((ii ii i.kmot : p. 80 et suiv.) 



FAUX-FHKSNAY 



2()9 



— Tcrriloirc : 4,394 arpents de terres labourables, (57 de jardins, 
14 de prés, 24 de vignes, 86 de bois, 438 de terres d'usage, 438 de 
terres incultes (1). — Récolles (an. com.) : 500 boisseaux de froment 
(1 2 3 jjour 1); 14,160 de seigle (1 2/3 pour 1) ; 13,6i)2 d'avoine (1 3 4 
pour 1); 4,880 de sarrasin (ô pour 1); 48 nniids de vin (21 en 1773). — 
')() laboureurs ayant eharrue. — 72 ehevaux ; 251 bètes à cornes ; 
396 bètes à laine. 

— Iinposilions : Taux de la taille : 3-^ 2J 6/8; de la capitation et 
impositions accessoires : 4> 11 J pour livre de revenu. — De 1777 
à 1786 : taille : 1,220 livres (en 1783) à 1,.300 (en 1777). — En 1787 : 
1,260 livres pour un revenu réduit au taux de 8,208 livres, déduction 
faite de 765 livres de rentes passives (d'après le taux de l'élection : 
1,308 livres). — En 1789 : taille : 1,280 livres; impositions accessoires : 
1,031 livres; capitation : 967 livres; total : 3,278 livres. 

— Dîmes : 1/3 au doyen de Gaye et 2/3 au commandeur de Bar- 
bonne. — Le curé reçoit un gros. 



ANALYSE DU PROCÈS - VERBAL. [La communauté de Faux- 
Fresnay était composée de 115 feux. — L'avis pour la convocation 
des Etats généraux fut lu et publié le dimanche l'i- mars 1789, ayant 
été « signifié au syndic Joseph Morant, par exploit du 28 février ». — 
Les habitants se réunirent le 5 mars, à neuf heures du matin, sous la 
présidence de Charles-Nicolas Gabriel, mayeur, juge civil, criminel 
et de police de la mairie de Tortepée (2), Faux-Fresnay, « commis- 
saire en cette partie ». — Le procès-verbal constate la présence de 
Joseph ÎNIorant, syndic municipal et procureur syndic de la 
communauté, Jacques Morant l'aîné, laboureur, Antoine Ferrât, 
Edme Courjan, Pierre Courjan, Jacques Guillemot, greffier, Pierre 
Durant, Joseph Courjan, Nicolas Morant, Nicolas Félix, Jacques 
Morant le jeune, François Dubois, Pierre Guillemot, Nicolas Guille- 



(1) L'état des tailles de 1787 donne 4,588 arpents de terres, 58 de jardins, 
24 de prés, 14 de vignes, 48 de bois ; total : 5,182 arpents, dont 3,042 exploités 
par les propriétaires et 2,140 par les fermiers. 

« Parmi les terres incultes, il 3' a environ, lit-on dans l'enquête de 1769 
sur les défrichements, 300 arpents de marais, pacage, partis « croullis » fsici, 
qui ne servent que pour le pâturage des bestiaux de la paroisse qui appar- 
tiennent à la communauté. 11 y a d'autres petits usages à l'eutour du village 
de Faux-Fresnay qui ne servent que pour la sortie et la rentrée des trou- 
peaux. Ces marais ne peuvent produire des foins ; ce n'est que de mauvaises 
herbes qui ne servent que pour le pâturage des troupeaux, et ces troupeaux 
ne peuvent y paître que depuis le mois d'avril jusqu'à la Saint-Martin d'hiver. 
Il n'y aurait aucun avantage à les dessécher pour la communauté. Ils ne sont 
que pour le pâturage ; les habitants n'ont pas d'autres endroits pour mettre 
leurs troupeaux ; d'ailleurs l'opération de les dessécher en deviendrait très 
dilficile ; on n'y a jamais essayé. » (Arch. de la Marne, C, ^34.) 

(2) Gabriel était mayeur de la justice seigneuriale depuis 1777. 



270 HAIM.IAC.K DE SK/.ANNK 

mot, Pierre- Lepage, adjoint, .lean Berton, IMerrc Moraiil, .losepli 
Deiievère, Josepli Moranl le jeune, Nicolas Mauclaire, Julien Mauclaiie, 
Nicolas Diot, .lacqucs Aviat, Denis Mauclaire, Jean-Haptiste Mauclairo, 
Esprit Courjan, .loseph Hrissol, Pierre-Denis Courjan, Pierre Berlin, 
(Charles (iillet, Pierre Loizelet, Pierre Ledcl, PMme C.ourjan le jeune, 
Denis-.Iose[)Ii (Chapelle, Jean Mnssonnat, Vincent Villenct, Charles 
Leblanc, Jean Carrut, Louis Leblanc, l'iacre Rondeau. P>azile (lodol, 
Joseph (Courjan, Pierre André, Philippe André, laboureurs, Pieire 
Brissol le jeune, Antoine Duchat, Nicolas Ligoret, Jean-Bai^tiste 
Cassebois, Nicolas Billebaut, Klienne Carrut, Jac(|ues (knllemot, 
Charles Guillemot, Nicolas Cillet, François Tahot il), lMlme-l''rançois 
Henry, Quentin Lepage, Joseph Martin, Jcan-iiaptiste Marot. Claude 
Bertin, Antoine Lepage, Nicolas Guillemot, Jacques Billebaut, Hubert 
Carrut, Jacques Dcpoivre l'aîné, Louis Denevère, Denis Brissot, 
Pierre Vry, Laurent Bailly, Jean-Baptiste Varlet, Pierre Courjan, 
Antoine Jacquesson, Jean Marot, Pierre-Nicolas (Courjan, Jean Becet, 
Nicolas-Théodore Jacquesson, Nicolas Berton, Nicolas iirissot, Louis 
Varlet, Léger Courjan, manou\'riers. — Les députés désignés fuient 
Jacques Guillemot et Nicolas MoRANT, tous deux laboureurs à Fres- 
nay. 

Arch. réiwl. de Sézanne, A, 40 : Procès-verbal et cahier : ce deniier inséré 
dans le corps du procès-verijal : 8 pages cotées et parapliées au bas par 
(ialjriel. 

SoiKChs DOC. ACC. — .4;t/i. lie la Marne, ('., .V.Ki : Admiiiisliatioii île la 
communauté ; procès avec le seigneur ; comptes des syndics. - 
(1, 'MO : Impositions. — C, 18'i') : Kglisc, presbytère et cimetière ; pro- 
cès avec le seigneur. — C, 3021 : Corvées. — G, /2.% : Biens de la 
collégiale de Pleurs. — G, 1835 : Uevenus de la fabrique. - Arvb. de 
l'Aube, C 1383-138'i : Administration de la communauté ; tailles ; état 
des habitants, des récoltes ; comptes des syndics ; travau.v, etc. — 
G, 74 et suiv. : Nominations de curés (1 .')()()- 178'i). — G, G3() : Paroisse 
Saint-PieiM'e de Faux-Fresnay : biens, revenus de la cure, dîmes ; 
— etc. 

HiBLiociiiAPHiK. — A. (il n.i.EMOT : Faux-I'iesiiuif (iiuieii et moderne (Clià- 
lons, imp. C. Thouille, 1897, in-8" de lUi'l p.) 



CAHIER 
Plaintes. 

1" Sujets dévoués de tout leur cœur soumis et fidèle au juste 
et bon Louis XVI, ils soulTrent de rembarras où il se Irouve 
par le maii(|ue de (iuances. et sont disposés au sacrifice de 
leurs biens, de leurs lra\au\ et de leurs vies pour son bonlu-nr 
uni à celui de la nation. 



(1) Garde particulier du seigneur. (Voir Guillemot : p. 267.) 



FAL'X-FHESNAY 271 



Doléances. 



1° De la cruauté de la gabelle qui, par la grande cherté du 
sel, empêche de donner ce ju-éservatil" de la |)utridité aux bes- 
tiaux, abus aucpiel il est nécessaire de remédier en rendant le 
sel commerçable comme les autres denrées; 

2^ Du ravage des lapins qui dévorent le fruit de leurs tra- 
vaux ; redit contre eux ne pouvant être exécuté par les obstacles 
dont un arrêt de règlement fait mention (1); 

30 Du poids accablant des presbytères et des églises apporté 
par les seules dîmes et biens ecclésiastiques et inféodés (2) ; 

40 De la surcharge produite par l'exemption des ecclésias- 
tiques et des nobles, de la corvée et des autres impositions, le 
vœu général de la communauté de Faux-Fresnay, tel que doit 
être celui de la Nation, étant que toute propriété, sans distinc- 



(1) Voir le cahier de Cernon (Bailliage de Chûluns, p. 125). 

(2) La cure de Faux-Fresnay était, avant la Révolution, l'une des plus 
recherchées de la contrée, à cause des produits importants qu'elle procurait 
au titulaire et qui s'élevaient alors à 2,700 livres sans compter le logement et le 
casuel. (Guillemot : p. 97). — Le curé avait, en 1789, une maison très bien 
montée : il avait un domestique, une servante et deux chevaux. (/5zV/. : p. 101.) 

L'église appartenait à l'abbaye de Montiéramey. Le curé avait les menues 
et vertes dîmes qui se levaient sur les sarrasins, les fourrages, le chanvre et 
la vendange, ainsi que celle des agneaux et celles des novales (menues et 
grosses), sur lesquelles M. Guillemot donne d'intéressants détails (p. 122 et 
suiv.). (.4rc/i. de l'Aube, G, 636.) 

Des contestations s'élevèrent, en 1774, entre le seigneur, M. de Chambault, 
les habitants et le curé du lieu, relativement aux réparations du presbytère. 
L'ne correspondance avec le subdélégué de Troyes fut échangée à ce sujet : 
« En fait d'intérêt, écrit ce subdélégué Paillot, M. de Chambault n'est pas 
traitable. — 11 comptait sur un changement de curé et, réellement, M. de 
Chambault avait obtenu une lettre de cachet pour mettre le sien au sémi- 
naire ; mais le curé a attrapé la révocation et il est retourné chez lui, plus 
déterminé que jamais à faire enrager son seigneur et à le plaider; du reste 
ils sont bons l'un pour l'autre... » (Arch. de la Marne, C, 1845.) — 
M. Guillemot (p. 212), raconte très longuement ces démêlés entre le seigneur 
et le curé Jollj^ qui, malgré toutes les tracasseries et les persécutions, résista 
aux prétentions du châtelain : « Son attitude en face de Chambault, dit en 
terminant son récit M. Guillemot, a excité les habitants à résister aux tenta- 
tives de celui-ci et à défendre avec succès le patrimoine dont il voulait les 
dépouiller ». (Ibid., p. 221.) 

Devis des travaux à faire pour la construction du presbytère. — Procès- 
verbal d'adjudication des réparations de l'église par-devant le subdélégué sur 
une requête du curé relative aux gages du maître d'école. (Arch. de l'Aube. 
C, 138U.) 



272 HAILLIAC.K I)K SKZANNK 

tion de (jualilé, soit assujellie à un seul iiui)ùl représenlalir de 
toutes impositions, même de la corvée (1) ; 

.V De la nullité dans l'Ktat jusciu'à ce jour du Tiers élal 
composant les qualre-vingt-dix-neul' pailles de la Nation, à 
taire cesser par la pluralité des voix du Tiers état (2) ; 

6° De la multitude des pigeons à |ren|fermer dans les temps 
de semailles (3). 

Remonlidnces. 

1" Sa Majesté sera très liumhlemenl suppliée de jeter les 
yeux sur l'économie générale de sa maison, de celles de la 
Heine, princes et princesses du sang, ainsi ([ue les grâces, 
pensions et gages onéreux à l'Ktat ; 

2° Que la province de Champagne est la moins riche et la 
plus surchargée d'impôts du royaume ; 

3» Que tout impôt doit être proportionné, déterminé, limité 
et réjiarli également et en commun entre tous les sujets de la 
monarchie et aux facultés d'un chacun ; et que tout impôt, soit 
direct ou indirect, ne doit être ordonné, assis et perçu s'il n'a 
été consenti par la Nation légalement assemhlée ; 

4" La formation de la province en Etat, à l'instar du Dau- 
phiné ; 

5" La réformation de l'abus des lettres de cachet et des 
commissions de juges autres que les juges naturels ; même la 
suppression desdites commissions ; 



(1) Arcli. lie lu Marne. C, .'W2/, 

(2) La paroisse avait eu particulièrement à se plaindre du seifiiieurdu pays, 
Niei)las-Antoine de ("Jiambault, qui engagea, dès ITôU, contre les habitants, 
au sujet lie la jjossession des « marais » situés entre le village et la rivière des 
Auges, une série de procès qui faillirent ruiner entièrement les paysans et qui 
ne se terminèrent qu'à la \ cille de la Ué\olution, par la condamnation définitive 
du seigneur et le maintien des habitants en i^ossession des terrains contestés. 
— Un médecin ilu village, Pierre Morant, » député spécial de la communauté 
à Paris », et l'avocat sézannais Thuriot, défendirent, en cette circonstance, 
devant le Parlement, les intérêts îles paysans de l'aux-Fiesnay. l'n autre pro- 
cès était également engagé entre le seigneur et les habitants au sujet du triage 
que M. de Chambault demandait dans les communes de la |)aroisse : 83 habi- 
tants sur 112 se désistèrent avant la sentence et reconnurent à M. de Chambault 
lu censivc générale sur tout ce qu'ils possédaient ; M. de Chambault n'en 
obtint pas moins une exécutoire de dépens contre la communauté. (.4/(7i. île 
lie ht Marne, C, .'>9:i.) 

(."i) Voir les cahiers irAuliiizcux et de L:i Caure. ilidilliinje tic Chiiluiis, 
p. 60 et 367.; 



FAUX-FRESNAY 27li 

()" Pour ne pas laisser enfouir les productions du génie : la 
liberté de la presse; 

7° La communauté de Faux-Fresnay, particulièrement, est 
fondée à supplier très humblement Sa Majesté de jeter un œil 
favorable de commisération sur son terrain aride et sableux, 
ce qui prive souvent le cultivateur du fruit de son travail 
encore bien que cette communauté soit une des plus surchar- 
gées en impôt de la province de Champagne (1); 

8*^ Que ladite communauté est sujette seule à l'entretien de 
ses rues, ponts et chaussées, qui deviennent en peu de temps 
défectueux par le fait des étrangers conduisant des grains et 
autres marchandises au port d'Anglure et autres (2). 

Les députés auront attention de choisir, à l'assemblée du 
bailliage de Sézanne dudit jour 9 du présent mois, pour députés 
aux Etats généraux, les personnes les plus instruites et les plus 
fermes dans l'ordre du Tiers état, et généralement de se prêter 
à tout ce qui pourra concourir au bien et à l'intérêt de la 
Nation. 

[Le procès-verbal continue par la nomination des députés et la 
remise des pouvoirs.) 

Guillemot, N.Morant, Morant, P. Courjan, A. Ferrât, 

GouRJAN, Guillemot, etc 

Gabriel. 
(54 signatures.) 



(1) Avant la Révolution toutes les terres de Faux-Fresnay, même les plus 
mauvaises, étaient cultivées ; mais, le seigueur possédant toute la meilleure 
partie, les laboureurs étaient obligés de se rejeter sur le reste. 

(2) « Les chemins étaient impraticables les trois quarts de l'année... Les 
habitants ne faisaient nul effort pour améliorer cet état pitoyable. Le procu- 
reur-syndic était impuissant, malgré l'ordre du subdélégué, à les amener aux 
réparations les plus urgentes... 11 est vrai que les l'i jours de travail qu'ils 
devaient chaque année sur les routes royales pouvaient bien les dégoûter un 
peu et leur ôter toute espèce d'entrain pour les corvées volontaires. » 
(Guillemot : Ibib., p. 272.) — Puis M. Guillemot donne des détails très précis 
sur la corvée royale à Faux-Fresnaj' et explique l'horreur qu'évoquait ce seul 
mot chez nos paysans d'autrefois. 

Les habitants étaient tenus non seulement de la corvée royale de la route 
de Chàlons à Arcis, mais encore, concurremment avec Longueville et Cource- 
main, de la réparation du pont de Roulages sur « la grande rivière » ; ils 
devaient aussi payer le péage, taxe et redevance injustes et d'un caractère 
très criant contre lesquelles ils protestèrent. 

18 



274 HAILLIAGK DE SKZANNK 



FAYEL 



SITUATION ADMINTSTHATIVK KT KCOXOMIQUK. — «A 12 lieues 
X. (). (ic Troyes, sur une colline à l'orient de la Traconne (1). » 

— Généralité de (^hàlons, élection de Séziinne, coutume de Meaux; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézannc, paroisse Saint-Antoine et 
Sainte-Marie -Madeleine, à la collation du chajjitre calhédral do 
Troyes; — poste; i;renier à sel de Sézanne. 

— Aujourd'hui, hameau réuni à la commune de Barl)onnc, canton 
de Sézanne, arrondissement d'l-]pernay (2). 

— Dcnonibrcincnt tic l/z^i-l/SS : 13 feux roturiers. — Population : 



(1) \()ir le cahier de liarbonne, page 89, note 2. 

(2> L'assemblée de l'élection de Sézaune examina, en 1788, la situation de 
cette petite « paroisse absolument distincte qui, lors de la formation des 
« municipalités, en 1787, ne comptait que 12 feux, en a présentement Ki, 
« qu'on assure devoir être, dans peu, portés à 18. — Cette paroisse, ajoute le 
M bureau intermédiaire de l'assemblée, a une église et un curé particuliers, a 
« toujours fait à elle seule une communauté administrée par son syndic, a 
« toujours eu ses impositions à part, ses collecteurs; enfin il va été formé 
« une assemblée municipale. — Les habitants de Fayel désirent conserver 
« leur administration particulière, paraissent y attacher leur bonheur et 
« tremblent de se voir réunir à Harbonne ils représentent que déjà le texte 
« du règlement est en leur faveur, puisque actuellement leur paroisse com- 
« prend 16 feux ; qu'entre tous les membres d'icelle, il règne une harmonie 
« qui rend léger pour eux le fardeau des impôts qu'ds acquittent avec exacti- 
« tude ; ils craignent que leur réunion à Harbonne ne leur pré.sage que des 
« inconvénients tirés, soit de la distance des deux endroits, soit d'une certaine 
« opposition de caractère qui existe entre les deux peuplades ; ils craignent 
« que, désormais attachés à ce chef-lieu qui renferme une population consi- 
« dérable et pauvre, ils ue soient en même temps oliligés de partager ses 
« charges, que les leurs n'augmentent, et que leur petite ré|)ubliciue ne soit 
« écrasée par sa jonction à la grande. — Le bureau intermédiaire estime que 
M par les considérations ci-dessus il y a d'autant plus lieu de conserver à 
« Favel sa collecte particulière que sa composition actuelle paraît lui eu 
M assurer le droit. » (Ktat dressé par le bureau intermédiaire de r.\sscml)!ée 
d'élection de Sézannc au désir des instructions du 4 octobre 1787 pour faire 
connaître si, dans l'élection de Sézanne, il se trouve des communautés à réu- 
nir ou à diviser, etc. — Arch. de la .}îurne. C, 2718.) 

Pourtant les habitants n'avaient pas toujours demandé à rester séparés, 
car précédemment, vers 175G, ils avaient appuyé uu projet de reunir leur 
paroisse à celle de Queudes. iAnh. de l'Aube, G, 7.%'. — Hequéte des habitants 
de Fayel au chapitre de la cathédrale de Troyes à ce sujet. — Ibid., G, "2829.) 

La population de Fayel tendait à augmenter à la tin du xvni" siècle et au 
commencement du xix« siècle. De 12 feux en 1787, le nombre était, on l'a vu, 
porté à 15 en 1789, et peut-être a 18 l'année suivante ; ce qui donnait une 
population de (J2 à G5 habitants. En 1841. elle était de 70. (ChalkTTE : Allas de 



FAYEL 2/5 

30 hommes, 21 femmes, 1 garçons et 7 filles, soil : (52 habitants. — 
Heccnseiucnl de 190(1 : (avec Barbonne). 

— Seigneur : Le Roi. 

— Curé : Charles-François Thiercelin. 

— Territoire : 544 arpents de terres labourables, 2 de jardins, 
24 de vignes. — Récoltes (an. com.) : 336 boisseaux de froment 
(2 pour 1); 2,192 de seigle (2 pour 1); 174 d'orge (2 jiour 1); 2,U0() 
d'avoine (2 i)our 1); 13Ô de sarrasin (2 pour 1); 80 muids de vin (10() 
en 1773). — 2 laboureurs ayant charrue. — 4 chevaux ; 20 bêtes à 
cornes. 

— Impositions .-Taux de la taille iS^ 10 J 1/2; des impositions acces- 
soires et de la capitation : 32* 3 J 1/2 pour livre de la taille.— De 1778 à 
1787 : taille : 160i (en 1778) à 180 (en 1786).— En 1788 : 160 livres pour 
un revenu réduit de 8ô7 livres, déduction faite de 178 livres de 
rentes passives (au taux commun de l'élection). — En 1789 : taille : 
160 livres; impositions accessoires : 130 livres; capitation : 120 livres; 
total : 410 livres. 

— Dimes .-Au prieur de La Celle-sous-Chantemerle (1) qui donne 
au curé une portion congrue de 300 livres. 



ANALYSE DU PROCES -VERBAL. [La paroisse de Fayel était 
composée de 15 feux. — L'avis pour la convocation des États généraux 
fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les habitants se 
réunirent sous la présidence de Claude-Martin Guillot, notaire et 
praticien de la prévôté et chàtellenie royale de Chantemerle, demeu- 
rant à Barbonne, « transporté ce jour audit lieu de Fayel, dépen- 
dant de ladite chàtellenie ». — Le procès-verbal constate la présence 
d'Antoine Marcoult, buraliste, Paul-Antoine Rousseau, laboureur, 
Michel Marcoult, vigneron, Edme-Hubert Goùjard, vigneron, Nicolas- 
Quentin Carie, vigneron, Charles Garnier, vigneron, Antoine Gérard, 
vigneron, Pierre Gros, syndic, Jean Leponce, Jean-Nicolas Sanssois, 
vigneron, Pierre-Martin Colson, vigneron, Nicolas Herbelot, vigneron. 
— Les députés de cette paroisse furent Pierre Gros et Jean-Nicolas 
Sanssois.] 

Aich. révol. de Sézanne, A, M^ : procès-verbal; — A, i^l^ : cahier : 4 pages 
cotées en haut et cotées et signées au bas par le président Guillot avec, sur 
chacune d'elles, la mention : « « page signée et parajjhée ne varietur au désir 
des ordonnances du Roi par nous, praticien sus-désigné. . . » ou « dénommé 
au procès-verbal d'assemblée. — Signé : Guillot » ; — couverture avec cette 
mention : « Doléances de la communauté de Faj'el ». 



la Marne, ibid.) — Mais à cette époque, une ordonnance royale du 25 mars 1845 
réunit enfin Fayel à Barbonne. (Bidletin des Lois, 2* série, t. XXX, p. 328.) — 
Aujourd'hui il ne reste plus qu'une maison inhabitée. (Renseignements four- 
nis par l'instituteur de Barbonne, le 22 novembre 19t)4.) 
(1) Voir cette communauté. Bailliage de Sézanne. 



27() HAII.I.lAdK nK SKZAN'NE 

SuiHCKS uoc. AC.c. — .l/<7i. (/c l<i Mciiiif. ('.. 1/30 : Atelier de eliarilé. — 
(1, IH'iJ : Kglise et prcsbvtire. — G, lH'i'> : IJiciis de la fabrique. — 
Arch. (le l'Aube, G. 69 et suiv. : Nominations des curés (lôô()-178'2). — 
G. 25.5 : Hiens de l'évèqne de Tro\'cs. — G, ^2Sl à :iOS : Dîmes des vins 
de la haute côte de Fayel (141.3-1457).— r,', «.19 : Paroisse .Saint-Antoine 
et Sainfe-Marie-Madelcine de Fayel ; dîmes. (iM\S','.'> : Projet d'iniioii 
de la paroisse de l'ayel à celle de Queudes ; etc. 



C A H I K R 

Klal (h's ohscriHilioihs cl doléances que /ail ht coinDiiiixtulé de 
Fayel en uerlu de la permission accordée par Sa Majesté à 
lonlcs les coinnuin(Uités de son roi/anine. 

1" La coniimuiaulc de Fayel, composée de (juiiize feux, ne 
possède en j)ro[)riélé que (|uatre-vingl-((ualre arpenls de terres, 
tant en vignes et terres labourables, et paye, tant en taille 
qu'en corvées, vingtièmes et droits d'aides, la somme de 
2, 1 1 () livres (1). 

Cette imposition, nullement proportionnée au produit du 
terrain qu'elle cultive, lui faisant subir une charge qu'elle ne 
peut porter sans nuire au l)ien-être que Sa Majesté se i)ropose 
de procurer à ses peuples, en conséquence, elle demande (jue 
ces impositions soient réparties d'une manière proportionnée à 
ses forces. Elle demande, en outre, qu'on la mette en jouissance 
de son rôle du vingtième ainsi que cela est porté par les der- 
nières ordonnances (2) ; 

2" Elle observe (jue les dîmes de son territoire (jui a|)par- 
tiennent à un bénéficier (jui ne les connaît pas, qui n'a pas 
même intérêt de les connaître, (juoi(iue leurs bras soient jour- 
nellement exercés à travailler à son bien-être {'À), sont louées à 



(1) On a vu que le terroir comprenait .'144 arpents de terres labourables, 
2 de jardins et 'J4 de vignes. L'état des tailles de 1788 porte que les proprié- 
taires payant taille faisaient valoir 134 arpents, et les fermiers 39. {Areh. Je la 
Marne, C, SO't.) — Les impositions en tailles, capitation et impositions acces- 
soires étant de 410 livres, le surplus lormait les corvées, vingtièmes et droits 
d'aides qui étaient, comme on le voit, très élevées. 

(2) Son rôle .les vingtièmes était réuni à celui de Harbonne. (.4;(7i. tie hi 
Marne, C. 18'i.) 

(3) La dime des vins appartenait à l'évéque de Troyes au w siècle. — 
Plus tard et jns(ju"en 1789, le prieur de La (lelle-sous-C^hantemerle fut seul 
dccimateur. (Arch. de l'Aube. G, 281 à 3U8 et 039.) 



FAYEL 277 

des étrangers et que. jiar cet usage nuisible aux propriétaires 
de ceux qui paient ladite dînie, ils se trouvent privés d'un 
engrais que leurs sueurs a fait croître, et qu'à litre de justice 
leur terroir réclame. Sur cet objet, la communauté demande 
qu'à prix égal elles soient louées à des fermiers locaux ; 

3" La communauté demande que les ordonnances qui défen- 
dent les défrichements des routes des finages des communautés 
soient maintenues dans toutes leurs rigueurs (l). Elle prie 
l'assemblée d'observer que l'agriculture ne se soutient dans sa 
grande valeur que par l'engrais qu'on peut lui fournir ; que cet 
engrais, toujours proportionné aux nourris que l'on peut faire, 
ne peut subsister que par les j)àtures, qui fixent la quantité de 
bestiaux que chaque particulier peut se procurer. Elle fait 
observer que les chemins et les finages, devenus trop étroits 
par les déprédations des cultivateurs, deviennent une surcharge 
jiour la communauté par les amendes qu'on leur fait sans cesse 
et injustement payer. Elle se croit d'autant plus en droit de 
faire cette réclamation que le Gouvernement a le plus grand 
intérêt d'ouvrir incessamment les yeux sur la négligence que 
l'on met à faire observer des ordonnances dictées sans doute 
par des vues sages et patriotiques, et dont l'inobservance est 
si nuisible au bien-être de la Nation tout entière, l'augmenta- 
tion des bestiaux étant un objet qui concourt de toutes manières 
à sa subsistance (2). 



(1) Le cahier fait allusion aux arrêts du Conseil des 6 février 177(3 et 
10 novembre 1781. (V^oir cahier de Sézanne, p. 19.) 

(2) A l'Assemblée de l'élection de Sézanne de 1788, la communauté de 
Fayel avait ilemandé « la reconstruction d'un t^ué dans la paroisse, seul objet 
de ressource en cas d'incendie, les puits ayant, disent les habitants dans 
leur requête, cent pieds de profondeur et ne pouvant, pour ainsi dire, être 
d'aucun secours contre les progrés rapides des flammes ». Elle présentait, à 
l'appui de sa demande d'un atelier de charité pour cet objet, « une estimation 
des ouvrages qu'elle portait à la somme de 00 livres et offrait de contribuer 
pour celle de 'M) livres ». Le bureau de la Commission intermédiaire qui avait, 
le l'i juillet 1788, examiné la demande de Fayel, « avait dit que le gué dont 
cette paroisse demandait la reconstruction, ne présentait aucune espèce d'uti- 
lité publique et ne devait absolument profiter qu'à la communauté, en état 
d'ailleurs de supporter les frais modiques d'une dépense de 90 livres ». Mais la 
Commission, le 30 septembre, et l'assemblée de rélection, après une longue 
délibération sur l'utilité des gués ou mares dans les villages, décida l'installa- 
tion d'un atelier de charité à Fayel. (Procès-verbaux des séances de l'Assem- 
blée d'élection de Sézanne, etc., en 1788, p. 32, 35, 36 et 94 : Arch.de la Marne, 
C, 2M9. - Atelier de charité de Fayel : Ibid., C, 1730.) 



278 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

La communauté réclame une portion de bois dont elle jouis- 
sait dans les taillis de Barbonnc sans avoir rien de commun 
avec elle relativement à ses charges (1) ; 

4" Elle demande la suppression des aides, l'expérience n'ayant 
que trop prouvé combien ce genre d'administration est nuisible 
à la liberté et au bien-être de chaque individu, par les dénomi- 
nations variées des impositions imaginées par le génie que 
trop fécond de la mallote, et qui mettent sans cesse des 
entraves à l'usage que le vigneron pourrait faire d'une denrée 
qu'il ne peut se procurer (|u'au prix de ses sueurs, impositions 
(|ui renversent et c(ui détruisent dans tous les cœurs le germe 
des premiers principes de la loi naturelle, puis(ju'elle les ferme 
à la commisération que l'on doit à ses semblables, en ne leur 
laissant pas même la liberté de partager cette denrée avec le 
malheureux qui est dans l'indigence et (|ue ses besoins pres- 
sants réclament, i)as même avec le passant épuisé de fatigue 
et dont cette liqueur lui rendrait la vigueur dont il a besoin 
pour achever sa route (1). 

Ajoutez à ces rigueurs odieuses les vexations sans cesse 
exercées par des commis autorisés à faire par des procès-ver- 
baux souvent sur de légères aj)parences de contravention, et 
qui abusent de l'ignorance et de la faiblesse desdits contreve- 
nants pour exiger deux, |iar forme d'accommodement, des 
sommes doiil ils Ibnl leur prolil cl (|ui ne knii' sont pas dues. 
Qui ne sentirait, Messieurs, les inconvénients de cette loi arbi- 
traire (jui prive l'homme de peine de l'usage libre d'une denrée 
(ju'il n'a obtenue (jue par les travaux les plus pénibles? I/escla- 
vage |)i'ul-il nous olfrir un tableau plus révoltant? La sagesse 
(\u (louvernement, les vues bienfaisantes de notre auguste 
Monai(|ue nous ont devancés sans doute dans ces réclamations. 

Tel est. Messieurs, le vo-u de la cominuniiulé de l-'ayel, et 
dont elle charge ses députés, (|ui sont chargés de défendre ses 
intérêts et d'y mettre toute la vigueur et la sagacité dont ils 
seront susceptibles. 

Pierre Gmos, syndic, .lean-Nicolas Sans.sois, Marcoult, 
('oLSoN , i\. CiAHMiM , (îoiM A lU) , Paul HorssHAr, 
M. iNLvHcoi Lr. (iS signatures.) 



(1) Cette dernière remarque est en mar({e de l'article .1 du cahier, 
('2) \'()ir le cahier de !k-rf{erc's-sous-Monttiiirail, p. !I7. 



FÈRE-CHAMPENOISE 279 



FERE- CHAMPENOISE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « Ville à 
une lieue du marais de Saint-Gond et 6 lieues 1/3 S. O. de Châlons. 
Son territoire est arrosé de la petite rivière de Pleurs. » (1) 

— Généralité de Châlons, élection de Chàlons (2), coutume de 
Meaux ; — diocèse de Chàlons -sur -Marne, doyenné de Vertus, 
paroisses Saint-Aignan à la collation de l'abbé de Molesmes (3), et de 
Saint-Timolhéc à la collation de l'abbé de Toussaints, de Chà- 
lons (4). 

Aujourd'hui, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Épernay. 

— Dénombrement de î/'/^-l/SH : 391 feux roturiers et 3 ecclésias- 
tiques. — Population : 619 hommes, 697 femmes, 144 garçons et 
152 lilles, soit : 1,612 habitants. - Recensement de 1906 : 2,324 habi- 
tants. 

— Seignem' : La dame Louise-Elisabeth Maly, veuve de Charles 
Bajot de Connantre, en son vivant président trésorier de France ; — 
et son fils, Charles-Philippe Bajot de Connantre, écuyer conseiller du 
Hoi en sa Chambre des (Comptes de Paris, seigneur de Fère-Champe- 
noise (5). 

— (hiré : Nicolas Périn. 



(1) ExpiLLY : Dict. des Gaules, ouv. cit. — La petite rivière de Pleurs 
s'appelait et s'appelle encore : la Vaure ; elle était alimentée en parlie par les 
marais de Saint-(iond ; le volume de ce cours d'eau a beaucoup diminué 
depuis le dessèchement de ces marais. (\'oir le cahier de Broussy-le-Grand, 
p. 135, et aussi ceux de Courjeonnet et .loches, dans le Bailliage de Châlons, 
p. 232 et 3ô(i.) 

(2) La commission intermédiaire de l'assemblée d'élection de Chàlons 
proposa, le L' septembre 1787, de diviser l'élection en six arrondissements, 
dont Fére-Champenoise devait être un des chefs-lieux. (Arch. de la Marne, 
C, 2910, reg. f' 13.) 

(3) Voir cahier d'Euvy, p. 263. 

(4) Une sentence du bailliage de Châlons du 18 août 16ô3 condamna l'abbé 
de Toussaints « à payer chacun an la somme de 30(1 livres de portion congrue 
au curé de la paroisse Saint-Aignan de Fcre-(^hampenoise, et une ordonnance 
de l'évéque Félix Violart, du 19 août Kitii», enjoignit aux gros décimateurs de la 
paroisse de fournir au curé la somme de 40 livres par an à titre de supplément 
de portion congrue. (Arch. de la Marne, G, U5.) 

En 1789, il ne restait plus qu'une des deux paroisses de Fère-Champe- 
noise, celle de Saint-Tiniothée ; celle de Saint-Aignan avait été supprimée 
par lettres-patentes du Roi enregistrées en 176.5. (Ihid.,C, ISK.) 

(n) Voir le cahier de Connantre, page 203.— L'état des tailles de l'élection 
(le Chàlons indique simplement : « M'^' de Connantre ». 



280 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

— Territoire : 4,723 arpents de terres labourables, 21 de jardins, 
72 de i)rt''s, 1,000 de terres incultes (1). — Recolles (an. com.) : 
1,420 boisseaux de froment (2 pour 1); 13,640 de seigle (2 pour 1); 
456 d'orge (2 pour 1) ; 10,260 d'avoine (2 pour 1) ; 2,280 de sarrasin 
(4 pour 1). — 62 laboureurs ayant charrue. — 174 chevaux; 300 bêtes 
à cornes; 800 bêtes à laine. 

— Marché : Tous les mercredis. — Foires : En mai, août et 
novembre (2). 

— Imposiliniis : Taux de la taille : 3* 3<i 9 10 ; de la capitation 
cl des impositions accessoires: 32'* 7d pour livre de la taille. — De 
1778 à 1787 : taille : 3,520 livres (en 1778) à 3,000 (en 1787i. — Kn 1788 : 
3,030 livres pour un revenu réduit de 18,000 livres, déduction faite de 
1.621 livres de rentes passives (suivant le taux commun de l'élection : 
de 2,i)NS à 3,017 livres).— Hn 1780 : taille : 3,030 livres; impositions 
accessoires : 2,442 livres; capitation : 2,290 livres ; total : 7,762 livres. 

— Dimes : A l'abbé d'Orbais et au ])rieur de La Chapelle-sous- 
Plancy, dans la paroisse Saint-Thimothéc ; à l'abbé de Saint-Sauveur 
de Vertus et au doyen de (iayc, dans celle de Saint-Aignan. 



AXALYSK DU PROCHS-VKIUÎAL. [La paroisse de Fèrc-Cham- 
penoise était composée de 400 feux. — L'avis pour la convocation des 
Etats généraux fut lu et publié le U'i mars 1789. — Le 8 du même 
mois, les habitants se réunirent sous la présidence de Pierre Hovkh, 
|)révôt (le la prévôté de Fére-dhampenoise (3), — Le procès-verbal 
constate la i)résence de Malhicu, .1. llann\", Riclion, Hadet, Claude 



(1) A Fère-Cliampeiioisc, 4,l.il :ir|)eiits de biens fonds étaient exploités 
pur les taillablcs. (Ktat des tailles de l'élection de (^liâlons. — Arch. tic la 
Marne, C, 7Si).) 

(2) Il y :ivait, jjour les grains, à Fèie-(;iiam|HMioise, une mesure usitée, 
dans le l)ailliaj,'e de Sé/anne, à (^oniiantie, (loiroy, Fère-(;iiampcnoisc et 
()f,'nes. (Voir préface.) 

Les mercuriales de 17S8 pour I'"ére-(!liampenoise, dressées par quinzaine, 
MOUS apprennent (|ue : 1" l'oui" le froment, la mesure était le boisseau de 
40 livies vendu 'A à 4' ; 2" l'our le seif^le, le boisseau de 'M) à 'Mî livres, vendu 
1 à '2' 1."); 3" i'our l'orf^e, le boisseau de 2S à .'{() livres, vendu de 1 à 2' ; 4' l'on r 
ra\oine, le boisseau de 23 à 24 livides, vendu 1' à 1 ' 2, etc. Il était, en 
f,'énéral, observe, dans les marches (|ui se tenaient les mercredis de chaque 
semaine, qu'il y avait très peu de froment, pas l)eaucoup d'orjje et point de 
méteil. (Arrh. de la Marne, ('., "JSÎd : l"]tats si/,'nés : .Mathieu, syiulic munici- 
pal, IJiJot. syndic militaire, Hoyer. Ikaulieu, .1. Ilanny, .Mathieu, Kadet, 
Delestrce, fjrcniér.) 

Ci) L'assemblée de Fère-C.hampciii>ise fui, parait-il, peu nombreuse. Du 
reste, très souvent, les syndics se plai,;naient du refus de la phii)arf des habi- 
tants d'assister au.\ assi-niblées de la communauté. 

L'ne ordonnance de rintendanl lendue le 2(1 juillet 17/2 sur requête des 
iiabitants. avait ort^anisé la municipalité comme suit : un syndic choisi à la 
pluralité des \iii.\ par tous les habitants j^cnéralcnunt assemblés, nomme 



" FÈRE-CHAMPENOISE 281 

Collard, P. Paysant, Laurent Charbaut (1), H. Prieur, Nicolas Fcrat, 
Charles Mathieu, Alexis Charbaut, Pierre Férat, C.-B. Collard, 
Laurant, P. Lejeune, Edme Garnesson, Bijot, Radet, P. Mathieu, s\-n- 
dic, Rover (2), et Delestrée. — Les quatre députés furent Claude-René 
Bijot, cultivateur (3), François Radet le jeune, Claude Collahu et 
Pierre Mathieu.) 



Arch. révol. de Sézaniie. A, i'2^ : Procès-verbal ; — A, 42'^ : Cahier : 
5 pages cotées et paraphées au bas par Rojer. 

SoiRCES DOC. ACC. — Aich. de la Marne, C, iS8 : Commerce de Fére- 
Champenoise ; bureau de la manufacture de toiles et treillis. — C, ')9'i. 
.595, 596 : Administration de la communauté ; écoles ; ponts ; comptes 
des syndics ; constructions diverses ; vicaires ; incendie de 1756. — 
C, 861, 938 et 9U : Impositions. — C, lOn : Capitation. - C, /0//.5 : 
\'ingtiémes. — C, 11 'i3 : Messagerie de Fére-Champenoise à Chàlons- 
sur-Marne. — C, 1236, 12U5, 12'i7 et 1255 : Étapes et convois. - C, 1309 : 
Logement des gens de guerre. — C, 1568 : Travaux des routes. — 
C, 1571 : Ponts sur la route de Paris en Allemagne. — C, 1590 : 
Corvées. — C, 177 'i : Nomination des prudhommes de la manufacture 
de treillis de Fére-Champenoise (1744). — C, 18h6 : Églises et presby- 
tères ; incendie de 1756. — C, 2108 : Procès-verbal de l'incendie de 1756. 

— €,2811 et 28/7 : Route d'Allemagne. — C, 2,9/9 : Affaires communales 
soumises à l'assemblée de l'élection (1787-1790). — C, 2968 : Les tisse- 
rands de Fère-Champcnoise. — G, /24 et 128 : Visites de la cure. — 
G, l'i5 et 397 : Administration des biens de la paroisse et de la 
fabrique ; — etc. — Arch. comm. de Fère-Champenoise, D, 7 : Dossier 
de 10 pièces sur l'incendie de 1756 (consulté grâce à l'obligeance de 
M. Paul Chariot, secrétaire de la mairie de Fère-(]hampenoise). 

Bibliographie. — X... : Au pays ferlon : Fère-Champenoise [s. d., in-S», 
tiré à 110 e.x.). — C.-A. Hannv : Le grand incendie de Fére-Champe- 
noise en 1756 (Almanach de la Champagne et de la Brie, 1883, p. 56.). 

— M. le D' Plicot, de Fère-Champenoise, a préparé une monographie 
de ce bourg dont quelques extraits ont paru en 1882 dans le journal 
Le Courrier de Sézanne. 



pour un an à partir du !•' janvier et non rééligible au bout de trois ans, 
assisté (le douze notables nommés comme lui à la pluralité des voix, pour 
assister à toutes les assemblées convoquées par le s\'ndic et choisis, savoir : 
4 dans la classe des officiers de justice, bourgeois et marchands réunis, 4 dans 
celle des laboureurs et 4 dans celle des manouvriers et artisans aussi réunis. 

Le corps des notables était nommé pour six ans et renouvelable par moi- 
tié, dans chaque classe, tous les ans. (Arch. de la Marne, C. 59'i.) 

(1> l'n des témoins du procès du « Courrier de Lyon », en l'an I\'. (Gaston 
Dela^-en : L'Affaire du Courrier de Lyon, page 44.) 

(2) N. Ro\'er, père de dix enfants, obtint en 1785 un privilège d'exemption 
d'impositions. (Arch. de la Marne, C, 938.) 

(3) Claude- René Bijot fut membre de l'administration du département de 
la Marne, de 1790 à 1791.— Son fils, l'avocat Pierre-I^ouis Bijot, joua un certain 
rôle à Sézanne pendant la Révolution. Il fut membre du district et poursuivi 
comme terroriste par la réaction thermidorienne. 



2<S2 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

C A H I h: R 

Doléances des habitants de la paroisse de Fére-Champenoise 
pour être, par leurs députés à l'assemblée du bailliage de 
Séznnne, présentées à Messieurs de ladite assemblée suivant 
la commission à eux adressée par M. le bailli dudit 
Sézanne. 

Les habitants ayant choisi et éhi pour leurs députés les 
personnes des sieurs Claude - René Bijot , François Radet , 
Claude Collard et Pierre Mathieu, tous notables habitants de 
ladite communauté, auxquels ils ont donné et donnent |>ar ces 
présentes, jiouvoir et i)uissance de comparaître en l'assemblée 
(jui se fera le •.) du présent mois de mars, en la ville de Sézanne, 
et d"y déclarer, conrormément aux instructions et pouvoirs ci- 
après : 

1" Que lesdits habitants ne sont accablés d'impôts que parce 
<|ue les ministres et leurs agents, tant dans l'administration 
(jue dans la linance, sans égard aux lois du royaume (jui 
veulent que les Français ne puissent être taxés (jue de leur 
consentement, ont contre ces lois, insensiblement renversé et 
écarté tous les obstacles et augmenté jusqu'à l'excès, de leur 
propre et seule volonté, les charges du |)euple dont ils ont, j)ar 
leur avidité cl Unir avarice, dissipé le produit ou se le sont 
approprié ; 

Que, pour s'assurer à l'avenir la jouissance de leurs biens, 
ils veulent et entendent : 

1" Qu'aucune partie de leurs propriétés ne puisse leur être 
enlevée pour des imj)ôts s'ils n'ont été préalablement consentis 
pai' des Ftats «généraux du royaume composés, ainsi ([ue le 
veulent la raison el la loi, des dépulés librement élus par tous 
les cantons et ordres de l'I-^lal, sans aucune exception, et char- 
gés de leurs j)ouv()irs ; 

2" Que, suivant les intentions du Koi manil'estées dans li' 
résultat de son Conseil du '21 déceuibre 1788(1), les ministres 
soient, à l'avenir, responsables de toutes les sommes levées sur 
le j)euple, et (pi'en outre, il soit lait, selon les lois du royaume, 
le |)rocès à ceux des ex-ministres (|ui se trouveront a\oir abusé 

(]) Voir le cahier de Sczaiinc, pafît- Kl. 



FÈRE-CHAMPENOISE 283 

de rautorilé du Roi pour dissiper ou s'approprier les revenus 
de l'État; 

'S° Qu'attendu que les impôts non consentis n'ont été payés 
jusqu'ici que par la crainte des emprisonnements arbitraires 
qui ont arrêté et écarté toutes les réclamations, lesdits habi- 
tants veulent et entendent que personne ne puisse être empri- 
sonné et détenu pour aucun motif qu'en vertu des lois du 
royaume, et que ceux qui seront arrêtés à l'avenir, pour 
quelques causes que ce soit, soient renvoyés devant leurs juges 
naturels pour être leur procès fait en la manière accoutumée, 
et punis ou absous suivant qu'ils seront trouvés coupables ou 
innocents ; 

4° Que les droits d'aides et gabelles étant des impôts ruineux 
pour le peuple et nuisibles au commerce, ces impôts soient 
supprimés et remplacés par d'autres plus également répartis 
sur tous les ordres de l'Etat et plus simples dans leur percep- 
tion ; 

5" Seront tenus, lesdits députés, de faire insérer ladite décla- 
ration des volontés desdits habitants dans le cahier du bailliage 
de Sézanne, et chargent spécialement, lesdits habitants, ceux 
qui seront élus par l'assemblée dudit bailliage de Sézanne de la 
faire valoir aux Etats généraux et de ne consentir à la levée ou 
prorogation d'aucun subside avant que ladite déclaration ait 
été adoptée par eux et solennellement proclamée ; 

Leur donnent néanmoins pouvoir, sous la condition ci- 
dessus et non autrement, de consentir à l'établissement ou 
prorogation des subsides que les Etats généraux jugeront indis- 
pensablement nécessaires aux besoins de l'Etat, toutes dépenses 
inutiles préalablement retranchées, pourvu toutefois que les 
impôts qui distinguent les ordres soient supprimés et rempla- 
cés par des subsides également répartis entre tous les citoyens, 
sans distinction d'ordre ni privilège, à raison seulement de 
leurs propriétés ; 

Chargent en outre, lesdits habitants, lesdits députés de 
représenter à l'assemblée du bailliage de Sézanne : 

Qu'en l'année 1756 la majeure partie des habitants de Fère- 
Cliampenoise ont été incendiés sans avoir pu sauver aucun 
des débris de leur fortune, ce cjui les a mis dans la nécessité 
de contracter beaucoup de dettes, tant pour rebâtir leurs habi- 
tions que pour entretenir la culture de leurs terres et leur com- 



I 



284 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

merco (1), ce ([ui a considérnbloment appauvri le plus graud 
nombre d'hahitanls (2) ; 

Qu'en outre, ils paient des droits (i'entrées, octrois et ins- 



(1) Le commerce et l'industrie de Fère-Champenoise consistaient alors en 
fabrique de sacs sans couture. L'nc ordonnance du 20 mars 1768 obligea les 
tisserands de Fère-Champenoise qui fabriquaient la toile et le treillis à 
maintenir les largeurs et à mettre dans la chaîne le nombre de lils portes 
dans le règlement du 12 février 1748. Les toiles et treillis étaient visités sous 
la halle, et les contrevenants pouvaient être punis d'une amende de 20 livres 
avec confiscation de la marchandise. (Arch. de la Marne, C, 2.9fiS.i 

Ces mesures |)rovoquèrent, de tous temps, de nombreuses contestations. 
Les tisserands refusaient de se plier aux exigences de ces règlements vexa- 
toires et gênants pour leur industrie. Aussi profiteront-ils de l'incendie tie \1I^(^ 
(dont il sera parlé ci-après) qui détruisit notamment le bureau de la manu- 
facture des toiles et treillis établi à Fère-Champenoise, pour s'opposer à son 
rétablissement et a l'installation du sieur Mathieu, nommé commis à ce 
bureau : « Quelle a été ma surprise, écrit l'inspecteur des manufactures 
Watier de La Comté à l'intendant de la généralité, de voir dans l'Assemblée 
que J'ai fait convoquer une si grande opposition pour le rétablissement du 
bureau qui y subsistait avant l'incendie de 175(5, qu'ils (les tisserands] ne 
reconnaissaient pas votre autorité pour ce rétablissement ; qu'en un mot, ils 
ne voulaient pas de bureau et cpiils travailleiaient comme ils voudraient. . 
Toute cette op])osition ne vient. Monsieur, que de l'iiabitude où ils sont de 
travailler contre les dispositions du règlement du 12 février 1748 et de la 
crainte qu'on ne mette ce règlement en vigueur. . . » A la suite de cette résis- 
tance, l'inspecteur général des manufactures Clicquot-Mlcrvache fut chargé de 
la visite « de tous les ou\roii's, mais(uis et fabiicpies de Fère-Cham|)enoise »; 
et un procès-verbal fut dressé par le lieutenant de la Justice et prévôté du 
lien constatant le refus des tisserands de ce bourg d'exécuter une oidonnance 
de l'intendant sur la fabritiue des toiles et treillis. (Ihid., C, 'iHS.) 

L'ordonnance de l'intendant sur la manufacture de Fére-(-haiU|)enoise et 
la nomination des prudhommes piès celte manufacture est de 1744 (ibid., 
C, 177^). - La manufacture comprenait plus de LSO métiers au moment de 
l'incendie de 1756 (voir ci-après). 

Fn 1774, afin de favoriser l'écoulemint des produits de l'industrie de l*"èie, 
l'intendant avait autorisé l'établissement d'un service de messageries entre ce 
bourg et (Lhàlons-sur-.Marne. (Ihid., (', //'/.'.'.) 

CI) Le !l mai 1756, un incendie des i)lus terribles éclata à Fère-t^hampe- 
iioise et détruisit presqu'en entier le bourg. (C.-A. Hannv : Le grand incendie 
de Fère-Champenoise, ouv. cit.) « Le nombre des maisons brûlées, dit le pro- 
cès-verbal dressé |)ar les ollicicrs de l'élection de Chàlons, fut de 156 sur '.\',\b 
df)nt se composait le bouig; celui des propriétaires roturiers des immeubles 
atteints de 198, et on comptait, en outre, les biens ecclésiastiques et seigneu- 
riaux ci-après désignés, détruits par les flammes ; les deux églises, les deux 
pixsbylères, la maison de la s(eur d'école, la halle appartenant à M. de 
Connantre, seigneur, le moulin à eau et la maison en dépendant apjjartenant 
à .M. IMot et à ,\L Patenôtre, chanoine de Pleurs. Le chiffie des perles s'élève 
à 771,600 livres. » 

Dans un des rapports adressés sur cet incendie |)ai' l'intendant de la géné- 
ralité de La (^hateigneraye aux intendants des finances d'Ormcsson et 
(le (;ourleille, on lisait ; ■< (Juoicju'il ne s'agisse {|ue d'un bouig. il mérite 



FÈRE-CHAMPENOISE 285 

pections aux boucheries, el ne jouissent d'aucuns privilèges tles 
villes qui paient ces sortes de droits (1) ; 

Que ladite communauté n'a aucuns revenus ni biens com- 
munaux; que par consécjuent, dès qu'il y a (|uel(jues dé[)enses 
communes à taire, il faut les tirer sur les habitants; qu'ils sont 
cependant chargés de beaucoup d'entretiens tels que la maison 
curiale (2), celle de la sœur d'école (3) et la nef de l'église (4), 



des égards; il s'y fait un grand commerce de grains et il y a une manufacture 
de toile et de treillis qui est composée de plus de 180 métiers qui est une des 
plus considérables du royaume ». 

Deux arrêts du Conseil d'État furent rendus aussitôt en faveur des habi- 
tants de Fére-Champenoise. L'un « les déchargeait des restes de leurs cotes 
de tailles de l'année 1755 et réduisait lesdites cotes à 5 sols chacune pendant 
6 années » ; l'autre ordonnait l'imposition en trois années, sur tous les con- 
tribuables aux tailles de la généralité de Chàlons, d'une somme de 60,000 livres 
pour être employée à la reconstruction des maisons incendiées, à charge par 
les habitants objet de ces faveurs, « de faire rétablir, chacun en droit soi, 
leurs maisons, suivant les alignements approuvés par le sieur intendant et 
commissaire départi et de les faire couvrir de tuile » (les anciennes étaient 
couvertes en chaume). Des quêtes furent faites dans les di\erses paroisses de 
la généralité et auraient produit 300,000 livres. 

Le sous-ingénieur des ponts et chaussées Frérot, de Sézanne, fut chargé 
de diriger les travaux de reconstruction d'après les plans de l'ingénieur 
Legendre. Frérot, tout d'abord, « leva un plan général du bourg sur lequel il 
fut tracé différents projets pour reconstruire les maisons incendiées sur des 
alignements uniformes au moyen desquels il fallut faire de nouvelles distribu- 
tions pour chaque particulier en proportion de ce qu'il possédait ailleurs ». 
— De nombreuses plaintes et contestations surgirent au sujet de la distribu- 
tion des terrains et de la reconstruction des maisons. Une grande partie des 
secours et des fonds fut détournée de son affectation, si bien que la plupart 
des incendiés restèrent ruinés et durent, comme dit le cahier de 1789, con- 
tracter des dettes. (Arch. de la Marne, C, 593 et 596. — Procès-verbal de 
l'incendie : C, '2108. — Voir ci-après note relative à la reconstruction de l'église.) 

(1) Arch. de lu Marne, C, 52^ : Droits d'octroi et tarifs existant dans la 
généralité de Chàlons ; état des villes et communautés de cette généralité 
ayaut des octrois et de la nature des droits 3' perçus. 

(2) Presbytère et maison curiale de Saint-Timothée : réparations. (Arch. 
de la Marne, C, 18i6.) — Les dernières réparations ordonnées eu 1786 avaient 
nécessité un devis estimé à 3,337' 10= S''. 

(3) Après l'incendie de 1756 qui avait détruit, on l'a vu, « la maison de la 
sœur d'école », une nouvelle école pour les filles fut construite eu 1761. 
L'entreprise avait été adjugée à Ch. Hariot au prix de 2,900 livres » aux 
charges et conditions du devis dressé le 30 avril par Claude Battellier, archi- 
tecte à Vitry. (Arch. de la Marne, C, 59'f.) 

(4) L'incendie de 1756 consuma, nous l'avons déjà dit, les deux églises de 
Saint-Timothée et de Saint-Aignan. La première fut reconstruite entièrement 
en 1758 en l'agrandissant (adjudication Ch. Hariot : 29,704 livres) ; la belle 
flèche du clocher fut l'œuvre d'un maître charpentier d'Arcis-sur-Aube (adju- 



2.S() HAII.LlAr.K DE SÉZANNE 

ijui coiisliliu'iil la paroisse dans une (léj)ense considé- 
rable. 

Auxquels sieurs Bijol, Hadet, (^ollartl et Malhieu, 
Lesdits habitants ont donné pouvoir et puissance de présen- 
ter et faire valoir les articles ci-dessus cl autres qu'ils jugeront 
bon être par raison, et même d'élire telles personnes sutfisanles 
et capables avec les autres paroisses et juridictions dépendantes 
du bailliage de Sézanne et autres, pour assister auxdits Ktats 
généraux du royaume de France (jui se tiendront en la ville de 
Versailles le 27 avril j)rochain, suivant le règlement l'ait au 
Conseil du Roi et à eux conimunitpié. 

Seront tenus en outre, les susdits députés, de représenter à 
Messieurs de l'assendilée dudil bailliage, (ju'il est très impor- 
tant de demander aux Etats généraux la continuation de la 
route de Sézanne à Vitry, comme étant très avantageuse au 
commerce et au bien public, et que la répartition du prix des 



dication de 1759 : 799' 14^ 4'i); enfin, en 17()1, If presbytère fut reeonstruit et 
coûta ;i,ô90 livres. 

Quant à la paroisse Saint-Aignan, on profita de cette occasion pour la 
supprimer, malgré les protestations des habitants de cette paroisse. — « Le 
9 mai 17.'i(), dit un mémoire favorable à la suppression, un incendie arrivé à 
Fére-(^hampenoise y consuma environ 2.'i0 maisons ainsi que l'église i)arois- 
siale de Saint-Aignan en entier avec son presbytère, une partie seulement de 
celle de Saint-Timothée et son presbytère aussi en entier. Le Koi a\'ant 
accordé un don de ()0,000 livres tant pour la reconstruction des édifices 
publics que pour les secours les plus instants des habitants incendiés, il 
parut que la reconstruction de l'église Saint-Aignan serait une augmentation 
de dépense aussi considérable que superflue, et qu'en augmentant celle de 
Saint-Timothée, elle suHirait pour tous les habitants... » — La question fut 
portée devant le parlement de Paris qui confirma les lettres-patentes de 17(5J, 
supprimant la |)ar()isse Saint-.Aignan et l'annexant à celle de Saint-Timothée. 
(Arch. (le lu Marne. (\ .W.> et IH'iG.) 

Il y a lieu de remarquer ici qu'on ])arle d'un don du Hoi ilc (id.ouil francs; 
mais on a vu plus haut que ce prétendu don n'était qu'une imposition 
extraordinaire sur les autres paroisses de la généralité. C'est du reste ainsi 
qu'on entendait toujours ce mot de « don royal n. — On a écrit aussi que le 
Hoi « avait ordonné que tous les charrois des matériaux fussent faits à son 
compte » ; en réalité, « les transports gratuits des matériaux étaient mis à la 
charge des dilTérentes communautés de la généralité et exécutés par elles par 
corvées. » (Arch. de la Marne, C. .».%'.) 

Le curé de Saint-Timothée n'avait alors qu'un vicaire ; il touchait du 
collecteur une portion congrue de .'JttO livres, et des décimateurs 40 livres. — 
Les habitants ayant, par délibération du 28 mars 1784, réclamé et obtenu un 
second vicaire, ils furent imposés d'une somme de 2UU livres à payer annuel- 
lement par forme d'augmentation de portion congrue en faveur de ce second 
vicaire. (Arch. de la Marne, (1, '>i)'t.) 



FONTAINE-DKXIS 287 

corvées à Taire soit, à l'avenir, (aite el levée sur tous les sujets 

(lu Roi sans distinction d'ordre ni de privilège (1). 

Fait et rédigé par les habitants de ladite paroisse de Fère- 

Champenoise assemblés à l'auditoire en présence de nous, 

Pierre Royer, prévôt de la justice dudit lieu, le 8 mars 1789, et 

avons signé avec les susdits habitants après avoir paraphé ces 

[)résentes sans ratures ni interlignes par première et dernière 

page. 

Rover, Bijot, Mathieu, Radet, Richon, J. Hanxy, 

Claude Collard, etc 

E. Mathieu, syndic. 

(21 signatures.) 



FONTAINE-DENIS 



SITUATION APMINISTRATIVE ET PXONOMIQUR. — « A 10 lieues 
N. O. de Troyes, au Midi de Barljonne, et S. S. O. de la Traconne. » 

— Généralité de Cliàlons, élection de Sézanne, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes. doyenné de Sézanne, ])aroisse Saint-Quentin, à 
la collation de l'évêque de Troyes ; — poste et grenier à sel de 
Sézanne. 

Aujourd'hui, commune du canton de Sézanne, arrondissement 
d'Epernay. 

— Dénombrement de V/ 7 3-1788 : 159 feux roturiers, 1 ecclésias- 
tique et 1 noble. — Population : 266 hommes, 243 femmes, 56 garçons 
et 62 tilles, soit : 627 habitants. — Recensement de 1906 (avec Nuisy) : 
624 habitants. 



(1) Voir les caliiers d'Haussiniont (Bailliage de C.hûluns, page 329), et de 
Sézanne (page 23). — Dossier de la route n» 7 (aujourd'hui n" 34), de Paris en 
Allemagne, que l'administration avait commencée depuis longtemps et qu'elle 
hésitait à continuer. — Le 23 mai 1788, de La Millière demanda à l'intendant 
Houille d'Orfeuil son avis sur la continuation de cette nouvelle route qui 
passait par Fère-Champenoise et Vitry ; il lui envoya copie d'une lettre de la 
Commission provinciale qui réclamait la suspension des travau.x, et il écrit de 
sa main à l'intendant : « Cet objet est très important et mérite toute votre atten- 
tion ». L'assemblée de l'élection de Sézanne, dans un long exposé que l'on 
trouvera à la préface, exposa les raisons qui devaient décider la Commission 
provinciale à faire achever cette grande route. Enfin un devis et estimation 
des ouvrages à exécuter fut dressé à la fin de l'année 1788. La question était 
restée en cet état au moment de la convocation des États généraux. (Aich. 
de la Marne, C, 1571. '2811 et "2817. — Procès-verbaux de l'Assemblée de l'élec- 
tion de Sézanne, pages 7 à 18 : Ibid., C, 2909.) 



288 HAILLIAGK DE SKZAWK 

— Seiynciir : Simon-Alexandre Jean, aiarquis de Gallilel (1;. 

— (Airé : Edme-François Mécliin (2). 

— Territoire : 667 arpents (le terres labourables, 2 de jardins, 12 de 
prés, 193 de vignes, 66 de bois, 304 de terres d'usage, 61 de terres 
incultes. — Récoltes (an. coni.) : 151 boisseaux de froment (1 1,2 ])our 
1) ; 2.9riO de seigle (1 1 2 pour 1) ; 2(19 d'orge (2 pour 1 1 ; 4,666 d'avoine 
(2 pour 1); ()4(t muids de vin (1,U66 en 1773).— 16 laboureurs ayant 
charrue. — 40 chevaux ; 99 bêtes à cornes ; 241 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ 6»' 1/4; de la capitation et des 
impositions accessoires : 5^ 5J 5 8 j)our livre de revenu. — De 1778 à 
1787 : taille : 1,100 (en 1778) à 1,350 (en 1781). — En 1788 : 1.250 livres 
pour un revenu réduit au taux de 7,289 livres, déduction faite de 
1,657 livres de rentes passives (taux commun de l'élection : 1,370'). — 
Kn 1789 : taille : 1,230 livres; impositions accessoires : 990 livres; 
capitation : 930 livres ; total : 3,150 livres. 

— Dilues : Pour les grains, au curé ; pour les vins, au prieur de 
N.-l). de la (iràce (3) et au chapitre Saint-Pierre de l'église de Troyes 
qui donnent un gros au curé. 



ANALYSE DU PROCHS-VEHHAL. [La paroisse de Fontaine-Denis 
était composée de 180 feux. — L'avis ])our la convocation des Etats 
généraux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les habi- 
tants .se réunirent sous la présidence de Michel-Edme Oloiktte, 
notaire royal pour l'absence du juge du lieu. — Le procès-verbal 
constate la présence de Gabriel Danton, syndic, Nicolas Fricault (4), 
Jacques (".hadefaux, Pierre-François Dorme, Jacques Dorme, (llaude 
(".oison, Edme-François Hellot, Jean Bossuat, Laurent Prévost le jeune, 
Pierre Hugnot, Paul Mattrel, Serein (iuiot, Etienne (luiol le jeune, 
(Charles Bourdeton et Bidault, qui signèrent tous ; François Legrand, 
(Iharles-Henry Prévost le jeune, Jacques Mattret, Gilles-Tranquille 
Pougeois, Laurent Pasquet, qui déclarèrent ne savoir signer. — Les 
députés furent Dominique Mennkcikh, huissier royal, et Nicolas 
GiKKALLT, garde de vente de bois dans les forêts, dont les noms ne 
ligurent pas ilans l'énumération ci-dessus, mais qui signèrent cepen- 
dant le procès-verbal. J 

Anii. /•<•('«/. lie Sczuniie, .1, '/.'<■': jjrocès-verbal ; .4, '».'<'': cailler: 5 paj^es : 
les 2 premières seules couteu.int les doléances des liabitaiits, cotées et para- 
phées par Oudiette. 

SoiHCEs DOC. Ac:c. — Arch. de la Marne. C, 601 : .Adinhiistration de la 
communauté; église; fontaines. — C, 959 : Impositions. — C, 1610: 
Corvées. - C, 1730 : Atelier de charité. - C, IS'iH et 2892 : Église et 



(1) Voir le cahier de Marcilly-sur-Seinc. 

(2> Déjà îmé de T.") ans, mourut le 12 septembre 1792. 

(3) Paroisse de Oourbetau.x. (Voir ce cahier, page 220, note 2.) 

(4) Hégisscur du château du marquis de Gallifet. 



FONTAINE-DENIS 2(S9 

preslntère. — R, 22') : Décret de la terre et seiffiieurie de Fontaine- 
Denis appartenant an marquis de (lallifet. — Arch. (h' l'Aube, G, /'/ et 
suiv. : Nominations de curés (156(5 à 17()0). — G, 22.9 : Déclaration de 
biens ecclésiastiques à vendre. — G, 6''/2 : Paroisse Saint-(juentin de 
Fontaine-Denis ; biens de la cure ; dîmes, etc. - G, 12'i^i et V2'i9 : In- 
ventaire des biens du chapitre de la cathédrale Saint-Pierre de Troj^es 
du xv au xviH' siècles. — G, 2ii'33 : Biens du chapitre ; dîmes ; — etc. 



CAHIER 



Cahier de doléances des habitants de la paroisse 
de Fontaine-Denis. 

Les habitants de la pai-oisse de Fontaine-Denis prennent la 
liberté de représenter, avec toute la confiance que Sa Majesté 
leur inspire, que leur paroisse, au nombre de 180 feux, n'est 
composée que de dix laboureurs, dont deux sont fermiers du 
seigneur, qui possède lui seul les trois quarts des terres ; tous 
les autres sont des vignerons dont la quatrième partie est dans 
la plus affreuse indigence. 

Le terroir est des plus ingrats, les terres étant remplies de 
cailloux (1) ; en sorte que les laboureurs ne peuvent les cultiver 
sans mettre trois forts chevaux à leur charrue, ce qui leur 
occasionne de grands frais tant pour l'entretien desdits che- 
vaux que pour celui des fers des charrues qui, le plus souvent, 
sont brisés par les pierres innombrables qu'ils rencontrent. 

A l'exception de dix arpents de prés qui appartiennent au 
seigneur, qui que ce soit n'en possède ; par conséquent, nou- 
velle dépense pour le laboureur obligé de se procurer du foin 
ailleurs et souvent à un prix fort cher. 

S'il arrive (ju'il fasse quelque défrichement, après toutes les 
peines qu'il s'est données pour faire produire une terre inculte 



(1) Fontaine-Denis se trouve au pied d'une montagne escarpée qui le 
domine à l'Ouest, et adossé à la forêt de la Traconne. Cette montagne et 
cette forêt figuraient, nous l'avons déjà dit à la préface, aux yeux des habi- 
tants de toute la région, « la limite de la Brie et de la Champagne ». — 
L'enquête de 1769 sur les terres incultes, eu signale 10 arpents « situés en 
Champagne, en bas des côtes,, et presque abandonnés, le tout étant imprati- 
cable par les difficultés de labourer sur des côtes prodigieuses, très pierreuses 
et susceptibles d'aucune augmentation... Il y a, en outre, ajoute cette 
enquête, les pâtures communes qui sont en terres, buissons et bruj'ères, 
situés en Bric, qui servent pour tous les bestiaux... Ces terres sont situées 
sur des raontagoes. (Arch. de la Marne, C, 434«) 

19 



29(1 BAILLIAGE DE SÉZANXE 

el ahaiuloniu'e, aussitôl le sci^iu'iir s'en eini)are, el celui qui 
n'a })as les facultés sullisanles pour se faire maintenir tians 
cette jouissance à raison du défriclienienl (ju'il a fait, se trouve 
forcé (rabanilonncr le morceau de leire (ju'il a eu tant de i)eiiu' 
à défricher, el le seigneur s'en applique tout le profit et l'avan- 
tage (1 ). 

Quant à la classe des vignerons, ils observent que l'unique 
ressource qu'ils aient pour se donner le plus simple nécessaire 
et leur procurer les aliments les plus succincts, ne consiste 
qu'en vignes, la majeure j^artie ne la possédant (|u';i titre de 
rentes. Toute leur occuj)ation ne se porte que pour les faire 
Naloir; ils y sont occupés toute l'année et, (juoicjue la plupait du 
temps, par les intempéries des saisons et le peu de fruits (ju'ils 
retirent de leurs travaux, ils soient asservis à des vingtièmes, 
tailles, corvées et autres droits aux{|uels ils sont hors d'état de 
satisfaire; cela n'empêche pas que les droits qui sont imposés 
sur le fruit de leur récolte ne soient exigés avec la plus grande 
rigueur et (ju'ils ne soient encore assujettis à payer à la ferme 
des aides, soit un trop-bu, soit un gros-manquant (2). 

l)"un côté le possesseur de rarjienl de vigne qu'il cultive el 
fait valoir, paie les impositions royales et la taille à raison de 
celte propriété ; de l'autre, à laison du vin qu'il récolte, il paie 
encore un droit énorme à la ferme des aides ; et s'il se trouve 
avoir consommé, pour lui et sa famille, au-delà de ce que la 
ferme a bien voulu lui accorder pour sa boisson, il en paie le 
droit au feiinier comme s'il n'était ])as le maître de sa chose et 
qu'il ne pût en disposer à son gré. Enfin, si après tout cela il 
arrive cjue, i)ar (|uel(ju'accidenl malheureux il perde pailie 
de ce vin qu'il a récolté, il est encore tenu tien payer le tiroit à 
la ferme, ce que l'on appelle le gros- manquant. Comment, 
d'après des droits aussi désastreux, est-il possible que le mal- 
heureux vigneron puisse vivre? Il est obligé, pour se procurer 
un morceau de pain et payer partie (ie sa taille, d'aller chaque 
année, dans le temps de la moisson, à cinq ou six lieues el 
même plus de son domicile, scier les blés des fermiers à la 
sueur de son visage, et ce travail qui devrait lui être de quelque 



(1) l'rocès entre le marquis de (lallirct et le laboureur More. (Arch. de la 
Marne, /■-', '22'/.) 

(2) Voir le cahier de Bergére.s-sous-Muutmiraii, page 97. 



FONÏAINE-DEXIS 291 

ressource est, pour plusieurs, la cause de uuiladics ()[)iniàlres 
qui les accablent et épuisent au-delà, par les médicaments (|ui 
leur sont administrés, le peu de salaire qu'ils ont retiré (1). 

Tel est, en abrégé, le tableau atfligeant des mallieureux 
habitants du bourg de Fontaine-Denis qui, indépendamment 
des droits exorbitants ci-devant détaillés, sont forcés de porter 
leurs marcs aux trois pressoirs banaux appartenant au sei- 
gneur où il perçoit la sixième i)artie du vin qui en découle. 

Il est encore à observer que lesdits habitants paient, tant en 
tailles que vingtièmes, une somme de 4,500 livres (2), non 



(1) A l'assemblée de l'élection de Sézannc d'octobre 1787, on avait déjà 
signalé la malheureuse situation des vignerons de F'ontaine-Denis « pa3's de 
vignobles et par conséquent pauvres », qui avaient fait de mauvaises récoltes, 
des pertes sur les vins et avaient été victimes d'inondations. (Arch. de la 
Marne, C, 2906.) — Aussi la paroisse sollicita des secours et un atelier de cha- 
rité pour réparer les dégâts causés par ces catastrophes. — L'assemblée de 
1788 examina longuement ces réclamations : « La municipalité de Fontaine- 
« Denis, lit-on au procés-verbal, demande un atelier de charité pour ouvrages 
« à faire aux abords du village, à l'effet de remplir un ravin considérable qui 
« s'est formé le long de la montagne et qui a détruit le chemin qui la côtoie ; 
« elle annonce qu'il s'agit de détourner ce ravin pour empêcher que les eaux, 
« lors des orages considérables, venant à se précipiter des montagnes voi- 
« sines, n'entraînent les maisons. — Le bureau a déclai'é, dans ses observa- 
« tions, que jamais, peut-être, paroisse ne fut plus dans le cas d'obtenir un 
« atelier de charité ; que ce village était entièrement peuplé de malheureux 
« vignerons qui, dans les années où le vin manque, sont, ainsi qu'on le con- 
« çoit facilement, réduits à la dernière misère et qui, dans les années d'abon- 
« dance, sont encore presque aussi à plaindre, vu les frais immenses 
« qu'occasionne la récolte et les droits énormes qu'ils sont obligés de payer. 
« — Que sous ce premier point de vue qui rentre tout à fait dans l'établisse- 
<< ment des travaux de charité, ce village aurait droit de prétendre participer 
« aux fonds destinés à cet objet ; mais que le danger où il est de se voir 
« submergé par les eaux qui roulent du haut des montagnes, déterminait le 
« bureau à proposer d'admettre les travaux demandés et dont le devis dressé 
« par l'inspecteur monte à la somme de 1,(531' 15* lO' et que vu les offres de 
« contribuer annuellement jusqu'à la perfection des ouvrages pour une 
« somme de 100 livres, le bureau, en attendant qu'il eût plus de fonds à 
« répartir ou moins de demandes pressantes à accueillir, estimait que ce 
« serait le cas d'accorder pour cette année, à Fontaine-Denis, une somme de 
« 200 livres. » La commission accorda à Fontaine-Denis 300 francs au lieu des 
200 proposés, mais réduisit en même temps le devis des ouvrages à faire 
dans cette paroisse à 1,332 livres. (Ibid., C, 2909 : Procès-verbaux, p. 42 et 49; 
— el aussi, dossier de l'atelier de charité de Fontaine-Denis : Ibid., C, 17,30.) 

(2) On a vu, en effet, que Fontaine-Denis payait en taille, capitation et 
impositions accessoires, une somme de 3,150 livies. 

A l'état des vingtièmes de l'élection, la communauté est portée pour 
1,458 livres. {Arch. de la Marne, C, 78't.) 



2V)2 HAlI.LIAdK DK SÉZANNE 

compris les droits d'aides (|iii, année eomnuine. nioiilenl de 
ô à 6,000 livres. 

Danton, syndic, Pierre-F. Dohmk, Bolrdeton, Pierre 
Bl'gnot, L. Prkvost, etc 

OUDIETTE. 

(là signatures.) 

[Puis les députés crurent devoir ajouter au cahier les observations 
suivantes :j 

Les soussignés députés de la paroisse de F'ontaine-Denis 
et d'elle chargés de pouvoirs, continuent de remontrer (jue 
cette paroisse possède à la vérité cin(juanle arpents environ de 
hois c|ui devraient servir, tous les douze ou (piinze ans, aux 
réparations de l'église et d'une fontaine et (juai qui font la 
richesse du pays qui, sans elle, serait inlaiHihlemcnt ahan- 
donné, mais que ces hois, au lieu de subvenir auxdites répara- 
tions, suflisent tout au plus à payer le tiers d'icelles, puisque 
MM. les officiers de la maitrise des eaux et forêts qui, seuls, ont 
le droit de martelage et recollement de ces hois, iirennent pour 
leurs vacations presque la moitié ou au moins un tiers du prix 
principal de la vente d'iceux. Les droits tlus au receveur des 
domaines à Paris, ceux de l'architecte qui fait les devis, et les 
frais de réception desdites réparations, quoique payés en par- 
ties par les adjudicataires, sont toujours pris sur l'ohjet, font 
une diminution de moitié. Les augmentations (jui n'ont pas été 
prévues par le devis et autres choses, foicent à faire des lôles 
de répartition sur les malheureux hahitants (|ui échapi)eraient 
de ces malheurs sils n'étaient assujettis à des droits énormes 
(pie peiçoit celle maîtrise tels (pi'ils ne cessent de ré[)rouver 
depuis 17iS;^ (1 ) ; ils croyaient faire faire leurs réparations aisé- 
ment et avoir du reste tpii pût s'apj)li(iuer au rétablissement d'un 
chemin d'une utilité indispensable ; au moyen de l'abus commis 
par cette maîtrise ils sont obligés de payer suivant un nouveau 
rôle de répartition qui monte à huit cents livres (2). 



(1) .4»(/i. de hi Marne. C. 112^^-1131-1133 : Etat des bois appaiteuaiit aux 
comimitiauti's (l'luil)itants ; coii espoiidaïuf à te sujet ; règlement pour les boi» 
eoMiinunaux. etc. 

(2) Arch. lie ht Munir, ('.. (iol : Méparations à l'église et aux fontaines 
|)ubliqnes et cjuais de l-nntaine-l)enis. 

l'roeès-verbaux de l'adjudieatiun des ie|)arations à l'église. iArch. de 
lAiibe. (,. 2S33.) 



FONTAINE-DEMS 293 

Observent pareillement ladite paroisse qu'elle dépend de la 
chàtellenie de Chantemerle ; qu'elle jouit, au titre de tous les 
privilèges et franchise accordés à toutes les paroisses qui com- 
posent et dépendent de cette chàtellenie que leur a accordé 
Philippe. .... en 1318, suivant sa charte de la même année (1) 
ad hoc et absolument expresse pour toutes les paroisses mal- 
heureuses et reconnues telles par cette charte bienfaisante 
(toutes les paroisses dépendantes de ladite chàtellenie de 
Chantemerle) ; par cette charte on établit, au profit de Sa 
Majesté, un droit de jurée à percevoir sur chaque habitant de 
cette paroisse, raison pour laquelle on établit la franchise (|ue 
nous réclamons aujourd'hui et que nous avons, à juste titre, 
droit de réclamer ; malgré cela, des seigneurs avides ne cessent, 

au mépris des volontés de Sa Majesté Philippe , de vexer 

journellement et autant de fois qu'ils en trouvent ou croient en 
trouver l'occasion, en se faisant payer des droits qui ne leur 
appartiennent pas et ne peuvent jamais leur appartenir, tels 
que des droits de cens, lods et ventes, défaut et amendes pour 
raison de mutations qui se font dans celte paroisse, droits de 
triage (2) sur le peu de pâture grasse et de bois qui nous appar- 
tiennent, prétentions qui nous jettent dans des procès considé- 
rables et très dispendieux (tel est celui actuellement pendant en 
la Cour de Parlement à Paris), pour le prétendu droit de 
triage en question ; et, par rapport aux soi-disant droits de cens 



(1) Voir les cahiers de Barboniieet Chantemerle, pages 82 et 169. La charte 
de Philippe-le-Long d'avril 1318 est donnée en note du cahier de Barbonne. 

Voir également à la préface les notes et renseignements sur « le franc- 
aleu de la coutume de Chantemerle », les procès auxquels il donna lieu, et 
notamment les mémoires impiimés et les discussions sur ces droits de jurée 
et de triages dont il est parlé dans le cahier de Fontaine-Denis. 

(2) « Par suite de récentes ordonnances, lit-on dans le Dictionnaire de 
Tréooiix, les seigneurs qui ont leur triage, c'est-à-dire leur part, ne peuvent 
rien prétendre dans les communau.x sur la part des habitants. » — Bien des 
paroisses mal renseignées ou intimidées par des seigneurs riches et puissants, 
n'osaient protester contre ces empiétements et consentaient même des traités 
avec les seigneurs, leur abandonnant le droit de triage dans leurs bois. Mais 
ces transactions étaient considérées comme illégales par le Parlement. — 
Edme de La Poix de Fréminville, dans son Traité des Biens et Affaires des 
Communautés d'Habitants (Paris, 1761, in-8°), discute (page 30j cette question 
du triage et cite à l'appui un arrêt rendu le 15 juin 1750 et proscrivant une 
transaction de cette espèce passée le 2 mai 1732 entre le seigneur de Châtel- 
lez-Cornay, dans le bailliage de Sainte-Ménehouhi, et les habitants de cette 
paroisse . 



294 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

et autres droits accessoires pour lesquels ils n'ont aucuns 
titres, au moins ont toujours refusé de les exhiber jus(iu'ici ; 
ils intentent des demandes contre chaque particulier seul qui, 
souvent, n'ayant j)as moyen de soutenir un procès contre leur 
seigneur et en sa justice, s'arrangent, font des billets pour les 
droits, causés valeur reçue comptant, et déguisent, |)ar ce 
moyen, la nature de la créance. 

Résume. 

La paroisse de Fontaine-Denis est toujours prête à rendre 
au service de l'F^lat tout le secours dont elle est capable, et de 
payer les impôts dont la Nation voudra bien lui imposer ; mais 
elle désirerait, si faire se peut, que la respectable assemblée des 
Etats généraux jetât les yeux sur les abus (jui se com- 
mettent sur la manière de i)ercevoir iceux impôts et les vexations 
de ceux (|ui sont chargés d'en laire les recouvrements. Qu'il 
serait à souhaiter qu'il n'y eut cju'un seul inii)ôt sous la qualili- 
cation qu'il plairait lui donner en raison des propriétés de 
chaque individu sans distinction, de sorte que non seulement 
le Tiers état paierait comme il a toujours fait, mais encore le 
Clergé et la Noblesse, pres(jue seuls propriétaires des biens du 
royaume. 

Cvs pauvres malheureux réclament donc, suivant la charte 
sus-datée de la chàlellenie de Chanlcmerlc, les privilèges et 
franchise (jui leur sont accordés jiar icclle poui- ne plus être 
vexés par des seigneurs entreprenants. 

I*ar rapport à toutes les autres réclamations et observations 

que pourrait laire la paroisse de Fontaine-Denis et (jue ses 

lumières |)i'u étendues n'ont pas prévues, elle s'en rapporte 

absolument à tout ce <pii |)ouira être dit et lail par M.M. les 

députés (le la ville de Sé/.anne. 

M n.m;(,ii:h, (iiKHAUi/r. 



fontainm:-s()l:s-m()ntaiguillon 



SITU.\'II().\ ADMINISIKA'I IVI-. i:'|- I-C.J )N()M1QI'E. - « .\ 1 1 lieues 
N. (). (le Troyes, en un |);i\s nictiiot i luicnt léitile, au S. (). «le la l'oièl 
de Traeonne. » 

— (léncralitè de (.hàlons, èlididii «le 'rr<ives, coulunu' <ie .Mcaux ; 



FONTAINE-SOUS-MONTAIGUILLON 295 

— diocèse de Troyes, doyenné de Pont, paroisse Saint-.Iean-Bap- 
tiste. à la collation de l'abbé de Nesle (1); — poste, grenier à sel de 
Nogent-sur-Seine; ancienne justice de Villenauxe ; gruerie de Montai- 
guillon ; consuls de Troyes, siège de Villenauxe. 

Aujourd'hui, commune du canton de Villiers-Saint-(ieorges, arron- 
dissement de Provins (Seine-et-Marne). 

— Déiiombrcmeiil de l'//S-l/87 : 36 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 4.î hommes, 52 femmes, 14 garçons et 15 filles, 
soit 126 habitants. — Recensement de 1906 : 210 habitants. 

— Seigneur : Amand, marquis de Saint-Chamant, colonel du régi- 
ment de Poitou, marquis de Montaiguillon, seigneur de la ville de 
Villenauxe, etc. (2). 

— Curé : Marie-Nicolas-Thibault Drouet (3). 

— Territoire : 1,106 arpents de terres labourables, 15 de jardins, 
17 de prés, 500 de bois, 35 de terres incultes. — Récoltes (an. com.) : 
6,318 boisseaux de froment (3 pour 1) ; 1,620 de seigle (2 1/2 pour 1) ; 
9,2.50 d'avoine (3 pour 1). — 7 laboureurs ayant charrue. — 35 che- 
vaux ; 36 bêtes à cornes ; 500 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux tle la taille : 2^7<i; de la capitation et des 
impositions accessoires : (non indiqué). — De 1777 à 1788 : taille : 
500 (en 1777) à 580 (en 1782). — Kn 1787 : 530 livres (4) (au taux commun 
de l'élection : 547 livres) pour un revenu réduit de 3,725 livres, 
déduction faite de 158 livres de rentes passives. — En 1789 : taille : 
510 livres; impositions accessoires : 411 livres; capitation : 3851ivres; 
total : 1,306 livres. 

— Dimes : A f'abbé de Nesle au 13^ compte, et qui donne au curé 
une portion congrue de 260 livres. 

(1) Voir le cahier de Nesle-la-Reposte ci-après. 

(2) En 1718, Antoine Galiot de Saint-Cliamant, maréchal des camps et 
armées du Roi, devint seigneur du marquisat de Montaiguillon, de Villenau.xe, 
Louaii, Fontaine, par l'acquisition de ces terres qui restèrent dans sa maison 
jusqu'à la Révolution. 

Le château de Montaiguillon, dont les ruines imposantes dominent encore 
les plaines de la Hrie ciiampenoise, vers Provins, fut démantelé par Richelieu 
en même temps que Pierrefonds, Crozant et tant d'autres châteaux féodaux. 

Pour indemniser alors le seigneur, Louis XIII érigea la terre de Montai- 
guillon en titre de marquisat par lettres du mois de juillet 1649 enregistrées 
au Parlement et en la Chamine des (Comptes les 7 et 16 septemhre suivant. 
(Denis ni-: Thkzan : Monlaiçiiiilloii en (Champagne, ouv. cité.) 

Les ruines se trouvent aujourd'hui sur la commune de Louan, qui s'étend 
sur le revers du coteau dominé parla somhre forteresse. 

Sur la famille de Saint-Chamant (.4/c/!. de iAiibe, £, 982 à î()20), voir les 
cahiers de Boucl)y-lc-Rc])os, page 46, et de Villenauxe ci-après. 

(3) Fut élu le 2'.( novemhrc 1792 curé de La Forestière (Marne; ; plus tard 
il se maria. 

(4) D'après le calcul du taux de la taille dans la paroisse, ce chiffre aurait 
du être de 510 livres comme il était l'année précédente 1786, mais il a été 
« augmenté de 20 livres, disent les officiers de l'élection, pour le rapprocher 
du taux » de l'élection qui aurait donné 547 livres. 



296 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La paroisse de Fontaine-sous- 
Monlaiguillon était composée de 40 feux. — L'avis pour la convocation 
des Étals généraux fut lu et publié le 1" mars 1789. — Les habitants 
se réunirent le dinianclic suivant, 8 mars, sous la présidence de Jcan- 
Baptiste-lMerre-Martial Hoii.lieh, bailli de Montaiguillon. — Le pro- 
cès-verbal constate la présence de François Foy, Nicolas Michon, 
olTicier municipal, Pierre Favielle, ollicier municipal (1), François 
Mahot, syndic, Thomas Ludot, grellier , Jean Samson, Gruyer, 
Laurent Deschamps, adjoint, et Louis Jannel. — Les députés furent 
François Fov et François Mahot. — Le procès-verbal ajoute aux 
pouvoirs ordinaires des députés : « et aux charges {|u'ils ne nonnne- 
ronl aucuns que de ceux de la Noblesse, mais du Tiers état » (sic).] 



Arch. rvrol. de Sézannc, A, 'l'i " : Procès-verbal; — A, '/'/'' : Cahier : 6 pages 
non cotées ni paraphées. 

SoiKCKS DOC. ACC. — Aich. de ht Marne, C, 2(UiH : IMaiiitc des h.nhilaiits 
contre le seigneur. — Arch. de l'Atihe, C, 90() : Impositions. — C, /.■{.%' 
à t398 : Adniiiiistralion de la communauté ; tailles; comptes des syn- 
dics ; église et presbytère ; travaux. — E, 'J'.Hi : Biens du marquis de 
Saint-Cliamant àPontaine-sous-Montaiguiilon ; rentes; pêche.— Zs, /2fJ7: 
Terres du marquisat au xvii' siècle. — G. 73 et suiv. : Nominations 
de curés (lô()'2-178'2). — (i, G'i'i : Paroisse Saint-Jean-Haptiste de Fon- 
taine-sous-iMontaiguillon : l)ieiis de la cure; dîmes; ciiapellc Sainte- 
Marguei'ite ; — etc. 

Hiiu.KxiKAPHiE. — Denis dk Thkzan : MonluHjuiUon-en-(]h(inipa(jnc {Revue 
iwbil., hist. et biogr., 18(i7, p. 241 et 3(il). 



C A H I p: R 

Cahier résiiUc de l'asseinhlce de la coniiunnaiitr de Fonlaine- 
soiis-Montaii]iiillon , pour être présenlë à l'a.s.seml)li'e préli- 
nrinaire du hailliaye de Sézanne. 

Nous, habitants simples de la campagne, livrés aux durs et 
infatigables travaux, chargés des plus fortes impositions que 
nous |)ayons, nous (lésiiciions (|ue les deniers (|ui sortent de 
uous parvinssent directement au Roy, et nous avons à nous 
plaindre (ju'il en reste [)lus (jue les deux tiers, île l'espace de 
nos bourses, au trésor royal. Nous sommes évidemment la partie 
du Tiers état la |)lus ulilc. la plus laborieuse et celle (pii. 
jus(|u'à présent, a ilé la moins écoulée. 



(1) Nicolas Michon et IMerre Favielle sont inchquès daus rénumération 
des liabitants et signent !<■ ])riKès-verl)al connue « députés » l)icn f|n'ils 
n'aient pas étr élus. 



FONTAINE-SOUS-MONTAIGUILLON 297 

La bonté du Souverain nous permet de parler, nous fait la 
grâce de nous consulter et nous y invite ; nous parlerons donc 
et nous dirons avec respect, amour et fidélité : 

1. — Qu'on pourrait pensionner les abbés, prieurs, cha- 
noines, bénéficiers religieux, généralement tous ecclésiastiques 
qui ne sont point employés aux fonctions sacrées ; la réduction 
faite de ces hommes riches et inutiles, il restera à l'Etat de 
quoi satisfaire à tous ses besoins présents et même au-delà, 
à l'extinction d'iceux et de chacuns ; nous désirons que Sa 
Majesté reverse sur sa couronne tous ses fonds et revenus, 
tant pour la prospérité de l'Etat que pour le soulagement de 
son peuple, car ce sont des biens que nos pères ont cédé à 
l'Eglise parce qu'Us pensaient que les conditions de ces amples 
cessions seraient à perpétuité fidèlement tenues ; on y est 
aujourd'hui que trop infidèle, c'est pourquoi nous réclamons 
contre cet abus, et nous redemandons cet ancien patrimoine 
en faveur de la Patrie ; nous ne pouvons plus supporter d'im- 
pôts, il n'y a plus de place pour en mettre; tout, jusqu'à por- 
tion de notre intelligence paie tribut sous le nom d'industrie. 
Ce serait l'anéantir avec le courage que de ne pas nous la 
ménager. 

2. — La réforme des fermiers généraux, intendants des pro- 
vinces et leurs subalternes chez lesquels tout le numéraire est 
resté ; ils se sont enrichis aux dépens du peuple sans que l'Etat 
s'en soit ressenti des exactions vraiment criminelles de leurs 
commis ; ces belles terres, ces châteaux, ces maisons de volupté 
ne sont autres choses que les sueurs d'un peuple pressuré 
qui gémit depuis longtemps sous ces superbes lambris que 
résident les espèces, et non pas chez nous qui n'avons que nos 
bras et nos chari (1). 

3. — Nous ne saurions assez nous plaindre de la multitude 
innombrable de gibier qui dévore nos précieuses semences 
jusque dans la racine et nous ôte l'espérance de nos récoltes ; 
il nous est bien amer de voir nos cultures, nos pénibles tra- 
vaux, nos sueurs à pure perte pour le plaisir insipide et sans 
miséricorde d'un seigneur qui exige, malgré ses torts, en toute 
rigueur, ses droits. Nous demandons la délivrance de cette 
criante servitude (2). 

(1) En cet endroit, le document est coupé. 

(2) Voici une « Requête adressée aux États généraux » le 12 mai 1789 par 



298 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

4. — Nous supplions Sa Majesté d'autoriser nos curés à 
maintenir la police extérieure dans le lieu de leur résidence, 
de juger juridiquement nos débats et sans dépens, car les offi- 
ciers des justices subalternes nous ruinent par leurs frais com- 



les habitants de Fontaine-sous-Montaiguillon au sujet de la chasse du mar- 
quis de Saint-r.hamant, contre lequel de nombreuses plaintes avaient déjà été 
formulées auparavant : 

Nos Skionkirs, 

« Nous, habitants de la paroisse de Fontaine-sous-Montai},'uillon, bailliage 
« de Sézanne, avons l'honneur de représenter aux États généraux que les 
« emblavures de notre territoire ne laissent pas elles-mêmes que l'apparence 
« de la plus pauvre récolte et qu'il n'en restera aucune, si les lièvres, au 
« nombre de peut-être six mille dans l'espace d'une lieue et demie, non coni- 
« pris la fourmilliére de lapins, ne sont pas détruits. — Par cette présente 
« doléance, nous réclamons notre vrai pain et le fruit précieux de nos sueurs. 

« Ou que M. de Saint-Chamans, seigneur du lieu, en fasse faire sans délai 
« la destruction absolue, ou qu'il nous soit permis de la faire nous-mêmes. 
« Le temps presse, car chaque jour apporte un dommage irréparable. Nous 
« vous en supplions, nos seigneurs, et nous vous en conjurons, par la con- 
« fiance que nous avons en vous ; recevez favorablement notre plainte et 
« délivrez-nous de rimi)itoyable servitude sous laquelle nous gémissons. Il 
« est bien étonnant que l'exemple de notre précieux souverain n'influe pas 
« plus eflicacement sur l'esprit de certains seigneurs. \'ous nous rei)résenterez 
« auprès de Sa Majesté bienveillante et nous espérons. 
« Fontaine, 12 mai 1789. 

« Signé : François Fov, ¥. FoY le jeune, N. Michon. Favieli.k, 
« Augustin P^oY, Jean Samson, Jannel, F. Mahot, 
<( syndic municipal. » 

En marge on lit : « Drouet, curé dudit lieu, certifie véritable, car il a vu. » 

Cette lettre, envoyée aux États généraux, fut remise à Necker, qui la trans- 
mit « à MM. de la Commission intermédiaire de Champagne à Châlons » avec 

la lettre suivante : 

« Versailles, ce 29 mai 1789. 

« .l'ai l'honneur de vous envoyer. Messieurs, un mémoire par lequel les 
« habitants de la paroisse de Fontaine-sous-Montaiguillon, élection (.sir) de 
« Sézanne, se plaignent de ce que leurs récoltes sont ravagées par le gibier 
« que l'on conserve sur les terres de M. le marquis de Saint-Chamanl, sei- 
« gneur de cette paroisse. 

« Je vous prie. Messieurs, d'examiner le mémoire de ces habitants. Si 
« vous pensez que, d'après les jjrécautions c|u'il est juste de piendre à cause 
" de la cherté des grains, pour la conser%ati()n des productions de la prochaine 
« récolte, les représentations de ces habitants soient dignes d'attention, il 
(' vous sera certainement facile d'engagei' .M. le marquis de Saint-(ihamant à 
« donner des ordres pour prévenir les dégâts dti gil)ier de sa terre, et je suis 
« bien persuadé qu'il se portera volontiers à donner dans cette circonstance 
« à ses vassaux de nouvelles preuves de protection et de bienveillance. 

« J'ai l'honneur d'être très sincèrement, Messieurs, votre très humljJe et 

« très obéissant serviteur. 

« Signé : Nkckek. » 
(Arch. de la Marne, C, 2668.) 



FONTAINE-SOUS-MONTAIGUILLON 299 

pliqués; leur lenteur, leurs démarches tortueuses, après quoi 
rien n'est terminé ; nous nous plaignons en outre que les sei- 
gneurs font la loi dans ces tribunaux ; que là, ils ont toujours 
raison contre nous, et nous avons toujours tort avec lui (sic) (1). 

5. — Nous payons assez à l'Eglise par la dîme des fruits de 
nos campagnes, sans que nous soyons encore tenus d'acheter 
les suffrages, d'entretenir ses temples et les maisons presbvté- 
rales (2). Les immenses revenus du Clergé pourraient suppléer 
à cette scandaleuse surérogation. 

6. — Puisque les routes du royaume sont pratiquées par les 
seigneurs, les nobles et autres individus, il est juste que ce 
fardeau ne tombe pas exclusivement sur nous et qu'ils con- 
courent à leurs établissement, entretien et réparations. 

7. — Pour extirper sans ressources tous mendiants valides 
et coureurs qui nous forcent l'hiver, nous refusent leurs bras 
dans les temps de travail et pillent à force ouverte nos mois- 
sons sous prétexte de ramasser l'épi tombé de nos mains qui 
doit être le patrimoine du vrai et bon pauvre, nous consentons 
à établir et à soutenir à nos dépens un bureau de charité ; nous 
supplions Sa Majesté d'en ordonner que pareils établissements 
aient lieu dans toutes les paroisses du royaume ; par ce moyen 
toutes les forces humaines seront employées et la faiblesse sou- 



(1) Souvent des contestations étaient soulevées contre les rentes seigneu- 
riales exigées par la famille de Saint-Chamant, et chaque fois c'était le bailli 
de Montaiguillon, le tribunal même du seigneur, qui rendait la sentence, ce 
contre quoi les habitants protestaient. (Sentences de 1732, 1733 en faveur de 
la veuve d'Antoine, marquis de Saiut-Chamant ; de 1755 et de 1776 à la 
requête d'Alexaudre-Louis, marquis de Saint-Chamant ; de 1780, d'Amand, 
marquis de Saint-Chamant, etc. — Arch. de l'Aube, E, 996.) 

(2) Les dîmes étaient paj'ées, on l'a vu, à l'abbé de Nesle-la-Reposte qui 
abandonnait une portion congrue au curé. (Arch. de l'Aube, G, 6iU.) 

Souvent des réparations furent nécessaires à l'église et au presbytère. 
(Dossier de 114 pièces des procès-verbaux d'adjudications dressés par-devant 
le subdélégué de Troyes, des réparations à faire à l'église et au presbjtère de 
Fontaine-sous-Montaiguillon ; devis et correspondance à ce sujet entre l'inten- 
dant de la généralité, le subdélégué, l'intendant des finances de Vergennes, le 
marquis de Saint-Chamant ; affiches ; procès-verbaux de visite des lieux ; 
ordonnance de l'intendant ; arrêts du Conseil d'État, etc. 1735-1787. - Ibid., 
C, 1397 et E, 996.) — Eu 1789 on décida enfin la reconstruction totale du pres- 
bytère. (Dossier des plau, coupe et élévation de ce presbytère dressé par 
Durand, « architecte de la province de Champagne ». — Ibid., C, 1398.) 

En 1788, les habitants avaient adressé au subdélégué une requête pour 
décharge de la taille, motivée sur les dépenses faites pour le presbytère et la 
construction d'une fontaine. (Ibid., C, 990.) 



300 BAILLIAGE DE SÉ/ANNE 

tenue. S'il n'est pas aisé de retirrr de la misère ceux qui y 
sont tombés, soit par leur faute, soit \ ar leurs accidents, il est 
bien facile de la parer et prévenir ; ui> bureau de charité pro- 
duira infailliblement ce bien si désirable à tous les individus 
de la Nation (1). 

8. — Enfin nous désirons un coup d'autorité qui sacrifie la 
partie soit inutile ou ruineuse pour la conservation de tous 
ceux qui sont nécessaires et laborieux. 

9. — Fait et arrêté ce 8 mars 1789 par nous, tous habitans 
de Fontaine-sous-Montaiguillon, très soumis, très obéissants et 
très fidèles sujets de notre Roi. 

HouLLiER, MiCHON, officicr municipal, Favielle, offi- 
cier municipal, Deschami's, Ghuyer, Jean Samson, 
François Fov, député, F. Mahot, député, syndic, 
LuDOT, greffier. (9 signatures.) 



GAYE 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. — « A 11 lieues 
N. N. O. de Troyes, dans une belle plaine sur la rivière d"Au«e, à 
2 lieues S. O. de Sézannc. » 

— (iénéralilé de (Miàlons, élection de Sézannc, coufunic de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézannc, paroisse Saint-Denis (2), 
à la collation du chapitre du lieu. 

Aujourd'hui, comnuine du canton de Sézannc, arrondissement 
d'Epernay. 

— Dénombremenl de llVi-nSS : 07 feux rotuiiers, 2 ecclésiastiques 
et 1 noble. — Population : 1S7 lionuncs, 172 femmes, 36 garçons et 
40 filles, soit : 43.> habitants. — Recensement de 1906 : 588 hal)itants. 

— Seigneur : Alexandre Jean-Joseph Besse, doyen conunendataire 
de N.-D. de (iaye (3), seigneur ecclésiasti(|ue de (laye et de Uhi- 



(1) Voir cahiers d'Auinay-aux-Planches et Matougues (RniUiage de Chà- 
lons, p. 4.5 et 445), et de Boissy-k*-|{epos (p. ll.ï). 

(2) Et non Notre-Dame, comme l'indique Longnnn. {Arch. de l'Aube, 
G. 650.) 

(ii) Le doyenné de N.-D. de (iaye. ancien prieuré de l'ordre de .Saint- 
Benoist, était, en 17H9, un des treize doyennés dépendant de (Muny. 11 avait, 
au xviii" siècle, comme collateur ordinaire, l'archevêque de Rouen, abhe de 
Cluny. — L'abbaye fut ruinée par les Huguenots en Lî67 ; elle fut. dans la 
suite, transformée en doyenné dont les titres ne remontent qu'à 174.'>. (Voir 
plus loin des renseignements |)lus eomi)lels sur ce monastère.) 



(xAYE 301 

chey (1), demeurant à Paris, hôtel de Conti,ruc de Grenelle, faubourg 
Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, — et les religieux du doyenné. 

— Curé : Joseph-Louis Alliey (2). 

— Territoire : 4,356 arpents de terres labourables, 31 de jardins, 
12 de bois; 121 de terres d'usage. — Récoltes (an. com.) : 1,890 bois- 
seaux de froment (1 12 pour 1) ; 6,740 de seigle (1 1/2 pour 1); 582 
d'orge (2 pour 1) ; 10,666 d'avoine (2 pour 1; ; 450 de sarrasin (2 
pour 1). — 30 laboureurs ayant charrue. — 80 chevaux ; 130 bêtes à 
cornes; 500 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3=' 9J 1/2 ; de la capitation et des 
impositions accessoires : 32* 3ti pour livre de la taille.— De 1778 à 
1787 : taille : 1,190 livres (en 1779) à 1,380 (en 1787). — En 1788 : 
taille : 1,410 livres (suivant le taux commun de l'élection) pour un 
revenu réduit de 7,464 livres, déduction laite de 734 livres de rentes 
passives. — En 1789 : taille : 1,360 livres ; impositions accessoires : 
1,100 livres ; capitation : 1,030 livres ; total : 3,490 livres. 

— Dimes : Au doyen de Gaye qui donne un gros au curé. 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communauté de Gaye était 
composée de 116 feux. — L'avis pour la convocation des États géné- 
raux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les habitants se 
réunirent sous la présidence de Joseph-Nicolas Joly (3), syndic de la 
municipalité de Gaye. — Le procès-verbal constate la présence de 
Pierre Vinot (4), Remy Hémard, Jacques Jupin, Jean-Baptiste Véry, 
Pierre Noblot, Joseph Mégard, Jacques- Philippe Durand, Pierre 
Thunin l'aîné, Pierre-Bernard Thunin, Jean-Louis Hémard, Edme- 
François Seurat, Louis Seurat, Joseph Barbier l'aîné, Pierre Vinot le 
jeune, Barnabe Martinot, Louis Denis, Nicolas Denis, Jean-Baptiste 
Oudot, Pierre-Antoine Joseph, Savinien-Victor Aubry, greffier (5), 
« et autres », — dont d'après les signatures, N. Parrey, C. Huot, 
Henriot, J. Garnesson, F. Huot, Pierre Durey, François, P. C. Martin, 
Pierre Lefèvre. — Les députés furent Remy Hémard et Joseph 
Mégard. 1 



(1) Voir ce cahier, page 191. 

(2) Alliey. originaire du Dauphiné, fut cnré de Gaye de 1785 à 1828. Pen- 
dant la Révolution, il prêta le serment et resta en fonctions. Il devint même 
procureur-sj'ndic de la commune. Il rendit aux habitants des services tant 
agricoles que médicaux. Il poussa de toutes ses forces au dessèchement des 
marais. Il est l'auteur d'un traitement fort bien raisonné du croup. (^Chalette : 
Statistique de la Marne, ibid., p. 275.) 

(3) Joly devint maire de Gaye en 1793. 

(4) Vinot fut maire en l'an VIII. 

(5) Aubry était maître d'école depuis 1775 ; ce fut lui qui rédigea et écrivit 
le cahier de doléances et le procès-verbal de la communauté. Le 16 dé- 
cembre 1792 il fut élu maire de Gaye. 



302 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Arch. réuol. de Sézunne, A,'t5« : Procès-verbal;— .4, '/,'>': Ciiliior : 8 paj^'es 
cotées ne varieliir par .loly (mais non paraphées). 

SoLRCES DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C, 335 : Justice ecclésiastique : 
conflits. — C, 60't : Administration de la communauté. — C, HM) : 
Impositions. — C, 1610 : Corvées. — C, 185() : K{,'lise et presbytère. — 
G, l'iOl : Droits des religieux de (ïaye sur les commanderies de Bar- 
bonne et de Queudes. — G, ÎM.') : Droits sur la dîme du vin à Ber- 
gères-les-N'ertus. - G 183S : Titres de la fabrique. — G. iHTi . Parti- 
cipation du doyen de Gaye dans la portion congrue du curé de N.-D. 
de Sézannc. — G, 1895 : Part sur les dîmes de Sézanne. — Arch. de 
l'Aube, G, 3() et suiv. : Nominations de curés et de prieurs (If).").")-!???). 

— G, DB : Ordonnance réunissant le prieuré de (iaye au couvent du 
prieuré de Saint-.lulien de Sézanne (1).— G, 229-23'/ : Biens du prieuré. 

— f;,.j2J : Part dans les dîmes dAllemanche. — G, 527 : Part des dîmes 
d'Allibaudières. — G, 650 : Paroisse Saint-Deuis de Gaye ; biens ; 
revenus de la cure et du prieuré ; dîmes. — G, 656 ; Part des dîmes de 
Granges-sur- Aube. — G. 611 : Part des dîmes de La (Miapellc-Lasson. 

— G, 700 : Présentation à la cure du Tboult. — G, lO'i : Dîmes de Lin- 
thelles. — G, 196 : Présentation et dîmes de la cure de Queudes. — 
G, Mo : Part des dîmes de Saint-Bon. — G, S2S : Part des dîmes de 
Saint-Loup.— G, ^76": Présentation, cure et dîmes de Salon.— G, 881 : 
Part des dîmes de Semoine. — G, 8^3 : Part des dîmes de Sézanne. — 
G, 201'i : Manuel des recettes des grains « de l'ofTice des gros » à 
Gaye ; — etc. (2). 

Bibliographie. — Bouhgain (l'abbé), curé de LinthcUes : Sulice historique 
sur le village de Gaye (Sézanne, Patoux, 1878, in -Ki de 40 pages). — 
Hkhi.lahd ((>.) : Étude sur le patois de la commune de Gai/e (Sainte- 
Mènehould, Heuillard, IW.i, in-8 de KUJ pages). Mémoires imprimes 
pour le prieuré ou doyenné de Gaye revendiqué par Jean Monin, prêtre, 
et Joseph Jamonet, prêtre, curé de Treffort (Paris, imp. l'rault et 
Knaper, 17tJ8. — Bibliot. de Reims, fonds iJeullin : non classé). 



C A H I K R 

Doléances de la coinniimaiité de Gmje. 

\° Nous bénissons Dieu de nous avoir suscité un Roi qui 
veut secourir son peuple, et nous sommes aflligés de ce (lu'il se 
trouve des Français qui conliaiienl ses vues palernelles. Nous 
promettons de l'aider à notre tour de tout notre pouvoir ; 



(1) Cette réunion, malgré rordonnauce épiscopale de 17()(), n'eut jamais 
lieu. 

{2} .M. Buurgain, dans la bibliogra|)liie de son petit ouvrage, signale « dif- 
férents titres des archives municipales de (jaye » : et à diverses reprises 
M. l'abbé .Millard, dans son Histoire de Sézaniw (voir iKjtamment 2' vol., 
pages 259 et 2ti^i). prétend avoir retiouvé et cite le lieqistrc de l'assemhlée 
municipale de Gaye de 1781 à 1190. Mais, ilepuis, ces ilocuments paraissent avoir 
disparu, car nos recherchas, tant à la mairie de Gaye qu'aux archives dèpar- 
temeutales, ont été vaines à ce sujet. 



OAYE 303 

2" Les impôts de loule espèce ont doublé dans celte paroisse 
depuis vingt ans ; nous méritons quelque soulagement pour 
notre exactitude à payer sans murmure des tributs qui sur- 
passent nos forces (1); 

3« La répartition même de ces impôts est faite arbitraire- 
ment par un député de l'élection (2) sans aucune base certaine : 
il arrive de là que plusieurs sont foulés sans proportion avec 
leurs facultés ; 

4° Nous n'avons d'autre marché que celui de Sézanne pour 
vendre nos denrées, et nous sommes obligés de payer au cha- 
pitre de Saint-Nicolas le vingt-huitième de tout ce que nous y 
vendons ; nous supplions Sa Majesté d'abolir ce droit établi 
dans les temps de barbarie, sans le consentement du peuple. Ce 
chapitre est royal et peut être supprimé comme celui de Vin- 
cennes, ou en indemnité lui être réuni un prieuré (3) ; 

5° Jamais notre paroisse n'avait payé de lods et ventes. Tous 
les anciens contrats sont faits et passés en franc-aleu. Malgré 
cette possession et ces titres, M. de Messène, jadis doyen de 
Gaye, les exigea pour se venger d'un particulier, et depuis 
trente ans ses successeurs les ont fait payer ; personne n'a osé 
défendre à cause de l'opulence et du crédit des doyens de Gaye, 
dont une partie était fermière et que le reste redoutait. Nous 
demandons la protection du Roi pour nous rendre à notre 
ancien état (4) ; 

6" Tous les ans, des hommes viennent demander deux sols 
par ménage pour la jurée, tribut que nous avons payé sans 
savoir sur quoi il est fondé ; mais depuis trois ans, les mêmes 
quêteurs ont voulu exiger quatorze sols et demi de chaque 
artisan et en ont même fait faire un commandement aux plus 
timides d'entre eux. Nous demandons encore la protection du 
Roi contre cette vexation (5) ; 



(1) La taille, notamment, qui n'était que de 1,190 livres en 1779, était mon- 
tée à 1,410 livres en 1788. (Voir ci-avant, état des tailles de l'élection. — Arch. 
de la Marne, C, SO't.) 

(2) Voir la préface pour les commissaires des tailles de l'élection de 
Sézanne. L'élu Husson, de Sézanne, était, on l'a vu, depuis 1783, le député de 
l'élection, commissaire de la taille de Gaye. {Arch. de la Marne, C, 80U.) 

(3) Voir au sujet de ce droit la préface et le cahier de Sézanne (p. 25). 

(4) Voir les cahiers de Sézanne (p. 22), Courcemain (p. 225), Esclavolles 
(p. 251), et Euvy (p. 266). 

(5) Le droit de jurée, dont il est déjà parlé au cahier de Fontaine-Denis 



H04 HAILLIAGE DE SÉZANNE 

7" La mulliplicalion des pigeons en C.lianipagne porte un 
préjudice considérable aux l'ruils de la terre, surtout dans les 
temps des semences, où des volées s'abattent sur les grains 
semés, de sorte que le laboureur laboure très souvent à vide. 
La communauté demande que le privilège d'avoir des pigeons 
soit restreint et qu'on prenne des mesures sages pour (|ue les 
grains soient épargnés, aux semailles et à la moisson (1) ; 

8° II y avait jadis ici un monastère de Bénédictins très 
peuplé et ricbe : les Hénédictir.s étaient nos curés, avaient 
la dîme, disaient trois grandes messes par Jour, distribuaient 
une prébende aux pauvres, outre d'autres secours abondants, 
acquittaient les fondations faites par nos aïeux (2). La paroisse, 
en payant la dîme à ces pasteurs, n'avait ni fabrique à entrete- 
nir, ni église, ni presbytère (li) ; ils ont payé jusqu'à leur sup- 
pression, cincjuante livres au maître d'école, et ont fourni le 
logement pour enseigner (4); on nous ravit tous ces secours (5). 



(page 293), était une redevance pour droit d'enquête juridique. Il en est ques- 
tion dans l'aveu de la seigneurie de Mérj-sur-Seine de 13G7, et dans les 
comptes généraux de (Miampagnc, etc. (Goukkkov : Dicl. ibid.) 

(1) Voir les cahiers d'Aulnizeux et La Caure (bailliaije de (Ju'dons, p. (50 
et 367). 

(2) Le monastère de (laye était et fut longtemps, au moyen âge, dit 
M. l'abbé Bourgain, c( célèbre jiar la piété, la science et la charité de ses 
moines. . . Tous les matins, ils célébraient trois messes hautes et deux messes 
basses Les moines cultivaient l'étude et Desguerrois (Lu Sainlelé Chré- 
tienne), rapporte que leur science les faisait employer dans les affaires ecclé- 
siastiques. Leur couvent accordait des secours à tous les pauvres voyageurs 
et, chaque jour, le revenu d'une prébende monacale était partagé entre trois 
pauvres » (p. ;")). 

(3) Héparations au presbytère de ITÔJ à 1781. (.4;(/i. de /</ Marne, (l, iHJO.^ 

(4) \'oir la préface. 

(.5) Gave possédait, nous l'avons déjà vu, un important monastère de 
Bénédictins de Cluny, datant du xr- siècle. Le cahier se fait ici l'écho des 
nombreuses plaintes qui, depuis deux ou trois siècles, surgissaient contre les 
vexations, les tracasseries et la rapacité de ces opulents et puissants religieux 
de Gayc. propriétaires du territoire de cette paroisse qu'ils administraient 
eux-mêmes autrefois, mais dont dejmis longtemps ils se contentaient de tou- 
cher les revenus sans pouivoir aux besoins des habitants. Les ouvrages des 
abbés Buurguin (Sotice hisl. sur Gaije) et Millard (///.s/, de Sézanne. t. II), 
racontent longuement tous ces démêlés. 

Les religieux avaient, vers lô.'iO, institué (la !'■■ nomination que nous 
ayons trouvée est de 155(1 : Arch. de VAnbe, G, (>!)), avec le titre de vicaire 
général, un curé qu'ils réduisaient à la portion congrue et auquel ils donnaient 
sur les dîmes un gros ; mais les revenus du curé avaient bais.sé considérable- 
ment ; en 1728, ils n'étaient plus que de G05 ' Ki', et en 175() de 4()5 livres 
Ibid., G, 650). Aussi les prêtres qui se succédèrent à cette cure entrèreut-ils 



C.AYE 305 

Vers 16(J0, les Bénédictins ont pris un vicaire perpétuel h tjui 
ils ont donné le moins cju'ils ont pu. La paroisse s'est trouvée 
chargée d'un presbytère ; il a fallu un autel, etc., pour le nou- 
veau curé, des vases sacrés, enfin une fabrique à la charge de 
la paroisse. Ti-op pauvre ])0ur vivre de ce (pie les moines lui 



en lutte contre les moines et leur supérieur qui s'intitulait « doyen de Gave », 
titre qui semble, dit M. l'abbé Bourgain, leur avoir été concédé par les papes » 
(page 8). Les documents qui existent sur Gave relatent les fiéquentes difîicul- 
tés, les nombreuses contestations qui surgirent à maintes reprises entre le 
monastère et le curé, ce dernier toujours soutenu par les habitants qui 
avaient à soutïrir eux-mêmes de la cupidité et des exigences des religieux. 

Ces religieux, ai-je dit, étaient très puissants et très riches ; ils étaient 
seigneurs de Gave et de Chichey (v. ce cahier, p. 191); du monastère dépen- 
daient trois prieurés inférieurs : ceux de Rhèges entre Méry et Arcis-sur- 
Aube ; du Thoult,près Montmirail.et de Saint-Jacques de Troyes(CoLiiTALO.\ : 
Topog. du diocèse de Troyes, S*- vol., p. 284). Le do^en était collateur à diffé- 
rents titres : il présentait à Gaj'c, à Rhèges (Arch. de l'Aube, G, 802), au 
Thoult 07'J(7.. G, 100\, à Salon iibid.. G, 876), à Saint-Bon (G, 8/.J), a Vindey 
(G, 981), et alternativement avec l'évêque de Troyes à Linthelles (G, 70'i). Les 
religieux avaient des droits sur les commanderies de Barboune et de Queudcs 
(Arch. de la Marne, G, l'i07), sur les dîmes de Sézanne (ibid.. G, 1895 et .4rc/i. 
de l'Aube, G, 883), sur celles d'.\llemanche (ibid., G. 525), d'Allibaudières 
(G, 527), de Granges-sur-.\ube (G, 656), de La Chupelle - Lasson (G, 671), 
de Linthelles (G, 70'n, de Queudes (G, 796), de Saint-Bon (G. 815), de Saint- 
Loup (G, 828). de Salon (G, .S/6), de Semoinc (G, 881), sur la dîme des vins de 
Bergères-les-Vertus (.Arch. de la Marne, G, IViô), etc. — .\u moment de la 
Révolution. le doyen .\lexandre-.Jean-.Ioseph Besse avait 20,878 livres de revenu 
annuel. 

Au xvni'= siècle un prieur dont parle le cahier et qu'il représente comme 
un seigneur hautain et vindicatif, était particulièrement impopulaire : c'était 
Jean-Baptiste Belland, docteur en théologie, vicaire général du cardinal 
La Tour d'.\uvergne, archevêque de Vienne, qui prenait le titre d'évêque de 
Messène (ancienne capitale de la Messenie en Grèce) et de prélat assistant du 
trône pontifical, prieur de Saint-Leu et N'antua, du diocèse de Lyon. Ce prélat 
avait des goûts assez mondains ; autrefois le prieuré avait l'aspect d'un lieu 
fort et de défense avec fossés pleins d'eau, murailles élevées, tour monumen- 
tale défendant un pont-levis ; J.-B. Belland fît combler les fossés, démolir le 
pont-levis et transforma la vieille forteresse en une maison moderne avec 
perron à double escalier, jardins anglais, parterres et promenades qu'il fit 
tracer sur l'emplacement de l'ancien cimetière sans se soucier des protestations 
et des sentiments de la population et de son respect pour les morts. Il mourut 
à Troyes, le 29 mai 1764. Le nom de l'évêque de Messène est mêlé à maintes 
histoires scandaleuses d'enlèvements de religieuses d'abbayes voisines réfu- 
giées à Gaye, faits racontés longuement prr NL l'abbé Millard (p. 129 et suiv.). 
Après sa mort, sa succession et son bénéfice furent àprement disputés par son 
neveu, l'abbé Jamonnet, curé de Treffort (diocèse de Lyon), et par l'abbé Jean 
Monin, frère de Louis-.Autoine Monin de Champigny cjui, en 178(), était ancien 
lieutenant-colonel au régiment de la .Martinique : après un procès qui fut 
appelé devant le Parlement, ce dernier conserva le prieuré de Gaye (Voir 

20 



3()6 HAII.l.IAdl-; l)K SKZANNK 

avaiciil assigiit", on a iiiiaginr le casucl j)our le nouveau curé, 
ilroil odieux, indécent et peu chrétien, nouvelle charge pour la 
paroisse. Enfin, cette année, s'est opérée la suppression totale 
des anciens Bénédictins. Il restait trois nianses et trois offices 
claustraux. Un seul homme s'est emparé de tout, M. le doyen 
coniniandalaire de (iaye : plus île fondations acijuittées, le 
nionaslère dénioli (il aurait pu loger le curé et le maître 
d'école). C.omuie il se trouve toujours plusieurs concurrents 
à une succession vacante, Monseigneur l'I'^vèque de Troyes s'est 
présenté, a obtenu des lettres patentes pour réunir le doyenné 
de (laye et les biens des moines à son diocèse, sans laisser un 
liard de tous ces biens à noire paroisse. Nous voilà privés de 
toute ressource pour nos j)auvres, pour la fabriipie, pour les 
petites écoles, pour notre curé, avec de nouvelles charges très 
onéreuses, sans (ju'on ait eu égard à l'accjuil d'aucune fonda- 
tion, i)arce tjue les titres ont été supprimés par malice ou j)ar 
accident ; ils étaient onéreux au doyenné qui possède 700 arpents 



Mémoires imp. Bibliot. de Reims, fonds DciiUin). A la fin du xviir siècle, il 
n'existait plus, à (îaye, outre le doyen, que trois religieux pourvus d'offices 
claustraux, un prévôt, un chambrier et uu sacristain (Arch. de l'Aube, G,65())- 
La vie de ces religieux était, dit M. l'abbé Millard (p. VM), loin d'être exem- 
plaire, l'n mémoire daté de 1730 concernant un conflit entre le lieutenant de 
la justice, .lean-.loscph Souin, et les religieux, nous a])prend que tous trois, et 
notamment Dom Moutier, le chambrier, fils du lieutenant général du bail- 
liage, se comportaient en vrais tyrans, passant leur temps à la chasse cl à la 
pèche au détriment des habitants auxquels ils retiraient les mêmes droits, allant 
Jusqu'à couper eux-mêmes les filets et les engins de ceux-ci, prélevant «.les 
droits arbitraires sur les jeunes gens qu'ils faisaient exempter de la milice et sur 
ceux qu'ils dispensaient des corvées, menant une vie licencieuse, envoyant la 
maréchaussée perquisitionner chez Souin et provoquant à ce sujet, dans le 
village, des troubles dont l'intendant de la généralité finit par s'émouvoir 
(Arch. de la Marne, C, 335.) 

Aussi, à maintes reprises, on voulut supprimer ce prieuré. Par une ordon- 
nance épiscopale de 1760-1772, on décida sa réunion au prieuré de Saint- 
Julien de Sézanne ; mais cette réunion n'eut pas lieu (Arch. de l'Anbe. G, 59) ; 
enfin, le 28 février 178S, le Roi supprima purement et simplement les trois 
offices claustraux du prieuré de Gave ainsi que les menses conventuelles de cette 
maison, les religieux devant recevoir une pension leur vie durant. Cette sup- 
pression incomplète ne fut pas faite suivant les vœux des habitants qui, on le 
voit dans le cahier, auraient désiré l'attribution des revenus de ces trois 
offices claustraux à la paroisse pour son église, son presbytère, le rétablisse- 
ment de son école et ses pauvres. << Il fallut, dit M. l'abbé Millard après avoir 
longuement exposé les déportemenls et les exactions de ces moines, que la 
Hévolulion vint terminer radicalement l'existence de ces maisons religieuses 
tlunt l'utilité était coulestèe depuis longtemps ! w (p. 133). 



GAYE 'Ml 

de terres, bois, etc. Nous recourons à la protection du Roi alin 
que. dans les vastes bâtiments du doyenné de (iaye, il soit assuré 
un appartement pour tenii- les petites écoles, qu'il soit accordé 
une des trois manses des ci-devant Bénédictins à notre curé 
avec défense d'exiger aucun casuel : nous ne devons pas payer 
deux fois pour le même objet. La dîme est destinée à payer 
les fonctions sacerdotales, et s'il est juste que celui qui sert 
à l'autel vive de l'autel, il est souverainement injuste que nous 
j)ayons ceux qui n'y servent pas, et que nous payons une 
seconde fois celui qui y sert ! Qu'il soit fondé un vicaire pour 
avoir une seconde messe et acquitter les fondations ; tju'il lui 
soit attribué la seconde manse ; que la troisième manse soit 
appliquée partie aux petites écoles pour enseigner les pauvres 
et le reste aux pauvres du lieu, sans égard aux lettres patentes 
qui ont été obtenues sur un faux exposé ; 

9*^ La milice est une seconde taille par les frais qu'elle 
entraîne, et les nombreuses exemptions qui en rejettent tout 
le fardeau sur le pauvre peuple. La communauté demande au 
Roi qu'elle ne puisse avoir lieu qu'en cas de nécessité, et (ju'alors 
tout privilège cesse ; le Roi peut s'en rapporter à l'amour de son 
peuple dans des temps de crise (1) ; 

10° Le vœu de la communauté est que les étalons soient 
supprimés, puisqu'il n'en résulte aucun bien. Quoique choisis, 
les chevaux s'épuisent bien vite ; il faut y conduire les juments 
jusqu'à quatre ou cinq fois, et il n'en résulte que des poulains 
faibles, mal constitués, cjui dégénèrent, au lieu que les juments 
qui sont saillies par des chevaux entiers, tjui sont communs 
chez les particuliers en Champagne, donnent de très beaux 
sujets forts et vigoureux, parce que les deux animaux, qui ne 
s'accouplent de cette façon que très rarement et presque furtive- 
ment, s'y portent avec toute l'ardeur et la force des principes de 
la génération. D'ailleurs, les privilèges dont jouissent les gardes- 
étalons aggravent beaucoup les charges des communautés ; 
l'ordre d'y conduire toutes les juments empêche la plupart des 
particuliers d'en acheter d'assez belles pour les soustraire à la 
règle. Loin donc que l'établissement des étalons puisse amé- 
liorer la race des chevaux, il ne sert qu'à la détériorer : voilà 
l'effet de toutes les lois prohibitives ; l'intérêt guidera bien plus 

fl) Noir cahier de Beaulieu-en-Argonne {BaiUinyv de Chùlons, page 71). 



308 HAII.IJAC.i; DE SI.ZANNK 

sùreiiienl ci'ux qui élèvent des poulains qne de pareilles lois(l); 

11" Le vœu de cette communauté est que chaque ecclésias- 
tique, noble, magistrat, soit imposé, que tous les privilèges 
cessent, puiscjue les privilégiés possèdent les plus beaux biens 
du Royaume et qu'ils sont encore paj^és par l'Etat ; 

12» Le vœu de la communauté est aussi qu'aux États géné- 
raux, on vote par tète, les trois ordres réunis. La justice (|ue 
le Hoi vient de rendre au Tiers étal, en lui accordant un 
nombre égal de députés à celui du Clergé et de la Noblesse 
réunis, serait nulle, si on ne délibérait par tète ; 

18" Le \wu de la communauté est cpie les Etats généraux 
s'occupent d'abord d'une constitution (îxe (|ui règle les droits 
du souverain et ceux des j)euples, et que cette constitution 
ne puisse subir d'altération (jue dans les Etats généraux 
subséquents ; 

14" Que la Champagne ail des I^tals mo(ielés sur ceux (\u 
Dauphiné ; 

lôo Que celte nuée de commis, d'employés, receveurs, etc., 
qui coûtent plus à la Nation que les dépenses du Couvernemenl. 
soit abolie et jetée seulement aux barrières du Royaume. 
Chaque syndic pourra recevoir rinipôl de sa paroisse, le verser 
sans frais au trésor des Étals provinciaux qui le verseront dans 
celui de lElat. Les Etats de Champagne pourront liquider les 
diverses charges de llnances existantes en Champagne sur le 
pied de leur création. Les procès, les contraintes, les vexations, 
la gêne et les malheurs (|ui dérivent de la perception ei admi- 
nistration actuelles sont allVeux ; nous n'osons les détailler : 
elles déchireraient le cn'ur paternel de notre Hoi ; 

16" Qu'il n'y ail cjunn poids et cju'une mesure dans le 
Royaume. Les divers cens, redevances et autres droits seront 
lacilement réduits sur le pied du Roi et le poids de marc ; 

17° Que les procédures soient abrégées, les honoraires de 
tous les gens de justice fixés clairement et invariablement ; 

IS" Qu'il n'y ait i)lus de peine de mort, de galères, ni de pri- 
vation de la liberté pour laits de chasse, pèche, gabelles, aides; 
mais seulement amende modérée, excepté le cas de violence 
commise ; 



(l>\'(»ir les caliiers de iiurboiinc (page H'), et de (louliuler-la-Chaussce 
(Huilliaye de Cliàluiis, page 21G;. 



GOURGANÇON 309 

19" Que tous les règlements, reclressemenls des doléances, 
nouvelles lois, soient portés dans les Etats généiaux et de leur 
avis et consentement, puisque hors des États, le Hoi n'étant très 
souvent environné que des oppresseurs du peuple, il courrait 
risque d'être écrasé plus que jamais ; 

20' La communauté donne pouvoir à ses députés de consen- 
tir à tout ce qui contribuera au bien public, à la gloire du Roi, 
au bonheur de la France et à la reconnaissance qu'elle doit au 
Roi ; 

21" La communauté défend à ses députés de donner leur 
voix à quelqu'un qui ne serait pas du Tiers état pour être 
député aux Étals généraux. 

P. S. — La communauté a encore à observer qu'ayant (juan- 
tité de terres basses, elle a été obligée, pour se soustraire aux 
inondations qui inondent leurs meilleures terres dans les hivers 
pluvieux, de faire faire trois mille toises de fossés ; que l'entre- 
tien de ces mêmes fossés leur devient onéreux ; qu'ils ont, en 
outre, été forcés de faire construire six arches en pierre sur ces 
mêmes fossés pour faciliter la conduite des fumiers pour 
l'engrais desdites terres, ce qui leur a coûté, depuis vingt ans, 
plus de douze cents" livres (1). 

MÉGARD, Hémard, p. Vingt, J. Jupin, Jean-Rapliste Vkry, 

,1. -Louis Hémard, etc Joly. 

(21 signatures.) 



GOURGANCON 



SITUATION ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « Paroisse 
située en pays de plaines, à 7 lieues S. O. de (>hàlons, et 2 lieues 1/3 
N. N. O. d'Arcis (2). » 

— Généralité de (^liàlons, élection de Uhàlons, coulunic de 



(1) L'assemblée de l'élection de Sézaniic du 13 octobre 1788 relate les 
plaintes adressées par la paroisse de Ga^'e » relativement aux ravages occa- 
sionnés dans la récolte par les eaux qui ont couvert une grande partie de 
l'année la surface de son territoire... » ; elle évalue à 6,000 livres la perte 
subie par cette communauté d'habitants. (Procès-ocrluil, etc., p. 70. — Arch. 
de la Marne. C, 2909.) 

(2) ExPM.LY : Dict. des Gaules, ouv. cit. 



310 BAILLIAGE DE SÉZANXE 

Mcaux; — diocèse de Chàlons-sur-Marne, doyenné de Vertus, paroisse 
Saint-Mcnimie, n 1;\ présentation de raJ)bc do Saint-Memmie (1) ; — 
mesure de Ciiàlons. 

Aujourd'hui, commune du canton de Fère-C.hampenoise, arrondis- 
sement d'Épernay. 

— Dénombremciil de 177S-1788 : 82 ieux roturiers et 1 ecclésiastique. 
— Population : lôo liommes, 147 icmmes, 2ô garçons et 33 filles, soit 
3ô5 habitants. — Recensement de 1906 : 2.'i'! habitants. 

— Seigneur : L'abbc de Saint-Memmie (2). 

— Cnré : Jean-François Hcmart. 

— Territoire : 2,000 arpents de terres labourables, 22 de jardins, 
7 de prés, 12 de vignes, 2,150 de terres incultes.— Récoltes (an. com.) : 
2ôô boisseaux de froment (1 1/2 pourl); 19,1(S0 de seigle (1 1/2 |)our 1); 
40 d'orge (2 pour 1) ; 12,410 d'avoine (2 pour 1); 1,020 de sarrasin 
(3 pour 1) ; 21 muids de vin (11 en 1773). — 48 laboureurs ayant char- 
rue. — 64 chevaux ; 130 bêtes à cornes ; 240 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ f)'^ ; de la capitation et 
impositions accessoires : 4* "Jd 6 8 pour livre de la taille.— De 1778 
à 1787 : taille : 870 livres (en 1780) à O.îO (en 178(i). — En 1788 : taille : 
980 livres pour un revenu réduit de 6,179' .')> déduction faite de 
82 livres de rentes passives (suivant le taux de l'élection : de 1,012 à 
1,026 livres). — En 1789 : taille : 980 livres; impositions accessoires : 
790 livres; capitation : 740 livres; total : 2,510 livres. 

— Dimcs : A l'abbaye de .Saint-Memmie pour moitié, au doyen de 
Gaye et au chapitre de Pleurs pour un tpiarl chacun. 



ANAI.YSE 1)1" PH(K;HS-VHHHAE. I.a paroisse de Gourgançon 
était composée de 100 feux c ou environ ». - L'avis |)our la convoca- 
tion des Etats généraux fut lu et publié le dimanche l-i mars 1789. — 
Le 3 mars « avant midi », les habitants se réunirent sous la présidence 
de Pierre-Charles-Henry Lk Ci.aihi;, notaire royal au bailliage de 
Sézanne, à la résidence de Fére-(Miampenoisc, juge mayeur de la jus- 
lice de la mairie de (iourgançon. — Le procès-verbal constate la |)ré- 
sence de l'rançois Lepage, procureur fiscal du lieu et syndic actuel 
de la municipalité, Claude Drion, gretïier, Jose|)h Mathcllié l'ainé, 
Louis Ozannol, l'rançois Ragan le jeune, Pierre-Henry Godmé le 
jeune, Ednie Pinpernet, Toussaint Lepage, tous laboureurs « compo- 
sant avec le syndic l'rançois Lepage, le corps de la municipalité » ; 
Pierre Oudin, Jean Lepage. Joseph Pcuchot, Etienne Lepage, Etienne 



(1) L'abbaye de Saint-Memmie prés (>li!ilous-siii-Manie. (\'oir caliior de 
celte paroisse. — BailHiKjc de (Ululons, page 579.) 

(2) L'ahbc lic Saint-Memmie éfail, en 17(ji), « le cardinal de (^lioiscul- 
Beauprc ■• filial des Icrres, elc. : Arch. de In Marne, C, ^33). — La France 
fcrléaiiisltijuc pnnr 17H!J indique, p. ;U(j : « .Saint -Menge nu Mesmie, dinc. de 
(iliàinn-snr- .Marne, d'nn revenn de (i.iMIO livres ; I7.S<S : ié\ëc|ne d'.\pt. » 
(Laurenl-Mieliel-IJnn de (aIv, évicjiie tl'Apl). 



GOURGANÇOX 311 

Mathellic, Nicolas Xoblot, l'ierro Billebaut, .Fean Ragan. Pierre 
Pinpernct l'aîné, Pierre Pin])ernel le Jeune, Nicolas Pienne, Jean- 
Baptiste Morizot, Jean-Haptiste Mathellié, François Lepage le Jeune, 
F"rançois INIathellié le Jeune , Josepli ^Mathellic le Jeune, Pierre 
Peuchot, Ednie i'ajot, Joseph Robin, Pierre Lepage l'aîné, Pierre 
Lepage le Jeune, Pierre Pienne, Romain Hanié, Nicolas Ragan , 
Ednie Pinpernet, François Ragan l'aîné, Jean - Baptiste Danton, 
Pierre-Henry Godmé l'ainé, Jean-Pierre Mathellié, Joseph Pajot, 
Jean Robin, Pierre-Nicolas Peuchot, Edme Vergat, tous laboureurs ; 
Edme Lepage, Joseph-François PaJot, Joseph Prot, Jean Arnoull le 
Jeune, François Arnoult. Pierre Morizot, Jacques Pinpernct, ^Maurice 
PaJot, Nicolas Poincet, François Charbaut, Jean Simon, Jean -Baptiste 
Prot, Simon Lepage, François PaJot, Joseph Arnoult, Claude Robin, 
Etienne Oudin, Jean Arnoult, Jean-Claude Boudé, Pierre Ouflin le 
Jeune, (élément Jouglat, maréchal, Jean l'inpernet, Pierre Charpen- 
tier, Louis- Joseph Mathellié, Etienne Mathellié, Jean-Baptiste Peu- 
chot, Claude Peuchot, Joseph Donon, Nicolas Gougel, Joseph Ozannot, 
tous manouvriers ; « tous les susnommés, ajoute le procès-verbal, de 
((uelque qualité qu'ils soient, demeurent au village de Gourgançon 
et composent au moins les deux tiers, la majeure et plus grande par- 
tie des habitants du lieu ». — Les députés furent Toussaint Lep.vge 
et François Ragan. 

Aich. vcvol. de Sczanne, A, 'i6'' : (^opie du procès-verlnil signée par le 
greffier de la municipalité, C.laiidc Drion (1) ; — A, iô"'' : Cahier de2 pages non 
cotées ni paraphées. 

SocRCES DOC. Acc. — Aicli.dc kiMiUiic, C,6()6: Administration de la com- 
munauté ; usages ; comjites des s\'ndics. — C, S66 et y'/.î : hiipositions. 
— C, 1590 : Corvées.— G, 1852 : Église et presbytère.— G, 12'4 : Visites 
de la cure. — G, 397 : Biens de la cure. — G, /2,97 : Dîmes de la collé- 
giale de Saint-Rem3- de Pleurs. — G, 1395 : Moulin Lanerj', à la collé- 
giale Saiut-Xicolas de Sczanne; — etc. 



CAHIER 



Observations, doléances et remontrances de la coinnninanté 
des habitants dn village de Gourgançon. 

Dans les bonnes terres, si le lumier manque, on ne recueille 
rien ; nous sommes dans un pays où les terres ne valent rien, 
et point de Fumier, et comment en ferait-on ? Ce ne serait 
qu'avec un grand nombre de bestiaux : j)oinl de fourrage i)our 
les nourrir. 



(1) En indiquant les signatures de tous les habitants ci-dessus, le greffier 
Claude Drion constate qu'Edme I^epage, Claude Pinijcrnet, Josepti Donon et 
Joseph Ozannot ont seuls déclaré ne savoir signer. 



312 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Le peu de loin dont nous avons besoin, il l'aul l'aller cher- 
cher jusqu'à trois el{|uatre lieues; souvent il est perdu ou gâté, 
n'étant pas à portée de le soigner. 

Le bétail maigrit et devient par là hors d'état de faire 
l'ouvrage. Le peu de iroment ([ue l'on recueille ne suffit pas 
pour payer une partie des impôts. 

Le peu de seigle qui est l'aliment du jiays, le sarrasin ne 
suffisant à peine pour donner la subsistance. 

Si l'on veut recueillir un peu d'avoine, il faut laisser reposer 
les terres deux et trois années, en sorte qu'un laboureur qui a 
vingt-cinq arpents de terre à la roye se trouve réduit à 
moitié. 

La situation de notre terroir est en côte et sujette aux ravins 
dos eaux sauvages ; donc une partie des maisons est sujette aux 
inondations (1). 

Une gelée sur les seigles, les sarrasins brûlés au mois d'août 
ou gelés avant qu'ils soient en luaturité, réduisent le pays dans 
la dernière misère. 

S'il y a des malades hors d'état de se procurer les secours 
nécessaires, les père et mère, en expirant, voient souvent leurs 
enfants mourir de faim ; un curé, seul témoin de ce désastre, 
pourrait y apporter (juelque soulagement, et malgré toute sa 
bonne volonté, il ne le peut. C'est dans un pays tel que le nôtre 
où les pasteurs se trouvent le moins bien partagés, et c'est dans 
de tels pays où ils devraient l'être mieux pour le bien de l'huma- 
nité. 

Les tlécimateurs, absents et nullement témoins par consé- 
(|uent de scènes aussi afiligeantes, se contentent de percevoir 



(1) (>)ni|)aicr ces ri'nexions, ;ivec les pnxiiictiuns du toniloire itlevccs ci- 
ilessiis. 

Il y avait X aipc-iits cm jioii (l'usages coniinuiiaii.\ ■< qui siivaicnt île pâtu- 
rage au.\ bestiaux peudaut l'auncc ». - « Deux arjjeiits, ajoute l'enquête de 
17(i!( sur les dét'riehcnients. en nature de pré sujets aux inondations, peu de 
quantité de {{rosse qualité, servent de pâturage depuis le mois de sc|)tembrc 
jusqu'au 1" mars, i' (Arch. de la Munie, (., i.'i.'i, et proeés-veri)aux d'adjudica- 
tion des usages communaux de (iourgan^on : ibicl., C,6(>6.) 

(>iialette constate en \HHi que cette commune est pauvre ; que quarante 
ans auparavant, c'est-à-tlirc au moment «ic la Hévolution, il n'y avait que 
trois maisons couvertes en tuile, que toutes les autres l'étaient en paille » ; — 
il ajoute plus loin que le territoire souffrait beaucoup des inondations. (/'/(•<•(» 
</•• ht Slttlisliiiiie (jéiiéiiile, vie, ouv. cit., p. '22'2.) 



GOURGANÇON 313 

OU faire percevoir leurs droits par des fermiers qui gagnant à 
peine pour les payer, ne peuvent aider leurs semblables (1). 

Les bois qui nous sont nécessaires pour notre subsistance, 
nous allons les chercher jusqu'à six à huit lieues, ce qui nous 
fait beaucoup de peines et dépens (2). 

Nous payons au domaine de Sézanne (3) sept septiers 
d'avoine à raison de seize boisseaux racle et le dix-septième 
comble par chacun septier, et deux sols par ménage par cha- 
cune année sans savoir pourquoi. Avons payé cette année, y 
compris les frais de recouvrement, la somme de cent trois 
livres sept sols, ci 103 tt 7 

Et pour les deux sols ménage, environ 8 13 

Pour le domaine cent douze livres, ci 112 tt » 

Nous payons pour la taille, cette année 1789. 1 .006^^ 10 
Pour la capitation et accessoires, celle de.. . . 1 .ô5ô 10 
Pour les deux vingtièmes, la somme de 720 10 

A reporter 3.281 ttSO^ 



(1) Ces déciraateurs étaient, on l'a vu, l'abbé de Saint-Memmie de Chà- 
lons, le doyen de Gaj-e et le chapitre de Pleurs. 

(2) M. Brisson, dans sa monographie de Lenharrée, commune voisine de 
(iourgançon, raconte la façon dont les habitants de ces localités se procu- 
raient, avant 1789, du bois à 25 ou 80 kilomètres au nord d'Etoges : « C'était, 
« dit-il, un voyage des plus importants ; plusieurs cultivateurs se réuuis- 
« saient : on partait avec sa voiture à neuf ou dix heures du soir et l'on ne 
'I rentrait que le lendemain, à cinq heures de l'aprés-midi. On a calculé qu'il 
« fallait environ quatre à cinq cents francs de bois par an. Ce bois n'était pas 
« du bois de corde, mais de longs et gros fagots. On n'en remisait guère 
« qu'une cinquantaine pour l'année. Dans les soirées d'hiver, et même le 
« matin au lever, on brillait sous le nom de fouées des brassées de paille de 
'< sarrasin recouverte de cendres. — Plus tard, quelques ménages eurent 
" recours à la tourbe des marais de Saint-Gond ». (Hist. de Lenharrée, p. 30. 
— Voir cahier : Bailliage de Châlons, p. 396.) 

Au commencement du xix" siècle on commença, dans cette région, les 
premières plantations de sapins et de vordes, dont la production suffit 
aujourd'hui aux habitants comme bois de chauffage. 

M. Guillemot, dans sa monographie de F'aux-Fresnay (voir ce cahier, 
page 270), montre aussi comment, vers 1830, les frères Morant, de Faux, 
exhortèrent leurs concitoyens à planter sur les collines dénudées, sur les 
mauvaises terres des plateaux, sur les pentes rongées par les ravins, des pins 
silvestres qui couvrent aujourd'hui tout le pays ferton d'une sombre et belle 
végétation. 

fH) Domaine de Sézanue, adjudication des différents droits appartenant an 
domaine. (Aich. de la Marne, C, 119i et 3003.) 



314 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Heport 8.281*30. 

Pour la corvée, lanl pour la construction que 
l'entretien des routes dont nous ne profitons 
d'aucune, comme n'étant point à notre portée, 
nous payons la somme de 434 12 

Où l'on devrait avoir égard à ceux qui les 
pratiquent et abîment de leur faire payer une 
somme de plus qu'à nous ainsi qu'à ceux qui 
ne sen servent point 3.820« 2 ' 

Nous [)ayons trois mille huit cent vingt-neuf livres deux 
sols (1) par an suivant l'état ci-dessus, non compris l'entretien 
de notre nef, du cimetière, du presbytère, de l'école (2) et d'un 
petit pont et d'une chaussée où plusieurs paroisses passent pour 
les marchés de Fère-Champenoise et d'Arcis-sur-Aube. 

En foi de ce que dessus, tous les habitants dénommés au 
procès-verbal de l'acte d'assemblée de cejourd'hui 3 mars 1789, 
ont signé les jour, mois et an, à l'exception de Edine Lepage, 
Claude Pinpernet, Joseph Dùnon et .loseph Ozannaux, (|ui ont 
déclaré ne savoir signer. 

Lepage. Clément .Iolglat, Jean- Baptiste I'inpkknet, 
F. Ragan, Pierre Lepage, etc 



(6ô signatures.) 



(iRANDVILLH 



C. Drion. 



SITUATION .\DMINISTKATIVE KT ECONOMIQUE.- « A 10 lieues 
N. X. H. (le Troycs, dans la prairie, sur la rive droile de la 
Uhuitrelie. » 

-- Généralité do (Jiàlons, élc(li<)ii de Trovcs. coutume do Meaux ; 



(1) Ces ctiiffres, on le voit, ne concordent pas avec les états de tailles 
relevés ci-dessus. — En 1790, les impositions principales et frais de collecte 
étaient de 740 livres, les accessoires et capitation 1,'J.VJi lO^S'i pour 198 contri- 
buables y compris les anciens privilé},'iés. (Arrh. de la Marne, C, Sfirt.) 

(2) Arch. fie la Marne, (1, 185'2 : (>et entretien avait coûté à la commu- 
nauté, notamment 600 livres, en 173«i, pour répai:itions à la maison curiale; 
hHh li\Tes en 17.Î9 pour réparations à l'église ; plus de 4,0<lil livres pour la 
reconstruction du presbytère, de 17<i.î à 17H7. etc. 



GRAND VILLE 315 

— diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-Aubc, paroisse vSaint-Mar- 
tin, à la collation de rcvêcjue de Troyes; — poste et grenier à sel 
d'Arcis. 

Aujourd'hui, commune du canton de Ramerupt, arrondissement 
d'Arcis-sur-Aube (Aube). 

— Dénombremenl de mS-ilSl : 70 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique.— Population : 115 hommes, 141 femmes, 30 garçons et .31 filles, 
soit 317 habitants. — Recensement de 1906 : 146 habitants. 

— Seigneur ; Auguste-Marie-Henri Picot, chevalier, comte de Dam- 
pierre, marquis de Combreux, baron de Sompuis et de Chàtenay, 
châtelain d'Allibaudières et d'Ormes, seigneur de Lhuître, Grandville, 
Trouan-le-Grand, Targes et autres lieux, major en second des chas, 
seurs de Normandie (1). 

— Curé : François Richomme. 

— Territoire : 900 arpents de terres labourables, 5 de jardins, 3 de 
vignes. — Récoltes (an. com.) : 3,600 boisseaux de seigle (2 pour 1) ; 
3,000 d'avoine (1 1,2 pour 1) ; 900 de sarrasin (6 pour 1) ; 6 muids de 
vin (3 en 1773). — ,30 laboureurs aj'ant charrue. — 45 chevaux; 50 bètes 
à cornes ; 120 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3-^ 8^ 6/8 ; de la capitation et 
impositions accessoires : 30> 11 f' pour livre de la taille. — De 1777 à 
1786 : taille : 650 livres (en 1782) à 700 livres (les autres années). — 
En 1787 : 700 livres (au taux de l'élection : 566 livres) pour un revenu 
réduit de 3,848 livres, déduction faite des rentes passives (non indi- 



(1) Xé à Paris le 19 août 1756, le comte de Dampierre devint général sous 
la Révolution ; il eut le commandement en chef des armées du Noi'd et des 
Ardennes, le 4 avril 1793, après la fuite de Dumouriez ; mais à la défense du 
camp de Famars, il eut la cuisse emportée par un boulet et mourut à Valen- 
ciennes le lendemain 10 mai 1793. 

Le comte de Dampierre fut, en 1789, cite comme seigneur de Grandville ; 
et il est ainsi porté à l'état des tailles {Arch. de la Marne, C, 805). Cependant, 
à diverses reprises, le domaine royal revendiqua cette seigneurie. '< La paroisse 
« de Grandville, lit-on sur une note annexée au rôle de la taille de 1677, 
" dépend du domaine ro^al de Sézanne-en-Brie, de présent possédé par dame 
« Anne-Angélique de Fabert, veuve de feu Monsieur Claude Brulart, vivant 
(( marquis de Genlis, engagiste dudit domaine. >> — Et en 1702 : << Ladite 
« paroisse de Grandville dépend du domaine royal de Sézanne-en-Brie à pré- 
« sent possédé par Monseigneur le marquis de Guénégaud, comte engagiste 
" dudit domaine » (Arch. de l'Aube, C. l'ilO). — Puis, sur l'état des habitants 
de 1769 « le Roi est indiqué comme seigneur du côté de la coutume de Meaux, 
« et Monsieur le marquis de Dampierre seigneur du côté de la coutume de 
« Chaumont » (Ibid., C, lill). — D'ailleurs le cahier et le procès-verbal 
indiquent que la justice était « prévôté ro^'ale » et parle des « droits de bour- 
geois » ou de jurés qu'exigeaient les fermiers du domaine. 

En ce qui concerne la note ci-dessus de 1769, on sait, en effet, par la lecture 
des cahiers des communautés de Dosnon (p. 239) et de Lhuître, que la petite 
rivière La Lhuistrelle formait la limite des juridictions des deux bailliages 
de Sézanne et Chaumont-en-Bassigny, régis par deux coutumes différentes 
(voir la préface et le cahier de Lhuitre ci-après). 



316 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

quées). — En 1789 : taille : 700 livres ; impositions accessoires : 
564 livres; capitation : .i29 livres ; total : 1,793 livres. 

— Dîmes : Aux religieuses de Foicy (1), alternativement avec le 
prieur de Dampierre. 



ANALYSE DU PROCES-VERBAL.- La paroisse de Grandville était 
composée de 80 feux. — L'avis pour la convocation des États géné- 
raux fut lu et publié le 1'' mars 1789. — Le 5 du même mois, les 
habitants se réunirent. — Le procès-verbal ne donne ni le nom du 
président qui fut, d'après le cahier, Christophe Regnailt. substitut 
du procureur du Roi et syndic municipal, ni ceux des habitants qui 
assistèrent à la réunion. On relève, au bas du document, les signa- 
tures de Martin, Camus, A. Frissart. Eloy (élément, X. Haudin, Geoffroy, 
Pierre Menuel, X. Marcq, H. Baudin, Debelle, L. Marchand. L. Martin. 
C. Selier, Nicolas Martin, H. -Pierre Geolfroy, .1. Brissart, Alhanase 
.lacquinct, .lacques Menuel. liaillet, .\. Hrodard, N. (ieoffroy, .I.-H. 
Desguerrois, N. Grenon, Lacrivain, Hegnault, syndic, — et encore sur 
le cahier : .loachim Savoye (2), Nicolas Hrard, Prosper Terrillion. — 
Les députés furent Christophe Regnault, .syndic, et Nicolas Grenon. 



Arch. révol. de Sézannc, A, 47* : procès-verbal sur la formule imprimée ; 
A, i/ '■ : Cahier : 9 pages cotées et paraphées au bas par Regnault. 

Sources doc. acc. — Arch. de l'Aube, C, 1053 : Tirage de la milice. — 
C, 1166 : Maladies épidémlques. — C, l'ilO-Vill : Administration de la 
communauté; rôles de la taille; états d'habitants; travaux au pont sur 
la Lhuistrelle, aux rues, au presbytère ; comptes des syndics. — 
r;, 2.'?0.5 : Tisserands de (jraiulville travaillant pour la fabrique de 
Tro3'es. — C, 16 et suiv. : Nomhiations des curés (1572-1773). - (j,23't : 
Hiens de la cure. — G, 6'5;> : l'aroisse .Saint-.Martin de (irandville: biens, 
revenus, dîmes : - etc. 



CAHIER 

Le cahier de (îrandville est prcscjuc semblable à celui de Dosnon 
auquel nous renvoyons (p. 2'.ir>). — Xous allons signaler ci-après les 
paragraphes reproduits intégralement, les petites modifications qui 
ont pu être introduites dans leur rédaction, les suppressions et les 
additions (|ue présente le cahier de lirandvillc com|)aré à celui de 
Dosnon : 

— Page 2.3Ô : Le premier |)aragraphe commence ainsi : « La com- 



M) Prieuré de femmes, dépendant de l'abbaye de Fontcvrault, fondé en 
1102 par Thibaut de Champagne et supprimé en 1790 ; aujourd'liui firme de la 
c()mtnune de Saint-l'ierre-les Tertres 1 ciinton de Troyis. 

i'À) Fut maire en 1792. 



r.MANDVILLK 317 

niunauté et prévôté royale de (îramlville, etc.. » — Le reste de la 
pa^e est absolument semblable. 

— Page 236 : Le premier paragraphe est précédé de la phrase 
suivante qui paraît avoir été oubliée dans le cahier de Dosnon : 

La communauté demande, désire et charge ses députés de 
demander en son nom que la propriété par rapport au bien, 
la sûreté contre les ennemis du dehors et la liberté personnelle 
soient mises entièrement à couvert, soit par le renouvellement 
des anciennes lois, soit par la formation de nouvelles, et pour 
y parvenir : 

Que la construction de l'empire, etc. . . 

Le 4'' paragraphe de cette même page est ainsi complété : 

Que cet impôt soit perçu avant la dîme ecclésiastique ou 
seigneuriale, laquelle se trouvera libre alors, parce qu'elle aura 
déjà payé, à moins que les États généraux ne jugeassent à 
propos de supprimer la dîme ecclésiastique. 

Dans le 5^' paragraphe on dit : « droits de bourgeois du Roi », au 
lieu de « droits du Roi », ce qui est plus compréhensible. Plus loin 
on lit aussi : « les fermiers du domaine de Sézanne ont tenté de faire 
payer », au lieu de « ont fait payer ». 

Le paragraphe 6 est remplacé par ceux-ci : 

La communauté remontre que les tailles, depuis vingt ans, 
ont été augmentées d'un tiers dans l'élection de Troyes, que les 
terres de leurs finages ont été entièrement dévastées par les 
orages et ouragans qui ont amené des pierres et de la grève 
dans les meilleurs terrains dont les emblaves sont rongées par 
une multitude innombrable de gibier qui la dévaste même 
avant sa maturité, et que, dans sa maturité, une autre partie 
est enlevée par une nuée de pigeons qui viennent de toutes 
parts et dont il est impossible d'empêcher les dégâts qu'en 
renouvelant les édits et arrêts concernant le gibier et les 
pigeons. 

Que, relativement aux paroisses des autres élections, les 
paroisses de la haute Champagne, dans le ressort de l'élection 
de Troyes, paraissent surchargées; cependant, l'ingratitude du 
terroir demande que l'on soulage ceux qui ont la peine de la 
cultiver, notamment la paroisse de Grandville n'ayant aucune 
commune, ni prairie, ni pâture, ne pouvant faire de nourri, ni 
par conséquent de fumier, ne peut retirer que peu de fruit de 
son tinage extrêmement petit. 



31«S HAILLIAGK DK SÉZANNH 

— Page 237 : Le 2^ paragraphe est ainsi modifié et complété : 

« paie moins de taille (|n'un habitant de campagne (|ui n'a, en 

travaillant beaucoup, que deux ou trois cents livres de revenus. » 

Le 5e paragraphe comporte la légère modification suivante : « Les 
portes des maisons des habitants de la campagne... » au lieu de 
(t Les portes des campagnes. . . ». 

— Le dernier paragraphe de cette page « Remontre et se plaint... » ; 
toute la page 238 et le U'i paragraphe de la page 2.39 sont supprimés 
dans le cahier de Grandville. A la place on lit cette simple phrase : 
« Ladite communauté demande la liberté du commerce, l'abolisse - 
ment des aides et gabelles. » 

— Page 239 : Le 2'' paragraphe est ainsi complété. Après les mots: 
« établissement d'une constitution lixe et invariable par rapport au 
gouvernement et à l'administration », on lit « où tout se régisse 
d'après des lois sanctionnées par la nation et non par la volonté arbi- 
traire d'un ministre ». — Le mot ])assé dans ce paragraphe du cahier 
de Dosnon est « bonté », inscrit dans celui de Grandville. 

Puis le cahier de (irandville se termine ainsi : 

Fait, rédigé et arrêté par nous soussignés, à Grandville, ce 
6 mars 1789. 

N. Hal'din, Eloy Clément, N. Erard, Martin, Pierre 

Geoffroy, etc 

(23 signatures.) 

Le présent cahier contenant neuf pages cotées et paraphées 
par nous Christophe Regnaull, suhslitut du procureur du Roi 
et syndic niunicipal de ladite conmiunauté, le jour et an susdit. 

Hegnault.I 



GRANGES-SUH-AUBE 



SITUATION ADMINISTRATIVE HT HCONOMIQUK.— « A 8 lieues 
N. N. O. de Troyes, dans une belle prairie proche la rive droite de 
l'Aube, à 2 lieues N. 1/4 N. O. de Méry-sur-Seine. » 

— Généralité de Châlons, élection de Sézanne, coutume deMeaux; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne. paroisse Saint-Maurice, à 
la collation de l'évèque de Troyes ; — poste de Méry ; grenier ù sel, 
eaux et forêts de Sézanne ; consuls de Troyes. 

.aujourd'hui, commune du canton d'Anglure, arrondissement 
d'Lpernay. 

— Dénombrement de nili-IlHH : 49 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 8i) hommes, 9.> femmes, 19 garçons, 20 lilles, 
soit 223 habitants. — licccnscniviil de jyuG : 231 habitants. 



GRANGES-SUR-AUBE 319 

— Seigneur : Les représentants de M. Flobert, trésorier de France 
à Troyes (1). 

— (Airé : Alex;indre-Ednie-(ial)rieI Bertrand (2). 

— Territoire : 1,210 arpents de terres labourables, 7 de jardins, 
67 de prés, 48 de bois, 121 de terres d'usage. — Récoltes : 485 bois- 
seaux de froment (1 1/2 pour 1) ; 4,425 de seigle (1 1/2 pour 1) ; 672 
d'orge (2 pour 1) ; 5,250 d'avoine (1 1/2 pour 1). — 19 laboureurs 
ayant charrue. — 63 chevaux ; 124 bêtes à cornes ; 334 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 4 sols ; de la capitation et 
des impositions accessoires : 31* 5^ pour livre de la taille. — De 1778 
à 1787 : taille : 640 livres (en 1778) à 690 (en 1782). — En 1788 : 
680 livres (3) (suivant le taux commun de l'élection), pour un revenu 
réduit de 3,587 livres, déduction faite de 854' 10* de rentes passives. 
— En 1789 : taille : 650 livres ; impositions accessoires : 520 livres ; 
capitation : 490 livres ; total : 1,660 livres. 

— Dimes : Au prieur de l'Abbaye-sous-Plancy, au doyen de Gaye, 
au chapitre Saint-Nicolas de Sézanne, au- 16e compte, et chacun pour 
un tiers. 

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. — La paroisse de Granges-sur- 
Aube était composée de 54 feux. — L'avis pour la convocation des 
États généraux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les 
habitants se réunirent sous la présidence de Pierre Marcilly, prati- 
cien en la justice de Granges, assisté de Pasquet, greffier ordinaire. — 
Le procès-verbal ne donne pas les noms des habitants, mais il est 
signé par Duchat, Aveline, Pierre Renon, Corrard, Berton, Millot, 
Renon, Éloy Marcilly, Renon, Godot. Nicolas Drouin et Bertrand, 
syndic. — Les députés furent Claude-Gervais Duchat, laboureur, et 
Pierre-Martin Bertrand, syndic et laboureur (4). 



Arch. révol. de Sézanne, A, 4^" : Procès-verbal;— .4, 48'' : Cahier (cousu 
avec le procès-verbal) : 5 pages cotées et paraphées au bas par Marcilh'. 



(1) La seigneurie de Granges-sur-Aube qui n'avait pas de titulaire en 1788, 
par suite du décès du trésorier de France Flobert, ne parait pas avoir été 
représentée à la convocation de 1789. Peut-être a-t-elle été morcellée à cette 
époque, car parmi les nobles qui comparurent, plusieurs prirent le titre de 
seigneur de Granges pour certains fîefs situés sur la paroisse, tels François- 
Louis de Villiers de La Berge, conseiller du Roi en sa cour du Parlement 
de Paris, pour son fief de Maj's, Mayer ou des Murs ; Charles-François- 
Edme de Chanteloup, pour le fief de Raffart : Godard d'Aucourt fils, pour le 
hameau de Mesnil-les-Granges. 

(2) \'oir au cahier de Roulages (page 122, note 1), la biographie de ce prêtre 
qui devint magistrat sous l'Empire et député d'Arcis en 1815. 

(3) « Etat arrêté, disent les officiers de l'élection, eu égard au garde-éta- 
lon. » 

(4) Était aussi garde-haras. (Arch. de lu Marne, C, 439.) 



820 BAILLIAGE I)K SKZANNE 

SoiHCES DOC. ACC. — Aich. (le lu Marne, C,.959 : Impositions. — G, 1036 : 
Capitation. — C, 1610 : Corvées. — C, 169'f : Pont sur l'Aube. — 
C, 1852 : Église et presbytère. - C, 2980 : Incendie. — E, lOO't : Admi- 
nistration de la communauté ; usages. — G, 139i) : Biens de la collégiale 
Saint-Nicolas de Sézanne. — G, 1838 : Biens de la cure. - Arvh. de 
l'Aube, C, 1125 : Route de Troyes à Sézanne ; ponts de Granges et de 
Chichey. — G, 101 et suiv. : Nominations de curés (1058-1773). — 
G, 255 : Biens de l'évêché de Troyes. — G, 656 : Paroisse Saint-Mau- 
rice de Granges-sur-Aube : biens, revenus, dîmes. — Arch. commun, 
lie Granges-sur-Aube : \" registre de delibéi'ations de l'assemblée com- 
munale de 1788 à 1790 (7.') feuillets). 



C A H I E 1{ 

Cahier de doléances, plaintes et remontrances de la paroisse 
de Granges- sur- Auhc. 

Accourez, peuples français, venez reconnaître votre Roi, 
venez le reconnaître comme un père de famille (lui veut soula- 
ger la partie la plus indigente de ses sujets, remédier aux abus 
qui les ont rendus pour ainsi dire esclaves au lieu de citoyens 
qu'ils sont, et perpétuer à jamais leur bonheur par une assem- 
blée mémorable qui fixera les impositions que chacun d'eux 
doit supporter, nobles, privilégiés ou non privilégiés, en pro- 
portion de ses biens- fonds, de sa fortune, de son art, de son 
commerce, de son industrie ou de son métier. 

Et à la honte de nations rivales, les Français seront heu- 
reux et leur Roi couvert de gloire. 

Four parvenir à ce grand but, une union parfaite est néces- 
saire entre le Clergé, la Noblesse et le Tiers état ; il faut que les 
deux premiers ordres fassent des sacrifices qu'ils n'ont jamais 
faits ; qu'ils reconnaissent que le Tiers état a seul payé les 
impôts et soutenu, par ses jeûnes, par ses sueurs, son travail et 
son industrie, la splendeur du royaume, entretenu aussi ces 
deux premiers ordres daus les douceurs de la vie dont ils 
jouissent, et que le Tiers état, totalement épuisé, ne peut plus 
subvenir à de si grandes charges. 

En conséquence, le Tiers état demande une nouvelle convo- 
cation d'États généraux tous les dix ans ; que, d'ici à la pre- 
mière convocation, toutes les dettes de l'État soient payées. 

Le Tiers état demande aussi (jue les assemblées provinciales 
se renouvellent tous les ans. 

Il demande à savoir si les dettes de l'Etal sont réelles, à qui 



r.RANC.ES-SUR-ArBK ',V2] 

elles sont cl j)()iir(|uoi elles sont dues ; ((ue l'iiivenlaire en soit 
fait et coninuini(|ué au Tiers état afin que le remboursement 
s'en fasse dici au terme prescrit. Cette demande ne peut être 
refusée puisqu'il est offert de faire voir le compte des recettes et 
dépenses de l'Etat tous les ans. 

Le Tiers état demande qu'il soit fait de nouvelles réformes 
dans la maison du Roi comme nombre de cbarges inutiles ou 
trop multipliées, pensions trop forles ou mal acquises. 

Le Tiers état demande (jue le liant clergé i)aie annuellement 
un impôt, chacun en particulier et en i)roporfion du revenu (te 
son bénéfice, ainsi que le paie le cultivateur propriétaire; qu'il 
en soit fait de même à l'égard du bas clergé et les portions 
congrues en proportion de leur fixe; (jue les curés qui enverront 
leurs cahiers à l'assemblée où lintérèt du Tiers état se trouve- 
rait compromis, soient regardés comme traîtres à leurs parois- 
siens qui, par les oblations journalières qui leur sont faites, les 
font subsister; 

Que les affranchis se disant nobles, subviennent à toutes les 
charges de l'Etat, j)aient taille et capilation jusqu'au pai-fait 
remboursement tles dettes de l'Etat ; que leurs domestiques 
soient sujets au sort de la milice, ce qui enlève tant de bras à 
l'agriculture et à l'industrie, constitue même les seigneurs en 
dépenses vaines et ambitieuses. 

Le Tiers état demande que tous les couvents des deux sexes 
soient totalement supprimés puisqu'ils deviennent membres 
inutiles ; leur grande fortune serait bien mieux appliquée au 
paiement des dettes de l'Elat et à son entretien, ef les sujets 
que ces couvents renferment souvent contre leur gré. se conten- 
teraient bien d'une pension raisonnable pour devenir libres et 
utiles à l'Etat jusqu'à l'extinction de chaque individu, où le Roi 
alors deviendrait libre possesseur de leurs biens pour soulager 
son peuple et, si cela ne pouvait avoir lieu, (pi'ils soient donc 
imposés à proportion de leur revenu. 

Le Tiers état reconnaît que la justice est la lumière qui 
éclaire l'esprit et le cœur ; mais combien résistent à son 
empire et se portent à des injustices, fruits de la corruption 
des mœurs. C'est du sein de cette corruption que naissent tant 
d'abus. 

Le Tiers état demande donc, pour en diminuer le nombre, 
qu'un procès quelconque ne dure pas plus d'un an et que les 

21 



:S22 



liAlI.I.IAC.K 1)K si;z.\NM-: 



ollicifis {|ui l";i(lmiiiislrcnl soient inodores dans li-iirs liono- 
raires par un lahlcaii (|ui les fixera. 

Le Tiers état deinaiule que les lerniiers généraux soicnl 
supprimés non seulement parce que tous leurs agents, serviles 
domestiques, cette race de commis sont autant de lléaux pour 
les peuples (pie |)ar(M' rpie la meilleure affaire cpie l'on juiisse 
avoir avec eux est toujours perdue puisipi'ils sont le plus sou- 
vent juges et parties, ou (ju'en supposant (piils ne le lussent 
pas, i)ar considération , obligation ou présent, le paiixre peuple 
devient toujouis la dupe et, pour les remplacer, ne pourrait-on 
pas mettre un impôt lixe et modéré sur tous les objets de 
ladminislration (les(|uels ils sont cliargés, et le l'aire verser 
directement dans le trésor royal ? 

Le Tiers étal demande aussi (pie toutes les cbarges atlacbées 
à telle iKirtie d'administration (pielc{)n(|ue soient diminuées et 
réglées à un taux lixe sans (|u'aucun administrateur puisse pré- 
tendre une indemnité j)Our cause d'avancement dans les paie- 
ments ou surcroit de travail. 

Le Tiers état demande la remise des sommes payées pour la 
cor\ée, n'ayant point été ou très mal laite dans la pro\ ince de 
Cbampagne, et (|ue, restant supprimée en nature, le paiement 
s'en lasse toujours en argent, par les postes et les voituriers 
(pii, transportant les marchandises de province en pro\ ince. les 
écrasent par de trop grandes charges ; (jue l'entretien des ponts 
et chaussées construits aux liais du Roi ne soient i)oinl i)ris 
sur les communautés cpii supportent bien d'autres charges ; ne 
peu\cnl-ils siij)pléer notaniiiunl celui situé à (iranges. snr la 
rivière d Aube, (pioi(prà la vérité, M. l'Intendant de C-hampagne 
ait fait la promesse contradictoire de la remise des sommes 
avancées pour sa reconstruction (1)V 

Le Tiers état représente qu'il y a longtemps cpie le (iouvei- 
nenu'ut a demandé des moyens de soulager les cultivateurs de 
la province de Champagne; c'est bien avec raison, car, sans son 
caractère laborieux, sans son économie, on peut dire même sa 



(1> Arcli. (le lu }](inn\ (., HiU'i. l'ont sur r.\iil)f :i (ininfît-s-siir-Aubc : 
<lcviN, (lùlail csliiHiilir, adjiidicalion, plan (IT.VJ-IT.'),'}). Arch. de l'Anl'C. 

('.. Il'2.'> : Devis do fonstiuclion d'un pont lon}{ do IS toises .') pieds à faire à 
neuf sur la rivière «l'Auhe an village de (iran{,'es-sur-Aul)e, et d'une arilie en 
piene sur les marais de (lliieliey ; état des paroisses qui doivent lontrihiur 
aux réparations du pont de (îranges-sur-Aube (IT.'KJ-lTSti). 



CRANGIiS-SLU-ALliE 323 

grande sobriété, où en scrail-il ? Un sol peu Cerlile, des pâtu- 
rages maigres joints à des servitudes sans nomi)rc comme 
lods et ventes, cens et surcens et corvées envers les seigneurs, 
surtout dans la partie de cette province qui est située dans la 
coutume de Meaux (1), les tailles à un taux disproportionné à la 
fertilité du terrain, supportant comme les provinces les plus 
fertiles du royaume, toutes les autres charges de lÉlal, il est 
aisé d'entrevoir qu'il est dans la plus grande détresse. Mais la 
justice de notre auguste monarque ne lardera pas à mettre lin à 
tous ces maux, éclairé d'un ministre sensilile (|ui daignera 
écouter, (juand la circonstance l'exigera, les plaintes que cette 
malheureuse province sera dans le cas de lui faire parvenir, 
pour cause d'inondations, gelée, grèle, mortalité de bestiaux ou 
autres accidents imprévus (2). 

Le Tiers état demande qu'il soit établi une règle fixe pour la 
perception de la dîme dans tout le royaume, ou au moins déter- 
miné la manière de la percevoir comme ayant occasionné 
nombre de contestations et de procès ruineux pour le cultiva- 
teur, et si la subvention territoriale venait à se joindre aux 
charges de la dîme, les deux entraîneraient infailliblement la 
ruine totale tlu cultivateur, lui enlevant le moyen de pouvoir 
faire des engrais dont la province de Champagne a tant besoin. 

Le Tiers état demande la suppression des étalons dans tout 
le royaume comme onéreux à l'Etat et n'ayant point produit 
l'etTet qu'il en attendait. 

Le Tiers état demande la suppression des gabelles, et pour 
remplacer cet impôt onéreux au peuple, celui (jui en fera le 
commerce sera imposé en proportion de la vente qu'il en fera. 

Le Tiers état demande que tontes entraves et gènes pour le 
commerce dans le centre du royaume délivrées ; impôt sur 
l'étranger promenant des marchandises dans les [)rovinces du 
royaume et obligé de prendre un domicile. 

Le Tiers état demande la suppression de toutes charges 
concernant les eaux et forêts comme trop onéreuses à l'Etat et 
qu'il suffirait, pour faire la vente des bois du Roi, de deux offi- 



(1) \'oii' taliiers de Sézannc. page 22, et de Courcemain, page 225. 

(2) La paroisse de Granges avait déjà adressé des réclamations, en 1788, à 
r.Assemblée de l'élection de Sézanne, au sujet des inondations dont son terri 
toire avait soutïert. Les pertes furent évaluées à 1,200 livres. (Procès- ver- 
bal, etc. : Arch.de la Marne. C, 2009.) 



324 HA 11. M ACE IJE SÉZANNK 

l'icMs noninu's à vv[ l'Ilcl poui- loiil le royauiiu' en laissanl les 
y;ni(les qui h*s comscix cnl ainsi (|ii(' les rivières. 

Le Tiers élal (leinaïule t|iie Ions ollieiers allaeliés au service 
tle l'Ktal. soit clans l'ail inililaiie, soil dans la ujagistralure. 
tlans la tinanee, el î^énéralenunl dans toute espèce d'adminis- 
tration ou régie ilu royaume que ce puisse être, se comportent 
a\ec toute la fidélité due au Roi et à l'Ktat, el que, faute de ce 
laire, ils soient reconnus comme traitres à la i\drie. 

La paroisse de (iranges a la plus grande conliance dans le 
bien général cpie va opérer l'assemblée des Ktals généraux ; 
elle ne cessera de remercier le Très- Haut des bons etîets (ju'elle 
doit produire et, avec la plus grande soumission et la plus 
grande reconnaissance envers son Roi, adressera au Ciel des 
vœux ardents pour la conservation des jours heureux ((ue 
l'Assemblée des Etats généraux va lui produire ainsi (ju'à son 
pi'uple. 

Délibéré à (iranges en l'assemblée générale des habitants, 
cejourdiuli S mars 1789, en présence de l'ollicier de justice ijui 
a coté et paraphé les pages du présent cahier. 

DiCHAT, AvHLiNi:, Beuton, Pierre Renon, C.ohmami), 

Mil. LOT. Renon, etc 

pAgiET, grellier. 

(14 signatures.) 



Hl^HHISSh: 



Sl'If.VnoN ADMl.XISTli.VnVK I:T LCONOMIQIK.- .. .\ S lieues 
N. 14 N. E. tle Troyes, sur hi |)etitc rivière qui porte ce nom, ;'i 
2 lieues N. d'Arcis. » 

— Généralité île (lliàlons. élcelion de 'l'ruyes, couluiue de Meaux ; 
diocèse de Troyes, doyenné d'Arcis-sur-.\uljc, paroisse Notre-Dame, 
à la collation de l'évèque de Troyes alternativement avec l'abbé de 
Hebais (1) ; — poste ; grenier i\ sel d'.\rcis ; eaux et forêts de Sézanne. 



(1) Aujounl'lnii chef-lieu de canton, arrondissement de (loulommicrs 
(Seine-et-Miii ne». — Autrefois rabl)é de Hebiiis possédnit ;i Hcrbissc un 
prieuré de l'ordre de Saint-Uenoil sous le vocable de Sainte-Madeleine. (-v 
prieuré fut réuni nu |)ctil séminaire de Troyes en 17*21. {Arcli. ilv l'Aube, 

G, jy.) 



HERBISSE 325 

Aujourd'hui, commune du cnnton et do l'arrondissement d'Arcis- 
sur-Aube (Aube). 

— Dénoinbreineiil de IIVA-IIHI : 98 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique.— Population : 181 hommes, 183 femmes, 39 garçons et 29 lilles, 
soit : 432 habitants. — Recensement de 1906 : 309 habitants. 

— Seigneur : Le Roi (1). 

— Curé : Remy Vinchon. 

— Territoire : 3,400 arpents de terres labourables, 16 de jardins. 
7 de prés, 14 de vignes, ô de bois, 22 de terres d'usage, 800 de 
terres incultes. — Récoltes (an. com.) : 400 boisseaux de froment 
(1 2 3 pour 1) ; 9,00li de seigle (1 2/3 pour 1) ; 4,800 d'avoine (1 
pour 1); 3,000 de sarrasin (2 1 2 pour 1); 30 muids de vin (\n en 177.3). 
— 36 laboureurs ayant charrue. — 51 chevaux ; 160 bêtes à cornes ; 
443 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 2^ 7d 56; de la capitation et 
impositions accessoires : 42- 8'i 5 6 pour livre de la taille.— De 1777 à 

1786 : taille : 800 livres (en 1785) à 900 (en 1777> eu diminuant.— i:n 

1787 : 860 livres pour un revenu réduit de 6,334 livres, déduction 
faite de 112 livres de rentes passives (d'après le taux de l'élection : 
931 livres) (2).— En 1789 : taille : 880 livres; impositions accessoires : 
709 livres ; capitation : 6()5 livres ; total : 2,254 livres. 

— Dîmes : A l'abl^é de Rebais et au petit séminaire de Troyes. 



ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. - La paroisse d'Herbisse était 
composée de 95 feux. — L'avis pour la convocation des Etats géné- 
raux fut lu et publié le l''" mars 1789. — Les habitants se réunirent 
le même jour, sous la présidence de Jean-Baptiste Corr.\hd, syndic 
de la municipalité. — I>e procès- verbal ne donne pas les noms des 
habitants (jui assistèrent à cette réunion. On trouve, au bas du docu- 
ment, les signatures de Mauclaire, P. Niquet, Arnout, Nicolas Aviat. 
J.-B. Richard, E. Macherey, Macherey, P. Mérat, .1. Drouot, J.-F. 
Corrard. N. Celliez.J. Arnoult, E. Simonnot, A. Clamange, F. Lécuj'er, 
P. Denis, père de famille, .\. (îouverne, L. Llamange, P. Pourrez, 
Louis France, (Jluellard , E. Aviat, N. Macherey, Edmc Margot, 
A. Brodard, N. (élément, J.-B. Guillemot, Nicolas Drelon, et encore 
sur le cahier, Dominique Oudet, J.-B. Macherey, Edme Quellard. — Les 
députés désignés furent Jean-Baptiste Corr.vhd, syndic de la munici- 
palité, et Antoine M.\u(:l.\ihk. 



(1) « La terre, dit Courtalon, est une seigneurie du domaine ro3al et la 
justice y porté le titre de prévôté royale. 

(2) La taille n'aurait dû être que de 820 livres comme en 1786 ; elle 
avait diminué d'année en année depuis dix ans, avec le revenu des biens ; 
mais les officiers de l'élection « l'augmentèrent de 40 livres pour la rapprocher, 
flisent-ils, du taux <> de l'élection qui aurait donné 931 livres. (.4;(7i. de la 
Marne. C, <S'0.'>.) 



326 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

Arch. rcrol. de Svzannc, A, 'i'.)': Procés-\ lt1);i1 ; — .4, -if)'' : Cahier : 3 feuil- 
lets eotés et paraphés par C.orrard, avee couverture portaut l'indication : 
« Cahier de plaintes et doléances faites par la communauté d'Herbisse pour 
l'assemblée des trois états à Sézanne ». 

SorncKs doc. acc. — Arch. de l'Aube, C, ÎUJo : Milice.— C, i'ilS et l'il'i : 
.administration de la communauté ; tailles ; états des habitants ; 
récoltes; industrie (1), etc. : rues; comptes des syndics; pâture; droit 
de chasse des habitants (2). — G, 24 et 16 : Inventaire de l'évêché de 
Troyes des biens de l'église et du prieuré d'Herbisse. - G, iO : Union 
du prieuré d'Herbisse au petit séminaire de Troyes. — G, 66 et suiv. : 
Nominations de curés et de prieurs (1554-1782). — G, 2/7 : Création 
d'un vicaire à Herbisse (1780).— G, 232 : Vente de biens du prieuré au 
xvr siècle. — G, 300 : Procès du prieur d'Herbisse avec les abbés 
de Heaulieu et de Bassefontaine au xv siècle. — G, 6.W : Paroisse 
Notre-Dame d'Herbisse; biens de la cure, de la fabrique, de la cha- 
pelle et du i)rieuré. — G, t2'iH : Censives du chapitre de la cathédrale 
de Troves à Herbisse ; — etc. 



CAHIER 

Plaintes el doléances faites par la communauté d'Herhisse- 
sous-Villicr assemblée le 1"' mars par le sijndic en cette 
année V/8U. 

c H A P 1 T \\ !■: P H 1-: .M 1 H H 

Nous somiiu's lotis les ciilanls d\\\\ iiiènie i)C're. Cependanl 
nous voyons, d'un côté, l'abondance, les richesses, les distinc- 
tions et les privilèges, et de l'autre, la peine, le travail, les 
veilles, la faim, la soit" et la misère. La divinité bienfaisante, 
touchée de nos maux, a sans doute formé le co'ur di- noire bon 
Roi el lui a insjjiré le noble courage de donner à son [)eu|)le la 
liberté de réclamer ses droils. Plein de reconnaissance pour la 
divine Providence el i)our la boulé |)alernelle de Sa Majesté, 
nous sentons déjà, pour ainsi di:e, un nouveau sang circuler 
dans nos veines, el l'esjjérance renaître dans nos coL'urs, 

Nous savons (pi'il nous faut des chefs, (pie ces chefs doivent 
avoir une anloiilé suflisante |)()in- conlcuir clia(|ue parlicidiei- 
dans son (!e\oir cl dans robéissance aux lois. Mais il faiidiail 



(\) Herbisse comptait, en 1787. 8 métiiTs à bas dont l'établissement com- 
mença en 1775 ; 11 personnes filaient le colon. 

(2) Le ministre Amelot adressa à l'intendant une lettre au sujet des incon- 
vénients que présentait l'exercice du droit de chasse p;ir les hai>itants 
d'Herbisse. Dans sa rc'iionse. iiiilen(i:inl tDiit lut à ce (|u'ils y soienl inain- 
UnuN. 



HERBISSE '^21 

que les lois fussent plus claires et plus générales; par ce moyen 
elles deviendraient moins arbitraires, et le malheureux en serait 
moins la victime. Il faudrait encore qu'on diminuât le nombre 
des chefs subalternes et qu'on retranchât cette multitude de 
commis ijui nous écrasent et nous enlèvent le nmrceau de j)ain 
qui est le fruit de nos travaux. 

Le Français s'indigne contre la tyrannie, il serait donc (1) 
convenable de nous décharger de toutes les entraves qui nous 
tiennent dans lavilissement et dans une crainte perpétuelle. 
En conséquence, nous nous croyons fondés à demander la 
liberté du commerce, surtout pour le sel, le vin et les choses de 
j^remière nécessité, l'abolition des tailles, vingtièmes et autres 
impositions dont la multiplicité nous enlève un faible produit 
arrosé de nos sueurs. Il serait encore à souhaiter cpie des pro- 
cès, engendrés par l'obscurité des lois, ne vinssent j)lus envahir 
les épargnes de nos pères. Alors un esprit nouveau viendrait 
animer nos âmes et nous donnerait des sentiments qui feraient 
de nous tle vrais Français, amis de la vertu et toujours prêts à 
se sacrilier |)our le bien et la j)rospérité de l'Ftat. 

CH.AIMTIU-: SKCOXD 

Muijcils (le pourvoir aux besoins de l hUil. n la pruspcrili' 
du r iijnume. de tous et de chacun des sujets de Sa Majesté. 

1" On pourrai! établir l'imijot territorial sans que personne 
{nil prétendre à aucune exemption. Pour éviter les inconvé- 
nients de cet impôt, on abolirait la dime ecclésiasli(|ue et autres 
droits semblables ; 

2" Pour remplacer la dime ecclésiastitpie et autres droits, les 
députés aux Etats généraux trouveront sans doute des moyens 
de satisfaire ceux qui se croiraient lésés. Par exemple : on exa- 
minerait si le bien que possèdent les moines est bien ou mal 
employé ; si on le jugeait mal employé, ce serait le cas de for- 
mer une caisse de religion ; 

.> Si l'impôt territorial ne sullisait pas, on imposerait les 
objets de luxe, ceux (|ui ne sont pas de première nécessité et 
dont on peut se passer ; 

4'J On rendrait ies lois plus claires, plus générales et par 

(1) Ici on ;i nnc- le mot : « l'i souliaitcr ». 



328 BAILLIAGE DE SÉZANXE 

conséquent moins susceptibles d'interprétation ; dans ce cas, 
les officiers des nuinicipnlités seraient d'un grand secours. 
Ils dresseraient les allégations des parties, et le juge serait bien 
plus en état de prononcer sur un exposé clair et simple que sur 
un fatras de termes et d'incidents inventés par la cupidité, inu- 
tiles à l'objet principal et plus favorables à l'intérêt des prati- 
ciens qu'à celui des parties intéressées; 

50 La corvée en nature a ses inconvénients ; mais la corvée 
en argent a aussi les siens, car toute imposition en argent, lors- 
(ju'elle devient forcée, sent toujours un peu l'arbitraire et nuit 
par là même à la liberté. 'Entre deux extrêmes, il faudrait donc 
trouver un terme moyen. Par exemple, chaque ville, chaque 
bourg, chaque village serait obligé à faire ou à entretenir une 
certaine étendue de chemin à raison de sa population et de ses 
richesses. Chaque corps ou cha((ue particulier serait obligé à 
faire un certain nombre de pieds ou de toises à raison du bien 
qu'il posséderait ou de l'argent (pi'il ferait valoir. Ceux qui ne 
seraient pas dans le cas de travailler à la corvée feraient faire 
leurs ({uotités à prix d'argent ; tels sont les commerçants, les 
veuves, les ecclésiasti(jues, la plu[)art ties nobles et ceux (jui 
sont occupés aux fonctions de la magistrature. En général, tout 
homme (jui ne travaille pas, doit ré(|ni\'alenl de son travail. 
Outre les services intéressés f|u"il rend à la patrie, il lui doit 
encore les services onéiTux sans les(|uels l'Ktat ne peut subsis- 
ter, car si une fois une seule peisonne du royaume, de (|uel- 
qu'état et de ({uel(|ue (jualilé (|u'il soit, vient à être exem|)l des 
charges j)ubli(iues, adieu la liberté ! (il ne s'agit pas ici de la 
liberté naturelle, mais de la liberté civile (pii est limitée par la 
volontc' gi'néraic) ( 1 ) les abus se multiplieront, l'esclaN âge éten- 
di-a par degré son \()il(' ténébreux. v[ VE\:\[ ictombeia dans un 
état pire (ju'auparavanl. 

Puisse une seule et uièuie àme animer les trois corps réunis ! 
Puissent les préjugés s'évanouir (le\aiit les députés respectables 
(pii (loixcnt discuter les inléièts de la Niilion. Que les tristes 
resli's (lu i(''gime letxhil soieiil |h)iii jnniais enfouis ; que 
riioumu ne soit |)his axili et ipie le seul litre de citoyen réu- 
nisse sous les nu-mes lois tous les luembres de la Patrie. 
Hesjjeclons le prini'e (|ni a entre hs mains le pouvoir exi-culif 



(1) Oc'ltc obsiTViiliiiii fif,'urc' iii iiKir^îf. iii rein ni. 



HERBISSE 329 

qui ne peut cesser un instant sans un bouleversement général, 
et ne portons point une main audacieuse sur ses ministres qui 
travaillent par ses ordres et sans lesquels le pouvoir exécutif 
devient nul et sans elTet pour le bien général. Mais le despo- 
tisme ? Le despotisme est un fantôme de votre imagination ; 
c'est parce que le Roi s'oppose à votre tyrannie que vous criez 
au despote. Vous faites sonner bien haut les corps intermé- 
diaires comme les seuls capables d'arrêter le torrent qui nous 
entraîne vers l'esclavage ; mais ces corps intermédiaires, que 
sont-ils eux-mêmes, sinon des despotes dont nous avons à nous 
plaindre et dont la résistance donne occasion aux débats qui 
doivent décider de notre sort. Nous pourrions comparer ces 
corps intermédiaires à des géants qui couvrent de leur masse 
toute la Nation et qui cherchent à abaisser l'autorité suprême 
afin de réunir en eux seuls tous les droits de la Nation, c'est-à- 
dire le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Les scènes qui 
se sont passées et les écrits séditieux que l'on fait courir dans le 
public en sont des preuves qui frapperaient les yeux les moins 
clairvoyants. Mais, n'est-il pas étrange qu'on ait pu soupçonner 
le prince régnant de tendre au despotisme, lui qui a établi les 
assemblées provinciales, lui qui voulait donner à l'Fltat une 
cour plénière conservatrice des lois et du pouvoir législatif, 
cour dont l'autorité eût été sans inconvénients, surtout si ce 
corps n'eût point été permanent et qu'on eût réglé des inter- 
valles durant lesquels il serait resté supprimé. Nous pourrions 
nous étendre davantage sur les preuves multipliées que le Roi a 
donné de son amour et de sa bonté pour son peuple; mais lais- 
sons à la postérité le soin de lui donner le rang qu'il mérite. En 
attendant ([ue l'on couvre de honte et de mépris quiconque 
regarde comme une folie ou comme un attentat le projet de 
rendre un peuple heureux. Pour nous qui habitons un sol stérile 
dont le produit vaut ù peine les frais de la culture, que devien- 
(hions-nous si le parti anti-ministériel venait à l'emporter ? 
A la merci des tyrans, il ne nous resterait d'autre ressource que 
le désespoir ; mais éloignons de nous de pareilles idées, et osons 
espérer. 

Fait à Herbisse et rédigé en |)résence du syndic, dans une 
assemblée de ladite communauté tenue le 5 mars 17(S9, et ont 
signé : J.-B. Corrard, syndic, Mauclairr, Dominique Oudet, 
.I.-B. Richard, etc (32 signatures.) 



330 BA II. Il ACE DE SÉZANNK 



JOISELLI^ 



SITUATION ADMINISTRATIVE HT KCONOMIQUE. - « A quinze 
lieues et demie N. N.O. de Troycs, dans la Brie, sur le Grand-Morin. » 

— Généralité de Chàlons, élection de Sézanne, coutume de Meaux ; 
— diocèse de Troyes, doyenné de Sézanne, paroisse des Saints-Inno- 
cents et Saint-Antoine, à la i)réscntation de l'abbé de Notre-Dame 
de Vertus. 

Aujourd'hui, commune du canton d'Esternay, arrondissement 
d'Épernay. 

— Dénombrement de 1773-1788 : 34 feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 68 hommes, 71 femmes, 15 }*arçons i'[ 12 filles, 
soit : 166 habitants. — Hecensemenl de lOOd : 193 habitants. 

— .S'('//y/j('/z/' .• .Iules-François de Cotte, chevalier, conseiller d'Etal, 
intendant du commerce, seigneur de la baronnie et ])aroisse de 
Réveillon, de la seigneurie et paroisse de Villeneuve-la-Lionne, des 
seigneuries de Champrond, le Mesnil-Tartarin, le Bois-Frais, les Meurs, 
de la seigneurie et paroisse de .Toiselle ])our les trois (|uarts (1), des 
seigneuries de La Queue, Gham|)agncmay-ht-Fc)sse, du fief et sei- 
gneurie de Doussigny, située sur la paroisse de Ti'éfols, de la seigneu- 
rie de Baleine, située sur la i)ar<)isse de Maisoncelles, de la seigneuiie 
et i)aroissc de Saint-Martin-du-Boschel, des seigneuries de Toulottc 
et Belleau pour moifié, des seigneuries de Pothier et Vaulevraull 
situées sur la paroisse de Villeneuve-la-Lionne, aussi pour moitié, — 
ledit chevalier de (lotte demeurant à Paris, en l'hôtel de ("-otte, aux 
galeries du Louvre, paroisse Saint-tiermain-l'Auxcrrois. 

— (Airé : Gharles Pilon de Géry, prieur-curé (2). 

— Territoire : 1,212 arpenls de terres laboural)les. 11 de jardins, 
102 de prés, ()4 de bois, 'M) de (erres incultes. Recolles (an. com.) : 
4,676 boisseaux de froment (2 pour 1) ; ."),.")()() d'avoine (2 pour 1 ), 
N muids de cidre ou poiré— 16 laboureurs ayant charrue. — .■')n che- 
vaux ; 105 bêtes à cornes ; 800 bètes à laine. 

— fmf)osilions : Taux de la taille : 3> ll'i ."> S ; de la cai)ilali()n el 
des impositions accessoires: 31 ~ 11'' 3/8 pour livre de l;t taille.— De 
1778 à 1787: taille : 160 livres (en 1779) à 510 (en 1787). — lin 1788 : 
510 livres (taux commun de l'élection : .500 livres) pour un revenu 
réduit au taux de 2,643 livres, déduction lailc de 379 livres de rentes 
passives. — En 1789 : taille : 190 livres ; inq)ositi()iis accessoires : 
390 livres; capitation : 370 livres ; total : 1,2.511 livres. 

— Dimes : Au prieui-curé au l.'i com|)le 



(l)La sci(,'nciiric ;ivait appartenu au marquis d'Arften.snn, lieutenant 
j{énérai de poliee de Paris. I.e seij,'iu'iii (\v N'eiivv i)(issé(l;iil le diriiier 

quart. (\'r)ii- eelle eonnniiiiaiilé. ) 

(2} La iiirc de .loiselle élail un piieuie de l'oidre île SaiMl-.\uj,'Usliii. 



JOISELLE 331 

PROCÈS-VERBAL. — La paroisse de Joiselle ne paraît pas avoir 
l'ait de procès- verbaL — En tête du cahier, on a indiqué le nom des 
deux députés auxquels il fut remis : Maui.noir, notaire royal (1), et Juste 
CoLLOT, laboureur aux Hublets (2).— A la lin du cahier, on remarque 
encore que le notaire Maulnoir fut requis comme officier public pour 
venir présider cette assemblée. 



Arch. révol. de Sézanne,A, 50: Cahier de 11 pages uon cotées ni parapliées. 

SoLRChs DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C, 1036 : Capilation. — C, 1730 : 

Atelier de charité.— C, 1853 : Église et presbytère. - Arch. de l'Aube, 

G, 80 et suiv. : Nominatious de curés-prieurs (1581-1764). — G, 662 : 

Paroisse des Saints-Innocents de Joiselle ; dîmes ; revenus ; plans ; 

etc. 

CAHIER 

Cahier des doléances, plaintes et remontrances des habitants de 
la paroisse de Joiselle, pour être remis par sieur Maulnoir, 
notaire royal, et Juste Collât, laboureur aux Hublets, à 
rassemblée du bailliage de Sézanne qui se tiendra le lundi 
9 mars présent mois et jours suivants. 

Le vœu de Sa Majesté étant d'établir un ordre constant et 
invariable, et de faire le bonheur de ses peuples, rassemble 
tout son royaume pour la convocation des Etats généraux et 
lui permet de remontrer, aviser, proposer et consentir tout ce 
qui peut concerner les besoins de l'Etat, la réforme des abus, la 
prospérité générale du royaume, en un mot d'écouter avec cette 
bonté paternelle toutes doléances sans distinction de rang. En 
conséquence, les habitants soussignés de la paroisse de Joi- 
selle, assemblés d'après les ordres de Sa Majesté et l'ordonnance 



(1) Savinien Maulnoir des Ronces, notaire à Courgivaux, dirigea les opé- 
rations de Joiselle, Maisoncelles et Saint-Martin-du-Bochet. — Il fut élu juge 
de paix du canton de Courgivaux en 1791, nommé en l'an II agent national, 
puis en l'an IV commissaire du pouvoir exécutif prés l'Administration dudit 
canton ; il avait gardé cependant sa charge de notaire qu'il conserva jusque 
sous l'Empire. Il mourut à l'hospice de Sézanne le i;{ décembre 1826, à 75 ans. 
— Son rôle, pendant la révolution, dans cette région, a été des plus actifs. 
(\oir la préface.) 

(2) Hameau dépendant aujourd'hui en partie de Joiselle, en partie de 
^'ilieneuvc-la-Lion!lc. — Plusieurs autres hameaux étaient rattachés à Joiselle : 
Liguiére (aujourd'hui ferme), Champagnemay en partie, les Bois en partie, 
le Comte (aujourd'hui moulin), la Queue, Beauregard, la Fosse, les hauts 
et bas Bécherets. 



332 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

de M. le Bailli de Sézanne, notifiés par l'assignation à eux 
donnée en la i)ersonne de leur syndio. le 28 février dernier, 
observent : 

Article 1*^'. — Que le rôle des tailles, depuis quinze ans, a 
été doublé en leur paroisse, quoiqu'il n'y ait ni plus de débou- 
cliés pour vendre leurs récoltes, ni plus de commerce, ni plus 
de population, et que cette taille, ainsi trop forcée, écrase 
d'autant |)lus les habitants qu'elle est toujours mal répartie en 
ce (ju'il y a de la laveur ; (jue, d'un autre côté, leur territoire, 
composé d'environ 2,ô()U arpents, est, pour la majeure partie, 
exempt de taxe, puisque l'Église, cure ou seigneur, ont entre 
eux trois l,5(i() arpents (1). 

Article 2. — Que, pour remédier n l'article ci-dessus, les 
habitants désirent qu'il n'y ait aucune exemption ni distinction 
entre leurs biens, ceux des nobles et ceux du Clergé; ipie . la 
taille ou impôt qu'il plaira à Sa Majesté établir soit territorial, 
et que taille, vingtième, dixième, subsides, entrées, etc., en 
droits loyaux, soient réunis sous une seule dénomination ; 
qu'en ce cas, l'assiette en sera aisée et pourra se l'aire en assem- 
blée municipale, sans frais, portée de même en la ville la plus 
proche (|ui, sans frais ni vexation, seiail tenue de la faire 
passer au trésor royal, pour pouvoir supprimer toutes charges 
de receveurs des tailles, Aingtièmes, etc., charges onéreuses à 
l'hltat par les attributions accordées, la manière de rendre leurs 
comptes, les banqueroutes fréquentes (|ue le luxe leur fait 
faire ; et que la manière de lever celte taille essuie une sorte de 
vexation par des Suisses ((ue les receveurs envoient et (jui, en 
une matinée, font (juatre à cin([ villages (jui leui- valent ôOtt 
(ju'ils partagent avec leurs conmicltants ; {|u'au lieu de ci's 
sortes de gens, il faudrait autoriser clKupie village à se seivirdu 
sergent de la justice aucjuel seraient payés 30 |)oiii- toute sa 
journée, pour tout le village, et 10 seulenu-nt |)ar saisie. 

Ariicli.. — Qu'a cette taille se joint actuellement l'imposi- 
tion lie la corvéi', encore léparlie |)ai' caprice, puiscpie dans la 



fl) \'oir les rciiseijjiuMiuMits ci-dessus sur la situation économique. — Lv 
dénombrement de ITT.! indique \,'2\'2 arpents de terres ial)oural)les. On sait 
que ce cliifTre est celui des terres soumises à la taille ; l'état îles tailles de 
17H8 (.4rr/i. tie la Maine, ('.. SO'n donne l.'JMi arpents j)our les taiLlai)les. dont 
1,111 (II- lerres labourables. 



.lOlSKLLE ;Î33 

généralité de Paris c'osl à raison de 2- pour livre, et dans celle 
de Champagne (1) ',i et qu'encore tous les villages éj)rouvent 
(juelques dillérences : taxe à réduire ! et s'il en reste quelque 
chose, les soussignés supplient Sa Majesté d'ordonner que 
chaque endroit coulrihuable aura droit de faire employer cette 
somme, non seulement au chemin qui l'avoisine le plus, mais 
encore, comme tous les villages n'ont pas l'avantage d'être 
traversés i)ar des routes, (jue ceux qui en sont éloignés seront 
autorisés à retenir, de quatre en quatre ans, le montant de leur 
taxation dune année pour l'aire un chemin particulier de leur 
village pour gagner la partie la plus près du grand chemin 
royal avoisinant, sans quoi ce dernier n'est d'aucune utilité au 
cultivateur ni Tiers état, et l'ail une charge cruelle sur lui, 
dont les riches seuls profitent. 

Article. - Que la partie des ponts et chaussées, intéres- 
sante à tout l'univers en elle-même, est devenue l'une des plus 
cruelles charges au public ; des directeurs, inspecteurs, vérifi- 
cateurs, ingénieurs, sous-ingénieurs, entrepreneurs, commis, 
piqueurs sans nombre, ont des gages excessifs; que si quelques 
terres, ignorées lors d'un alignement bien pris, s'achètent par la 
suite par un seigneur ayant du crédit, sans s'embarrasser d'un 
coude d'une lieue, d'une montagne à couper, d'une rivière à 
traverser, on dérange la route pour la conduire devant le châ- 
teau, sans s'embarrasser d'une lieue de chemin faite, de milliers 
de toises de pierres perdues, de déblais, remblais immenses, 
et 2 ou 300 louis donnés à un ingénieur font en un instant 
perdre des millions pris sur le peuple ; les ponts et chaussées 
disent que le premier ingénieur s'est trompé, et le Tiers état ne 
doit rien dire ! Aujourd'hui ((u'il lui est permis de dénoncer les 
abus, il le fait et espère qu'à l'avenir tous grands chemins 
seront alignés de villes à villes, que rien ne pourra changer 
une bonne et courte direction sous peine corporelle d'ingénieur, 



(1) Le mot <( Sézanne » avait été précédemment écrit ; une autre main l'a 
rayé pour mettre au-dessus « Champagne ».— Sur la corvée dans la généralité 
de Cliâlons et sa conversion en une prestation en argent ordonnée par décla- 
ration royale du 27 juin 1787, voir Bailliage de Chûlons. cahier d'Aulnay- 
l'Aître (p. 53), Arch. de la Marne, C, 1553, 16i3, 2803 ù 2870 et aussi la préface. 
— Sur le calcul du taux de la taille et de la corvée voir, aussi le procès-verbal 
des séances de l'Assemblée provinciale de Champagne, etc. (inip. Seneuzc, in-4», 
p. 238 et suiv. ) 



334 HAII.LIAC.E I)K SIlZANMi 

si'ul i*ra(lc' (|ui ck'vra'.l reiircnncr les aiilrcs de celle parlie el 
réduit néanmoins à un Irentiènie. Ce sérail un grand soulage- 
nienl au Tiers étal. 

Article. — Que Tun des plus grands secours que doit 
réclamer la France (mais singulièrement le Tiers état comme 
étant le plus chaigé el le plus pauvre), est la diminution du 
pri\ du sel, ou plulol (jue le commerce en soit ijermis el libre; 
alors il ne coûtera pas ])lus cher (pi'à l'endroit où il se tire, 
sinon les frais de transport ; les malheureux (jui sont chargés de 
veiller, travailleront à la terre ; l'agriculture qui a besoin del)ras 
en trouvera et personne ne sera plus exposé, soit pour Caire ce 
commerce, soit pour lempèchcr ; le Roi se conservera des 
hommes dont la vie est chère à son cœur. 

AuTiCLE. — Que les imi)ôts mis sur les vins, les cuirs, les 
l'ers, charbons, etc., sont encore très onéreux par leur percep- 
tion ; une l'oule de commis, employés, avec des grades inventés 
pour dilYérencier la solde, le premier comme le dernier ne sont 
pas plus instruits ; à leurs gages, mal gagnés, la ferme a atta- 
ché une remise de (juail, tiers, moitié des amendes sur procès- 
verbaux (pi'ils i)euvent faire, en sorte qu'ils ne rêvent (jue 
fraude et savent en constater sans qu'il en existe, exposent la 
fortune et quelquefois la vie des débitants, et par toutes les 
vexations ne font pas assez rentrer au profil de l'I^tat pour ne 
pas désirer l'anéantissement d'une pareille |)erception ; i\uv 
cette partie de commerce soit également libre en faisant sup- 
l)orter aux vignerons une taxe leriitoiiale à rar{)ent comnu' 
pour l'agriculture, et que cette jonction d'im|)(')t à la taille soit 
en si juste proj)orlion (ju'un vigneron j)uisse vendre une i)ièce 
de vin comme un laboureur \vnd un seplier de blé. 

La sup|)ression de tous commis est un objet d économie, car 
cliaque élection fait une ilépense de plus de .lO, ()()()* chacune, el 
à quoi est bon un commis réformé? A faire un cabaretier frau- 
deur parce qu'il connaît tous les détours. 

Article. — Que la suppression des inqxMs dénommés el 
répartition de celui à lixer ne doit éjiargner aucuns rangs et 
particulièrement le Cleigé (|ui. dans le haut grade, a assez 
communément cent, tleux cents et trois cent mille li\res en 
bénélices cjui ne servent (ju'à éloigner nos seigneurs des arche- 
vêchés, évèchés, à empêcher ces premiers i)asteurs de veiller 
sur vvu\ inférieurs el, passant leur \ie dans l'abondance. 



JOISELLE 335 

carlu'iil au gouveinc'im>nl leurs revenus par des contre-leltres et 
|)()ls-de-vins (jui, aux mutations, ruinent les fermiers, mais rem- 
plissent leur l)ut en contribuant pour très peu aux charges de 
l'État ; 

Qu'après ce rang, vient celui des communautés dont la 
quantité est ilii'ficile à numérer el les revenus impossibles à 
énoncer. Leur vie claustrale n'est pas assez sédentaire pour 
édifier, el parmi les Clugnistes, Bernardins, Prémonlrés, il est 
rare de trouver une communauté qui n'ait des bois énormes, 
vastes prairies, maisons somptueuses, et au titre de seigneurs 
de paroisses qu'ils ont tous soin d'avoir, on ne voit jamais 
réunis cet empressement de contribuer aux charges de l'État, 
l'envie de former des maisons d'éducation, des établissements 
de charité, soit pour les malades, soit pour le secours des 
pauvres passagers ; voilà singulièrement la classe où l'État doit 
trouver des ressources ! Plus Sa Majesté autorisera ces mai- 
sons, moins elle aura d'agriculteurs, seule classe qui soutient 
tout, el moins elle aura de soldats et de secours. En séculari- 
sant les deux tiers de ces moines, elle soulagera son peuple qui, 
remis comme il doit être, sera en état, à la moindre circons- 
tance pressante, de présenter à son souverain tout ce que 
l'amour et la fidélité peuvent lui inspirer. Les ordres men- 
diants, quoique vivant d'une rétribution volontaire, sont encore 
très à charge. Des malheureux recevraient ce que les bonnes 
âmes leur adressent, le nombre des pauvres serait donc moins 
grand ; mais à cet égard il faut des hôpitaux, ce sont les plus 
beaux étal)lissements pour l'humanité, alors que cette dernière 
classe de moines soit occupée à servir, à confesser, à desservir, 
prêcher, instruire la jeunesse, et lorsque chaque individu se 
rendra ainsi utile, il servira son prince et sa Patrie. 

Amticle. — Que Sa Majesté, en permettant d'énoncer les 
abus et en voulant bien recevoir les moyens d'y remédier 
n'apprendra pas avec indifférence la charge que supporte son 
peuple de campagne relativement aux dîmes qu'il est obligé de 
payer. Celte rétribution est regardée par quelques personnes 
comme due de droit divin, tandis qu'elle n'est qu'une offrande 
faite par pure volonté d'habitants qui, ayant alors des prêtres 
qui priaient pour eux, ont cru devoir leur faire offrande d'une 
portion, ce qui a commencé sous Charlemagne. Mais depuis ce 
temps, tout est bien changé : les prêtres n'ont plus prié; aujour- 



3.% HAil.MAC.K DE S1-;ZANNK 

(l'hiii ils coiiinu'iccnl |)res(|iu' ;uissi ouvcrlonuMil quv le laïc; 
ils |)oiirsiii\(Mil ce dernier sans rémission pour le paiement 
même d'une gerhe el savent si bien l'aire valoir leurs droits de 
(limes (|ue les fermages de chacun vont communément de 
2, 'A. 4,00n^t et (luelquefoisà 10, 12 et 15,0l)0tt. Us exigent ensuite 
un presbytère immense, des enclos, jardins, entretiens de 
toutes réparations du bâtiment cfu'ils se t'ont donner, el par- 
dessus, perçoivent un casuel jiour marier, baptiser, enterrer, el 
l'ont de ces dernières rétributions des vexations continuelles, 
en mettant à contribution une |)auvre veuve (jui perd tout en 
|)erdant son mari, el des enfants qui, souvent, n'héiitenl pas 
pour payer l'enteirement. Il est donc un vo'u universel, c'est de 
supprimer celle dîme, puis(|ue le motif des prières qui l'ont fait 
naître n'est pas rempli, el (ju'au lieu de cette rétribution, 
l'assemblée municipale soit tenue de régler et payer un rôle 
pour la subsistance de son curé en proportion de ses fonctions 
et de la difficulté plus ou moins grande d'administrer ses 
secours, mais toujours sans casuel, pourvu (|u'on lui fasse 
1,201) à 1,400 tt sans le logement. 

Ahtk.lk. — Que, dans le cas où Sa Majesté n'adopterait pas 
ce changement, qu'au moins il le soil toujours pour l'anéantisse- 
ment du casuel dans toutes les cures où il y a dîme ; qu'ensuite 
cette dîme, qui est |)rise franche de charges sur l'agriculteur, 
en supporte une territoriale sui* le décimateur, laquelle serait 
employée : 1" A la bâtisse de son presbytère et à son entretien, 
au chœur et clocher de l'église, aux murs des cimetières, tous 
objets (fu'on a regardé juscpi'à i)i-ésenl comme devant être sup- 
portés par les habitants, objets encore extrêmement onéreux, et 
viennent les écraser avec tant d'autres, et d'un autre côté est 
une pépinière à procès entre les habitants et leur curé (1) qui, 
presque toujours, empêche cette union tant à désirer entre 
un pasteur et ses brebis. Kniin, sur cet article, comme la per- 
ception d'un juste impôt sur celle dîme serait jjIus que suffi- 
sante à l'entretien des presbytères, chœur d'église et cimetière 
ordinaire, que le surplus serait employé en des secours de 
charité administrés par un bureau à l'aide duquel on empêche- 
rail la mendicité, objet encore de la première importance (2). 



(1) Arch. de la Mante, C, 1853 : Hglise et presbytère de Joiselle. 

(2) Voir caliiers d'Aulnay-aux-Plaiiches cl MalmiKiios (BuilUaijc de C.hù- 
luns, p. 45 et 44.')) et de lioiss\ -Ic-Hcpos (Uuilliiuic ilc Sczunite, p. 11.')). 



.lOISELLK '.VM 

Ahticlk. - Que, relativement à la Noblesse, elle jouit, au 
détriment du Tiers étal, de droits de directes sous trente déno- 
minations différentes qui, pour la plus grande partie, ont une 
perception si bizarre|qu'il est difficile de l'acquitter sans con- 
testations. Il n'est pas qu'un canton éclairé n'ait démontré à 
Sa Majesté combien ces droits de lods et' ventes, cens, relots, 
saisine, etc., sont odieux et exposent à des procès ruineux: ces 
droits ont pris naissance dans un temj)s de servitude et lorscjuc 
les seigneurs menaient leurs vassaux à la guerre; aujourd'hui 
ces seigneurs n'ont plus ces charges; au contraire, ils joignent 
à l'honneur de servir et d'être utiles, celui des places et décora- 
tions, et encore d'être payés en courant à la gloire. En suppri- 
mant ces seuls restes de servitude, ce nest j)oint attaquer une 
servitude ; c'est soulager le j)euple et, d'ailleurs, la cause pre- 
mière ayant cessé, la seconde est une suite indisj)ensable. 

Article. — Que le droit d'avoir justice en général jirésenle 
encore de plus grands inconvénients ; en exceptant les princes, 
peu de seigneurs ont des terres (|ui vaillent la peine d'avoir 
justice montée de gens instruits; ils n'ont point d'appointements 
et vont exercer leurs talents en un climat où ils reçoivent le 
prix de leurs talents. Delà, les petites justices sont exercées par 
de jeunes gens qui ignorent coutumes et ordonnances, et 
quoique sans autre science que de se faire bien payer et d'enga- 
ger les parties en de mauvaises affaires, viennent à bcjut d'en 
ruiner la majeure partie, abus auquel il serait aisé de parer en 
supprimant toutes justices qui n'auraient pas un arrondisse- 
ment de dix paroisses au moins, présidé i)ar des avocats qui 
auraient exercé et prendraient ces places comme retraites, et 
que, relativement à la procédure, il y eût un règlement qui fixât 
celle à temps le plus sommairement possible, autrement sup- 
pression de tout. 

Desquelles doléances, les habitants soussignés ont chargé 
lesdits sieurs Maulnoir et Collot pour, comme dit est, être par 
eux portées à l'assemblée du bailliage de Sézanne. Pour la pré- 
sidence et rédaction desquelles doléances était ledit >P Maulnoir 
requis par l'assemblée comme officier public, ainsi qu'il est 
permis esdites ordonnances. 

Lesdits jour et an susdits. 

Bertin, syndic, .Jean Lelong. Pierre .Iambk. Levasselh, 
Collot, Laplaige. Cjérard. (7 signatures.) 

T2 



3;i»S K.Ml.I.IAC.K 1)1-; SI-./.AN.\K 



L'ABBAYE-SOUS-PLAN CY 



SITUATION ADMINISTRATIVE HT KCONOMIQUH. - « A <S lieues 
N. de Troyes, prnclie la rive droite de l'Aube, à 1 2 lieue O. de 
PlaïK'N . » 

— (iénéralilé de Cluiloiis, éleclion île Trox es, eoutuMie de Meaux ; 
— diocèse de Troyes. doyenné dArcis-sur-Aube, |)aroisse Sainl-Mai'lin, 
à la collation de l'abbé de Molesnies (1 ); — jjjrenierà sel d"Arcis-sur- 
Aube ; eaux et forêts de Sézanne. 

Aujourd'hui, commune du canton de Méry-sur-Seine, arrondis- 
sement d'Arcis-sur-Aube (Aube). 

— Dénombri'inciil de 1713-VS} : 27 feux roturiers, 1 ecclésiastique 
et 1 noble. — Population : 40 hommes, 58 femmes, 9 j^arçons et 
7 lilles, soit : 119 habitants. — Recensement de 19011 : 11 1 habitants. 

— Seigneur : L'abbé Sébastien Eloy, ancien vicaire f^énéral du dio- 
cèse de Troyes, prieur de L'Abbaye-sous-Plancy (2). 

— (Airé : C.laude-Aui^uste Didier (3). 

(1) I/al}baye de Molesmes, de l'ordre de Saiiit-licnoît, diocèse de Laiigres, 
L'IcctiOM do Tonnerre. L'abbé était Jean-Baptiste-Marie Champion de Cicé, 
évêquc d'Auxerre, qui fut député du clerj^é du l)ailliage d'Auxcrre aux Ktats 
Généraux. 

(2) L'abbé Eloy fut assigné couinie aljl)é et seigneur ecclésiastique île 
L'Abhaye-sous-Planey en 1789, et fit défaut. — L'état des tailles de l'élection 
pour 1787 indique ■< l'abbé Du Roux », et M. Hanot, dans ses Recherches sui 
le canton de Mcry-siii-Seine (p. 481), dit que « le dernier prieur fut M. Doë, 
religieux de Saint-Maur, demeurant à Saint-Ciermain-des-Prés, à Pr.ris ". — 
Plusieurs années auparavant, » Claude .loly, conseiller du Hoi eu tous ses 
conseils, évêquc d'Agen », avait été prieur commandataire de L'.Abbaye-sous- 
Plancy et seigneur temporel du lieu. (Aich. de l'Aube, ('., l'i'2S: Procés-verbaux 
d'élection des collecteurs en assemblées des habitants tenues devant un pra- 
ticien en la mairie et justice du lieu.) 

Le prieuré, dépendant de l'abbaye de Molesmes, avait été fondé a 
L'Abbaye-sous-Plancy, au plus tard en 1080, par très noble dame Cille ou 
llodéaldis de Plancy, sous le titre d'abbaye de Notre-Dame. Le prieur, dit une 
déclaration de lô'il, avait plusieurs hommes, dont une partie étaient main- 
mortables et de serve condition ; mais on n'en tirait déjà plus rien {Arch. 
lie l'Auhe, C, (ifid). Il y avait au monastère six religieux. Hu 1789, ce n'était 
plus qu'un prieuré commandataire où l'évéquc de Troyes avait droit de 
visite et de procuration. Le prieur était seigneur de la paroisse mouvante en 
partie du Hoi et en partie de la seigneurie de Plancy. Ce prieuré valait 

'i,(M»0 livres de revenu. 

(;i)()n remarque, d'autre part (voir procurations du (Clergé et de la Noblesse), 
que le curé de LAbbaye-sous-Plancy, en donnant au curé de Notre-Dame de 
.Sézanne, Kousseiol, ses jxtuvoirs pour le représenter à l'assemblée du Clergé 
du bailliage, rédigea un véritable cahier de doléances qui résum-e les plaintes 
et les griefs des curés de campagne réduits à la portion congrue. 



I.'AliHAYK-SOrS-l'l.AXCY .'{.'U) 

— Territoire : 2,271 arpents de terres labourables, 9 de jardins, 
36 (le bois. 10 de terres d'usage, 400 de terres incuites. — Récoltes 
(an. com.) : 800 boisseaux de froment (2 pour 1) ; 13,500 de seigle 
(3 pour 1); 1,000 d'orge (2 1/2 pour 1) ; 14,400 d'avoine (3 pour 1) ; 
400 de sarrasin (2 pour 1). — 14 laboureurs ayant charrue. — 
30 chevaux ; 57 bêtes à cornes ; 100 bêtes à laine. 

— Impositions : Taux de la taille : 3^ l'i 28; de la càpitation 
et des impositions accessoires (non indiqué). — De 1777 à 1786 : 
taille : 380 livres (en 1783) à 440 (en 1786). — En 1787 : 440 livres pour 
un revenu réduit au taux de 2,926' 5, déduction faite de 61 livres de 
rentes passives (d'après le taux de l'élection : 430 livres). — En 1789 : 
taille : 440 livres; impositions accessoires : 351 livres; càpitation : 
332 livres ; total : 1,126 livres. 

— Dîmes : Au prieur du lieu, qui donne au curé une portion 
congrue de 300 livres. 

ANALYSE \)V PROCÈS-VERBAL. - Le village de L'Abba\ c-sous- 
Plancy était composé de 28 feux. L'avis pour la convocation des États 
généraux fut lu et publié le 8 mars 1789. — Le même jour, les habi- 
tants se réunirent sous la présidence de Denis-I^dme-Zorobabel 
Rerthanu (1), juge mayeur de la justice de L'Abbaye-sous-Plancy. — 
Le procès-verbal constate la présence de .lacques-Xicolas (iouget, 
syndic, Pierre Lenfant, Jean -Baptiste Bernard, Charles Lenfant, 
.lacques Bernard , Jean-Baptiste Bernard « le plus jeune », Jean- 
Baptiste Hcrvez, Antoine Becet, Jean-Baptiste Casbois, et encore, 
d'après les signatures : Etienne Drouin, Claude Robin, Théodore 
Roussel, Louis Bernard, Michel Mérat, Nicolas Bernard, J.-B. Petipas, 
greftier. — Les députés désignés furent Jacques-Nicolas Gouget, 
syndic, et Jacques Bernard. 

Arch. révol. de Sézaiine. A. .>/•' : Procès-verlml ; — .1, .')/i' : CaliicM' lU- 
3 pages cotées et paraphées au b.is par le juge Bertrand. 

SoiRCES une. ACC. — Arcli. de l'Aube, C, l'r2H et l'r2!) : Adiniiiistralion de 
de la communauté ; rôles de la taille ; inceudie de 1785; états des 
hal)itants ; récoltes ; comptes des syndics ; bois communau.x ; recons- 
truction du presbytère. — G, 15 et suiv. : Nominations de curés et 
prieurs (l.")70-1791). — G, 232 : Vente de biens de l'abbaye au xv^' siècle. 

— G, ?3'4 : Déclaration de biens de l'abbaye (1(597-1787).— G, 569 : Part 
du prieuré dans les dîmes de Soulages — G, 591 : Dîmes de Longue- 
ville au prieuré. - G, 656 : Part du prieuré dans les dîmes de Grauges- 
sur-Aube. — G, 666' : Paroisse Saint-.Martin, de L'.Abbaye-sous-Plancy ; 
bleus, revenus de la fabrique ; dîmes. — G, 872 : Part du prieuré dans 
les dîmes de Saint-Saturnin. - G, 881 : Dans celles de Semoine. — 
G, 12i8 : Inventaire des titres du chapitre de la cathédrale de Trêves 
des biens, rentes et censivcs qu'il possède à L'Abbaye-sous-Plancy ; 

— etc. 



(l)Voir, sur ce personnage et sa famille, cahier de Houlages (p. 122, 
note 1). 



.'UO UAll.l.lAdi: 1)K SKZANNE 



CAHIER 



lUiiiiili's, ilolàtiH'i's el li'inoiitrdiHcs des hahitdiils de L'Abbdije- 
suiis-Plancy, arrèlées en iaf^semblée du S mars 1789 à l'issue 
de la messe paroissiale en la manière suivante (1) : 

1. Four le besoin de IKlat, continuel- les deux vingtièmes 
(|ui seront tirés scrupuleusement sur lous les biens i'\em|)ts et 
ni)U t-M'Uipls. lentes loncières ; constituer, el pour y par\enii 
l'aire un cadastre général dans ciiaque paroisse de lous les 
biens et rentes surpayés, commun, contrôlé gratis par devant 
le greflier de chaque municipalité qui, après la publication, 
sera obligé d'en domier une expédition au syndic pour être 
déposée au grelTe de l'assemblée provinciale ; la minute res- 
tera au grelTe de la municipalité ; amende contre les délincjuanls 
et ("aux déclarants ou confiscation des biens non déclarés (2). 

2. Suppression de tous les receveurs généraux et particu- 
liers ; les municipalités tèront la recette de leurs impositions 
(|uils enverront gratis à la caisse de la province qui les ièra 
passer aussi gratis au trésor royal. 

'ti. Diminution delà taille ou au moins de la ca|)itation qui 
paraît arbitraire, ainsi que des accessoires. 

4. 1^'imposition des ct)rvées sur les \oitures publiques, 
routiers, privilégiés et non privilégiés. 

."). — Suj)pression des aides et gabelles, [)ar un droit équi- 
valent aux aides im|)Osé sur chaque aipenl de vigne et sur 
thacjue cabarelier ; (|uant aux gabelles, mettre le se! en com- 
merce et imposer sur cha(|ue tète, depuis dix ans el au-dessus; 
tous les droits é(juivalents seraient versés gratis dans le trésor 
royal ; on y gagnerait tous les honoraires des officiers et de 
milliers de commis. 

(i. Les pensions, sinon retranchées, au moins modérées: 
elles sont à la charge du peuple. 



(1) Le cailler de L'Aljl)aye-sous-Plaiicv, inspiré évidemment par le Juj^e 
seigneurial Bertrand, est un résumé très incomplet du cahier de Houlafjes 
(V. j). IXi). communauté voisine dont l'assemblée était également présidée |)ar 
le même personnage. Mais la rédaction de ces deu.x cahiers, dont on constate 
la similitude des demandes, est cependant toute différente. Aussi reproduisons- 
nous en entier celui tie L'Abbaye-sous-l'lancy 

(2) En marge on a écrit : « Bon ». 



l'abbaye- SOUS-PLANCY 341 

7. — Supprimer tous les offices inutiles et réunir les nécessaires. 

8. — Prompte justice et à moins de frais ; punir la rapacité 
(les membres subalternes qui, par de longues écritures rem- 
plies de vice et de fausseté, prolongent les procès et ruinent 
les parties. 

9. — La conservation des assemblées provinciales et l'éta- 
blissement d'une caisse générale pour y verser les impositions 
de la province. 

10. — Suppression des étalons, ([ui sont une charge réelle à 
la province ainsi qu'aux paroisses où réside l'étalon à cause de 
ses privilèges : qu'il soit accordé une récomjiense aux labou- 
reurs ([ui auront le [)lus beau cheval (1). 

11. — Bannir la mendicité ; établir une caisse générale dans 
la province, où seront versées les aumônes de cha({ue paroisse, 
d'où on tirera de (juoi nourrir et entretenir les pauvres ; plus 
d'exactitude dans la maréchaussée pour arrêter, éloigner les 
vagabonds. 

12. — L'établissement d'un hospice dans la province où on 
recevra les fous, épilej)tiques et autres maladies incurables. 

IM. — Diminution des lods et ventes (2) dans la coutume de 
.Meaux ; les réduire à un sol trois deniers pour livre : pour lors, 
plus de sous-seings privés, plus de baux à ventes simulés: tout 
paierait, à l'exception des baux emphytéotiques. 

C'est un moyen sur de ménager le pai\ et l'union entre le 
seigneur et son vassal. Les habitants de ladite paroisse pré- 
tendent être exempts de ce droit, par la raison que leur prieuré 
n'est qu'un usufruitier. 

14. — Que les assemblées municipales ne soient plus trou- 
blées par des ordonnances de M. l'Intendant, appuyées sur 
d'anciens arrêts du conseil qui n'ont plus de vigueur à cause 
des nouveaux règlements ; tout cela est à charge et coûteux aux 
communautés . 

lô. Le lie! de LAbbaye-sous-Plancy est possédé par un 
prieur (A), qui est chargé d'acquitter ou faire acquitter par 



(1) En marge on a écrit ; « Bon ». 

(2) On aecri*, comme on avait souvent l'iutbitude^de le faire : <( (Mevantes ». 

(3) .4rc/i. de VAube. G, 234 ; Déclaration des biens de l'Abbaye flB97-1787) 
qui possédait une part dans les dîmes de Boulages (ibicl., G. 360). de Longue- 
ville iibid.. G, .x9/), de ("iranges-sur-Aube (ihid.. G. fi.'>6), de Saint-Saturnin 
(ibid.. G. SI-}), de Semoine (ibid.. G. SSI). etc. 



342 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

chaque semaine trois messes. Depuis environ (ieux ans, ces 
messes ne s'acquittent plus, quoique de temps immémorial 
ses prédécesseurs en aient chargé le curé qui en touchait les 
honoraires chez les receveurs desdils i)rieurs, ainsi qu'on peut 
le voir par dilîërents haux très anciens où il est dit que lesdits 
receveurs paieront audit curé, en l'acquit de M. le Prieur, la 
somme de cent cinquante livres pour l'acquit desdites trois 
messes par semaine ; les plus anciens du pays peuvent rendre 
le même témoignage (1). Il n'y a point de hénéfice sans charge ; 
si ledit prieuré n'eût point été chargé de iondations, pourquoi 
aurait-on fait reconstruire une nouvelle cha|)elle dont le héné- 
lice rapporte ((ualre mille livres sui" ledit lieu (2) ; — et ont 
tous signé. 

Jacques-Nicolas Gouget, syndic, Jean -Baptiste Hervhz, 

Pierre Lenfant, etc 

J.-B. Petitpas, greffier. 

(14 signatures.) 

Fait et arrêté par devant nous, juge susdit, lesdits an et 
jour, lesdites pages cotées et |)araphées au nomhre de trois. 

Bertrand. 



(1> Revenus de la cure et du prieuré. (Arch. de l'Aube, G, 666.) 
(2) La comniuiiiiutc de L'Al)l)uye-sous-Plancy venait d'avoir des diflieultés 
avec le seif^neur de Piaiiey, Godard d'Aucour, et le prieur de l'abbaye, au 
sujet de la reconstruetion de la chapelle et du presbjtère détruits par un 
incendie, l/iiitendant de la {généralité avait, à l'aide d'arrêts surannés, donné 
toil aux habitants. C'est à cela qu'ils font allusion dans l'article 14 ci-dessus 
de leur cahier de 1789. {Arch. de l'Aube, ('., l'iW : Correspondance du subdé- 
légué de Troyes avec l'intendant, touchant la reconstruction du |)rcsbytcrc ; 
opposition de M. d'.Aucour, du 8 mars 17S8, au rôle de l'imposition levée |)our 
paj'er cette reconstruction. (ï. di: I'i.ancv : Le M(ii(iiiisiil de l'ianeij, p. 'J."»9 
et suiv.j 

l'^n ])rotestanl, le S mars 178S, aiiijrés de l'intendant delà .généralité contre 
la prétention des habitants de l,'Abl)aye-sous-lMancy, le sei{{neur faisait des 
plateaux crayeux cpii bordent r.\ul)e, une description intéressante : « lue 
« pareille répartition, dit-il, devient impraticable et contraire à toute Justice 
" dans un finage tel (|ue celui de I/Abbaye-sous-I'lancy où commence la 
•• (.hanipanne dite l'oiiilleiise, cl doid le lerriloire peni être considère connue 
■ divifé p:ir \i nature en il<:u.\ partie aisci 'fîales détendue, mais très diffé 
« rentes de valeur. La première qu'on appelle haiile, parce /ju'ellc est située 
« sur la partie supérieure cpii lon^je la rixiéri- d'.Aube sui" la larf^enr de ce ler- 
« ritoire. est, comme tous les terrains de la ('.hampa^jne jionilleuse, si aride et 
« si ingrate (|u'elle produit rarement plus du double de la semence qu'on y 
« dépose ; et la seconde, fpi'on peut nommer Ixisse, jiarce cpiclle est située 



LA CELI.K-SOUS-CHANTKMERI.E 343 



LA CELLE-SOUS-GHANTEMERLE 



SITL'ATIOX ADMINISTRATIVE ET ECONOMIQUE. - « A 10 lieues 
N. O. de Troj-es, au S. E. de la Traconne, dans la Champagne propre, 
sur les confins de la Brie. » 

— Généralilé de Chàlons, élection de Troyes, coutume de Mcaux ; 
diocèse de Troyes, doyenné de Pont-sur-Seine, jjaroisse Notre-Dame, 
à la collation de l'évéque de Troyes comme abbé de Montier-la- 
Celle(l); — poste, grenier à sel, eaux et forêts de Sézannc; consuls 
de Troj'cs, siège de Villenauxe ; mesure de Villenauxe. 

Aujourd'hui, commune du canton dAnglure, arrondissement 
d'Epernay. 

— Dénombvemenl de J//3-1/S/ : 7ô feux roturiers et 1 ecclésias- 
tique. — Population : 146 hommes, 134 femmes, 39 garçons et 
35 fdles, soit : 3ô4 habitants. — Recensement de 1906 : 306 habitants. 

— Seigneur : Simon-Alexandre-Iean, marquis de Gallifet (2). 

— Curé .• Joseph-Ambroise Petit. 

— Territoire : 1,200 arpents de terres labourables, ô de jardins, 
90 de vignes, 20 de bois, 5<l de terres d'usage, 80 de terres incultes. 
— Récoltes (an. com.J : 819 boisseaux de froment ('A pour 1 ) ; 
8,397 de seigle (2 1 2 pour 1); 840 d'orge (3 pour 1; 12,951 d'avoine 



" (luiis la \;illéc, est naturellement disposée à la fécondité par réeoulemeiit 
« sueccssif des sucs végétaux des terrains de la partie haute qui en sont 
'< dépouillés par les eaux pluviales. . . » 

Les incendies devaient être fréquents dans cette contrée, car en 1785, la 
moitié du village avait déjà été détruite par les îlanimes. (.4(t/ï. de l'Aid'c. 
(1, 1^28 : Procès-verbal dressé par le juge majeur pour établir qielles sont 
les' pertes causées par l'incendie du 15 mai 1785 ; état de répartition d'un 
secours de 5,500 livres entre les incendies.) 

(1) 11 y avait, à La (!elle, im prieuré f'ontlé au vu' siècle par saint Serein. 11 
fut uni à Montier-la-Celle, abbaye de l'ordre de Saint-Benoit, créée au S. O. 
de Troy.s vers 4(30, et réuni en 1170 à l'évèché de Tro} es ; ensuite mis encom- 
manderie, puis supprimé en 1724 et ses revenus unis à la chapelle de Saint- 
Louis du château de Madrid dans le bois de Boulogne. (Coirtalon : Diocèse 
de Troifes. ibid., 3 aoI., p. 234. — Arch. de VAube, G, .32.) L'abbé Louis- 
Malachie Odorand, prêtre « sacristain de la grande chapelle du roi », était 
prieur de La Celle-sous-Chantemerle en nStXv. citations du clergé). 

(2) \'oir le cahier de .Mareill\--sur-S-ine.— « La seigneurie de La Celle est, 
dit Courtalon, une baronnie qui a appartenu aux princes de la maison de 
("oiu'tenay. Elle a été possédée jjar une demoiselle de Bus.s3% par le comte de 
.Mainx ilk- et par M. de l'onls-Saiiit-l'icrre (fui l'a vendue au mar(iuis de Ciallifct ». 



344 BAILLIAGE DE SÉZANNE 

(3 pour 1) ; ôOOimuids de vin (mènieîquantité enjl773) (1). — 12 labou- 
reurs ayant cliarrue. — 28 chevaux ; 9ô bètes à cornes ; 600 bètes à 
laine. 

— Impositions : Taux de la taille :3^ 11 'i 3 4; de la capitation et des 
impositions accessoires : 31^ 3(' 1,2 pour livre de la taille.— De 1777 à 
1786 : taille : 700_(en 1777) à 770 (en 1786). — En 1787 : 740 livres (2) 
(taux de l'élection : 763 livres) pour un revenu réduit de 5,185' 10\ 
déduction laite de 723 livres de rentes passives. — En 1789 : taille : 
700 livres ; impositions accessoires : 564 livres ; capitation j 529 livres; 
total : 1,793 livres. 

— Dimes : Au prieur du lieu (3), qui donne au curé 300 livres de 
portion, congrue. 

.WALYSH DU FHOCÈS-VERBAL. - Le village de La Celle sous- 
(-hantcmerle_étail composé de 84 feux. — L'avis pour^la convocation 
des^Etats généraux lut lu et publiétle^8 mars 1789. — Le niéme'jour, 
les habitants se réunirent dans l'église « à défaut d'auditoire et 
dhùtel de ville », sous la présidence de Joachim Pasqukt, substitut 
du procureur fiscal.— Le procès-verbal constate la présence d'Hilarion 
Davesne, syndic, Pierre (>arlc, Claude-Erançois Legris, Nicolas PilFrc, 
Nicolas Davesne. Serein Amour, Nicolas Moltct. Serein'Burtel, Vincent 
('retelct, Pierre Aillot, (élément Davesne, Simon (Montât, Pierre Collet. 
Serein (>retelet, Serein Prévostat, Serein-Quentin Burtel, Louis Amour, 
.Jacques Ferrand, Serein Jeannard, Jacques Gilson, greffier de la muni- 
cipalité,— qui signèrent tous,— Charles-Henry Prieur, Pierre Martin, 
Laurent Bidault, (|ui déclarèrent ne savoir signei-. — Les députés 
furent Ililarion D.wksnr, syndic, et Claude-Krançois Lkc.his, vigneron. 



Aich.révul. de Srzdiiiie, A, Ô3' : procés-vciijal ((locuniciit cii copie Nignee 
par le gieflici- (iiisoii); .4, .W': ciihier de .'> paj^cs cotées et parapliées au bas 
par le sulistitut du iJioeurcui' tiscal Fasquet : - aiine.xe au cahier de 4 paj^es 
non cotées ni para|)hées ; .1, .».'i ■ : note de Pasqiut il i\u syndic Ililarion 
Davesne : 2 pages non cotées ni paiaphées. 

SoiHC.KS DOC. Acc. - Aicli. (Ic 1(1 M( Hc, ('., iHiO : lnii)ositions ; déciiarges. 
— r, 1036 : Capitation. C, KilO : Corvées. (i, IS'iO : Biens et titres 
de la fabrique. — Aich. ilc l'Aiihc, ('., l'i'il : .Administration de la coin- 
uiunaulé ; rôles de la (aille ; étals des habitants ; comptes des syndics. 



(1) « Terroir à seigle, dit (lourlalon, un sixième de Iromenl et de vin : 
carrière de [terres a briqut . • 

(2) ■ Uiminutiun de ;J0 livics (sur 1/8(1), discid les ol1icic(s ik réleclioii. 
pour le rapprocher du tau.v >■ (de l'élection qui aurait produit 7()3 livres). 

CA) Le prieur avait, «n outre, une ])ar( des dîmes de Houlagcs (Airh. de 
lAiibe, G. 560), de Counans-sur-Seine (i7»ù/.. G. 603), de l-"ayel (//'/(/., G, 639), 
de Saint-Saturnin (ibid.. G, <S'72). 11 possédait autrefois la seigneurie de 
.Marsangis qui fut vendue, en \'^C^'^, au seigneur de ^I<M^tgcno^t, '.Kl,')' ](>' H' 
lihid.. (',, IWi )■ 



LA CELLE-SOrS-CHANTEMERLE 345 

presbytère.— G. 52 : Suppression du prieuré ; réunion de ses revenus 
à la chapelle du château de Madrid.— G, 70 et suiv.: Nominations des 
curés et des prieurs (1560-17fi9). -- G, 22,9 : \'entes de biens du prieuré. 
— G, 569 : Prieuré de La Celle; part des dîmes de Boulages. — G, 603: 
F^art des dîmes de Conflans-sur-Seine. — G, 639 : Part des dîmes de 
Faj'el.— G, 661 : Paroisse Notre-Dame de La Celle-sous-Chantemerle ; 
biens "de la cure ; dîmes. — G. 872 : Prieuré : part des dîmes de Saint- 
Saturnin ; — etc. 



CAHIER 

Doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse 
de La Celle-sous-Chantemerle. 

Cejourd'hui 8 mars 1789, en l'assemblée convoquée au son 
de la cloche en la manière accoutumée, sont comparus par 
devant nous, Joachim*Pasquet, substitut du procureur fiscal, 
dans l'église, à défaut d'auditoire ni hôtel de ville, Hilarion 
Davesne, syndic, Claude-François Legris, Nicolas Piffre, Nicolas 
Davesne, Serein Amour, Nicolas Mottet, Serein Burtel, Vincent 
Crételet, Pierre Aillot, Clément Davesne, Simon Cont